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Full text of "Revue des cours scientifique de la France et de l'étranger"

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r. StNDCR 73 OEORCe ST EUSTON SM. 



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REVUE 



COURS SCIENTIFIQUES 



DE LA FRANCE ET DE L'ÉTRANGER ' 



COLLÈGE DE FRANGE 
MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE —SORBONNB — ÉCOLE DE PHARMACIE 
FACULTÉ DE MÉDECINE— SOCIÉTÉS SAVANTES. 
FACULTÉS DÇS DÉPARTEMENTS — UNIVERSITÉS ÉTRANGÈRES 
SOIRÉES SCIENTIFIQUES DE LA SORBONNE ET DES VILLES DE PROVINCE 

CONFÉRENCES LIBRES 



DEUXIÈME ANNÉE 




PARIS 

GERMER BAILLIÈRE, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

17, ROB DR 1.*ficni,R-DR-HtDRCIIIE, 17 

Upp. haiMt, 311. hmi m. \ mwm bntbm. Ml. irHiff«r< 

IMrM , 

B^ILLY-IMILMAm, HAU DH. MlINCtPe AtPONM, 10. 



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DEUXIÈME ANNÉE. — N* 1. 



UN NUMÉRO : 30 CENTIMES. 



3 DÉCEMBRE \m. 



REVUE 



DES 



COURS SCIENTIFIQUES 

DE LA FRANCE ET DE ^ÉTRANGER 

PHYSIQUE — CHIMIE — ZOOLOGIE— BOTANIQIE — ANATOMIE — PHYSIOLOGIE 
GÉOLOGIE — PA LËONTGLOGIe — MÉDECINE 



Paraît tons les Samedis. 

Paris Sx mois. S te* Un m. i5 fr. 

Déparleniento. . — lU — 18 
fonnser — 13 — 30 

rrtx de l'ikoDMacBt me U l«raa des cean Uttinlre». 

Sij SMM* Pn-u. 1S fr. Dijmrt,, 18 fr. Ëtranser, 20 fr. 

L'nin _ Ï6 _ 30 — as 



M. ËUG. YUNG 

DIUCTXCK 

M. Émile Alglave 

CHIP M LA RipACTHM 



On 8'abonne 

A LA LXBKAtBIB OBBMBB BAILLIÊBE 

17, m dt l'Âeole-dB-lUdsdw, 

El ehes Um les Ubrdni, pir l'omit i'm bon de po>le. 
ou d'on mandit lur Paris. 

L'ibonnemenl part du 1" décembre ou dn f**jiiia 
do chii|n« aanéa. 



SOMBIAXBJB. 

HUSÉuu D'HISTOIRE NATURELLE. — Physique appUqoée à l'his- 
toire naturelle. — Cour* de M. BeeqacrcI 1 1. liilervenlinii 
des fcreea |dijsiqiis> dm» les phéaomènes de la aMare iir«aDi(|M el inorga- 
niqu. 

âCOLE DE mBUACIB. — Botai)ic|ue. — Conrs de M.; ClmUn : 
AnalOBÎe TdgAde élémenlsire. 

ECOLE OES MINES. — Attoéralf^. — Coors de Bavbrée ■ 
mMoire de la aiiaMo^. 

FACLXTâ DBS SOENCBS. — Physitdogie générale. — Cwn de 
H. Ctmmâm Beraurds Des momemonu réHcies. 



Paris, le 2 décembre 1864. 

Ed inaugurant la seconde année de la Hevue des court 
tcimlifiques^ nous devons expliquer brièvement à nos 
lecteurs la marche que nous comptons suivre, et les 
priocipes qui dirigeront nos choix. 

Nous nous efforcerons de donner au public une idiée 
suffisante de l'ensemble du haut enseignement français 
et étranger, sans oublier jamais les besoins spéciaux que 
nous avons surtout pour mission de satisfaire. 

Nous choisirons donc pour chaque science un cours 
que nous donnerons intégralement et sans meune inter- 
1-uption, Puis autour de ce centre viendront se grouper 
les leçons les plus remarquables faites sur les mâmes 
matières à Paris, dans les départements ou à l'étranger. 
Nos lecteurs pourront donc tout k la fois s'initier à une 
science qui leur était encore peu connue, et suivre les 
nouveaux progrès de cette science en étudiant les théo- 
ries et les travaux les plus récents exposés par leurs 
n. 



auteurs mômes. Pour mieux remplir cette seconde partie 
de noire tâche, nous sortirons souvent de l'enseignement 
universitaire régulier, et, sans parler des leçons que 
nous font espérer les professeurs des départements et 
de l'élranger, nous nous adresserons aux conférences de 
la Société chimique, aux soirées scientifiques de la Sor- 
bonne, et aux séances de l'Académie des sciences ou des 
autres Sociétés savantes, dont chaque numéro contien- 
dra désormais un compte-rendu. 

Ainsi, dans les sciences physiques, nous publierons 
en entier le cours de chimie de M. Riche, le cours de 
physique de M. Becquerel, et des leçons de MM. Wurtz, 
Berthelut, Payen, Lieblg, H. Sainte-Claire Deville, Bou- 
lan, Palmieri, de Luca, etc. Notre prochain numéro con- 
tiendra notamment une leçon de M. Palmieri sur Véiec- 
trieité atmtaphériguet et une conférence faite & la Société 
chimique par M. Henri Sainte-Claire Deville sur ies disso- 
ciations à une haute température, avec une note sur de 
nouveaux travaux relatifs au même sujet, communiquée 
cette semaine à l'Académie des sciences par le savant 
professeur. 

Pour la botanique, nos lecteurs auront aussi en entier 
le cours de M. Chatin sur l'anatomie et la physiologie 
végétale, et nous espérons leur donner en été le cours 
de M. Brongniart sur les classifications. 

Les sciences naturelles obtiendront une place en rap- 
port avec l'importance de plus en plus grande qu'elles 
acquièrent tous les jours. Nous donnerons donc intégra- 
lement les cours d'anatomie comparée de M. Serres, et 
d'embryogénie comparée de M. Goste, ceux de physio- 
logie générale et de physiologie comparée de MM. Claude 
Bernard et Vulpian; puis le cours de zoologie de M. Gra- 
Uolet, avec des leçons de MM. Milne Edwards, de 
Quatrefages, Paul Gervais, Robin, Daremberg, et de 
plusieurs savants distingués d'Allemagne, d'Italie et 



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REVim DË8 COUBS SCffiNTinQUES. 



S Dicnutu 



d'Angleterre. Enfin, nous publierons également le cours 
si remarquable fait au collège de France par M. Claude 
Bernard, sur la physiologie et la médecine expérimentale. 

Voilà, dans ses traits principaux, un aperçu rapide de 
noire programme. Il nous reste à expliquer le sens et la 
portée du bulletin scientiflque que nous commençons 
aujourd'hui. Ce bulletin a pour but de tenir nos lecteurs 
au courant de tous les événements scientifiques de la 
semaine, quels qu'ils soient; de relier entre elles, eid'ap- 
précier même à l'occasion les diverses leçons composant 
chaque numéro. Il contiendra régulièrement un compte 
rendu des séauces de l'Académie des sciences, ainsi que 
de l'Académie^de médecine, de la Société de chirm-gic, 
de la Société chimique et des autres Sociétés savantes, 
toutes tes fois que les discussions y auront présenté un 
intérêt véritable pour la majorité de nos lecteurs. 

Ceci dit, nous entrons tout de suite en matière. 

L'Académie des sciences a reçu lundi dernier plu- 
sieurs communications importantes. La première est 
celle de M. Henri Sainte-Claire Deville relative à de nou- 
veaux travaux que ce savant vient d'exécuter sur les dû- 
sociaîions des corps composés & une haute température. 
Nous publierons dans notre prochain numéro la note 
qu'il a remise à l'Académie, en même temps qu'une 
conférence faite par lui à la Société chimique, et dans 
laquelle il expose l'ensemble de ses travaux, les idées 
qui y ont présidé, et les conséquences théoriques qu'il 
en a déduites. 

M. Claude Bernard a présenté un travail de M. Faivre, 
professeur à la Faculté de Lyon, relatif à l'influence de 
quelques plantes aromatiques, absinthe, balsamique, 
tanaisie, sur les insectes, et notamment les vers à soie. 
M. Faivre opérait en même temps sur des insectes sains 
et sur des insectes malades; il les déposait dans une 
boite an-dessus des substances aromatiques eiqtérimen- 
tées, mais en interposant une couche de feuilles de mû- 
rier, de manière à éviter le contact. Les insectes sains 
IréBistaient mieux que les malades: ils finissaient cepen- 
dant par succomber aussi. Ces plantes aromatiques exer* 
cent donc véritablement une action toxique; mais en 
diminuant progressivement la dose, M. Faivre est arrivé 
à leur faire produire une simple influence excitante. Il 
s'est alors installé dans une magnanerie pour continuer 
ses expériences plus en grand, et il a pu constater que 
l'action de ces plantes exagérait notablement toutes les 
sécrétions, et par suite accélérait le filage des cocons, 
ta tanaisie empêchait les vers h soie de manger; mais 
la balsamique etl'absinthene produisaient point cet effet. 

Enfin, M. Balu^ présenté un travail de M. Berthelot 
sur la décomposition de l'acide formique. 

Parmi les autres communications, nous ne citerons 
plus qu'une note de M. Paul Gérais, correspondant de 
Plostitat à Montpellier, sur Tanatomie comparée des 
cétacés des câtes françaises méditerranéennes. 

Dans nne séam préoédeatey l'Académie avait nommé 



une commission composée de MM. Claude Bernard, 
Rayer et Velpeau, pour examiner les expériences du doc- 
teur Remak, de Berlin, sur l'application du courant 
constant au traitement des névroses. Sur la demande de 
M. Velpeau, on a adjoint M. Edmond Becquerel à celte 
commission, qui a d^àreçu divers documents impor- 
tants. M. Remak fait en ce moment à la Charité des 
conférences Irès^suivies, que nous publierons dès le pro- 
ch^n numéro. On trouvera, du reste, dans la Chronique, 
une note relative à ces conférences. 

Les cours du Collège de France ouvriront lundi pro- 
chain, et nous en donnons le programme dans la Chro- 
mquBy en même temps que de ceux de la Faculté des 
sciences. 

Les soirées scientifiques de la Sorbonne recommence- 
ront le même jour; elles auront lien le vendredi de 
chaque semaine. 

Voici l'ordre de ces conférences jusqu'à la fin de 

janvier : 

9 décembre. M. Milne Edwards, doyen de la Faculté 
des sciences, directeur suppléant du Muséum, membre 
de l'Institut. — Instinct et intelligence des animaux. 

16 décembre. — M. Boutan, professeur de physique au 
lycée Saint-Louis. — Conservation des liquides en ^peur. 

23 décembre. — H. Payen, membre de llnstitut. 
L'éclairage au gaz. 

6 janvier. —M. Fernet, professeur de physique au 
lycée Bonaparte. — La photographie. 

15 janvier. — M. Wurtz, professeur & la Faculté de 
médecine. — De l'eau. 

20 Janvier. — M. Gratiolet. profiesteor à la Faculté dea 
sciences. — De la physionomie. 

27 janvier, — H. Jamin, professeur à la Faculté des 
sciences et à l'École polytechnique. — De l'aimanL 

Nous rendrons compte de toutes ces conférences. 

Émoe Alguve. 



MUSÉUM D'HlSTdine NATURELLE. 

PHYSIQUE APPLIQUÉE AL'HISTOIRE NATURELLE. 

COURS DE M. BEQQtlEaU. 
(de lloitittiQ. 



iBlerventloM dés forces phjsl^m» àmmm les phéaomé- 
nea de l« ■*•■>« •tiMlvM et de ta Mtare taorf»- 
■Iqae. — Pm^rléMe (éMftndee de« ewpe. 

Ce cours comprendra l'étude de toutes les forces phy- 
siques qui président à la constitution moléculaire des 
corps et qui interviennent concurremment avec les affi- 
nités dans tes actions chimiques. Du coneonra de ces 
forces résulte une foule de phénomènes qui sont du do- 
maine de la physique appliquée. 



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18«. 



REVUE DES œtmS BCIENTtPIQUBS. 



Les forces qui attireront plus parlîculièrement notre 
nllention sont : V la pesanteur^ T la chaleur, 3" la lu- 
mièrtt h* et enOn VélectricUé. 

DE LA PESANTEUR, 

pesanteur est une force qui agît h dislance sur deux 
corps, quelles que soient leur nature et leur forme, en 
raison inverse du carré de la distance etproporlionnelle- 
menl sux masses. 

C'est elle qui attire tous les corps à la surface de la 
(erre. Qu^nd elle agit à de grandes distances, on lui donne 
le nom de gravitatim. Mais quand elle s'exerce à des 
distances infiniment pelilcs, elle dcvieiït force d'agré- 
galiott et produit Vattraction moléculah-e. 

Vat traction moléculaire^ comme son nom nousl'indiquc, 
s'exerce entre les molécules similaires du corps; quel- 
quefois eilp agit aussi sur les molécules de différents 
corps, comme cela a lieu dans Vattraction capillaire; 
quand les corps sont dissemblables, et peuvent êlrc réduits 
k leurs principes élémentaires, il en résulte des phéno- 
mènes d'un autre ordre, des réactions et des combinat- 
sons dont Tcnsemble constitue la chimie. 

L'altraclioii moléculaire et raflinité chimique sont 
donc deux forces essentiellement différentes ; mais il 
existe entre elles des rapports qui sont du domaine de 
la physique* On peut citer comme exemple l'influence 
des masses, dont Berthollet a si bien fait ressortir l'im- 
portancedans la statique chimique; mais avant d'exa- 
miner la part d'influence que ces forces apportent aux 
diverses branches des sciences naturelles et k h chimie, 
nous passerons rapidement en revue la formalioD d«s 
corps et leurs propriétés générales, sans nous arrêter 
toutefois sur les principes trop simples. 

Les corps sont formés de parties élémentaires impon- 
dérables appelées aimes, dont on admet l'existence 
coaune pouvant servir h représenter parfaitement leur 
composition; l'existence ^e ces atomes est doqc pu- 
rement théorique, et Us ont été imaginés pour satisfaire 
h toutes les exigences de la science. Ces atomes, en se 
groupant, donnent naissance aux molécule:» constitutives. 

Daus la nature inorganique, les diverses particules se 
groupent entre elles sous rinfliioncc des deux forces que 
noue atons citées plus haut, l'attraction moléculaire et 
l'affinité; mais dans la nature organique, il en existe 
d'autres «ssonliellement propres aux tissus des animaux 
et des vé0ét»ux, et dont l'ensemble constitue ee queJ'on 
est convenu d'appeler la forrevitale, dénomination vague, 
qui indique seulement que ces forces n'agissent que 
sous l'empire delà vie et cessent avec elle. A ce moment, 
les corps organisés rentrent dans le régne inorganique. 
Néanmoins il est extrêmement intéressant de suivre le 
rôle important que jouent les forces physiques et chimi- 
ques dans l'acte de la vie. 

Dans la digestion, par exemple, c'est à l'action chimi- 
que qufl fhut attribuer la plus grande part d'influence j 



maïs elle cesse très-rapidement après la mort. Cepen- 
dant Carswell ayant détaché l'estomac d'un lapin récem- 
ment tué, a vu la digestion continuer encore quelque 
temps : puis la membrane fut détruite- 
Dans la circulation du sang, c'est une force mécanique 
puissante résidant dans le cœur qui imprime au sang 
l'impulsion initiale, et lui fait ainsi parcourir les vais- 
seaux. L'origine de cette force, c'est une influence ner* 
veuse; et, en ciïet, si l'on détruit tes centres nerveux en- 
céphato-rachidiens, le cœur cesse de ballre et la circula- 
tion s'arrête. 

Le physicien doit se borner & indiquer les moyens les 
plus simples pour observer au milieu des phénomènes 
vitaux rinfluenne des forces physiques, ainsi que la mo- 
dification qu'elles éprouvent sous rinflucnce de la vie. 

Revenons maintenant k la constitution nfoléculairc des 
corps. 

Les corps inorganiques simples et composés sont for- 
més, comme nous l'avons dit, d'atomes quj, ei) se grou- 
pant de certaines façon», prpduisent les molécule^ iV^- 
granles ou constilutives : ces molécules elles-mêmes, en 
se superposant symétriqucirient, produisent les cristaux. 

£n admetlaol l'evislcnce des aLomAs, on doit syppovor 
que leur forme est spbérique, car c'est celle que prend 
la manière quand elle o'csi plus soumise k d'auirns forcos 
qu'à celli^s qu'elle porte en elle-même. 

H. Platefto a démontré ce fait d'une manière assecingé- 
aieuse, en introduisant, au moyen d'une pipette, une 
goutte d'huile d'oiive au milieu d'un liquide possédant 
exactement la même densité; Il y est parvenu avec un 
mélange d'eau et d'alcool dans certaines proportions. 
Soustraite ainsi aux offetsde la pesanteur, la goutte dlbuile 
reste suspendue au milieu du liquide cl prend une forme 
parfaitement sphérique. 

Les corps organisés sont constitués dlffércmmenl : 
leurs parties ne sont plus similaires, puisqu'ils sont for- 
més d'organes remplissant chacun des fonctions spé- 
ciales. Les animaux paraissent avoir pour molécules 
constitutives des globules plus ou moins sphériqncs et 
de grosseurs trés-vnriables; les végétaux, des cellules ou 
utricules de différentes formes. Il n'est donc pas possible 
de confondre à ce point de vue un être organisé avec un 
corps inorganique. 

Tout récemment, M. Graham, dans un travail très- 
inlércssanl, a divisé les corps inorganiques en deux 
groupes : les crislalloïJes et les colloïdes; les premier^ 
qui ont la faculté de cristalliser, les seconds qui res- 
tent toujours il l'état gélatineux ou amorphe. 

Si nous cherchons au moyen du microscope h exami' 
ner les diverses molécules des corps organises et des 
corps inorganiques, nous trouvons encore de nouvelles 
différences entre elles avec ce mode d'observation. La 
petitesse des molécules inorganiques nous empêche 
complètement de les apercevoir, quelque soit le grossi- 
sèment du microscope ; mais leur groupement progrès^ 

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à 



BEVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



3 DÉCSHUIK 



sif nous permet de remonter par la pensée k la molécule 
primitive. 

Chez les animaux et chez les végétaux, au contraire, le 
microscope nous permet de distinguer et d'étudier les 
molécules intégrantes. Le sang, par exemple, est consti- 
tué par un liquide particulier, le sérum, au milieu duquel 
flottent une infinité de petits globules. Ce fut Malpighi 
qui fil le premier cette découverte, vers 1660. 

Ces globules sont sphériques chez l'homme et chez 
tous les mammifères; ils sont elliptiques chez les oiseaux 
et les poissons. 

Leur grosseur est aussi trés-variable, suivant les es- 
pèces. Chez le callitrlche d'Afrique, leur diamètre est 
de de millimètre ; chez la chèvre, il est de 5^ : ce 
sont les plus petits globules que l'on connaisse. Les glo^ 
butes du sang de l'homme ont un diamètre constant de 
— de millimètre. 

M. Milne Edwards fils a trouvé récemment chez cer- 
tains batraciens des globules dont le diamètre était de 
de miiiimètre. 

Ces globules ne sont autre chose que des molécules 
organiques, et ils contribuent h la formation des tissus. 

Les végétaux, comme nous l'avons dit plus haut, ont 
des molécules différentes de celles des animaux : tantôt 
ce sont des cellules ou utricules, dont la forme est po- 
lyédrique et ressemble généralement à un dodécaèdre 
penlagonal ; tantôt ce sont des fibres ou des vaisseaux. 
Ces diverses parties élémentaires sont remplies de sub- 
stances également très-variables, solides, liquides ou ga- 
zeuses, qui concourent au développement des végétaux, 
grâce à un phénomène particulier d'endosmose. 

Revenons maintenant à la constitution des molécules 
inorganiques. Les atomes étant supposés sphériques ne 
sont en contact que par un seul point de leur sur&ce, 
d'où il résulte des interstices nombreux et dont on con- 
state facilement l'existence. C'est une propriété des corps 
que nous examinerons plus tard, et que l'on nomme la 
porosité. 

Un atome d'un élément peut se combiner avec un, 
deux, trois atomes d'un autre élément, mais on ignore 
jusqu'où peut aller le nombre de ces éléments. On a 
avancé cependant qu'il ne pouvait dépasser le nombre 
douze, en raison de la forme sphérique des atomes. Ce 
nombre est en effet le nombre extrême de sphères d'un 
même diamètre que l'on peut mettre autourd'une sphère 
centrale pour l'entourer de toutes parts. Cette conjec- 
ture deviendrait une vérité si la forme sphérique des 
atomes était mise hors de doute. 

Au reste, on ne connaît pas dans le règne inoi^anique 
de molécule aussi complexe, et cela se comprend assez 
facilement en remarquant que les afiinilés diminuent à 
mesure que les molécules deviennent plus composées. 



DE l'étendue. 

Tout corps occupe une certaine partie de l'espace, et 
cette étendue est limitée par des plans ou par des sur- 
faces courbes. On peut se demander, dès lors, si les 
espaces célestes ont une étendue limitée ou infinie. 

S'ils ne sont pas infinis, l'esprit ne peut en concevoir 
les limites; et s'ils sont infinis, l'esprit le conçoit encore 
moins. On peut cependant se rendre compte de leur im- 
mensité, en considérant la dislance de la terre au soleil 
et aux autres planètes. Mais cette distance n'est elle- 
même que très-peu de chose, si on la compare à celle 
des étoiles, fût-ce les plus rapprochées. 

D'après Herschel, l'intervalle qui nous sépare de Té- 
toile la plus rapprochée de la terre est égale à 200 000 
fois la distance du soleil à la terre. Enfin, il est des étoiles 
dont la lumière met des siècles à arriver jusqu'à nous, et 
l'on sait que cet agent parcourt près de 80 000 lieues par 
seconde. Ces distances nous donnent encore une bien 
faible idée de l'immensité de l'espace. 

Jetons maintenant les yeux sur l'infiniment petit, 
Newton a calculé l'épaisseur des bulles de savon; il l'a 
trouvée souvent de de millimètre, et enfin, quand, 
avant qu'elles éclatent on aperçoit une tache noire à leur 
surface, il a trouvé qu'à ce point l'épaisseur ne dépas- 
sait pas de millimètre. 

Les ailes transparentes de certains insectes ont une 
épaisseur de même ordre. 

Le phénomène des anneaux colorés nous donne encore 
une idée de couches d'air d'une épaisseur infiniment 
petite. Ainsi, le rouge extrême correspond à une épaisseur 
de 0"»,0001ft1, et le violet extrême à 0-",000l01. 

Enfin, on découvre dans les infusions, au moyen du 
microscope, des animaux parfaitement vivants et aussi 
petits que les globules du sangrce senties infusoires. C'est 
à des animaux plus petits encore et répandus partout 
dans l'air que l'on attribue la cause des maladies épidé- 
miques qui affectent certaines contrées durantles grandes 
chaleurs. Les miasmes paludéens sont de cette nature, et 
bien plus, ils sont insaisissables. 

Comme dernier exemple de corps d'une finesse remar- 
quable, nous pourrons encore citer le diamètre des brins 
de soie et de laine : 

Diamètre ea milUmètra. 

Laine ordinaire 5/100 

Mérinos 2/100 

Soie. 1/100 

Le castor et l'hermine viennent se placer entre le méri- 
nos et la soie. 

Ces exemples divers nous conduisent tout naturelle- 
ment à parler de la divisibilité de la matière, c'est-à-dire 
celte propriété qu'elle possède de pouvoir être divisée 
en parties qui sont souvent d'une ténuité extrême. Tout 
le monde connaît le pouvoir colorant du cannin : un 
gramme sufiit pour rougir 3 litres d'eau. Le musc en est 



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REVUE DBS COURS SCSENTIFIQUES. 



5 



encore un exemple Don moins ftappaot : 5 centigrammes 
de musc ont été abandonnés pendant trois ans dans un 
flacon ouvert, et au bout de ce temps l'odeur du musc 
était encore aussi forte. Cependant la divisibilité de la 
matière est-elle indéfinie ? 

Elle s'arrête à la molécule intégrante du corps. C'est 
là le terme de la division mécanique. Si l'on veut aller 
plus loioj il faut recourir aux afiinités. 

Quant aux atomes, ils ne sont pas divisibles, car s'ils 
l'étaient, ils cesseraient par cela même d'exister. Celte 
hypothèse satisfait, du reste, à tous les besoins de la 
science. Il est cependant ditficile d'admettre qu'un corps 
simple, si petit qu'on le suppose soit, soit indivisible : 
c'est ce qui a fait dire à un philosophe anglais que la 
matière n'existe pas, et qu'elle est le résultat d'un mou- 
vement vibratoire. 

Passons maintenant à la porosité. 

Cette propriété est une conséquence de la constitution 
même des corps, composés, comme nous l'avons déjà dit, 
de molécules qui ne sont en contact que par quelques 
points de leur surface, et qui laissent par conséquent 
entre elles des espaces vides auxquels on a donné le nom 
Ae pores. 

Û existe deux espèces de pores doués de propriétés 
bien différentes : les pores physiques, qui sont in- 
visibles même à l'œil armé du plus puissant microscope, 
et OLi s'opèrent les actions moléculaires ; puis les pores 
sensibles que l'œil distingue nettement, et dans lesquels 
tes forces moléculaire;;» n'ont aucune action. Les pores 
physiques ne laissent passer que les agents impon- 
dérables, et les pores sensibles que les liquides ou les gaz. 
Les phénomènes de dilatation et de contraction dépen- 
dent de la constitution des pores physiques et de l'action 
de la chaleur sur les molécules ; ceux d'exhalation et 
d'absorption sont produits dans les pores sensibles. Nous 
ne parlerons que de ces derniers, et voici les expériences 
à l'aide desquelles on peut en démontrer l'existence. 

1° Passage du mercure à travers une peau de chamois 
on à travers un morceau de bois; cette dernière expé- 
rience se fait au moyen d'un tube de verre très-résistant, 
que l'on ferme d'un côté au moyen d'une rondelle de 
bois, môme du bois le plus dur. 

On recouvre cette rondelle de mercure, et quand on 
fait le vide dans le tube, on voit ce mercure, poussé 
paria pression atmosphérique, traverser le bois et tom- 
ber dans le tube sous forme de pluie. 

2* Imbibition de l'eau dans les éponges. 

i* Passage de l'hydrogène à travers une feuille de pa- 
{Ner: on le rend sensible en enflammant l'hydrogène de 
l'autre côté de la feuille. 

L'expérience des académiciens de Florence^ qui re- 
monte à 1661, montre nettement la porosité de l'or: ils 
avaient enfermé de l'eau dans une sphère d'or herméfi- 
qoement fermée au moyen d'une vis ; en soumettant cette 
sphère à une pression considérable, ils virent l'eau suin- 
ter à travers la sphère, sous forme de rosée. 



La porosité de !'eau est aussi démontrée par la pré- 
sence de l'air retenu dans les intervalles moléculaires de 
ce corps. Celte propriété de l'eau est même d'une impor- 
tance capitale quand elle doit entrer dans l'alimentation. 

Enfin chacun sait que le charbon a la propriété d'ab- 
sorber des liquides, et même des gaz, en assez grande 
quantité. Ce pouvoir absorbant du charbon varie beau- 
coup avec la nature des substances qui l'ont produit. 

La pulvérisation facilite, en général, l'absorption; mais 
si on la pousse trop loin, et presque jusqu'à la destruc- 
tion des pores physiques^ on détruit par cela même la 
porosité. . 

La eompnssibitité est cette propriété que possèdent 
cei'tains corps de pouvoir être réduits à un volume moin- 
dre par la pression : elle est due à la porosité. Les corps 
les plus poreux sont aussi les plus compressibles, pourvu 
toutefois qu'ilspossèdent la flexibilité; la ponce fait excep- 
tion à ce principe. 

Comme exemples de corps compressibles, on peut citer 
les matières végétales et les gaz. On démontre cette pro- 
priété dans les gaz au moyen du tube de Mariolle. Quand 
on opère sur des gaz simples, on peut, dans certains cas, 
arriverà les liquéfier ; si l'on opère sur un mélange de gaz, 
oxygène et hydrogène par exemple, on peut arriver à 
les combiner ensemble et à former de l'eau : cette com- 
binaison s'effectue avec un dégagement de chaleur con- 
sidérable. 

Les liquides eux-mêmes sont compressibles, mais à 
un très-faible degré. Cette propriété a été mise en évi- 
dence pour l'eau par CErsted, à l'aide d'un appareil 
nommé piézomètre; cette question fut ensuite étudiée 
par MM. Colladon et Sturm. 

DE l'élasticité. 

C'est la propriété en vertu de laquelle un corps ayant 
perdu sa forme primitive par l'effet d'une force méca- 
nique, y revient en effectuant une suite d'oscillations iso- 
chrônes, pourvu, toutefois, que cette force mécanique 
ne dépasse pas une certaine limite, au delà de laquelle 
les corps perdent leur élasticité, les molécules ayant été 
forcées, c'es^à•dire amenées bora de leur sphère d'action. 
Les gaz sont doués d'une parfaite élasticité, ainsi que 
les liquides. 

La propagation du son dans les corps^ et même dans 
les corps solides, démontre leur élasticité. Cependant 
les corps solides ont une élasticité généralement beau- 
C3up moindre que les gaz et les liquides. Le marbre, le 
verre, le caoutchouc ont une élasticité très-apparente, 
tandis que cette propriété est à peine sensible dans le 
plomb, les argiles, etc. 

On démontre généralement l'élasticité d'une bille 
d'ivoire en la laissant tomber d'une certaine hauteur sur 
un plan de marbre que l'on a eu soin de recouvrir d'une 
couche d'huile très-légère. La bille, en tombant, s'apla- 
tit, et revient tout de suite à sa forme primitive; mais la 



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3 D£cEiau 



preuve de son aplalissemenl est donnée par une em- 
preinlc cipctilaii-e laissée sur le marbre, cl qtii est d'au- 
tant plus grande que la bille est tombée de plus baut. 

Oo peut augmenter l'élaslicité de cerlains corps, et 
•urtout des métaux, par certaines opérations particulières, 
surtout Véerouiêêagt et la trempe. La trempe consiste à 
faire passer un corps ayant une température élevée à une 
température plus ou moins basse, et cela plus ou moins 
rapidement; aussi opére-l-on la trempe dans divers li- 
quides, le mercure, Teau, la graisse fondue, etc., suivant 
le degré de trempe que l'on veut obtenir. 

Les larmes balaviques résultent du refroidissement brus- 
que du verre fondu que l'on projette dans l'eau froide; 
le verre étant mauvais conducteur de In chaleur, les par- 
ties extérieures se refroidissent les premières, et les mo- 
lécules intérieures se trouvent dans une sorte de tension 
forcée que le moindre choc détruit aussitôt; les larmes 
volent alors en éclats j souvent même elles sont réduites 
en poussière. 

On pourrait encore citer le soufre qui, lorsqu'il a été 
fondu au-dessus de 360 degrés, et projeté vivrment dans 
l'eau fîroide, reste pendant quelque temps fa l'état mou et 
élastique, ce qui permet d'en faire des médailles; mais 
cet état n'est que passager, avec le temps, le soufre re* 
prend sa conleur et sa dureté normales. 

Les vents produisent des effets semblables li l'égard de 
certaines plantes. On a observé que, lors des ouragans, 
les arbres des régions venteuses résistent mieux et sont 
moins facilement déracinés que ceux des régions ordi- 
nairement calmes. 

Le vent fortifie considérablement les fibres des végé- 
taux, et cette propriété offre même quelquefois des in- 
convénients sérieux. Ainsi le chanvre cultivé dans la 
vallée du Hhdne donne une filasse très-grossiére, tandis 
que celui que l'on récolle dans cerlaines vallées proté- 
gées par les Alpes contre le vent donne une filasse beau- 
coup plus fine. 

Avant d'arriver à la pesanteur, nous dirons quelques 
mots de la force centrifuge. C'est la force qui se manifeste 
dans Ift flrande, par exemple : le corps lourd placé à 
l'extrémité de la fronde tend îi s'échapper avec une vi- 
tesse d'autant plus grande que le mouvement de rotation 
est pins rapide. On démontre que dans des cercles iné- 
gaux décrits dans le même temps par un corps lourd, les 
forces centrifuges sont proportionnelles aux rayons : 
elles sont aussi proportionnelles & la masse du corps. 

Sur la terre, îa force centrifuge est nulle aux pôles et 
a son maximum & l'équatéur : c'est à cette force que la 
terre doit son aplatissement vers les pâles. Tout semble 
prouver, en elTel, que la terre faisait anciennement 
partie de la masse solaire. A une certaine époque et par 
me cause quelconque, une partie s'en est détachée, et 
il en est résulté divers centres isolés dans l'espace, qui 
sont devenus les planètes. La masse de la terre étant 
liquide et soumise & an mouvement de rotation et de 
InMfaitioAdainl'ttspac^f a dtk prendre tine forme aplatie 



vers les pôles; cet aplatissement a subsisté lors de la 
solidification de la croûte terrestre. 

On peut facïilement mettre en évidence les effets de la 
force cenlrifuge, au moyen rie divers appareils que l'on 
montre du reste dans tous les cours de phytique. 

DE LA FESAIftEra. 

Nous ne nous occuperons dans ce cours que de l'ar- 
tion spéciale que la pesanteur a sur le développement 
des plantes et sur la direction de leurs diverses parties, 
et nous exposerons notamment les expériences que 
M. Dutrocbel a entreprises à cet égard. 

Si nous examinons altenlivement un végétal, nous le 
trouvons composé d'un système de fibres et de vaisseaux 
dont une partie se termine en racine, et dont l'autre 
constitue la tige et les feuilles. C'est en vertu de l'action 
propre des tissus que la séve puisée dans le soi par les 
racines pas9e dans les différentes parties de la plante où 
elle est élaborée, cl sert ainsi au développement du vé- 
gétal. Cette ascension de la séve et son élaboration sont 
soumises h des forces de diverses natures, chimiques, 
physiques et organiques, dont nous n'avons pas nous 
occuper ici. Mais voyons comment Intervient la pesan- 
teur. 

C'est elle tout d'abord qui maintient les diverses par- 
ties de la plante dans leurs positions respecUves. Nous 
savons que les racines tendent toujours à descendre et 
les tiges à monter. Cette tendance, qui se manifeste dès 
les premiers temps du développement de la plante et qui 
se conserve pendant tonte son existence, doit être cer- 
tainement rapportée h l'influence de la pesanteur. Les 
expériences ne laissent aucun doute à cet égard. 

Si l'on cherche à donner une position horizontale & 
une plante, on observe que les différentes parties ten- 
dent toujours à reprendre leur position verticale, et la 
plante périt plutôt que de se soumettre ft ce régime 
anormal. 

Un physicien eut l'idée de faire germer des graines 
dans un tonneau auquel il avait imprimé un mouvement 
continuel de rotation autour d'un axe plus ou moins 
incliné, il fut fort étonné de voir que les racines et les 
feuilles prenaient la direction de l'axe de rotation et 
s'écartaient ainsi plus ou moins de la verticale, suivant 
que l'axe était plus ou moins incliné à l'horizon. Cepen- 
dant il ne lira aucune conséquence de ce fait remarquable. 

Il était résené .-i Kinglest de mettre en évidence la 
cause de ce phénomène ; cette cause, c'est que l'action de 
la pesanteur avait été détruite par la force centrifuge ré» 
sultant du mouvement de rotation du tonneau. Il répéta 
donc cette expérience en la variant de différentes ma- 
nières, il pouvait môme avoir une vitesse de 230 fours 
par minute, avec des inclinaisons variables : il opérait 
sur des fèves. 

Il reconnut ainsi qu'il fallait une vitesse de 1 50 tonrs au 
moins par minute pour détruire l'action de la pesanteur. 



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REV0E DES GOfjnS SCIENTIFIQUES. 



Aree otie rrtesse moindre, la pesanteur reprenait son 
influence, et la direction que suivaient les plantes n'était 
qu'une résultante de l'action de la pesanteur et de celle 
de la force centrifbge. 

Dnlrochet répéta et multiplia ces expériences, et 
tontes confirmèrent les résultats obtenus précédemment. 

Voici les conclusions qu'il tira de toutes ses expé- 
riences : 

1* Lorsqu'une graine en germination est placée à la 
circonférence d'une roue verticale ou horizontale qui 
tourne rapidement, la force centrifuge détermine l'in- 
flexion de la radicule vers la circonférence, et celle de 
la jeune plante vers le centre de la roue. 

a* Lorsque la roue tourne horizontalement avec une 
vitesse médiocre, la radicule et la plante se dirigent obli- 
quement entre la position horizontale que tend à leur 
donner la force centrifuge, et la position verticale que la 
pesanteur tend à leur imprimer. 

ù" Lorsque la graine est placée au centre d'une roue 
verticale et tourne ainsi sur elle-même, ou bien lors- 
qu'elle se trouve à la circonférence d'une roue verticale 
dont la rotation est lente, et que, dans l'un et l'autre cas, 
l'axe de rotation est incliné d'une manière sensible, la 
radicule de la graine située sur l'axe se dirige vers la 
partie descendante de cet axe, et la plumule vers la 
partie ascendante. La radicule et la plumule de la graine 
située à la circonférence prennent une direction paral- 
lèle il l'axe. 

Ces directions sont dues à l'influence delà pesanteur, 
la force centrifuge étant nulle. 

Il résulte encore de ces expériences que la force ccntri- 
ftige, allant en diminuant de l'équateur aux pôles, les 
plantes ont une tendance à s'infléchir du cûté de l'axe, 
c'est-à-dire vers la surface du sol. 

L'inclinaison, en moyenne, est -elle sensible? On 
l'ignore, seulement la tendance existe. On peut encore 
se demander comment la même force, agissant sans 
cesse dans la môme direction, peut forcer les racines 
à s'enfoncer dans le sol el les feuilles à s'élever? 

C'est par la raison que les racines sont obligées de 
puiser dans le sol les sucs qui sont nécessaires à la 
plante, et que les feuilles doivent rechercher l'air et la 
lumière pour accomplir leurs fonctions. La séve doit 
donc obéir à l'action de la pesanteur. 

AMUn DHuim, phuma^, jréftnim n 



ÉCOLE DE PHARMACIE. 

BOTANIQUS (1). 
COVfiS DE H. CHATnr. 
AuSomto Téfétele éléawa««lr*. 

L'anatomie comprend l'étude des organes él^en- 
taires dont sont formées les plantes. 

Ces organes sont au nombre de trois: les eeliidtt, les 
fibrest et les vaiutmue. 

Cellules. — Les cellules se présentent d'abord sous la 
forme de vésicule* arrondies. On les trouve-surtout à cet 
état dans les tissus mous ; mais bientôt elles deviennent 
polyédriques, sous l'influence de pressions réciproques.; 
De toutes les formes, celles qu'elles affectent le plus sou- 
vent, c'est le dodécaèdre penlagonal. 

Quelquefois elles sont allongées ou ramifiées; leurs 
extrémités flottent dans des lacunes, comme on le voit 
dans les Gentianées et les Nymphéacées ; quelquefois 
aussi elles sont entrelacées : dans les Typbacées, par 
exemple. 

On donne plus généralement le nom de cellules à celles 
qui sont aplaties latéralement, et celui û'utricule» h celles 
qui sont également développées dans tous les sens. 

Examinons maintenant leur structure. 

Elles ont primitivement une paroi simple el unie, 
souvent assez mince; mais bientôt elles se modifient et 
finissent par différer l'une de l'autre. Tantôt elles sont 
ponctuées ou rayées, tantôt spiralées (dans les Orchidées 
éptdendrées et dans les anthères]; tantôt scléreuses ou 
osseuses, quand la paroi, devenue très-épaisse, ne laisse 
plus à l'intérieur qu'une cavité à peine visible ; souvent 
les cellules sont marquées de points qui correspondent 
à des canaux dirigés vers la cavité centrale et formés par 
des concrétions pierreuses. 

Toutes ces modifications tiennent à ce que l'épaissis- 
sement da la paroi des cellules se faisant par l'accumu- 
lation lente et progressive de nouvelles matières à l'in- 
térieur, ces matières existent dans certains endroits et 
manquent dans d'autres: ce qui le prouve, c'est que dans 
les tissus élastiques, la spire reste souvent seule, parce 
qu'elle est d'une nature plus résistante que la paroi sur 
laquelle elle élait appliquée. 

Les cellules renferment ordinairement dans leur inté- 
rieur des corps de nature très-diverse. On y trouve des 
solides, des liquides et des gaz : quelquefois, mais assez 
rarement, elles sont complètement vides, comme cela se 
voit dans le liège, et dans les cellules qui constituent 
l'épiderme de la plupart des feuilles. 

Parmi les corps solides contenus dan$ les cellules 

(1) La leçon d'ouverture, publiée doi» te n° âl de la première anoée, 
page 737, a été cvniacrée k l'exposiiion de quelques idée* générale^ 
sur la lêratologie el la notohgte vé^tatei, la gtofraphie bot^iquf et 
la gUntologta. 

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REVUB DES COURS SCIENTIFIQUES. 



3 DÉCElfBBB 



nous en trouvons qui sout de nature inorganique et 
d'autres de nature organique. 

Les premiers sontordinairementdes sels irôs-variables 
suivant les espèces dans lesquelles on les étudie, des 
oxalates, des carbonates calcaires ou alcalins, etc., sou- 
vent en petits cristaux rhomboïdaux, 

On donne le nom de raphides à des cristaux allongés 
existent surtout dans des cellules également allongées, 
comme dans les Saxifrages; souvent aussi le tissu semble 
se creuser, comme dans le Naias, le Ficus elastiea, et dans 
ces cavités des paquets de petilscristaux se trouvent sus- 
pendus comme un lustre, par un fli très-mince de ma- 
tière organique; de plus, chaque cristal est recouvert 
d'une gaine, également très-mince, de mCme matière. 

Parmi les corps solides de nature organique, nous 
trouvons la chlorophylle, des grains de fécule et une 
matière azotée. La chlorophylle, ou matière verte des 
feuilles, est tantôt à l'état gélatineux et tantôt sous forme 
de grains fixés contre les parois de la cellule. La priva- 
tion de la lumière entraîne pour les plantes la disparition 
de la chlorophylle : les plantes sont alors dites étiolées. 
Cet étiolement est entièrement analogue à celui des 
globules du sang, et c'est aussi du reste par un traite- 
ment ferrugineux que l'on guérit la chlorose végétale, 
La chlorophylle n'existe pas dans les parties souter- 
raines ou internes des végétaux. Il faut faire exception 
pour le Gui et pour la moelle des jeunes plantes, qui blan- 
chit quand les couches exterues, devenues plus épaisses, 
empêchent complètement le passage de la lumière. 

La chlorophylle existe aussi dans les cotylédons, et la 
fécule est ordinairement en raison inverse de la chloro- 
phylle : c'est surtout dans les parties internes et souter- 
raines des végéUux qu'on la rencontre eu plus grande 
abondance. Kx. : la Pomme de terre, le Sagou, etc. La 
chlorophylle sert à la vie actuelle, tandis que la fécule 
n*est qu'un dépôt d'aliment pour l'avenir; aussi la 
trouve-t-on en grande quantité dans les graines ; elle est 
alors destinée à servir de première nourriture à l'embryon. 

Les grains de fécule sont de forme et de volume très- 
variables, arrondis ou polyédriques, tantôt assez volumi- 
neux comme la fécule proprement dite, tantôt très-peUts 
comme l'amidon. U matière azotée est généralement 
sons la forme de granules ; la chlorophylle ne doit môme 
son apparence granulée qu'à sa fixation sur les granules 
de matière azotée. La matière azotée existe surtout 
dans les parties les plus vivantes des plantes, c'est-à-dire 
dans les bourgeons, les feuilles et l'embryon. 

Son existence démontre que la prétendue définition 
chimique des végétaux faite en les considérant comme 
exclusivement composés de carbone, d'hydrogène et 
d'oxygène, n'est pas rigoureuse. 

Les liquides que noua rencontrons dans les cellules 
sont: 

L'eau, qui vient en première ligne : elle tient en disso- 
lution une foule de principes et existe dans toutes les 
parties des végétaux. Puis viennent les huiles fixes, que 



l'on rencontre surtout dans les graines et dans les cel- 
lules internes. 

Les gaz sontl'air, l'acide carbonique etl'azote. L'acide 
carbonique existe dans les fruits du Baguenaadier. Les 
cellules se forment par dédoublement, ou bien quelque- 
fois prennent naissance sur les parois d'anciennes : dans 
le Marehantitty par exemple. 

Elles adhèrent entre elles par simple juxtaposition ou 
par l'intermédiaire d'une matière agglutinalive. 

Fibres. — Les libres diffèrent des cellules par leur 
allongement, leur aspect fusiforme et par l'épaisseur plus 
considérable de leurs parois. Les unes sont unies à leur 
intérieur : ce sont elles qui forment les parties résistantes 
et textiles de l'écorce ; d'autres sont ponctuées : on les 
rencontre surtout dans le bois. Chez les Conifères, elles 
sont pourvues de dépressions lenticulaires; dans les 
EphedrQj ces dépressions alternent avec une spirale. Les 
fibres renferment les mêmes matières que les cellules, 
mais en moins grande quantité, et encore n'y en a-t-il 
que dans les jeunes tissus; elles contiennent très-rare- 
ment de la fécule; on en trouve cependant dans les fibres 
de la Capucine. — Elles se forment par rallongement 
des cellules, qui sont toujours leur premier état. 

Vaisseaux. — Les vaisseaux sont des grands tubes 
allongés, cylindriques, quelquefois prismatiques et ter- 
minés par une pointe cono!de ; souvent ils sont marqués 
d*^étranglements. Dans les vaisseaux laticifères, ces tubes 
sont anastomosés. 

Les vaisseaux sont de différentes espèces. Certains sont 
ponctués, à ponctuation arrondie ou elliptique; d'autres 
sont rayés; quelques-uns sont scalariformes , ce qui 
arrive surtout dans les vaisseaux prismatiques; il y en a 
de réticulés ; quelques-uns sont étranglés ou en cha- 
pelet ; enfin, ils peuvent être spiralés, ce sont alors les 
trachées : leur spirale est souvent déroulable, comme 
cela se voit dans le Sureau et la Scabieuse. 

Quant à la position respective de ces divers vaisseaux, 
elle est aussi très-variée. 

Les vaisseaux ponctués se trouvent partout, excepté 
dans l'étui médullaire, où l'on trouve surtout des tra- 
chées déroulables. 

Les vaisseaux en chapelet se rencontrent à la sépara- 
tion de la feuille et de la tige. 

Les vaisseaux scalariformes se montrent dans les Fou- 
gères, 

Les vaisseaux ne renferment jamais de corps solides, 
mais ils contiennent des liquides en grande abondance, 
surtout au moment de la séve : ces liquides sont l'origine 
des pleurs de la Vigne. Le moment de la séve passée, on 
y trouve de l'air. 

Ils se forment par la superposition de cellules dont les 
cloisons finissent par disparaître ; mais on en retrouve 
les vestiges dans les vaisseaux en chapelet. 

Position respective de ces trois organes élémentaires dans 



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REVUE DES GOURS SClENlIFIQnES. 



9 



hê végétaux. — Les cellules existent seules, à l'exclusion 
des deux autres espèces d'oi^ues élémentaires, dans 
les végétaux inférieurs, appelés quelquefois, pour cette 
raison, cellulaires. Elles existent aussi dans les parties 
extérieures de tous les autres végétaux, dans la moelle 
de toutes les Dicotylédonées et dans l'embryon. 

Les fibres constituent la partie ligneuse du bois et de 
l'écorce. 

Enfin, les vaisseaux sont en général entourés et pro* 
tégés par les fibres et par les cellules. 

Abhwd DfMUMH, phwimdM, prfptnlnr h Uméam. 



ÉCOLE DES MINES. 
MINÉRALOGIE. 

COURS DE H. OÀUBRiB 

■Ist^re de la mlrnSnOAglc. 

Les minéraux ont attiré l'attention des hommes à une 
époque très-reculée. Les anciens Grecs et les anciens 
Romains étaient métallurgistes ; ils employaient Tairain, 
l'or, l'argent et d'autres métaux, dont la production in- 
dustrielle nécessitait évidemment la connaissance des 
caractères dislïnctifs de différents minéraux. 

Les restes de bijoux et d'ustensiles égyptiens conser- 
vés dans les galeries de nos musées témoignent que 
bien avant les Grecs et les Romains, certaines notions 
minéralûgiques s'étaient développées. On peut même 
remonter plus haut, remonter à un Age oii les métaux 
étaient inconnus et où l'on n'employait que la pierre. 
Or, à cet âge, on se servait en Scandinavie, aussi bien 
qu'en Gaule, d'instruments de pierres de diverses na- 
tures, et principalement de jade^ substance verte du 
genre amphibole; ce qui exigeait aussi certaine étude 
des minéraux. 

Mais sortons de ce vague historique, et arrivons aux pre- 
miers essais tentés dans une voie quelque peu scienti- 
fique. 

Aristote le premier s'est occupé de classer les miné- 
raux. Dans sa Physique, il les partage en minéraux piei^ 
reux et en minéraux métalliques. 

Théophraste, qui vint après, fit connaître, dans un 
traité spécial de minéralogie, un certain nombre d'espèces 
mioéralogiques qu'il décrivit, et divisa les deux grandes 
classes d'Aristote en un certain nombre de genres. 

Après ces deux génies éminents, un long silence se fit 
quant à l'étude des minéraux, et il faut suivre le courant 
de l'histoire jusqu'au XVI* siècle de l'ère nouvelle, jusqu'à 
Agricola, pour rencontrer une description raisonnée re- 
lativement h l'époque. 

Agricola, dont le vrai nom était Bauer, naquit en 
Bohême. Wemer le qualifie de père de la métallurgie. Le 



premier, en eflet, il exposa avec soin, dans un ouvrage 
considérable publié à Bâle, l'ensemble des procédés mé- 
tallurgiques et les caractères des minerais qu'il importe 
au mineur do connaître. On rencontre en cet ouvrage, à 
côté d'une foule de données pratiques d'une grande 
exactitude et d'une foule d'observations utiles, un grand 
nombre de réflexions mystiques et cabalistiques sur les 
pierres, sur leur rôle dans la vie humaine, sur leurs 
propriétés médicinales, etc., sur la formation des mine- 
rais sous l'influence des planètes. 

Dans un petit livre publié en 1500 et écrit proba- 
blement sous l'influence d'Agricoln, on voit, dans de 
curieuses gravures, les filons de diflérents métaux appa- 
raître au moment où telle et telle planète apparaissent à 
Thorizon. 

Au siècle dernier, une extrême confusion régnait en- 
core dans les notions minéralogiques, confusion expli- 
cable, il est vrai, par l'imperfection contemporaine des 
connaissances chimiques. 

Dans les livres importants publiés par Valmont de 
Bomare, en 17ù2, et par Stahl en 1767, on voit réunis, 
sous le nom commun et générique de schoris, des miné- 
raux, tous bruns ou noirs et très-peu fusibles, tels que la 
staurotide, la tournaline, le pyroxène, te basalte, etc., 
substances en réalité fort différentes. 

D'autre part, des substances presque identiques sont 
tout à fait séparées les unes des autres. 

On n'envisageait alors, pour la distinction des espèces, 
que la forme, tandis qu'il faut envisager, pour arriver à 
l'exacte vérité^ la nature et la composition des corps. 

Ainsi, on dissociait les différentes espèces de chaux 
carbonatées suivant leurs aspects : le spath d'Islande, le 
marbre, l'albâtre, la pierre lithographique, le calcaire à 
bâtir, la chaux en rognons, la craie, la stalactite cal- 
caire, etc., toutes substances chimiquement identiques, 
qui ne sont aujourd'hui que des variétés d'une môme 
espèce , étaient considérés alors comme autant d'es- 
pèces distinctes. 

On distinguait de la même façon le cristal de roche, 
l'améthyste, le silex, la pierre à fusil, l'agate, les sables 
siliceux, qui ne sont que des variétés de quartz. 

C'est à l'illustre Werner, professeur à Freyberg en 
Saxe, que remonte, à vrai dire, l'ère scientifique de la mi- 
néralogie. Depuis la venue de cette homme éminent, la 
minéralogie a fait des pas rapides, gr&ce à la triple étude 
des caractères extérieurs, géométriques et chimiques des 
minéraux. 

Les caractères extérieurs ont attiré presque exclusive- 
ment l'attention de Werner. Agé à peine de vingt-quatre 
ans, Werner publia, sous le titre de Traité des caractèret 
extérieurs des minéraux, un petit livre très-concisj dans le- 
quel il indique avec une exactitude remarquable la ma- 
nière de distinguer les espèces minéralogiques; il y ajoute 
même un essai de classification. 

C'était en 177&, époque à laquelle la chimie était peu 
avancée. Eh bien, on est surpris de la sagacité, frappé de 



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RBVtJE DBS COUftS SCIEfïTiFlOUîS. 



3 ïifcxMeRt 



la finesse d'intuUion que Wefnep a dû mettre en cbuvre 
pourarm«r, parla seule voie des caraotères extérieurs, 
à une elassi&eatîon aussi ratlonoelle. 

L'emploi de ces caractères extérieurs est précieux, 
disons'le tout de suite, dans la pratique de la minéralo- 
giei Ils ont l'avantage de pouvoir être con^atés Insfan- 
tanément ou par des épreuves très^simples, et dans beau- 
coup de cas ils sont suffisants pour déterminer la nature 
d'un minéral. 

L'ensemble des travaux de Wemer oonstitue ce qu'on 
pourrait appeler dans l'histoire de la minéralogie la 
phase d«s caractères extérienra. 

Elle est suivie de la phase géométrique ou tristallo- 
grapkique, 

lies formes géométriques ont reçu de bonne heure le 
nom de formes cristallines. On s'imaginait, dans l'atiti- 
quilé, que les eristaux étaient des biiiarreries de la nature; 
oti les prenait pour de l'eau congelée d'une lïiçon parti- 
culière. 

Stenon, savAnt danois, entrevit le premier, aux\li* siè- 
cle, l'importance des formes cristallines; fnais les deux 
Fratiçais Romé de Lisle et HaOy sont les fondateurs de 
la vraie science des cristaux, ou cristallographie. 

Romé de Lisle, dans ses deux ouvrages fondamentaux, 
publiés en 1772 et 1783, indiqua pour la première fois 
le fait ftjndamental de la constance des angles dans les 
parties homologues des cristaux d'une même espèce, et 
détermina, aussi pour la pretniëre fois, les relations et les 
analogies des différentes formes cristallines. 

Haû; développa cës principes, et organisa sur un 
fond Solide toute la science cristallographique. 

Les formes cristallines sont d'ailleurs très-communes. 
Longtemt>s on les a ignorées, parce que beaucoup de 
cristaux sont très*petits, 6t alofs ne s'<i perçoivent pas à 
I'cbU nu, et aussi parce que souvent les cristaux s'enche- 
vêtrent^ s'emboîtent, de manière b disparaître et & former 
Une masse amorphe. 

Le caractère cristallin est fort important en minéra- 
logie, et 11 ne doit pas être plus négligé que les autres. 

Après ta phase géométrique est arrivée la phase chi- 
mique^ phase capitale, et qui a constitué la minéralogie. 

La première tentative de classification minéralogique 
fondée sur Id chimife fut faite eu I7ft7, par un Suédois, 
nommé Valerius. Après lui viennent beaucoup d'autres, 
et chose cUriètiSe, presque tons aussi Suédois, qui trarail- 
Icttt dans la métne direction. Les noms de Cronstedl, de 
Bei^;mann et de Gahn, sont inscrits d'une manière indé- 
lébile dans l'histoire de ta science. 

Mais le plus illustre de tous, celui qui a davantage 
contribué aux progrès chimiques de la mihéralogie, est 
Betzellas, bé en 1719 à Linkœping, en Suède, et mort à 
Stdcliholm, eti 18^8. Berzelius a efi'ectué un nombre 
considérable d'analyses minéridoglques qui resteront 
comme des modèles, et sa découverte du chfllumeaU est 
Un Immense service rendu à ta science. It a éclairci Ilils- 
toiré enllèt« des silicates, et élucidé^ \^o\it ainsi dire, 



toute la minéralogie, pâr l'introdoction de sOtt système 
de formules destinées à représenter la composition des 
minéraux. 

Après les travaux de Berzelius sur l'analyse des sub- 
stances minérales, se placent naturellement les travaux 
exécutés par d'autres savants sur Is synthèse de ces 

substatices. 

Ces derniers travaux sont partis presque tous de l'é- 
cole des mines, 

M. Berthîer, en commun avec M. Mitscherlich, repro 
duisit le premier des silicates cristallisés. 

Bans cette direction le suivirent Ebelmen, enlevé à la 
science d'une manière si prématurée ; de Sonarmont, 
mort aussi a l'âge où l'on espère encore, et d'autres que 
je ne citerai pas, puisqu'ils sont & côté de nous et qu'ils 
vous communiquent directement le résultat de leurs re- 
cherches. 

Ces travaux synthétiques ont un grand intérêt, au point 
de vue scientiûque; seuls, ils peuvent expliquer le mode 
possible de formation des espèces minérales dans les 
périodes géologiques, et donner une idée des méta- 
morphoses qui se sont accomplies dans la formation do 
l'écorce du globe. 

Un mot, en terminant, sur la minéralogie en elle- 
mérae. 

Inutile d'insister sur sa valeur extrinsèque, c'est-à-dire 
sur son utilité. Personne ne conteste sa nécessité pour 
la reconnaissance et l'exploitation des minéraux. 

Inutile aussi de rappeler les emplois divers des miné- 
raux dans les arts de toutes sortes. 

Il convient seulcnienl d'appeler l'allention sur la fa- 
çon dont elle doit être étudiée. ËIlc ne doit pas l'être 
dans les livres, elle doit l'être dans les galeries. Le but 
est de connaître le faciès et les propriétés des minéraux. 
Or, 1] est impossible de se représenter ce faciès et de se 
rappeler ces propriétés, au moyen de la lecture d'une 
description, fitl-elle cent fois répétée. Rien ne supplée à 
la vue effective, ni au contact direct des espèces minera- 
logiques elles-mêmes. Il faut voir, il faut loucher les 
échantillons : ainsi seulement la minéralogie se peut ac- 
quérir. — Fcraand PapillM. 



COLLÈGE DE FRANCE. 

PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE (1). 

COVBS DE H. CLAUDE BEUfAAD 
(de riustilut). 

XIV. 

ttca novTeaieiU* réIlejtM. 

Dans les leçons précédentes, nous avons étudié les di- 
vers éléments que présente le système nerveux, et le 

(1) Dans 11 première partie de ce cours (voy. les n'* 19, 22, SA, 
57, 29, 34i 35i 38, 42, 43, 44, 4.'>, 4R, fiO et 5i de la première an- 



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186&. 



REVUE DBS COURS SCIENTIFIQUES. 



11 



rôle de chaËuo d'eux dans les actions complexes pro- 
duites sous riaflueoce de ce système. Le moment est 
donc venu d'aborder ces actions complexes elles-mêmes* 
pour en bien déterminer les circonstances et les effets. 

Uijsième nerveux tout entier peut se ramener à deux 
espèces d'éléments des fibres sensilÏTes ou motrices et 
des cellules placées soit à la périphérie du corps pour y 
recueillir des impressions diverses, soit dans les centres 
nerveux pour y servir d'origine aux différents nerfs, soit 
eofia s l'endroit où les fibres immergent dans le tissu 
musculaire. Du reste, ces deux espèces d'éléments ont 
ose importanGe fort inégale. Les fibres n'ont pas d'autre 
râle à jouer que celui de conducteurs de l'infiuence ner- 
veuse, tandis que les cellules sont les organes où se mo- 
difient et se transforment les propriétés des divers élé- 
meots nerveux. Les fibres constituent la substance blan- 
che, et les cellules la substance griso. 

En examinant comment les choses se passent à l'état 
normal, nous voyons que tout phénomène nervetix, sans 
exception, se traduit finalement par un mouvement. 
Quelle que soit d'ailleurs la nature de ce mouvement, il se 
produit toujours dans une fibre musculaire pnr l'InRuence 
d'un nerf moteur qui la fait contracter. AinM donc, no 
l'oublions pas, ce qui doit faire désormais l'objet de nos 
éludes, ce sont des mouvements. Toute )a physiologie 
peut se ramener h ce point, car aucun phf^noméne ne 
peut s'accomplir dans l'être organisé sans un mouvement 
quelconque. 

On distingue chez les animaux deux grandes espèces 
de mouvements : 1* les mouvements conscients ou volon- 
taires; 2* les mouvements inconscients, involontaires ou 
réfiexes, car, sous des noms divers c'est toujours la même 

chose. 

Nous parlerons d'abord des mouvements réflexes, des 
diiïéreates formes qu'ils peuvent affecter et de la part 
qu'ils prennent aux divers phénomènes vitaux. 

Le mouvement réflexe est un mouvement dans lequel 
: toacourent toujours trois ordres d'éléments distincts 
I du système nerveux, l'élément sensllif, l'élément moleut 
I et h cellule. Si l'on produisait un mouvement sans une 
de ces conditions, sans la participation d'un de ces élé- 
ments, ce ne serait plus un mouvement réflexe. En effet, 
lOQl mouvement réflexe suppose trois choses bien dis- 
tiocles: 1* une excitation du nerf sensitifà un endroit 



Ht, S29, 305, m, M6, A70, 401, 629, 596. 634, 631, 
Ht, 019, 721 «i 740)< Après avoir coniacré cinq leçoni k l'exposi- 
i-ùm d'idée* générilei, d'abord sur lei organiimea et les milieux phy- 
inlotitm, poia sur YirrUaUtUé et l'explication des phéDomènes d« la 
TV, M. Oaude Bernard a sueeessiveiDeot èbiàié les propriélis du lisftu 
ounciOe (moaTements ciUaire, iarcodique et musculaire), et celles 
^ diTenei parties du système nerveux, nèrf moteur, nerf sensflif, 
Mdie épinière, avec les Irritants qui font entrer en action ctucon 
te tes âémenU Utioloi^^». K comoMliM m^oardlnri l'étwie dM 
tt' M iia ta eumpl wés «aKpwb «ancwirénl tow tm «émetitt, — c. a. | 



quelconque de sa longueur ; l'ébranlement a lieu dans 
tous les sens, mais le nerf sensitif le transmet plus par- 
ticulièrement au centre^ parce qu'il y a 1& des propriétés 
spéciales; 2° une excitation du nerf moteur qui se tra- 
duit par la contraction d'un muscle ; 3" un centre qui 
serve de transition et, pour ainsi dire, de trait d'union 
entre ces deux éléments, de manière k produire l'irrita- 
tion du second sous l'influence de l'irritation du pre- 
mier. 

Voici une grenouille à laquelle on a coupé la téte. En 
lui pinçant la patte, nous observons immédiatement une 
rétraction de cette patte pour échapper k l'instrument 
qui la blesse. Eh bien, nous trouvons \k le circuit corn-' 
plet avec les trois éléments que nous venons d'indiquer : 
un nerf senulif irrité mécaniquement par notre pincr^ 
un centre, la moelle épinière, qui transmet cette irrita- 
tion à la cellule motrice ; enfin un nerf moteur irrité à 
son tour qui agît sur la fibre musculaire pour la faire 
contracter. Il faut ajouter la fibre musculaire, qui est 
évidemment indispensable à ia production du mouve- 
ment. Ainsi, quatre éléments concourent néoessairc- 
ment dans les actions réflexes, et la suppression ou In 
mort d'un seul d'entre eux suffit pour rendre ces actions 
tout à fait impossibles. Quand un animal est paralysé, on 
ne peut donc pas dire immédiatement quelle est la cause 
de ce trouble organique, car il peut y en avoir quatre 
qui Texpliquent aussi naturellement l'une que l'autre, et 
l'on est ainsi contraint k chercher des raisons ou des feita 
qui permettent de découvrir entre ces quatre oauseï 
possibles celle qui a effectivement agi dans le cas pré-, 
sent. 

Nous possédons maintenant la. notion essentielle du 
mouvement réflexe. Cherchons donc il déterminer les 
conditions nécessaires de sa production. 

Mais avant tout, il faut reconnaître et proclamer hau- 
tement que ce genre de mouvement est incomparable- 
ment le plus commun dans l'oi^anisme vivant, car 
tous les phénomènes de la vie de nutrition s'accom- 
plissent exclusivement soua son influence* Dans le cercle 
d'action propre au système cérébro-spinal, il se combine 
avec les mouvements directs et joue encore un fort 
grand rôle, comme nous aurons occasion de le constater 
plus tard. 

La contradiction la plus profonde, l'opposition la plus 
complète semble exister entre les mouvements directs 
et les mouvements réflexes. Quand les uns augmentent 
d'intensité ou d'étendue, les autres diminuent dans la 
même proportion, sous les mêmes rapports, et on ne les 
voit jamais suivre une marche parallèle dans quelque 
sens que ce soit. On a remarqué en effet, il y a lonf^ 
temps déjà, que pour exagérer la force des mouvements 
réflexes, il faut décapiter l'animal* Si Ton prend une gre- 
nouille ayant encore son cerveau intact, et que l'on me- 
sure sa sensibilité au moyen d'une eau acidulée asseï 
faible, on voit que cette eau n'a auottbo action sur se* 
nerfs sensilifs. Mus qu'on lui coupe la tété et qu'on 



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REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



3 D£CEHBRS 



plonge de nouveau ses pattes dans la môme eau, l'irrita- 
tion se produira aussifôl, parce que l'action contraire du 
cerveau a été supprimée. 

L'influence du cerveau tend donc à entraver les mou- 
vements réflexes, à limiter leur force et leur étendue. 
Mais où réside précisément cette influence? Quelle partie 
de l'encépbale arrête ain^ les mouvemeols réflexes, et 
comment cette action se produit-elle ? Voilà ce qui reste 
à déterminer. On pourrait bien se flgurer que l'influence 
ou ïa vibration nerveuse ayant alors un chemin plus long 
à parcourir, puisqu'elle doit se propager jusqu'au cer- 
veau, en revient un peu afiaiblie, après avoir traversé ce 
long circuit. Mais quoique celte considération ne soit 
peut-être pas dénuée de tout fondement, elle ne parait 
point suffisante pour expliquer les faits, et la question se 
pose toujours comme auparavant : Pourquoi le cerveau 
apporte-t-il un obstacle notable à la propagation des 
mouvements réflexes, et où réside celte résistance spé- 
ciale? Est-elle uniformément répandue dans le cerveau 
tout entier, ou devons-nous la chercher dans certaines 
parties déterminées de cet organe ? C'est la question du 
centre modérateur des mouvements réflexes, question fort 
agitée dans ces derniers temps, et résolue au moins en 
partie, grftce à de savants travaux. 

Latbéorie qui semble maintenant bien établie, on peut 
dire à peu près incontestable, c'est celle qui place ce 
centre modérateur dans une région déterminée du cer- 
veau, et dénie aux autres parties de l'encéphale toute in- 
fluence sur les mouvements réflexes. Ce point si intéres- 
sant se trouve situé daus les tubercules optiques, au 
moins chez la grenouille, qui a été le sujet ordinaire de 
toutes les expériences. 

Pour prouver le rapport d'un organe avec une fonction 
déterminée, il se présente à nous deux moyens bien 
distincts, mais également concluants. Le premier, c'est 
de supprimer l'organe et de montrer alors que la fonction 
est supprimée en même temps. Le second, c'est d'exa- 
gérer son action en le surexcitant d'une manière quel- 
conque, et de faire voir en même temps daus la fonction 
une exagération parallèle des phénomènes. Eh bien, 
nous allons appliquer ces deux méthodes opposées pour 
démontrer l'action directe du cerveau, ou plutôt d'un 
certain point de cet organe sur les mouvements réflexes. 

On prend une grenouille ou tout autre animal qui 
puisse résister assez longtemps à des mutilations pro- 
fondes de l'encéphale. Si l'on coupe progressivement les 
ditTéreotes parties du cerveau, en commençant par la 
région postérieure, on ne change rien aux actions ré- 
flexes, qui continuent à se produire comme auparavant, 
avec la même intensité, la même vitesse, la même éten- 
due. Mais dès que l'on arrive, dans cette mutilation sans 
cesse progressive, à supprimer tout ou partie des lobes 
optiques, les actions réflexes deviennent immédiatement 
plus faciles et plus promptes, et la force excito-motrice 
augmente notablement, comme on peut s'en connin- 
cre avec l'eau acidulée. Prenons maintenant une gre- 



nouille parfaitement intacte, et mesurons sa force excito- 
motrice toujours au moyen d'un acide étendu, comme 
l'acide sulfurique extrêmement dilué. Cette opération 
terminée, ouvrons le crâne de l'animal afin de pouvoir 
exciter directement les tubercules optiques par un mode 
quelconque; l'influence de ces lobes s'accroîtra alors eo 
raison de cette excitation anormale, et les mouvements 
réflexes seront tellement entravés qu'ils ne se produiront 
quelquefois plus du tout, même en plongeant les pattes 
de l'animal dans les dissolutions acides les plus concen- 
trées. 

Toutes ces expériences sont d'une grande exactitude. 
Elles ont du reste été faites pour la plupart dans le la- 
boratoire de M. Claude Bernard, et sous ses yeux. 

Voici à peu près la pensée qui a présidé à tous ces 
travaux. Elle peut se résumer en ces termes, c'est qu'il 
y a une action et une réaction réciproque de tous les élé> 
ments nerveux les uns sur les autres. Mais quel est le 
mécanisme de celte réaction, voilà ce que nous ne sa- 
vons pas bien. Cependant Tinfluence paralysante qu'exerce 
le cerveau sur les mouvements réflexes n'est pas un fail 
isolé ; on peut lui trouver des analogies dans divers phé- 
nomènes physiologiques, et il y a d'autres expériences 
faites sur des points, d'ailleurs très-difi'érents en eux- 
mêmes de la question présente, et qui ont donné des 
résultats tout à fait comparables à ceux que nous venons 
d'obtenir. 

Ainsi, vous vous souvenez qu'en traitant du nerf mo- 
teur, nous avons constaté qu'un courant électrique pas- 
sant à travers le nerf dans une direction rigoureusement 
perpendiculaire à son axe ne produisait aucune irritation 
du nerf, et par suite aucune contraction du muscle : tous 
les expérimentateurs ont reconnu l'exactitude de ce fait. 
Cependant cette électricité qui traverse ainsi le nerf 
n'est pas dépourvue de toute action sur lui; si elle ne 
l'irrite pas, elle constitue par contre un obstacle très-bé- 
rieux au passage de l'influence nerveuse. En effet, lorsque 
Ton veut exciter le nerf plus haut avec un autre courant 
électrique, disposé cette fois en mettant les deux pôles 
à des hauteurs inégales, de manière à produire l'efl'et dé- 
siré, il faut employer un courant huit ou dix fois plus 
fort tant que le premier courant continue à passer, et dès 
qu'on le supprime on rentre aussitôt dans les conditions 
normales. C'est probablement une action de ce genre qui 
se produit sur les mouvements réflexes, sous l'influence 
des lobes optiques ou tubercules quadrijumeaux. 

Voilà donc un premier point démontré en physiologie, 
c'est que les mouvements réflexes de la vie auiniale se 
combinent avec les mouvements directs et sont affaiblis 
par eux. 

Prenons maintenant une autre grenouille, et coupons- 
lui simplement la moelle épinière, pour détruire l'in- 
fluence du cerveau. Si nous plongeons une des pattes 
postérieures de cet animal dans de l'eau acidulée, il re- 
tire d'abord cette patte : c'est donc le premier point 
excité par le contact de l'acide. Puis il agite l'autre patte. 



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REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



43 



et si la force excilo-motrice est suffisante et l'acide assez 
concentré, les raouvements réflexes se propagent ensuite 
dans le reste du corps, et DOtamment aux membres anié- 
rieuK. Ceci prouve bien qu'il y a des entrecroisements 
dans tous ces mouvements et des communications dans 
tous les sens entre les divers éléments nerveux qui y 
prennent parL Celte propagation des mouvements ré- 
flexes dans tout le corps se fera avec une grande rapidité 
si la force excito-raotrice est considérable. Mais quand 
l'excitalioD est faible, cette excitation, ou, si l'on veut, 
la vibration nerveuse, ne se transmet qu'au membre sou- 
mis à l'action de l'acide ou môme à la seule racine anté- 
rieure correspondant à la racine postérieure irritée. En 
supposant une excitation un peu plus vive, le mouve- 
ment se communiqueia à la paire de racines situées en 
face du côté opposé de la moelle ; puis il pourra se pro- 
pager en haut et en bas plus ou moins loin, suivant l'ac- 
croissement d'intensité plus ou moins considérable 
qu'aura pris la force excito-motrice. Mais n'oublions pas 
que la localisation sera quelquefois Irès-grande. Ainsi, 
quand on pince un seul doigt sur un animal fatigué, il 
peut arriver quelquefois que ce seul doigt remue sans 
ébranler le moins du monde les parties voisines. 

Les actions réflexes sont répandues dans tout l'orga- 
Disme, avons-nous dit tout à l'heure. Il y a en effet des 
mouvements réflexes dans les nerfs de la peau, dans les 
aerfs des sens spéciaux, dans les nerfs de la sensibilité 
ioconsciente, enfin dans les nerfs qui se distribuent à 
tous les muscles, et c'est même, comme nous l'explique- 
rons plus tard, la véritable cause du ton musculaire. 

Comme exemple de mouvements réflexes dans les nerfs 
de la peau, nous pouvons citer les grenouilles, cbez les- 
quelles ils prennent un développement fort notable et une 
importance souvent très-grande. 

Parmi les mouvements réflexes des nerfs de sensibilité 
spéciale, qu'il nous suffise d'indiquer pour le moment 
ceux du nerf optique. L'irritation de ce nerf, faite par un 
moyen quelconque, n'occasionne jamais aucune dou- 
leur, mais elle produit une sensation toute particulière, 
la sensation lumineuse. Cette sensation se traduit elle- 
même par une contraction de la pupille, qui se referme 
plus ou moins complètement et avec une rapidité plus 
ou moins grande, suivant les cas, lorsque l'œil est frappé 
d'une vive lumière dont les rayons pourraient blesser la 
rétine s'ils y arrivaient en quantité trop considérable. 
Ce phénomène est le résultat d'une action réflexe dont 
nous allons expliquer le mécanisme. 

La membrane de l'iris reçoit plusieurs filets d'un nerf 
ciliaire qui part d'un petit ganglion placé derrière Tœil, 
el qui communique lui-même avec un rameau de la 
troisième paire nerveuse, le nerf oculo-moleur com- 
mun. Le circuit se continue ensuite par le centre encé- 
phalique, origine de ce dernier nerf, pour revenir à l'œil 
par le nerf optique. Ceci posé, coupons le nerf optique : 
l'animal devient immédiatement aveugle, et comme il 



ne reçoit plus d'impression lumineuse, sa pupille se di- 
late d'une manière considérable. Qu'on excite mainte- 
nant le bout central du nerf optique, il ne se manifestera 
pas, sans doute, la moindre trace de douleur, puisque 
nous venons de dire que ce nerf était incapable d'en 
ressentir ou d'en transmettre aucune au cerveau; mais 
on produira ainsi une impression lumineuse, toute sub- 
jective, car elle ne correspond à aucun phénomène réel 
dans le monde extérieur, dans le monde des objets, et 
cette impression purement subjective amènera la con- 
traction de la pupille, absolument comme si l'œil avait 
été réellement frappé par les rayons d'une lumière quel- 
conque. Voilà donc un mouvement réflexe, inconscient, 
qui est certainement dû à l'action du nerf optique. Et 
nous pouvons ajouter, de plus, que dans ces phénomènes 
l'influence est croisée, car, bien que nous n'agissions que 
sur un seul œil, ou plutôt sur une seule des moitiés de 
l'encéphale, les mêmes mouvements se produisent aussi 
dans l'antre. 

Les expériences faites récemment par M. Claude Ber- 
nard pour établir qu'un ganglion du grand sympathique 
peut servir de centre dans une action réflexe, ces expé- 
riences, détaillées à la leçon précédente, nous fournis- 
sent un autre exemple de mouvement réflexe produit 
par un nerf de sensibilité spéciale. Noos avons vu, en 
effet, qu'en irritant le nerf lingual avec un corps sapide, 
comme du vinaigre, on provoque une abondante sécré- 
tion de salive dans la glande sous- maxillaire, el ce phé- 
nomène parfaitement inconscient constitue évidem- 
ment une action réflexe. Ici encore, comme nous l'avons 
vu pour le nerf optique, l'influence est croisée ; car si 
l'on agit exclusivement sur la partie droite du nerf lin- 
gual, la glande sous-maxillaire du côté gauche ne s'en 
met pas moins à sécréter de la salive comme celle du 
côté droit, avec cette seule différence que le phénomène 
se manifeste d'abord sur la glande droite et larde un peu 
plus à se produire sur la glande gauche. Aussi n'est-il 
pas étonnant qu'en coupant toute la partie droite du 
nerf lingual on n'arrête pas pour cela la sécrétion de la 
salive dans la glande correspondante. En effet, il reste 
toujours à cette glande l'action croisée qu'exerce sur elle 
le rameau gauche du nerf lingual, et celte action suffit 
parfaitement pour amener la sécrétion. 

Après les mouvements réflexes dus aux nerfs de sensi- 
bilité spéciale, nous trouvons ceux que produisent les 
nerfs de sensibilité inconsciente, c'est-à-dire, en d'autres 
termes, les actions réflexes du système nerveux grand 
sympathique. 

Parmi les mouvements de ce genre soumis à l'influence 
de ce système, nous devons citer tout de suite les actions 
qui se passent dans les nerfs pupillaires. Sans doute, nous 
avons déjà montré que l'irritation du nerf optique pou- 
vait très-bien les provoquer, et il semble d'abord que 
cela surBse à leur explication; mais il ne faut pas s'élon- 
ner de nous voir invoquer maintenant J'actîon tdu grand 
symphatique, car il n'est pas rare que des causes mul- 



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46 



RIEVOE DES COURS SCOUmPIOUBS. 



S DfCBMBftE 



liples concourent à U production des mêmes mouve- 
ments réflexes, et l'on a consisté souvent que trois ou 
quatre influences diverses pouvaient ainsi se réunir pour 
participer à un phénomène unique. Les mouvements de 
la pupille en fournissent un excellent exemple. Ils ont 
beaucoup occupé les physiologistes et ics médecins parce 
qu'on ks a observés dans un grand nombre de circon- 
stances diverses, et l'on a pu fc convaincre facilement 
qu'il ne fallait pas toujours les rapporter à la môme 
cause. Us se produisent en effet d'abord par l'action de 
la lumière sur le nerf optique : c'est le cas que nous ve- 
nons d'examiner tout à l'heure ; puis par suite des sen- 
sations douloureuses communiquées aux nerfs de la 
peau; enfin par l'influence du grand sympathique dans 
certaines maladies particulières qui troublent l'élal nor- 
mal de ce systènoe. Peut-être même ces trois causes ne 
sont-elles pas les seules qui puissent produire ce résultat, 
et devrions-nous en ajouter d'autres encore. Mais au 
moins l'action du grand sympathique est-elle incontes- 
table, car les médecins ont observé certains mouvements 
de ta pupille dans les maladies des intestins qui réagis- 
sent sur ce système. Du reste, on peut supprimer cette 
action en coupant le fllet du grand sympathique qui se 
r«id dans cet oj-gane, et cela prouve encore mieux la 
réalité du rôle que nous lui attribuons. 

Toutes ces actions réflexes sont encore croisées, c'est- 
iHlire qu'elles se propagent d'un côté du corps à l'autre^ 
«t cette circonstance prouve que le système cérébro- 
spinal prend une certaine part à la production du phé- 
nomène, car c'est dans l'axe principal de ce système que 
doit se Caire le croisemenl. 

Enfla, nous trouvons aussi dans tes nerfs de sensibilité 
inconsciente des mouvements réflexes qui ne sont pas 
croisés et qui sont les seuls dus réellement et exclusive- 
ment k des ganglions do grand sympathique. Du reste, 
la distinction des deux systèmes nerveux est devenue 
aujourd'hui assex tague, puisqu'on a constaté, d'une ma- 
nière certaine, qu'il y a des ttUments spéciaux du grand 
^mpathique réunissant ce système, dans une fouie de 
points, aux diverses parties du système cérébro-spinal. 
U est dès lors tout naturel que les ncti(His réflexes soient 
croisées, puisque le croisement se produit dans la moelle 
épinièrc. 

Ce n'est pouiHant point 1& une règle sans exception, et 
il y a des mouvements réflexes qui échappent à cette loi. 
Ainsi, les expériences de M. Claude Bernard sur les sé- 
erétioRS des glandes salîvaires développées à la fin de la 
dernière leçon, ces expériences pci mettent de distinguer 
deux actions réflexes très-différentes, partant toutes les 
4eH% donerf lingtial, mais ayant des centres tout à fait 
séparés, et qui peuvent, l'une comme l'autre, provoquer 
la sécrétio* de la s«li\% dans la glande sous-maxillaire. 
La première se produit en irritant le nerf lingual avec 
Un corps sapide quelconque, %'inaigre ou autre : elle a 
son centre dans le cerveau, et elle est naturellement croi- 
sée, ainsi que nous l'jmns dit tout à l'heore m la citant 



comme exemple d'action réflexe due un nerf de sensi- 
bilité spéciale. La seconde résulte de l'irritation du nerf 
lingual, non plus par un irritant spécial, mais par un ir- 
ritant qui agisse sur tous les nerfs, un irritant mécanique, 
je suppose, pincement, piqûre ou autre ; le centre de 
cette action réflexe se trouve placé dans un ganglion du 
grand sympathique, le ganglion sous-maxillaire, et celte 
fois le mouvement n'est plus croisé. Quand on excite seu- 
lement le côté droit, la glande droite entre en sécrétion, 
mais celle de gauche n'est aucunement modifiée dans 
son état, et si l'on agit ensuite sur le cAlé gauche, le 
même résultat se produit en sens inverse. Mais il est évi- 
dent que pour pouvoir constater le phénomène, fl faut 
d'abord uipprimer U première action réflexe, qui a son 
centre dans le cerveau et qui provoquerait toujours une 
vive sécrétion des deux glandes à la fois. 

Il y a d'autres cas encore oh la croisement du mouve- 
ment réflexe ne peut s'opérer. Moins bien isolés peut- 
élrc que l'exemple précédent, ils n'en sont pas moins 
incontestables, surtout dans le système vasculaïre. 

Le cœur reçoit des impressions plus ou moins vives de 
tous les nerflsde la peau, et ces impressions arrêtent son 
mouvement pendant un temps très-court. Il est vrai, ce 
qui nous empêche de le remarquer sur nous-mêmes. Mais 
on peut le constater facilement en plaçant un manomètre 
sur une grosse artère; grAcc à ce moyen, on suit avec 
certitude toutes les variations que subissent les pulsations 
du pouls, et, par suite, tes mouvements du cœur qui en 
sont ta cause première. Nous avons 00601*0 là des actions 
réflexes, et nous pouvons les rapporter fa l'influence du 
nerf spinal et du nerf pneumogastrique, car elles ne se 
produisent plus dès qu'on a coupé ces deux nerfs. Du 
reste, ici encore l'action est croisée, car on peut la faire 
naître dans le eMé droit en agissant sur le nerf spinal du 
côté opposé, et rtîciproquement. 

Mais les nerfs vaso-moteurs nous fournissent des mon* 
vements réflexes non croisés, emme ceux de la glande 
sous-maxillaire que nous rappelions fa Tinstant. Ainsi, 
quand on pince l'oreille d'un lapin, on provoque des nc- 
ti(Mis réflexes qui amènent la contraction et la dilatation 
des vaisseaux sanguins. Ces actions se produisent par 
suite de ta communication de la sensation douloureuse à 
un ganglion du grand sympathique, nommé le gengtion 
cervical, cl qui réagit à son tour sur les nerfs vaso-mo- 
teurs. Mais si l'on n'a pincé qu'une des oreilles, les phé- 
nomènes se manifestait seulement dans tm côté de la 
tête, et l'autre cAté y demeure parfaitement étranger. Le 
croisement de l'influence nerveuse n'a donc pas eu lien. 

Ainsi la physiologie ne connaît pas seulranent des ac- 
tions réflexes qui se propagent de prot'he en proche et 
plus ou moins loin, suivant la forée de l'ébranlement pri- 
mitif. Ce sont Ifa les mouvements réflexes généi aux, éfo^ 
tement enchevêtrés les uns dans les autres, et qui peu- 
vent s'engendrer réciproquement d'une manière presque 
indéfinie. Mais ce n'est pas tout. N y a aussi des mouve- 
ments réflexes qtéciaux qui ne se généralisent Jamais, 



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RBVUB DBS GOUHâ SClENTI^im 



15 



comme les précédenis, à travei-s rorganiuiie entier, 
mais restent toujours localisés dans certaines régions dé- 
ternilnées où ils ont pris naissance. Les raouvcments de 
ce genre se reacoatrent surtout dans le système vaso- 
moteur et dans toutes les sécrélioQs internes. Du reste, 
leoréUide est fort difficile, et ils sont bien loin encore 
d'être complètement connus. Le mécanisme des mouvc- 
meots réflexes généraux commence à s'éclaircir un 
mieux, et, après avoir terminé l'étude rapide que nous 
faisons de leurs principales espèces, nous montrerons 
tout à l'heure comment ils s'emboîtent les uns dans les 
autres, comment ils se coordonnent dans l'harmooieuse 
uDÎté des actions vitales. 

Comme nous l'avons vu précédemment, le cerveau 
exerce sur les mouvements réflexes one certaine in- 
flaeoce que nous avons caractérisée déjà en l'appelant 
acUoo modératrice. Quand on a retranché l'encéphale, 
les mouvements réflexes font vivre encore l'animal pen- 
dant va certain temps; mais il est réduit aloK k un état 
complet d'autonoatisme. S'il se meut encore, ce ne sera 
plus que sous l'impulsion des influences extérieures; 
tant que tous le laisserez en repos, il n'aura pas la 
moindre envie d'en sortir et ne bougera jamais tout seul, 
car on lui a enlevé l'excitant physiologique par excel- 
lence de tous les mouvements spontanés, à savoir, le eer* 
veau, oi^ne de la volonté. 

Quand on veut faire des expériences de ce genre, on 
opère le plus souvent sur un oiseau, qui supporte bcîie- 
ment ces mutilations encéphaliques. C'est ce qu'a fait 
M. Fiourens dans la plupart de ses travaux. Supposons 
donc qu'on enlève l'encéphale d'un oiseau, d'un galli- 
oaré par exemple. Ainsi mutilé, il vole quand on le 
jette en l'air, remue si on le touche, avance quand on le 
pousse, retire sa patte si on la blesse; il avale même le 
gnin qu'on met dans bec: mais voiik tout. 11 ne sait 
plos chercher sa nourriture ou faire usage de ses sens, et 
il est devenu incapable de prévoir comme d'évilcr le dan- 
ger, La môme opération a également été pratiquée sur 
des petits de mammilères pendant la période de l'allaite* 
ment, et l'on a pu constater ainsi que, malgré l'absence 
du cerveau entraînant la suppression de tout mouvement 
wkntaire, le seul contact du mamelon de ta mére sur le 
museau du petit animal suffisait pour l'inviter k la soc- 
cioD, phénomène qui ne peut être dû évidemment qu'à 
me action réflexe. Voict un jeune chat nouvean-né qui 
a subi cette mutilation de l'encéphale; les cris aigus qu'il 
pousse ne doivent pas vous induire en erreur, car eux 
ni»i sont dus à des actions réflexes qni mettent en jeu 
les muscles du larynx. 

Les mouvements réflexes persistent toujours, pendant 
te repos coosme pendant le mouvement des membres, 
rous l'influence de la volonté. C'est à eux, en effet, qu'on 
doit rattacher un phénomène très-intéressant dont il a 
déjà été question dans ce cours à propos de la substance 
contractile. Nous voulons parler du ton musculaire qui 
maintient eotutamment tous les muscles dans un état 



particulier de demi-contraction déterminant la forme gé- 
nérale du corps. Les sphincters subissent, d'une nunière 
non moins continue, une influence plus puissants encore, 
puisqu'elle les maintient toujours dans un état penna- 
nent de contraction complète. Or, les muscles de ce genre 
sont fort nombreux chei les animaux ; on en trouve à 
tous les orifices des organes, à l'anus, a la vessie, aux 
organes sexuels, à l'estomar, etc. Ce dernier en possède 
même deux, l'un placé au pylore et l'autre au cardia. 
Voilà deux espèces de phénomènes, — ton musculaire et 
ponlrution permanente des sphincters, —-sur lesquels il 
est nécessaire de nous arrêter un instanL 

£n étudiant les propriétés du muscle, nous avons vu 
qu'il pouvait passer par trois états distincts : la contrac- 
tion, le relâchement complet, et l'état tonique ou normal 
qu'on peut en quelque sorte considérer comme intermé- 
diaire entre les deux autres. La constitution du sang 
sortant d'un muscle varie notablement, suivant que ce 
muscle est dans l'un ou dans l'autre de ces trois états. Les 
expériences de M. Claude Bernard à ce sujet ont presque 
toutes porté sur le muscle droit de la cuisse, parce qu'il 
est plus facile d'en apercevoir l'artère et la veine, ainsi 
que le nerf qui s'y distribue. En mettant ce muscle à nu, 
nous voyons que dans l'état naturel, c'est-à-dire à l'état 
de ton musculaire, te sang en sort avec une couleur noire 
modérée; si nous provoquons la contraction, le sang 
veineux deviendra tout à fait noir, et ne contiendra plus 
du tout d'oxygène, la combustion ayant été complète. 
Au contraire, si nous coupons le nerf, nous verrons aus- 
sitôt le muscle se relâcher, s'aflaisser sur lui-même et 
s'allonger notablement ; la section du nerf ayant sup- 
primé le ton musculaire et l'étal de demi-contraclion qui 
le constituait, le sang veineux sortira par&titement rouge. 
Du reste. Hunier avait déjà remarqué qne dans l'état de 
syncope, lorsque tous les muscles sont relâchés et que 
le ton musculaire est suspendu, le sapg veineux devient 
rouge comme le sang artériel, de noir qu'il était aupara- 
vant. 

Tous ces faits mettent en évidence l'action du système 
nerveux sur la combustion respiratoire, et par suite sur 
la constitution du sang. Celte combustion, qui a son siège 
dans le muscle, ne peut se produire qu'à une condition, 
c'est que le muscle soit à un état d'actirilé pins ou 
moins complète, et elle suivra elle-même les degrés di«- 
vers de cette activité. Ainsi, dans l'état de contraction 
pleine, presque tout l'oxygène sera brûlé, et la prodnc-r 
tion de chaleur animale augmentera suivant l'intensité 
de cette conlracUon ; on a souvent constaté en effet que 
le sang veineux est d'autant plus noir, que la contraction 
musculaire a été plus énergique chez les divers individus 
ou dans les différentes régions du corps ; et cotte énergie 
de la contraction distend en grande partie de l'énergie 
de l'influence nerveuse. Dans l'état de ton musculaire, 
l'action du nerf est bien moins puissante : nous n'avons 
^us qu'une demi-conU»cUon ; elle ne provoquera plus 
en conséquence qu'une combostion partielle, tc^e que 



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REVUE DES COURS SCIENTIFIQUË5. 



3 DÉCEMBRE 1S6A. 



nous la voyons à l'état normal, et le sang veineux aura 

une couleur noire assez faible. Enfin, si nous supprimons 
complètement l'action nerveuse en coupant le nerf, le 
muscle tombera dans son troisième état, celui de relà- 
cbement complet ; la combustion respiratoire sera nulle^ 
comme la contraction et l'influence nerveuse : le sang 
traverse alors le muscle sans y sutnr aucune modifica- 
tion, et il eu sort, à l'état de sang veineux, aussi rouge 
qu'il y était entré à l'état de sang artériel. Nous avons 
déjà dit que c'est ce qui se produisait dans la syncope. 
Certaines maladies, comme la fièvre typhoïde, amènent 
les mômes effets : le relâchement des muscles étant en- 
core complet, le sang reste toiyours rouge dans les veines 
aussi bien que dans les artères. — Èao» Atgiave. 



CHRONIQUE. 

— Mos lecteurs connaissent de nom, sans doute, le docteur Rrmak. 
Ils Mvent que cet éminent médecin, professeur de l'unirersilé de Ber- 
lin, a enrichi l'anatomie et la physiologie de nombreuses et impor- 
tantes découvertes. 

Ces découvertes ont conduit M. Bemak à l'examen des effets du cou- 
rant constant sur l'homme sain et sur l'homme malade. Depuis dix ans, 
il étudie avec l'ardeur la plus pcrscvéranle et avec ia rigueur la plus 
méthodique l'exercice et la loi de ces efTels. Ce n'est pas un empirique 
vulgaire, ce n'est pas non plus un obiervaleur empressé, tant s'en faut ; 
aussi est-il arrivé à la découverte de, procédas électro-thérapiques re- 
marquables et inattendus. 

Ces procédés sont expoîés dans un ouvrage traduit en français par le 
docteur Horpain, et auquel nous renvoyons le lecteur désireux d'appro- 
fondir la question. 

M. Remak est venu à Paris pour y faire constater les résultats de sa 
nélhode par des commissairea nomméa par las Académiei ries aeieneei 
et de médecine. L'hôpital de laChariiéaétéehoisicomme lieu iledémona* 
Iration , et plusieurs succès éclatants ont déjà été obtenus sur des ma- 
lades de cet hôpital. 31. Claude Bernard en a témoigné lui-même. 

Pourqud faut-tl ajouter que le savant étranger qui venait i Paris dans 
on but purement scientifique et iiumanttaire, a été reçu par quelques- 
uns de ses confrères frantais comme un concurrent, ou même comme 
nn homme dangereux t 

€Mégm de Fnuiee. — Pi^vitruaitie dM «deHlUl^e» 
du premier aenieatre lll«4*is«&. 

Mécanique céleste. — M. Serret, membre de l'Inslilut, Académie 
des sciences, traitera de la Variation des arbitraires et des applications 
de cette théorie à l'astronomie, tes mardis et vendredis, h dix heures 
et demie. 

MATBÉHATtQi'Es. — M. LioDTiLLE, membre de l'Institut, Académie 
des sciences, traitera de diverses questions â'analjse, les jeudis et sa- 
medis, à deux heures, 

PHÏSIQUE .GÉNÉRALE ET HATBÉMXTICUB. — M. BERTRAND, membre de 

l'Institut, Académie des sciences, exposera quelques Théories de calcul 
intégral et leurs applications, les mardis et samedis, à midi. 

PHTSIQtlE GÉlfÉBALE ET EXPiMMEHTALE. — H. RSCRAULT, membre de 

rinslitut. Académie des sciences, Uaitera de la Chaleur, les mercredis et 
vendredis, & dix heures. 

CamiE. — M. Balabd, membre de l'Iostitul, Académie des sciences, 
traitera de l'Analyse chimique, les mercredis et samedis, à midi et 
demi. 

HtMCmE. — H. Claude Berrabd, membre de l'Institut, Académie 
des sciences, et de l'Académie impériale de médecine, traitera de la Mé- 
decine expérimentale, les vendredis et samedis, à une heure et demie. 

Histoire naturelle des corps ihorcaniques. — M. Ëlie de Beac- 
■DHT, sénateur, membre de l'Institut, Académie des sciences, profes- 
seur. — H. Ch. Sainte-Claire Demlle, membre de l'Institut, Acadé- 
mie des sciences, conservateur de la collection géologique du Collège de 
France, suppléant, exposera les principes de la Minéralogie comparée, 
et en Un plu parliailiérement l'applicatioD k l'élnde des silicate* na- 



turels, les mardis, i une berne et dénie, et lei vendredis, k d«n i 

heures. 

Histoire naturelle des corps orgarisés. — H. Flodbbms, membre 
de l'Institut, Académie des sciences, professeur. 

Nota. — M. nourens ne fera pas son cours cette année ; son sup- 
pléant sera ullérienremeut indiqué. 

EmiToetaiE conPAiiE. — H. Costi, membre de l'Institut, Aca- 
démie des sciences , traitera de l'ensemble des phénomènes que les 
animaux présentent dans lenr développement, les mardis et samedis, i 
une heure. 

L'ouverture de ce cours aura lieu à la fin de janvier prochain. 

Cbivik organique. — H. Berthelot, chargé du cours, traitera des 
Alcools et spécialement des Alcools polyatomiqnes, les mardis et ven- 
dredis, i midi et demi. 

Histoire de la hédecine. — H. Daremberc, chargé du cours, expo- 
sera l'Histoire générale de ta médecine depuis les temps tes plus anciens 
jusqu'à nos jours, les mardis et vendredis, à midi. 

FacuMé de» «eleBce*. — PrsunmaMe de« ca«ra da preadcr 
«enciilrr lMd-l««. 

Géométrie supérieure. — Les mercredis et vendredis, k midi et 
demi. M. Cbasles, professeur, a ouvert son cours le vendredi 25 no- 
vembre. Il expose la Théorie générale des surfaces réglées du troi- 
sième et du quatrième ordre. 

AtGÉBBB SDPÉBiBiiBE. — Us lundi* et mercredis, A huit heures et 
demie. M. Ddbamel, professeur, a ouvert son cours le lundi 31 no- 
vembre. Il traite des infiniment petits avant l'invention du calcul dif- 
férentiel, et montrera comment ils se sont présentés aux anciens et 
aux modernes. 11 examinera particulièrement l'usage qu'en a (ait Nevrion 
pour l'expression des forces dans le mouvement curviligne, et la déter- 
mination de la loi d'attraction. It s'occupera ensuite de la Théorie des 
séries et du développement des fonctions en séries trigonométriques. U 
terminera par quelques applications à la physique générale. 

Calcul différentiel et imtécral. — Les jeudis et samedis, à neuf 
heures. U J. A. Serret, professeur, a ouvert son cours le jeudi Si 
novembre. Il traite du Calcul différentiel. 

NÉGANioaE RATiomBLLE. — Les mercredis et vendredis, à dix heu- 
res. H, LiooriLLE, professeur, a ouvert son cours le mercredi 23 no- 
vembre. Il trailera de la Composition des forces et des lois générales de 
l'équilibre et du monvement. 

AsTROVOiiiE. Les lundis et jeudis, à dix liouree et demie. H. Pn- 
secx, professeur, a ouvert son cours le lundi 21 novembre. U traite 
de la Mécanique célerte. 

Calcul des probabilités et pbtsique natbématique. — Les mardis 
et samedU, à dix heures et demie. M. LA«t, professeur. H. Vkrdr a 
a ouvert son cours le mardi 22 novembre. U expose b théorie méca- 
nique de la clialeur. 

MÉCANIQUE PHYSIQUE ET EXPÉRiUENTALE. — Les mardis et samedis, à 
midi. H. Delaunat, professeur, a ouvert son cours le mardi 22 novem- 
bre. Il traite des principales Machines employées dans l'industrie, et 
spécialement des Machines motrices. 

Pbtsique. — Les mardis et samedis, à une heure et demie. H. P. 
Desains, professeur, a ouvert son cours le mardi 22 novembre. II trai- 
te de la Chaleur, du mogaélisme, de l'électricité, do l'électro-ma- 
gnèlisme et de leurs principales applications. 

Chiuie. ■ — Les lundis et jeudis, à midi et demi. M. Balard, profes- 
seur, a ouvert son cours le lundi 21 novembre. Il expose les lois gé- 
nérales de la Chimie ; il fera l'histoire particulière des Corps non mé- 
talliques et de leurs combinaisons soit entre eux, soit avec les métaux. 

Zoologie, anatohie, physiologie comparée. — Les mardis et sa- 
medis, à trois heures et demie. M. Hilhe Edwards, professeur, a ou- 
vert son cours le mardi 22 novembre. Il traite de l'Anatomie com- 
parée et de la physiologie des animaux. 

Minéralogie. — Les mercredis et vendredis, h une heure trois quarts. 
M. Delafosse, professeur, a ouvert son cours le mercredi 23 novem- 
bre. Après avoir exposé les propriétés généralea des mintTaux, il fera 
l'histoire des principales espèces, et ^us particulièrement de cdies de 
la classe des métaux. 



te propriAaire-gémnt : GERiiEit Bailuèhe. 

PAR». — UFBniBBIB DB B. MAHTUm, BUX MIGICOH, S. 



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DEUXIÈME ANNÉE. — N- 2. 



UN NUMÉRO : 30 CENTIMES. 



10 DÉCEMBRE 186&. 



REVUE 



DES 



COURS SCIENTIFIQUES 

DE LA FRANCE ET DE L'ÉTRANGER 

PHYSIQUE — CHIMIE — ZOOLOGIE — BOTANIQUE — ANATOMIE — PHYSIOLOGIE 
GÉOLOGIE — PALÉONTOLOGIE — MÉDECINE 



Parait tous les Samedis. 

Paria Six mois. Sfr. En «a. 15 fr. 

MpartemeotB. . — 10 — 18 
Etranger — 12 — 30 

MX il l'^ouMMM mo U IfffH teCMnBtMniru. 

8ta mAt..... PbIi. 15 tr. Mpwl., 18 tt. élnago-, 20 fr. 
Un M . — i6 — 80 — .35 



M. ËUG. YUNG 

DIBECTIUB 



M. ËMILE ÂLOLAVE 
eawr h u niauuiiHRi 



On s'abonne 

A LA LSBBAXaiB OEaMBB BAILLXËBB 
17, raa de l'Écoleite-Médeciio, 

El cb« Iwt )t» Vbmtm, pv l'emoi boa 6t imale, 
ou d'un tomdat mt Pwi«. 

L'abouMiMiit p>rt du 1" iéemin ou do 1" join 
i» cfaaqae année. 



SOMMAIRE. 

Académie des sciences. — Académie de médecine. — 
Société de chirurgie. 

SOCIÉTÉ CHUliQUE. — Chimie générale. — Conldnneu de H. H. 

■Minle-CTIaIre Ilevillo ■ Dca phénoeièiiM de dinoeialloa. 

Note sur la dissodatlon de l'oxyde de carbone, pw 
M. H. flalate-Claire Deville. 

UOirrAL DE LA CUAttlTÉ. — Physique médicale Coofércnce* de 

M. Mcnek (do Berlin) i A^Ucalion do coeraal cmilantM trailemenl 

des D^MM. 

FACULTâ DE MÉDECINE. — Histologie. - Cojm do M. WMtla i 
Coofidâralioits générales idt les tinn. 

FACULTÉ DBS SCi»4CES. — Phj^i^ogie générale. — Cour» de 
11. Clande Beriiard ■ XIV. Dot moUTenciite rrflnn. 

CHRONIQUE. — OiivfrUre du cours de H. 



Paris, S décembre 1861. 

L'Académie des sciences ne nous fournit point cette 
semaine beaucoup de documents d'un intéri^t assez gé- 
néral pour s'adresser à la majorité de nos lecteurs. Une 
communication de M. Morin sur un nouveau système de 
foyer employé en Angleterre, qui penïiet de chauffer 
une salle de 100 mètres cubes environ à 9ou iO degrés 
au-dessus de la température ambiant?, avec une con- 
sommation de houille de 1 kilogramme h 1 kilogramme 
un quart par heure une note de M. Caron sur la cémen- 
tation du fer, présentée par M. H. Sainte-Claire Deville; 
— un travail sur la communicalion des maladies conta- 
gieuses dans les hôpitaux, notamment la variole, avec 
les moyens d*y remédier, et des recherches nouvelles sur 
U. 



les fonctions et les maladies du système nerveux cérébro- 
spinalj présentées par M. Rnyer ; — cnfln le récit d'un 
voyage scientifique en Perse, et une note destinée à com- 
battre les opinions de M. Trémot sur la mutation des 
races humaines: tel est à peu'près le bilan de la séance 
de lundi dernier. 

A la Société de chirurgie, la construction prochaine du 
nouvel Hôtel-Dieu avait mis h l'ordre du jour la question 
des hôpitaux. M, Gossclin a soutenu que de grands hô- 
pitaux élevés au milieu de Paris pouvaient être dans 
d'aussi bonnes conditions hygiéniques que de petits hô- 
pitaux placés à la campagne. Ce discours a soulevé une 
vive discussion, à laquelle ont pris part MM. Blot, Giral- 
dès, Danyau, Larrey, Houël, Trélat, etc., en général 
pour combattre les conclusions de M. Gossclin. 

L'Académie de médecine nous fournit celle semaine 
un document d'une haute importance : c'est un rapport 
de M. Lélut sur un travail présenté par M. le docteur 
Dax sous ce litre: Observations tendantes à prouver la coin~ 
cidence œiatante des dérangements de la parole avec une /e- 
sion de l'hémisphère gauche du cerveau. M. le docteur Dax 
cite à l'appui de ses opinions plus de lùO observations 
qui semblent bien établir, en efit^l, que les dérangements 
de la parole sont toujours dus aux lésions de l'hémi- 
sphèrc gauche du cerveau, l'hémisphère droit y restant 
parfaitement étranger. Il résullcrait de ce système que 
chacun des hémisphères cérébraux pourrait être le sïége 
de fonctions différentes. M. Léint repousse complètement 
de pareilles idées, et soutient que, comme tous les or- 
ganes doubles, les deux hémisphères du cerveau fonc- 
tionnent toujours d'une manière concomitante et réunis- 
sent leur influence pour produire les mômes phénomènes. 
Il cite une observation publiée par lui dans le Journal 

2 



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18 



REVUE DES COURS SCIENTIFIOUES. 



10 ÛécEKBHE 



hebdomadaire de médecine Au 30 février 1830 : ît s'agissait 
d'un épileplique chez lequel la réduction en bouillie de 
tout l'hémisphère gauche du cerveau n'avait pas même 
été soupçonuée, et avait laissé la parole intacte jusqu'au 
dernier moment. M. Lélut cite aussi un cas d'altération 
carcinomateuse du cervelet, dans lequel l'hémisphère 
gauche du cerVeaA était t)arihîtement sain» et qui avait 
entraîné une grave altération de la parole. Il rappelle 
enfin que les aliénés atteints de démence avec paralysie 
générale présentent souvent de remarquables altérations 
de la parole, bien qu'ils n'aient d'autre lésion au cen'eau 
qu'une adhérence inflammatoire des méninges à toute la 
surface de cet organe. 

a Mon siège est fait sur ces guestioma, disait M. Lélut en 
tërifiina&t, et je ne veux entrer dans aucune discussion 
de faits ou de principes à l'occasion du mémoii'e de 
M. Dax. M. BouîIIaud a néanmoins annoncé l'intention 
de contester lea cooclusions du rapport de M. Lélut, et il 
est difficile que ce dernier évite la discussion. Nous (teo* 
droDs nos lecteurs au courant de cette intéressante con- 
troverse, si toutefois elle se produit. 

Nous donnons aujourd'hui la première conférence de 
M. Remak à la Charité, lue par lui h la commission de 
l'Académie des sciences chargée d'examiner ses expé- 
riences; » et nous publions en mième temps un compte 
rendu des travaux récents de M. H. Sainte-Claire Deville 
sur les dissociations^ avec la note qu'il a remise la semaine 
dernière à l'Académie des sciences, sur de nouvelles 
expériences relatives à la dissociation de l'oxyde de car- 
bone. 

Ému Alguve. 



SOCIÉTÉ CHIMIQUE. 
CHIMIE GÉNÉRALE. 

(ÙNP£aBNCES DE H. H. SAIHTE-CUI&E BSTILLE 
(de llnMiM^. 

M. H. Sainte-Claire Deville a entrepris toute une série 
de travaux remarquables sur des phénomènes encore 
inconnus auxquels il a donné le nom de phénomènes de 
dissociation. Il a exposé ses principales ëxpériences et 
les idées auxquelles elles l'avaient conduit^ dans deux 
conférences faites à la Société chimique, dont nous 
allons rendre compte d'une manière sncciâctei sans 
oublier néanmoins aucun point un peu important. 

Trois expériences ont servi de point de d^tart à 
M. H.^nte-Claire Deville. La première est celle de Orove 
»ir la décompositioo de l'eui le platine incandes- 



cent. La seconde est une note de Gay-Lussac et Thenard 

dans leur mémoire sur le potassium {Recherches physico- 
chimignes). Enfin la troisième est une expérience de 
M. Begnault, relative à l'action qu'exerce la vapeur d'eau 
sur l'argent à une haute température. 

Grove fondait un long fil de platine, de manière à en 
faire une sphère qu'il plongeait danS Te&u, et il se déga- 
geait alors un mélange d'oxygène et d'hydrogène. Il dis- 
posait aussi l'expérience dVine autre façon. H faisait arri- 
ver au milieu d'un vase plein d'eau distillée très-pure un 
fil de platine qu'il portait au rouge au moyeu d'un cou- 
rant électrique, et le long de ce fil se dégageait encore 
un mélange d'oxygène et d'hydrogène provenant évi- 
demment de Teau : l'eau avait donc été décomposée. 
M. H. Sainle-Claire Deville a répété cette expérience arec 
M. Debray sur une grande échelle : ils versaient dans l 'eau 
un ou deux kilogrammes de platine, et voyaient aussitôt se 
dégager de grosses bulles de gaz produisant une explo- 
sion lorsqu'on !es enBammait, ce qui prouve qu'on avait 
afflure à un mélange riétonauL 

La note de Gay4>ussac et Thenard ne comprend que 
cinq ou six lignes, mais elle suffit à montrer combien 
d'incertitudes restaient encore dans l'esprit de ces sa- 
vants sur la manière dont il fallait expliquer la fabrica- 
tion du potassium au moyen du fer. Leur expérience 
consistait à placer au milieu d^un fourneau à haute tem- 
pérature un canon de fusil contenant de la potasse dans 
sa première partie, et de la tournure de fer parfaitement 
décapée dans sa partie moyenne, avec un récipient pour 
recueillir les produits de l'opération. La préparation du 
potassium étant terminée, les opérateurs tirent scier le 
canon de fusil en plusieurs endroits, et constatèrent avec 
étonnement que le fer tendait surtout à s'oxyder dans la 
partie la moins cbauffée, tandis que les endroits oii la 
chaleur était maximum ne portaient presque aucune 
trace d'oxydation. 

M. H. Sainte-Claire Deville répéta l'expérience de 
Gay-Lussac et Thenard, au moyen d*une bouteille & 
mercure, remplie de fer chimiquement pur, et placée au 
milieu d'un fourneau à réverbère. Cette bouteille portait 
à sa partie supérieure un entonnoir de fer muni à sa base 
d'une espèce de soupape qui permettait de Siite entrer 
dans ta bouteille la potasse liquide introduite par la par- 
tie béante de l'entonnoir. Au bout de vingt minutes, 
M. Deville obtenait .500 grammes de potassium. En fai- 
sant scier la bouteille, il put constater, comme Gay- 
Lussac et Thenard, que le fer restait parfàitemenl pur 
dans la partie où la chaleur était maximum, c'est-à-dire 
à la partie supérieure. 

Cette expérience exige pour réussir une température 
très^élevée. 

Quant à M. Regnault, il prenait un tube de porcelaine 
dans lequel il plaçait une petite nacelle remplie d'argent, 
et le tout étant porté à la température de fusion de l'ar- 
gent, il faisait passer dans le tube un courant de vapeur 



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1S6&. 



REVUE DES GOtKS SCmNllFIQUSS. 



10 



'd'eau ; il recueillait ainsi de l'hydrogène, ce qui prouve 
que Teau avail encore élé décomposé. Or, îl est impos- 
sible d'admettre que l'argent ait la propriété de décom- 
poser l'eau dans ces circonstances pour s'oxyder, car 
l'oxyde d*argent ne peut exister à la température à la- 
qoeïle on opère. 

M. Deville a complété cette expérience en remplaçant 
l'ai^enl par ta lithai^e. 

M.Leblanc a montré, en eOci, que ce corps avait, de 
même que l'argent, la propriété de rocher en absoibant 
l'oxygène. M. Dcville prend donc comme M. Regnault un 
tube de porcelaine contenant une grande nacelle de pla- 
tine où il met de la litharge, el qu'il peut élever à 120O 
ou 1300 degrés. A l'une des extrémités du tube, se 
trouve une petite cornue contenant de l'eau qu'on chauffe 
à rébullilion, et dont la vapeur, en passant sur la lilbarge, 
la volatilise très-facilement. De nombreux flocons de 
litharge sont entraînés par le courant gazeux, et, en reti- 
rant l'oxyde de plomb restant dans l'appareil, on con- 
state qu'il a la propriété de rocher. Cassez ensuite le 
tube, et vous verrez que parloul où la température a été 
considérable, la litharge s'est combinée avec la paroi in- 
térieure du tube de porcelaine pour former un vernis. 
Dans le point le plus éloigné de l'appareil, on trouve de 
la litharge floconneuse, et assez près du fourneau, une 
couronne de plomb métallique. Supposer que la litliarge 
peut décomposer l'eau pour se suroxyder est une hypo- 
Ihèse impossible. Ce sont donc les travaux de M. Leblanc 
qui nous donnent l'explication véritable du phénomène. 
En effet, l'eau est décomposée comme dans l'expérience 
de M. Grove, et une partie de l'oxygène libre est absorbée 
par la litharge. Il s'échappe de lu litharge en vapeur avec 
de grandes quantités d'oxygène el d'hydrogène, et tant 
qu'où a un pareil mélange, il n'y a aucune raison pour 
que l'oxyde de plomb soit réduit par l'hydrogène. Quand 
l'eau s'est reformée par suite de l'ubaissement de la 
température, l'hydrogène devenu libre a réagi sur la 
litharge. 

Cherchons maintenant l'explication naturelle de tous 
ces faits. 

L'expérience de Grove est très simple. Il est évident 
que la chaleur peut décomposer l'eau eu ses éléments : le 
platine ne fait qu'apporter celte chaleur, et ce sont les 
gaz produits par la décomposition qui s'échappent de 
l'appareil. 

L'expérience de Gay-Lussac et Thenard est plus 
compliquée, et voici comment M. Deville en rend 
compte. Prenons un canon de fusil ou une bouteille à 
mercure disposée comme on l'a vu plus haut, et chauf- 
foos le tout à la température que subissait la partie du 
fer contenant de la potasse : aucun cSét oc se produira ; 
nous retrouverons cette combinaison d'eau et de potasse 
telle qu'elle avait été mise avant l'expérience. Mais 
chauffons, au contraire, à la température que produi- 
^^aieut (àay-Uissac ej Thenard, et nous aurons du pc.> 
tassûun, eu ^uaatilé mmm, il est vrai, comparative 



ment k la quantité de potasse employée. La chaleur est 
donc indispensable à la production du phénomène ; mais 
quel rôle y a-t-elle joué? Elle a décomposé l'eau aussi 
bien que la potasse; et le gaz qui passe sur le fer, c'est un 
mélange d'oxygène, d'hydrogène et de potassium, mé- 
lange qui ne s'altère pas, tant que la température reste le 
plus élevée possible. La difficulté est de comprendre 
comment le fer peut fixer de l'oxygène en présence du 
potassium. Voici ce qui doit arriver : le fer prend immé- 
dialeracnt ce qu'il est susceptible de s'approprier, c'est- 
à-dire l'oxygène, qu'il trouve libre à cette haute tempé- 
rature; puis une petite quantité d'oxyde est décomposée 
par le potassium, et le dépôt de la potasse qui en résulte 
entoure cet oxyde d'un vernis qui le préserve ainsi contre 
une décomposition complète. En donnant au phénomène 
le temps de passer par toutes ses phases, l'action chi- 
mique deviendra donc nulle, et il y aura tout simple- 
ment volatilisation de la potasse. 

Reste l'expérience de M. Uegnault, qu'il est impos- 
sible de comprendre sans admettre que l'eau était dé- 
composée en SCS deux éléments. M. Dcville a complété, 
du reste, cette démonstration en remplaçant l'aident parla 
litharge ou oxyde de plomb, comme nous l'avons expli- 
qué plus haut. 

Dans une autre expérience, l'aile lu coumiun avec le 
capitaine Garon, M. H. Sainle-Claire Deville voulait dé- 
terminer l'influence d'un corps réducteur quelconque, 
et particulièrement de l'hydrogène, sur le chlorure de 
magnésium. Dans un fourneau à haute température, îl 
installait un tube de porcelaine contenant une nai;ellc où 
il mettait du chlorure de magnésium distillé; ce tube, 
complètement vide dans le reste de son étendue, se ter- 
minait par une allonge ii la suite de laquelle était im tube 
eu U contenant un peu d'eau. Dans les parties de l'appa- 
reil le plus fortement éch.tufl'ces, le chlorure de magné- 
sium est en partie tlécomposé, et l'on trouve eu môme 
temps, dans les parties froides, du chlorure de magné- 
sium cristallisé qui a été simplement volatilisé. Mais il 
s'échappe aussi une vapeur très-ténue qui traverse tout 
l'appareil il l'état de fumée. 

Dans ces vapeurs se trouve, outre le chlorure de ma- 
gnésium, de l'acide chlorhydrique libre qu'il est facile 
de mettre en évidence en versant du cai bonate de chaux 
dans l'eau du tube en U. Si l'on chauffe fortement 
les parties du tube de porcelaine qui ont subi l'ac- 
tion du chlorure de magnésium à une haute tempé- 
rature , après les avoir préalablement concassées , 
on obtient un verre parfaiteawnt limpide, au mi- 
lieu duquel se trouvent des globules de silicium. En 
effet, le chlorure de magnésium étant décomposé par la 
chaleur, le chlore s'est emparé de l'hydrogène, el te ma- 
gnésium a rencontré la silice, qu'il a la propriété de ré-* 
duire, de sorte que le silicium s'est ti ouvé mis en liberté. 
Voilà donc la décomposition spontanée, sous l'influence 
de la chaleur, parfaitement établie dans ce cas. 

Ce n'est point là une particularité ; beaucoup d'autres 



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REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



10 BéCEMBBE 



corps, l'eau par exemple, sont susceptibles de se décom- 
poser sous l'influence de la chalenr, et l'on peut mettre 
cette décomposition en évidence, soit far l'expérience 
de Grove, soit par la dissolution de Toxygène, comme 
dans l'expérience de M. Regnault, soit enfin par la diffu- 
sion. Voici l'appareil dont se sert M. Deville pour dé- 
montrer ce dernier point. Il se compose d'un tube de 
porcelaine dans l'intérieur duquel se trouve un tube plus 
petit de terre poreuse, argile cuite, grès non vernissé, 
terre de pipe ou autre matière analogue. Ce système est 
placé dans un fourneîiu à température très-élcvée. Dans 
l'intérieur du plus petit tube, on fait passer de l'acide 
carbonique qui vient barbotter à travers une certaine 
quantité d'eau introduite dans une cornue soudée et 
portée à la température de 80 à 85 degrés, avec une 
tension d'une demi-atmosphère. Dans l'intervalle annu- 
laire qui sépare les deux tubes, on fait passer de l'acide 
carbonique pur; cet espace annulaire se termine par un 
tube abducteur communiquant avec le tube de terre po- 
reuse. Voici maintenant ce qui se passe : l'eau est dé- 
composée, et, par suite de l'action de la terre poreuse, 
ses deux éléments sont séparés. 

Si, au lieu d'employer l'eau, on employait l'acide car- 
bonique pur, on le décomposerait également par le 
simple effèt de la chalenr, sans employer aucun intermé- 
diaire. 

Avant d'aller plus loin et de chercher l'explication de 
ces phénomènes qui pourraient passer pour paradoxaux, 
il faut nous rendre un compte exact de la décomposition 
d'un corps composé, et des phénomènes qui accom- 
pagnent sa combinaison. 

La combinaison des corps entre eux y dit M. H. Sainte- 
Claire Deville, présente tous les caractères de la condensation 
des vapeurs t c'est un phénomène tusce^iète d'être rapproché 
par tous ses détails du phénomène de la condensation de la 
veneur deau^par exemple. 

Donnons ici quelques développements. 

Pour Lavoisier, l'oxygène n'était pas un corps simple; 
c'était un composé formé d'un radical combiné avec le 
calorique, car Lavoisier regardait cet agent comme une 
mulière qu'on n'avait pas encore su peser jusque-là, mais 
qui pourrait l'être plus lard. Aujourd'hui les idées ont 
changé, et la théorie mécanique de la chaleur, iniroduite 
en France par M. Verdet, commence à rendre classique 
parmi nous une manière bien différente d'envisager les 
phénomènes. Mais cette théorie elle-même rendra sans 
doute de grands services aux idées que nous exposons. 

D'après Lavoisier, disions-nous, l'oxygène contient du 
calorique; nous pouvons donc admettre que l'hydrogène 
en contient aussi, et l'on voit en effet que, lorsque ces 
deux corps se combinent, il y a dégagement de chaleur. 
Quand un corps possède une certaine quantité de cha- 
leur dont le thermomètre n'accuse pas l'existence, — et 
c'est ici notre cas, — on dit que cette chaleur est latente. 
Mais la chaleur latente de l'hydrogène et de l'oxygène 
est-elle la même que la chaleur latente contenue dans la 



vapeur d'eauT Nulle raison n'autorise b supposer le con- 
traire; car, si le mélange d'oxygène et d'hydrogène dif- 
fère de l'eau en vapeur, c'est parce que ce dernier corps 
ne contient plus la chaleur qui s'est dégagée au moment 
de la combinaison. A ce moment, il y a eu changement 
d'étal. Ce changement consiste tout simplement dans le 
passage de l'état de liberté à l'état de combinaison, et il 
est caractérisé par tous les phénomènes qui accom- 
pagnent d'ordinaire le dégagement de chaleur latente, 
notamment la constance de la température. Lorsque vous 
faites brûler de l'hydrogène dans l'oxygène, il y a donc 
production d'eau et changement d'état; par suite, la 
température reste fixe. 

Les expériences de MM. Deville etDebray ont démon- 
tré que la température fixe de combinaison de l'hydrogène 
avec l'oxygène était de 2500 degrés environ. Supposons 
pour le moment que cette température soit très-exacte- 
ment déterminée : il est bien clair que si l'on prend de 
Teau à zéro, qu'on la porte successivement à 100 degrés 
pour la transformer en vapeur, et qu'on chauffe ensuite 
cette vapeur jusqu'à 2500 degrés, on remettra la vapeur 
d'eau absolument dans le même état que lors de sa for- 
mation. Dès lors, toute quantité de chaleur qu'on lui 
ajoutera devra devenir latente et servir à remettre l'hy- 
drogène et l'oxygène dans leur état de séparation primi- 
tive. Comme rien n'intervient dans ces phénomènes que 
la chaleur et les éléments mis en présence, il est impos- 
sible que les effets directs de la combinaison ne soient 
pas suivis des effets inverses de la décomposition; les 
premiers étant déterminés par un dégagement de chaleur 
latente, les seconds par une absorption de chaleur la- 
tente, les températures de combinaison et de décomposi- 
tion relatives à l'eau devront être fixes et égales entre 
elles, — exactement comme les températures d'ébulIiUon 
de l'eau et de condensation de la vapeur, — en supposant 
que les conditions de pression n'aient pas varié. 

D'après les expériences de MM. Deville et Debray, 
faites pour déterminer la température de combustion de 
l'hydrogène dans l'oxygène, on peut affirmer que celte 
température u'excéde pas 2500 degrés. C'est le point où 
les gaz occupent un volume à peu près décuple de leur 
volume pris à degré ; c'est la limite au-dessus de laquelle 
l'eau est entièrement décomposée. Mais cette décompo- 
sition, comme on l'a vu, est accompagnée d'une absorp- 
tion de chaleur latente considérable, nécessaire pour 
maintenir les molécules d'hydrogène et d'oxygène à une 
distance plus grande que le rayon de la sphère de leur 
affinité. Ainsi, le phénomène de la décomposition est en 
tout semblable au phénomène de l'ébulHlion des liquides, 
dont le caractère principal est l'invariabilité de la tem> 
pérature sous l'influence d'un foyer de chaleur quelcon- 
que, pourvu que la pression soit constante. En résumé^ la 
vapeur d'eau ne peut résister à l'action d'une tempéra- 
ture qui en décuple le volume pris à degré ; et alors 
elle se décompose pendant que ses éléments absorbent 
de la chaleur latente que j'appellerai chaleur latente de 



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21 



décomposition, dont l'e^stencc el la qualité sont faciles 
à démontrer. 

On admet aujourd'hui, d'après M. Clausius, que la 
chaleur spécifique des gaz ou des vapeurs ne varie pas 
avec la température, et cette loi a été vériOée pour l'air, 
entre 30 degrés el 225 degrés. La quantité de chaleur 
produite par la .combinaison d'un gramme d'hydrogène 
avec 8 grammes d'oxygène (9 grammes d'eau) est de 
ZU 500 calories, d'après les nombres obtenus par Dulong, 
et par MM. Favre et Silbermann; par conséquent, 3833 
calories résultent de la formation d'un gramme d'eau. Or, 
la quantité de chaleur qu'absorbe un gramme d'eau pour 
passer de degré à 250U degrés est donnée par la for- 
mule : 

637 + (2500 — 100) 0,475 = 1680, 

dans laquelle 637 représente la quantité de chaleur qu'il 
but donner à un gramme d'eau pour transformer ce li- 
quide en vapeur à 100 degrés, et le terme (2500 — 100) 
0,&75 représente la chaleur qu'il fout' donner à cette 
vapeur pour la porter de 100 à 2500 degrés. 

La difiîérence entre 3833 et 1680 calories, c'est-à-dire 
3153 calories, représente le chiffre de la chaleur latente 
de décomposition de l'eau, chaleur absorbée par ses élé- 
ments au moment de leur séparation. 

Voilà ce que c'est que la chaleur latente de décom- 
poàtion. On voit donc que les phénomènes de combinai- 
son et les phénomènes de cohésion sont en tous points 
comparables : la décomposition correspond à la volatili- 
sation, et la combinaison à la condensation. Ces phé- 
nomènes sont comparables, disons-nous , mais ils ne 
sont pas identiques. 

L'ojygène et l'hydrogène se combinent pour former 
de l'eau à la température de 2500 degrés. Or, dans les 
expériences qu'il a foikes en commun avec M, Debray, 
M. H. Sainte-Glaire Deville décomposait l'eau en y 
plongeant du platine fondu ; et cependant le platine fond 
k la température de 3000 degrés environ. Gomment donc 
pent-il se faire que l'eau se décompose au-dessous de son 
point fixe de décomposition? Cela demande évidemment 
une explication, et celte explication, la voici. On vient 
de comparer la décomposition à l'ébullition, continuons 
cette comparaison. L'eau qui bout à 100 degrés émet 
des vapeurs même au-dessous de cette température, 
parce que la vapeur d'eau ayant toujours une certaine 
tennon, peut se volatiliser au-dessous de 100 degrés, à la 
pression ordinaire. Si l'on continue la comparaison com- 
mencée tout à l'heure, on peut comparer à la volatilisa- 
tion de l'eau au-dessous de son point d'ébulliUon la dé- 
composition de la vapeur au-dessous de son point fixe de 
décomposition. C'est ce phénomène que M. Deville ap- 
pelle dissociation, et qui peut être mesuré en millimètres 
de mercure, comme Févaporation est mesurée par la 
tension d'un liquide à une température déterminée. C'est 
ce point de vue que les expériences de M. H. Sainte- 
Glaire Deville ont eu suHout pour but de mettre en re- 



lief. Enfin, il faut bien admettre aussi, — les expériences 
de M. Regniiult le prouvent, — que les quantités de cha- 
leur contenues dans chaque corps ont une influence con- 
sidérable sur leurs propriétés. Les expériences de 
M. Schôtter sur le phosphore, et celtes de M. Charles 
Sainte-Claire Deville sur le soun%, montrent que les pro- 
priétés chimiques des corps simples sont dans une 
étroite dépendance vis-à-vis de leurs propriétés physi- 
ques, et que celles-ci, à leur tour, dépendent de même 
des quantités de chaleur qu'ils contiennent. Il résulte 
aussi de ces expériences que lorsque deux corps se com- 
binent sans changer d'état, il y a contraction, et plus ces 
corps conservent de chaleur qui serait perdue à l'étal 
sensible, plus ils jouissent de propriétés chimiques éner- 
giques : l'eau et l'acide sulfurique en sont un exemple. 

Maintenant, comment comprendre qu'un seul corps 
ait deux, trois, quatre formes distinctes? On ne peut évi- 
demment y arriver qu'en admettant la fixation de quan- 
tités de chaleur différentes, ce qui peut, sans aucun 
doute, constiluer les corps à des états différents. 

Mais l'étude de la flamme du chalumeau à gaz oxy- 
gène et hydrogène peut sonlever encore des difficultés 
qu'il est nécessaire de résoudre. Cette flamme, conique 
dans sa forme générale, el plus ou moins renflée vers 
son milieu, atteint une température très-élevée. Les tra- 
vaux de Dulong, combinés avec ceux de MM. Favre et 
Silbermann, prouvent qu'il sejdévcloppe une quantité de 
calorique suffisante pour porter la température à 6500 
degrés. Cependant, c'est dans cette flamme que s'opère 
la combinaison de l'hydrogène avec l'oxygène, et, dès 
lors, la température doit y être de 2500 degrés seule- 
ment, d'après ce que nous avons dit plus haut. Gom- 
ment expliquer cette anomalie? D'une manière bien 
simple, en se reportant à ce qui arrive à la vapeur d'eau, 
lorsqu'elle s'échappe par une ouverture étroite. Le jet de 
gaz oxygène et hydrogène que fournit le chalumeau res- 
semble tout à fait è ce jet de vapeur d'eau. Or, dans ce 
jet, la vapeur reste gazeuse et invisible au milieu de l'air, 
tant que le refroidissement n'en amène pas ta condensa- - 
tion. Il en est de même du jet de gaz oxygène el hydro- 
gène : la flamme ne pourra s'y produire par la combinai- 
son de ces deux gaz que lorsqu'il se sera refroidi au 
contact de l'air jusqu'à 2500 degrés, température de com- 
binaison de l'eau ; jusque-là vous avez toujours un mé- 
lange d'hydrogène et d'oxygène. Si la flamme se mani* 
feste d'une manière continue, et sur un espace sensible, 
c'est donc parce que la température s'abaisse au-dessous 
de 2500 degrés à la périphérie du jet gazeux; le centre 
est toi^ours formé d'un mélange d'oxygène et d'hydro- 
gène à la température de 2500 degrés et qui ne sont 
pas encore combinés, de même que le centre d'un jet 
de vapeur d'eau contient de la vapeur non condensée. 

Voilà comment on peut s'expliquer l'existence de la 
flamme à l'extrémité du chalumeau. Ceux qui ont été à 
même de voir brûler de grandes masses d'oxygène et 
d'hydrogène dans nn espace porté à une température 



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RKVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



10 DfeElUBK 



três-^(evrfe, ont dû remarquer, du reste, que la flamme 
est toujours excessivement longue, et que la combinai- 
son ne se fait jamais d'une manière complète, tant que 
la température est maximum ; elle s'opère donc souvent 
assez loU), parce qu'elle a dû attendre, pour se produire, 
le refroidissement du mélange gazeux. 

Après avoir développé les idées théoriques que nous 
venons d'exposer, M. H. Sainte'Claire Deville en a fait 
i'appfi'calion aux lois de ûay-Lussac. Ce sera l'objet d'ua 
^ecomf article. 

ÉïULE Alglate. 



iMMe, note présentée h TAcadémio des sciences, le 28 novem- 
bre ISOà, par M. H. S.\inte-(:laire Deviixe. 

ti J'ai on rhfmneur d'entretenir l'Académie de ces phéno- 
m^noB singuKera de décomposition qii'ép routent les corps 
imnmis à l'aclion de la chaleur. L'eao el l'acide c^boniqiie, 
qai ma tfiotaent de lear formation dévetoppent une tempéra- 
t»re « élevée, préseotent cette propriété en apparence para- 
doxale, de »c réduire parlicllement en leurs éléments, lors- 
qu'on les chauffe  un point bien plus bas que le point fixe 
do leur décon^sitlon totale ou de la combinaison des corps 
simples qui les constituent. J'ai comparé les phénomènes de 
combinaison ou de décomposition tofales aux phénomènes du 
rébullîtion ou de la condensation do3 sapeurs : ils s'accom- 
pagnent dans les mêmes circonstances de dégagement ou de 
fixation de chaleur latente. J'ai assimilé la décomposition 
partielle, que j'ai appelée dUtociation^ A l'évaporatlon des 
tutwfanees volailles au-dessous de leur point d'ébullltiont en 
défloisnanf la tension de dissociation de la même manière que 
la tension des vapeurs. 

» Sur rertains corps composés, comme l'eau et l'acide car- 
bonique, dont les éléments gazeux ont la propriété de se 
combiner de nouveau lorsqu'ils ont été séparés & une tempé- 
rature élevée, j'ai dû employer unsyst^-me d'expérimentation 
particulier qui a été déjA décrit dans les divers Mémoires que 
j'ai publiés stir ce stijel. Pour l'oxyde de carbone, qui se ré- 
duit en cbarboti e( oxygène, c'est-ft-dire en une madère solide 
el une matière gazeutei il fiillait un autre genre d'appareils, 
dont la descriptUm sera le sujet de cette note. 

R On sait que l éflncelle électrique décompose un grand 
ncMobre do corps. Or, d'après toutes les probabilités, l'étin- 
celle n'agit sur eux que par la chaleur énorme qu'elle déve- 
veloppe ; il m'a donc semblé que, si cette décomposition 
n'était pas toujours subie d'une combinaison nouvelle des 
éléments séparés, cela peut tenir d ce que ceux-ci sont mis 
en contact immédiatement avec une atmosphère en mouve- 
mehl et relativement trùs-froide. Eu effet, la masse ou le 
nombre des molécules de gais violemment chauffées au mo- 
ment do la décharge est très-petit, A cause de la petitesse 
du trait de feu par rapport A la masse gazeuse ambiante dont 
la température varie A peine. On réalise toutes ces condi- 
tionn, sens l'intervention de l'éleclririté, de la manière sui- 
vante I 

■ Ou prend un tube de porcelaine que l'on place dans un 
fourneau où l'on peut dévetoppèr une température très-élc- 



vée ; on ferme l'extrémité de ce tube au moyen tïe bouchons 
de liège percés chacun de deu\ trous. Deux de ces trous lais- 
sent passer un petit tube de verre, qui sert d'mi côté A amener 
le gaz dans le tube de porcelaine, et de l'aurtre cftté A le faire 
sortir de l'appareil. I^s deux trous restants permettent do 
disposer, sui^ant l'axe do tube de porcelaine, na tube mince 
de 8 millùnèlres de diamètre et és lùton que traverse eoo- 
stamment un rapide courant d'eau frtMde. Enfin, deux petits 
écrans de porcelaine dégourdie séparent intérieurement les 
parties du tube de porcelaine qui doivent être chauffées, til 
celles qui, sortant du fourneau, restent à peu prés froides. 

» L'appareil étant ainsi disposé, on dirige dans le tube do 
porcelaine un courant d'oxyde de carbone pur et sec, prove- 
nant d'appareils qui en débitent frès-régulièrcraent de 4 h 
6 litres pur heure (1). I.c gaz sortant du tube de porcelaine 
passe dans un tube de fJebig on dans l'esn de barjte, au 
moyen desquels on peut peser l'acide carbonique ou en dé- 
montrer la présence. L'acide cwboniq«e devient apparent dèa 
que le tube de porcelaine est chauffé au rouge vif. L'oxyde de 
carbone s'est donc décomposé eu oxygène, dont une partie, 
sinon la totalité, a été employée à fiùre de l'acide carbonique, 
et en charbon, qui se fixe A l'état de noir de fumée surHe tube 
de laiton qui traverse le tube de porcelaine de part en part. 
Ce tube de laiton, même dansi les parties les plus chaudes, est 
refroidi A itt degrés environ par le courant d'eau continu. La 
masse de cette ean est telle, qn'en traversant le tube incan- 
descent, elle ne s'échauffe pas «eastblcment. 

» (hi a donc ainsi, dans mi espace restreint, ane snrfecc 
cylindrique de porcelaine violemment chauffée, et une surface 
de laiton concentrique lrè»-froide. Les mirfécules d'oxyde de 
carbone qui s'échauffent dans les parties inférieures du tubo 
de porcelaine s'élèvent rapidement, après s'être décnopoaées 
partiellement en oxygène et charbon ; mais ce courant ren- 
contre la paroi froide et rugueuse du tube de laiton, et les 
particules de charbon s'y fixent mécaniquement. A partir de 
ce moment, refroidies comme elles le sont par l'eau qui cir- 
cule dans le tube de métal, elles échappent désormais A l'ac- 
lion de l'oxygène ou de l'acide carbonique que cet oxygène 
peut former aux dépens de l'oxyde de carbone en excès. On 
retrouve en effet le tube de laiton noirci par le charbon, quand 
ou démonte l'appareil avec précaution, et hi quantité qu'on 
eu recueille est en rapport avec la quantité d'acide carbonique 
fixé dans le tube de Uebig placé A la suite du tube de porce- 
laine. 

» Si ma manière de concevoir le phénomène est exacte, on 
ne doit trouver du charbon que sur les parties inférieures du 
tube de laiton, les seules qui reçoivent le choc des molécules 
gazeuses au moment où elles s'élèvent par suite de leur 

(1) I/oxyde de carbone est préparé avec de l'acide oxalique eflleuri 
et de l'acide tulturique concentré. Le mélange gazeux traverse plusieurs 
Daeoni contenant de la lessive de potasse et plusieurs éprouvettes tu- 
bulëes renrermant des Tragments de potasse manotiydralée. L'oxyde de 
carbone passe eiisuile dans un tube de fer rempli de flis de fer fin 
chaulTé au rouge. Pour le débarrasser de l'acide carbonique (|a! Se pro- 
duit alora SOUS l'inDuence du tbr, on le met en oMiaet de nouveau avec 
Is pelasse d'ua tube de Liebig et des fragments de potasse contenus 
dans des lubes ea U. J'étois sûr, en opérant ainsi, d'exolure toute trace 
d'air ou de gaz carburés. Le ballon contenant l'acide sulfuri^ue et I'b- 
cide oxalique est chanlTé avec un appirelt A gw donnant aae cholear 
constaate qu'on règle à volontâ au moyen d'un robinet très-içcnsible. 



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REVUK DES COURS SCIENTIFIQUES; 



SS 



échauffement au contact de Ta paroi Inférieure du (ub« de 
porcelaine. C'est en effet co que J'ai toujoun oomtaté dans 
loi nombreuses expéHencos que j'ai fliitei avec cette sorte 
d'appareil». 

» On voudra bim observer qae le mode d'expârimeatatlon 
que je viens de déçrira estiusceplible d'une grande extension 
et d'un grand nombre d'applioationa» 

» D'abord, en Taisant une fente très^fine dans le tube de 
laiton aux endroits où les gai qui peuvent subir son contact 
sont le plus violemment chauffés, et en faisant écouler l'eau 
au moyen d'un lubc verllcal suffisamment long, on aura une 
sorte de trompe au moyen de laquelle on pourra aspirer les 
gac les plus chauds, les relVoldir brusquement au contact de 
l'eau et les recueillir dans une éprouvetle qui les séparera de 
l'eui, en monveroent. Un appaxeil de ce genre, ou convene- 
blemenl modifié, permettrait de puiser des gai dans un four- 
neau et d'étudier le développement de la combustion dans les 
longues flammes. Je le recoauqandc aux savants que leur po- 
sition met à mâme de faire des étudeti de ce genre. 

m J'ai fait recouvrir mes tubes de laiton avec des métaux 
plus ou moins sensibles aux diverses substances résultant de 
la destruction par le feu des composes volatils ou 'gazeux, et 
Je compte les appliquer & l'étude des dissociations en les plon- 
geant dans l'acide sulAireux, l'acide chlorhydrique et d'autres 
gai sounris A l'action de la chaleur. 

» Pour donner une idée de la manière étrange dont cet 
appareil fonctionne, Je dirai qu'on peut impunément enduire 
le tube métftlliqne des tubrtanoes oi^aniques les plu» altéra- 
bles, lelloa que la teinture de tournesol, les plonger dans le 
brasier ardent au milieu duquel j'opère, et constater ainsi 
certaines décompositions. Si ta couche de substance altérable 
est sufRsammenl mince, elle sera toujours protégée contre 
l'action du feu par le courant d'eau fraîche qui traverse le tube 
métallique. Il sulfil que celui-ci ait de minces parois, et que 
»a matière soit conductrice de la chaleur. I.a masse du gaz 
trèft-ehaud étant absolument insensible par rapport h la masse 
de l'appereil réfMgérant, la conductibilité des gai étant A peu 
prèi nulle, le refrtddiiaeinuit de le matière expérimentée «era 
tonjours subit, et l'on se mettra dans les conditions qu'on réa- 
lise sans le vouloir, ou sans le savoir au^moyen de l'étincelle 
électrique, a 

H. Sainte-Claire Devilm:, 



HOPtTAU PC LA CHARITÉ. 
PHYSIQUE MÉDICALE. 

COKFfRENCE DE M. HEMAK 

(lie Barlin). 

Messie urSj 

Je suis venu à Paris pour démontrer, au moyen des ap- 
pareils qui se trouvent sous vos yeux, les effets physiolo- 
giques et thérapeutiques du courant galvanique constant 
sur l'homme sain et sur l'homme malade. 

Ainsi que vous le savez, nies expériences oui àlà sou- 



mises au jugement de l'Académie des sciences et de 
l'Académie de médecine, et c'est seulement pour éclai- 
rer les commissaires que J'entreprendrai le traitement 
d'un certain nombre de malades de cet hôpital. 

Mais, comme vous désirez savoir en détail ce qui va 
se passer devant vous, je dois tous donner quelques 
explications préalables. 

N'attendez pas une longue histoire des applications du 
galvanisme à la pathologie ; Je me bornerai h vous rappe- 
ler que rélectricité de lyottement, dès sa découverte, a 
été employée pendant deux siècles pour le traitement 
des malades, et que nous possédons, surtout en France, 
un grand nombre- d'ouvrages, cités dans le livre d'Atf. 
Becquerel, ayant trait à ces applications. Malheureuse» 
menl, ces ouvrages ne nous apprennent pas grand'chose, 
car leurs auteurs ne possédaient ni les connaissances 
physiques, ni les connaissances pathologiques néees- 
salres pour l'emploi méthodique de l'électricité, et aussi 
parce que les cas pour lesquels on recourait alors k l'em* 
ploi de ce moyen, étaient des cas désespérés et sou- 
vent même incurables. 

Ce ne fut qu'après Timmortelte découverte de la pile 
par Volta, que l'attention des médecins et des savants 
se tourna sérieusement du côté de l'électrolbérapie ; et 
pour donner idée des espérances qui furent nourries 
alorâ à cet égard, il suffit de rappeler que le consul Bo- 
naparte voulut assister debout à la lecture du célèbre 
mémoire de Volta, lecture qui eut lieu à l'Institut en 
1800, et mémoire qui contenait les premières indications 
scientifiques relatives à l'application thérapeutique du 
galvanisme. Plus tard, les médecins des difTércnts pays, 
et Volta, le premier sur des sourds-muets, essayèrent 
cette application. Ces essais restèrent infructueux, non- 
seulement à cause du mauvais choix des cas pathologi- 
ques et du manque de connaissances physiologiques suf- 
fisantes, mais encore, et surtout, à cause de Vinemaanee 
et de la courtedurée du courant fourni par la pile de Volta. 
Môme, comme les physiciens étaient parvenus à s'as- 
surer de l'identité réelle du galvanisme et de l'électri- 
cité de frottement, on crut pouvoir se passer complète- 
ment du galvanisme, et employer cette électricité de 
Brottement, dont l'usage était depuis longtemps fort 
répandu. 

En 1830, Becquerel trouva le moyen de produire un 
courantToltalque constant. Malheureusement, l'attention 
des savants s'était portée ailleurs; elle était absorbée 
par les travaux d'OErsted et de Faraday, c'est-à-dire par 
la découverte des courants d'inducUon. Le premier, 
ainsi qu'on le sait, venait de trouver les courants magnéto- 
électriques, et le second, les galvano^électriques. Ces tra- 
vaux donnèrent Heu à la construction des appareils de 
rotation et d'induction dont les médecins se sont servis 
Jusqu'ici, pensant qu'il est indifférent que l'électricité 
soit dégagée de telle ou telle façon. 

Tel était l'état des choses, quand, en 1855, en exami- 
nant les effets des différents courants électriques sur 

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REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



10 DÉCEMBRE 



l'homme sain et malade, je parvins à reconnaître que la 
valeur du courant galvanique constant pour le traitement 
des maladies est incomparablement supérieure à celle des 
autres courants électriques, et que, pour la plupart des 
cas oii le courant constant a une influence heureuse, les 
courants d'Induction sont plutôt nuisibles qu'utiles. C'est 
un Tait démonlré aujourd'hui, du moins en Allemagne, 
etj'ose croire^ qu'après les développements dans lesquels 
je vais entrer, vous serez convaincus comme moi que le 
courant constant possède une action beaucoup plus in- 
tense et beaucoup plus bienraisantc que les autres cou- 
ranls, et qu'il doit celte supériorité thérapeutique à la 
facilité avec laquelle il permet d'introduire une grande 
quantité d'électricité dans le corps, sans secousse et sans 
douleur. 

Je commence par la description des instruments dont 
je me sers. 

Mon appareil se compose d'une botle solide de bois 
portée par une charrette h bras, et contenant 32 éléments 
pesant chacun 3 kilogi'ammes. La botte est fermée à sa 
partie supérieure par une tablette sur laquelle sont fixés 
trois petits appareils différents l'un de l'autre, et corres- 
pondant tous trois avec le courant. 

Le premier, nommé électeur^ est une plaque de bois 
verticale sur laquelle sont fixés des boutons métalliques 
correspondant aux éléments de la pile. Une espèce de 
manivelle, également métallique, se meut sur ces boutons, 
et permet, au moyen d'une disposition particulière, de 
recueillir le courant fourni par un nombre voulu d'élé- 
ments, nombre inférieur, bien entendu, à 32. Dans le 
cas où 32 éléments ne suffisent pas, on a des éléments 
additionnels enfermés dans des boites accessoires, et 
qui se peuvent facilement relier aux autres. Le deuxième 
petit appareil est un galvanoscope qui indique l'intensité 
approùmalive du courant. Le troisième, enfin, consiste 
en un commutateur qui sert à changer comme on l'en- 
tend la direction de ce couranL 

Il est nécessaire de dire comment sont composés les 
éléments voUaïques dont je me sers. J'employais d'abord 
les éléments de Daniell, qui fournissent un courant plus 
constant que ceux de Grove ou de Bunsen, mais qui ont 
rinconvéaient de nécessiter presque tous les jours un 
nettoyage, à cause du dépôt cuivreux s'accuraulant à la 
surface du cylindre poreux, par l'effet de l'endosmose 
qui se produit entre les deux liquides de différentes den- 
sités. Pour diminuer ce travail endosmotique, MM. Sie- 
mens el Halske, habiles fabricants d'appareils télégraphi- 
ques, à Berlin, ont imaginé de mettre la plaque de cui- 
vre au-dessous du cylindre de zinc^ en les séparant par 
une voûte d'argile qui est recouverte d'une couche épaisse 
de papier mâché. Comme le liquide le plus dense, c'est- 
k-dire la solution de sulfate de cuivre, se trouve à l'inté- 
rieur de la voûte d'argtie, au-dessous du papier mftché 
qui supporte le cylindre de zinc, la décomposition endbs- 
motique est considérablement diminuée, grâce àquoi,la 
durée du courant produit par cet élément est véritable- 



ment étonnante, pour\'U que de temps à autre on ajoute 
des cristaux de sulfate de cuivre et de l'eau. 

Depuis 1859 jusqu'à 1861, première époque o6 je me 
servis de cette pile, je la faisais nettoyer à peu près 
tous les trois mois ; mais dans ces dernières années, je 
me suis assuré qu'elle peut fonctionner intacte pendant 
dix mois, sans que le courant perde sensiblement son in- 
tensité. 

Dans la plupart des cas, je me sers, pour appliquer le 
courant à la surface du corps, de tampons métalliques 
recouverts de calicot et de laine humectés d'eau, et com- 
muniquant avec l'électeur par un faisceau de fils d'argent 
enduit de gulta-percha ou de caoutchouc. La surface de 
ces tampons varie dans ses dimensions, selon l'endroit 
du corps où ils doivent être appliqués. Je me sers, d'ail- 
leurs, de tampons aussi langes que les circonstances le 
permettent, car il s'agit presque toujours d'introduire 
une grande quantité d'électricité. 

Je passe maintenant à un aperçu des effets généraux 
el des eltets locaux du courant constant. 

Les effets généraux de l'application prolongée du cou- 
rant constant consistent en une augmentation de la cha- 
leur du corps, en une transpiration ultérieure, et très- 
souvent en une prolongation de sommeil suivi d'une 
espèce d'alitement de tout le corps. 

Les effets locaux sont extrêmement variés. Les plus 
curieux sont certainement les effets sur les nerfs de la 
sensation, d'autant plus qu'ils ne se produisent pas avec 
le courant induîL En louchant, par exemple, la tempe, 
le front ou la joue avec les électrodes d'un courant très- 
faible et ne produisant aucune sensation sur la peau, on 
détermine des phtuphènes particuliers, semblables à une 
tache rayonnéc qui imite, jusqu'à un certain point, la 
structure de la rétine. Le même phénomène a lieu en 
appliquant les électrodes sur n'importe quelle partie de 
la tête, et même du cou, jusqu'à la cinquième vertèbre 
verticale, où se trouve ordinairement la limite des points 
où cette excitation de la rétine peut être effectuée. 

Le sens du goût es^l excité par un procédé identique 
avec celui qui exci le le sens de la vue. En effet, le goût est 
stimulé en touchant avec les électrodes certains points 
de la face, et surtout de la nuque. Celte saveur galva- 
nique est très-prononcée : les uns la trouvent acide, les 
autres amère, quelques-uns styplique, etc. On la ressent 
non-seulement dans la langue, mais encore dans le pa- 
lais, dans les gencives et même dans l'œsophage. Il arrive 
souvent que la limite des points de la moelle épinière 
où peut être déterminée cette saveur dépasse la cin- 
quième vertèbre cervicale, et se prolonge quelquefois 
jusqu'aux reins, et même jusqu'aux jambes. On peut 
ainsi constater que l'application locale et limitée du 
courant sur une partie du corps n'exerce pas seulement 
une action bornée entre les deux pôles, mais que la 
courbe électrique sortant de sa voie directe peut péné- 
trer jusque dans les profondeurs de l'oi^anisnie, et at- 
teindre les centres nerveux. 



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1866. 



REVU^ DES COURS SCIENTIFIQUES. 



3S 



On peut se rendre compte par \k de plusieurs eflTcts 
inaltendus que Ton observe quelquefois dans le traîlc- 
meot galvanique des maladies nerveuses, surtout chez 
les personnes Irès-sensibles. 

Quant au sens de Touïe, il est difllcile d'influer sur lui 
chez l'homme sain ; mais, chose étrange, chez les sourds, 
et particulièrement chez ceux dont la surdité provient 
du système nerveux» l'excitabilité du nerf acoustique 
est si grande» que la moindre application du courant 
constant sur lu rocher produit des sons qui éveillent 
quelquefois, mais vainement» l'espérance d'une guérison. 

Quant au choix des électrodes, il faut savoir que la ré- 
tine est plus sensible au pûle négatif, et le nerf du goût 
au pôle positif. Le nerf acoustique est plus sensible à la 
sortie du pôle positif qu'à l'entrée, et plus sensible à 
l'entrée du pôle négatif qu'à la sortie; enQn il se com- 
porte comme un nerf sensible. Dans la surdité provenant 
des centres nerveux, on obsen'cque l'une des deux élec- 
trodes produit des elTets croises, à la manière des con- 
tractions réflexes croisées que j'ai observées dans l'atro- 
phie musculaire progressive et dans d'autres maladies 
de la moelle épinlère. 

Un efl'et intéressant du courant constant» c'est l'espèce 
de vertige, ou plutôt la perle de l'équilibre du corps 
qui est déterminée quand il agit sur un certain point 
bien limité : la fosse auriculo-maxillaire. Quelquefois ce 
point de vertige se trouve à la fosse carotique, tout près 
de l'angle de la mâchoire. Je crois que ce phénomène 
peut être expliqué par un changement d'équilibre entre 
les deux porlies du cervelet, changement déterminé par 
une excitation de plusieurs faisceaux partant du gan- 
glion supérieur cervical du grand sympalbiquc, et se 
trouvant en communication directe avec les cellules gan- 
glionnaires des centres nerveux. 

En ce qui concerne l'action du courant constant sur 
les oerfs sensibles et les nerfs moteurs» mes expériences 
sur l'homme sain et l'homme malade même conflrment 
en général la loi constatée par Marianini dans la gre- 
nouille vivante. On sait d'ailleurs que cette loi peut se 
formuler ainsi : Le courant descendant agît plus énergt- 
quement sur les nerfs sensibles, et le courant ascendant 
sur les ntrh moteurs» le premier à la sortie et le second 
& l'entrée. Je dois ajouter toutefois que» lorsqu'on fait 
agir le courant d'une façon unipolaire, c'eat-à-dire en 
appliquant une électrode sur un seul point du nerf et 
l'antre sur un point quelconque du corpSj on observe 
que le pôle positif possède à peu près la même in- 
fluence sur les nerfs sensitifs que sur les nerfs moteurs, 
influence identique avec l'action du courant descendant, 
et que le pôle négatif exerce une influence identique avec 
l'action du courant ascendant. 

Je terminerai ces explications théoriques par une ex- 
périence qui mettra en évidence cette action unipolaire. 
Je place l'électrode positive d'un courant de 25 à 
30 éléments sur le nerf médian du bras d'un homme» 
et l'électrode négative sur le nerf radial du môme bras. 



Dès que je ferme le circuit» on aperçoit une contraction 
beaucoup plus forte du côté du pôle négatif, c'est-à-dire 
dans les fléchisseurs, et dés que je change la direction 
du courant, la contraction devient beaucoup plus forte 
du côté des extenseurs. 

Celte expérience, nullement douloureuse» peut être 
multipliée autant qu'on le désire, et le même phénomène 
se reproduira toujours. 

Notons encore que les deux électrodes agissent chacune 
diflléremment sur les vaisseaux. Le pôle positif les dilate 
et rend la peau rouge, tandis que le pôle négatif déve- 
loppe l'effet contraire, après une action continue de cinq 
à dix minutes. On observe de plus, au pôle positif» une 
dépression de la peau, et au pôle négatif un gonflement 
de répiderme et du derme. J'insisterai sur ces faits dans 
une conférence suivante. 

Voilà quelques-uns des résultats auxquels je suis arrivé 
en expérimentant sur moi-môme et sur d'autres hommes 
sains, depuis le 13 décembre 4855 jusqu'au 18 juillet 
1856» avant de passer aux applications thérapeutiques 
du courant constant. Je vous conseille de suivre la môme 
voie, et de ne pratiquer l'éleclrothérapie qu'après avoir 
répété noaintes fois ces expériences préalables. 

Rehak. 



FACULTÉ DE MÉDECINE. 
HISTOLOGIE (1). 

COVBS DE H. CH. BOBIN. 

(dv llnstitut). 

CoMidémttona générales mmr !«■ tbmmm. 

On a vivement critiqué la formation d'un groupe d'élé- 
ments comprenant ceux qui sont caractérisés par une 
substance fondamentale , homogène, creusée de cavités 
contenant un liquide ou des cellules , tels que les élé- 
ments cartilagineux et osseux. 

D'après les auteurs de ces critiques, le principal serait 
ici sacrifié à l'accessoire. Ils prétendent que l'os et le 
cartilage sont des tissus cellulaires , c'est-à-dire formés 
de cellules juxtaposées, comme l'épiderme et les tissus 
végétaux. Pour eux , les cellules produiraient » comme 
dans certaines plantes» une substance qui» en s'interpo- 
sant aux éléments qui les engendrent, mériterait le nom 
d'intercellulaire et jouerait un rôle accessoire dans les 
propriétés et dans la constitution du tissu. 

Mais une pareille comparaison n'est fondée que sur de 
simples apparences de configuration générale, et ne 
dénote qu'une ignorance grossière de la constitution 
réelle des tissus végétaux, dans lesquels il y a production 
par Us cellules d'une substance iatercellulaire. 



(1) Voj. le n* 51 de notre première année, p. 7i9. 

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S6 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



10 DiCEMBAE 



Chez les plantes^ le tissu doit réellement ses propriétés, 
de résistance et autres, aux cellules polyédriques ou 
cylindriques pourvues d'une cavité et d'une paroi dis- 
tinctes, cellules qui sont l'élément Tondamental du tissu. 
La substance intercellulaire, au contraire, exsudée par 
les cellules, consécutivement & la génération de celles- 
ci , n'est qu'accessoire à côlé d'elles, et comble princi- 
palement les petits espaces ou méats inlercellulaires qui, 
dans quelques régions, sont pleins de gnz, de gommes ou 
de résines. 

Dans les cartilages , les os et les dents , la substance 
que les auteurs dont nous parlons veulent appeler inter- 
cellulaire, en la comparant h celle des plantes et en la 
considérant comme accessoire vis-à-vis des cavités qu'elle 
limite, cette substance n'est pas de formation secondaire 
ou consécutive, comme chez les plantes. Au contraire, 
elle apparaît embryogéni que ment avant les cavités , et 
c'est par suite des phases de la génération graduelle 
qu'elle les limite. Non-seulement elle est de génération 
primitive, mais encore elle est fondamentale quant à la 
ipasse , et c'est elle qui donne au tissu ses principales 
propriétés... C'est celte substance qui , dans les altéra- 
tions des cartilages, des os, des dents, passe aux états 
lamelleux , flbrillaire, etc. 

Lorsque le carlihige apparaît chez l'embryon autour 
de la corde dorsale, on ne voit nullement qu'il se forme 
par une génération de cellules qui se fondraient par le 
moyen d'une substance sortie d'elles. On constate la 
génération simultanée de noyaux et d'une substance 
hyaline moins résistante qu'elle ne sera plus tard, mais 
limitant autant de cavités qu'il y a de noyanx, cavités 
remplies chacune par un noyau. Ce n'est que peu à peu 
que la suhstonce interposée aux noyaux, en n>âme temps 
qu'elle augmente de quantité, s'écarte des noyaux et 
laisse une cavité autour de chacun, cavité dite chondro- 
plasle. 

Terminons cette digression nécessaire à l'éclaircis- 
sement préalable d'une importante question, et revenons 
à notre sujet. 

L'an dernier, après avoir étudié les principes immé- 
diats et les éléments, nous avons abordé les humeurs. Il 
nous reste, pour terminer le cours d'anatomte générale, 
à étudier les tissus proprement dits et les systèmes orga- 
niques. 

L'étude des tîssns constitue Vkittologie. On désigne 
souvent l'anatomie générale entière par le mot histo- 
logie; c'est le nom de la partie employé h dénommer le 
tout. 

Pour mieux relier le cours de l'an dernier h celui de 
celte année , il importe de résumer succinctement les 
notions relatives aux humeurs, ou l'hygrologie. 

Les humeurs sont les parties liquides ou demi-liquides 
de l'économie, formées par le mélange et la combinaison 
ÙSi principes immédiats nombreux , et tenant ordinaire- 
ment en suspension des éléments anatomiques. 

Les humeurs appartiennent aussi bien que les ti^^sus îi 



l'étude de l'anatomie ; elles jouent un rôle aussi impor- 
tant dans l'économie, et présentent une complexité d'or- 
ganisation et de propriétés organiques qui ne sauraient 
être envisagées par le rhimisle. 

On distingijeclans les humeurs : 1° le fluide, qui en est 
la partie fondamentale \ 3* les solides, qui y sont en sus- 
pension. 

Le fluide est dans l'humeur ce que l'élément fonda- 
mental est dans le tissu : il joue le rftie de milieu pour les 
éléments en suspension. 

Les humeurs se composent : 1° de principes minéraux 
et cristallisablcs ; 2' de principes organiques, ou cristal- 
lisables ou coagulables. Les premiers sont dissous par 
les seconds, et quelquefois ils se déposent sous forme de 
calculs. 

Toutes les humeurs peuvent passer à l'étal virulent 
par altération de leurs substances coagulables. 

Les humeurs se divisent en trois groupes : 1* les 
constituantes, comme le sang, le chyle, la lymphe ; 2"> les 
sécrétéei, telles que la salive, le sperme, la bile, la syno- 
vie , les mucus ; 3° les excrêmentiHellH^ ou humeurs de 
désassimiluUon. 

Tel est l'ensemble sommaire des notions hygrologi- 
ques. 

Arrivons maintenant à l'objet spécial du cours de 
cette année , qui est l'histologie proprement dite , ou 
l'élude des tissus. 

Les tissus sont les parties du corps qui résultent 
de la réunion d'une ou de plusieurs espèces d'élé- 
ments anatomiques associés dans un ordre déterminé. 
La texture d'un tissu est le mode d'associnlton des élé- 
ments anatomiques qui le composent , tandis que le 
mot de structure désigne le nombre de ces éléments. 

Les tissus sont des parties visibles à l'oeil nu; mais ils 
sont composés départies invisibles qui exigent, pour être 
aperçues, l'emploi du microscope. Cet Instrument est 
nécessaire aussi pour étudier la texture des tissus , qui 
n'est autre chose, encore une fois, que le mode d'enche- 
vêtrement des parties invisibles. 

Il faut user aussi, dans cet examen, de plusieurs réac- 
tifs chimiques qui servent à rendre transparentes ou k 
détruire certaines parties qui masquent les autres. 

Les éléments qui composent les tissus emportent avec 
eux, dans le tissu luî-môme, les propriétés qui les ca- 
ractérisent. Si le tissu renferme plusieurs de ces éléments, 
les propriétés de ces éléments se modifient les unes les 
autres, et il en résulte une propriété de nature différente. 

On détermine la nature d'un tissu normal ou morbide 
d'après la nature des éléments anatomiques qui entrent 
dans sa constitution ; exactement comme en chimie on 
détermine celle d'un corps composé d'après la nature 
des éléments chimiques constituants. Mais il y a autre 
chose à déterminer que la nature, il faut déterminer 
l'arrangement de ces éléments. 

Inutile d'ajouter que cette association des éténqçats 
est purcnici;! physique, que r'cbl une cnmbin:(ison pur 

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HGVDE DBS COURS SŒNTIFIQUEa 



conlïgalté, par juxtaposikion; tandis qu'en chimie, les 
éléments sont unis molécule k molécule, et se pénètrent 
si intimement, qu'il est parfaitement impossible de les 
distinguer, même avec les plus puissants microscopes. 

Les tissus doivent être décrits au point de vue : 1" de 
leur place dans réooiK»aie;2*' de leurs caractères phy- 
siques ; 3* de leurs caractères chimiques; de leurs 
caractères organiques (structure, texture^ vascularité). 

Cette description est toute l'histologie. 

Voyons d'abord les trois premiers chefs. Au point de 
vue de leur place dans l'économie, on peu( diviser les 
tissus en tissus superficiels et tissus profoitds, les pre- 
miers se trouvant disposés à la surface de l'organisme, 
tels que le tissu épithélial, le tissu pileux, etc., les au- 
tres tissus étant disposés sous les premiers. 

Au pcùnt de vue de la durée, on remarque que certains 
tissus n'ont qu'une existence temporaire. I)e ce nombre 
est l'embryoplasIiquCt qui ne se trouve que chez l'em- 
bryon, quoique dans certains cas les éléments de ce tissu 
puissent étreatteint^dliypergenèseetse multiplier outre 
mesure, de façon à persister sur l'adulte. Le tissu de la 
corde dorsale disparaît chez les animaux au moment de 
la naissance, et on le trouve chez l'homme jusque vers 
l'âge de soixante ans. 

Mais ces caractères-là sont d'importance secondaire. 

Les tissus sont de couleur diverse. Tantôt celle cou- 
leur est celle de l'élément anatomique qui prédomine 
dâDs le ti»u, modifiée quelque peu par la présence d'au- 
tres éléments : ainsi, le tissu musculaire est rouge, tan- 
dis que la fibre musculaire est d'un rose léger, dû à un 
principe coloraot particuliar qui iail partie intégrante 
de la Âbre musculaire. 

Certains éléments aeoessoires peuvent, en se multi- 
pliant outre mesure, changer la couleur normale d'un 
tissu. 

La couleur est due souvent à l'arrangement réciproque 
des éléments anatomiques : ainsi, les fibres tendineuses 
constituent généralement un tissu grisfttre; mais autre- 
ment associées, elles donnent lieu k un tissu de couleur 
différente. 

Certains tissus, comme une portion de la choroïde, 
réQéchissenl la lumière en prenant une teinte irisée. 
Cela tient à la disposition des fibres en nappe qui dé- 
composent la lumière comme tes lames minces. 

La coloration peut être causée aussi par la présence de 
certaines matières colorantes qui ne font point partie 
intégrante des éléments anatomiques , et en peuvent 
être aisément séparées. Il y a des cas où la teinte est due 
à certains granules pigmentaires^ on à la réflexion par 
U's globules graisseux. 

Ce qui vient d'être dit de la coloration peut s'appliquer 
à la consistance. En d'autres termes, la consistance dé- 
pend de la nature et de l'arrangement des éléments ana- 
tomiques. Faute de connaître ces éléments, on a long- 
temps confbndu des tumeurs d'espèce différente, ou 
séparé des tnmeurs de mDmp csp^f^', lundi» que tes prp- 



mtères différaient foncièrement par la nature des élé- 
ments, et que les secondes ne différaient que par la con- 
stitution et l'arrangement. 

La ténacité des tissus est toujours proportionnelle à 
celle des éléments anatomiques constitutifs. Cependant 
quelquefois des éléments tenaces peuvent engendrer un 
tissu mou, en raison de certaines particularités de texture 
et de la présence de substances amorphes accessoires. Le 
tissu tendineux, quoique composé des mômes éléments, 
est plus tenace que le lamineux, parce que ce dernier 
n'est pas constitué comme le premier. 

L'extensibilité et la rétractilité des tissus sont deux 
propriété^ très-différentes Tune de l'autre. Le tissu muS' 
culaire, par exemple, est très-exlensible, mais très-peu 
rélractile. Ces propriétés dépendent beaucoup de la na- 
ture des éléments, et beaucoup aussi du mode d'eotre- 
croisement. Ainsi, les fibres lamineuses, peu extensibles, 
forment les tendons peu extensibles, quand elles sont 
rectilignes, et le tissu lamineux est très-extensible, parce 
qu'elles aont flexueuses dans son épaisseur et entre- 
croisées avec des tibres élastiques. 

L'élasticité des tissus est due à la présence des fibres 
élastiques. Celte propriété ne semodifie guère par la tex- 
ture. Elle est distincte de la rétractilité et de l'extensibilité, 
comme le montrent les os et le cartilage, qui ne possè- 
dent point ees deux dternièrM propriétéiiet qui possèdent 
la première. 

L'hygrométricité consiste en une pénétratioa gra- 
duelle, molécule k molécule, des liquides ou des gai au 
travers des éléments anatomiques. Cette pénétration n'a 
pas lieu au moyen de vaisseaux, de pores visibles, ni de 
fissures, mais le liquide absorbé se transmet en se com- 
binant de proche en proohe à chaque élément du tisiu 
traversé. 

L'endosmose et i'exosmose,par lesquelles s'expliquent 
les phénomènes de nutrition, d'excrétion et de sécrétion, 
se réduisent à la propriété hygrométrique. Cette propriété 
ne s'exerce pas de la même feçon dans les membranes 
vivantes et dans les membranes mortes et desséchées. 
Dans ces dernières, le liquide sort comme il est entré, 
tandis que dans les premières il change de nature par 
les emprunts qu'il fait aux éléments anatomiques pen- 
dant la durée de son trajet. 

Quant aux caractères chimiques des tissus, ils sont 
identiques avec ceux des éléments intégrants de ces tissus. 
Les tissus se comportent avec les divers réactifs et agents 
chimiques comme se comporteraient les éléments his- 
tologiques. D'ailleurs, les caractères chimiques des tis- 
sus sont superflus à connaître, depuis que l'on peut étu- 
dier ceux dus éléments. 

On peut faire rentrer dans le cadre des caractères chi- 
miques les propriétés que M. Chevreul a appelées orga- 
noleptigueSf telles que le goût, l'odeur, l'influence sur le 
toucher, etc. 



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28 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



10 DÉCEMBRK 



Noos venons enfin aux caractères les plus importants: 
ceux d'ordre organique. 

Ils se rapportent : 1° à la nature et au nombre d'élé- 
ments constituant les tissus (structure); 2** à la texture ; 
3° à la vascularité ; W au mode d'adhésion des éléments 
dans un même tissu, ou d'un tissu à l'autre. 
' Les propriétés d'ordre organique des éléments anato- 
miques dépendent des quatre chefs qui viennent d'être 
énumérés. 

Les lois de la composition élémentaire des tissus sont 
très-importantes. Les uns ne sont formés que par une 
seule espèce d'éléments juxtaposés: ce sont les plus sim- 
ples, ils ne sont guère doués que de propriétés végéta- 
tives. De ce nombre sont les épithéliums. 

Les autres sont formés de plusieurs éléments, parmi 
lesquels sont toujours des vaisseaux. On les appelle tissus 
constituants^ car ils composent essentiellement l'écono- 
mie, en masse et en action ; tandis que les précédents, 
que l'on appelle produits^ ne sont h c6té qu'un perfec- 
tionnement de l'organisme. Les tissus constituants se 
composent de deux, trois, quatre espèces d'éléments 
anatomiques. Parmi ces dernières, il 7 en a toujours une 
qui prédomine, quant à la quantité, et les autres ne sont 
qu'accessoires. Ainsi, l'élément fondamental du tissu 
nerveux est le filet nerveux ; puis viennent les fibres lami* 
neuses et élastiques, les capillaires, les cellules adi- 
peuses, les noyaux embryoplastiques, etc. Dans le tissu 
musculaire, on trouve d'abord la fibrille musculaire, et 
en sous-ordre, le myolemme, les fibres tamineuscs et 
élastiques, les capillaires, les cellules adipeuses, etc. 

L'anafomie pathologique apprend que les tumeurs ne 
proviennent presque jamais de l'hypergenèse d'un élé- 
ment anatomique fondamental, mais presque toiyours de 
la prédominance anormale d'un élément accessoire dans 
le tissu. 

Dans les tissus multiples, on remarque, outre ceux 
dont l'élément fondamental est manifeste, d'autres dont 
les divers éléments sont chacun en quantité presque 
^le, et dont les propriétés résultent plutôt de l'ensem- 
ble de ces éléments que de la présence particulière de 
l'un d'eux. 

Ces derniers tissus sont les parenchymes, ou tissus pa- 
renehymateux. Ils n'ont pas d'élément fondamental, si ce 
n'est la paroi ou la vésicule qui les entoure. 

Nous avons donc distingué trois groupés généraux de 
tissus : 1" les produits ; 2* les tissus parenchymateux ; 
S" les tissus à élément fondamental. Dans ces trois grou- 
pes se répartissent les trente et un tissus que l'on ren- 
contre dans l'organisme. Voici le tableau de cette classi- 
fication ; 



COMSTITQAMTS. • 



f i. Bliktodennique. 

2. De la notocorde. 

3. Embryoplaslique. 
à. Médullaire. 

5. Adipeux. 

6. Limineux. 

7. Flbranx. 

8. I>« la cornée. 

9. TeiidiaeuK. 
Timu JlO. ËlasUqua. 

proprement /li< Dermo-itaptllalre. 
dili. \12- Hoqueux. 
|t3. Séreux. 
1&. Irido-clioroïdien. 
'lâ. Ëreciilfi. 

16. Musculaire roufe. 

17. Musculaire viacéral* 

18. Nerveux, 

19. Cartilagineux. 

20. Otaeux. 

21. Phtnéropbore. 



22. Parenchyme! glandulairea. 

parenTyma- ^«"nchyme. 

' gluiduliirei. 



Pulmonaire. 
Placentaire. 
Testieuliire. 
Ovarien. 



PlODDin. 



' 24. Ëptdermique ou épjUiélial. 
25. Unguéo-coméal. 
1 20. Pileux. 
1 27. Denlineux. 
I 28. De l'émail. 
' 29. Du crislallin. 
30. De la criatalltiïde. 
^31. Des tttbea demi-eireulairei. 

Dans les prochaines leçons, nous nous occuperons des 
lois de la texture et de la vascularité. — PamiiHi Pipiib». 



COLLÈGE DE FRANCE. 
PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE (1). 

COURS DE H. CLAUDE BERNARD 

(de Ilnalihit). 

XIV. 

De* ■aoHveBMMta réSemea. 

Nous avons successivement exposé la nature des 
mouvements réflexes, les conditions qui président à 
leur existence, leur rôle dans les principaux appareils 
organiques et l'influence qu'ils exercent sur tous les phé- 
nomènes de la vie. Puis nous avons fait l'application de 
ces principes à la combustion respiratoire, dont le siège 
est dans les muscles, et nous avons montré que l'inten- 
sité de celte combustion était placée dans une étroite 
dépendance vis-à-vis des mouvements réflexes. La cou- 
leur du sang suit des variations parallèles : foncée quand 
la contraction musculaire est forte, plus claire quand le 
muscle est au repos. 

(1) Voy. les ft" 19, 22, 24, 27, 29. 34, 35, 38, 42. 43. 44, 45, 
48, fi0«t51 de notre prenièn mnée. et le n* 1 de la Mconde. 



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18U. 



HEVUË D£S GOUHS SGIENIIPIQUËS. 



39 



Ce que nous devons retenir de tout cecî^ c'est qu'à 
Yéial naturel le muscle n'est jamais dans un repos com- 
plet. L'influence du nerf sur lui est permanente, et elle 
y maintient toujours une contraction modérée qui con- 
stitue le ton musculaire. Quand le muscle antagoniste se 
contracte fortement, cette contraction légère cède à une 
contraction plus forte, et l'eiTet produit ne résulte, à vrai 
dire, que de la différence de force existant entre les deux 
actions contraires. 

Tous les nerfs qui se distribuent dans les muscles et 
peuvent concourir aux mouvements réflexes qui s'y ma- 
nifestent, tous ces nerfs ne sont pas de même nature, et 
Ton en a distingué jusqu'à trois ou quatre espèces difl'é- 
rentes. Ce sont d'abord les nerfs moteurs, partis des ra- 
cines antérieures de la moelle épinière et aboutissant 
dans la substance musculaire en entourant chaque fibre 
comme d'une sorte d'anse pour lui communiquer l'in- 
fluence motrice. Viennent ensuite les nerfs sens! tifs issus 
des racines postérieures^ qui arrivent également dans le 
muscle où l'on ne connaît pas trop leur mode de termi- 
naison; peut-être consiste-t-il en un petit noyau qu'on 
aperçoit d'ordinaire à leur extrémité : mais celle question 
n'est pas encore résolue. Ce qu'on sait seulement, c'est 
qu'il y a dans le muscle des nerfs de sensibilité, car on 
peut produire des mouvements réflexes en l'irritant di- 
rectement; mais ce n'est pas une sensibilité consciente 
comme celle de la peau. Après ces deux premières es- 
pèces de nerfsj citons les nerfs vosculaires et les fllels du 
grand sympathique dont nous ne parlerons pas mainte- 
nant. 

Quand on coupe les racines anlérieiires, celles du 
mouvement, le muscle tombe naturellement dans un re- 
lâchement complet; le ton musculaire disparaît, et la 
combustion respiratoire est supprimée. Si nous coupons, 
au contraire, les racines postérieures (sensitives), en res- 
pectant les racines motrices, le muscle entre encore en 
relAcbement, et fournit du sang veineux rouge, absolu- 
ment comme dans le premier cas ; mais il y a cette difl'é- 
rence que les mouvenients réflexes partis des autres ré- 
gions du corps peuvent très-bien se propager jusqu'à 
lui, et amener sa contraction au moyen des nerfs mo- 
teurs restés Intacts. Un muscle peut donc être paralysé 
du Ion musculaire, sans l'être en même temps du mou- 
Tement. 

Nous trouvons, en somme, trois espèces de mouve- 
ments réflexes : le ton musculaire, les mouvements ré- 
flexes momentanés, et les actions réflexes permanentes 
comme celles qui maintiennent la contraction des sphinc- 
ters. 

Tous les muscles sont le siège de mouvements réflexes 
que nous ne pouvons évidemment étudier en détail. Il y 
a pourtant certains muscles de la vie organique qui pré- 
sentent des particularités fort intéressantes, et dont nous 
devons au moins dire un mot. Ainsi, coupez les nerfs qui 
se distribuent dans les muscles des vaisseaux; ces mus- 



cles se relâcheront aussitôt, et le volume des vaisseaux 
sera notablementaugmenté. Ces faits se produisent même 
quelquefois dans l'oiganisme d'une manière naturelle^ 
et ils sont alors la cause de certaines affections particu- 
lières, les pneumatoscs par exemple. Mais les sphinc- 
ters, ou plutôt une partie d'entre eux, fournissent à cet 
égard des phénomènes très- remarquables et tout à fait 
spéciaux. Quand on coupe leurs nerfs, ils restent encore 
contractés pendant plusieurs jours, comme si aucune 
lésion n'avait été opérée, et la paralysie du ton muscu- 
laire ne se produit même pas dans tous les cas. Ainsi, k 
l'entrée de l'estomac, on trouve toujours un sphincter 
destiné à empêcher les aliments qui ont une fois pénétré 
(tans ce viscère de remonter ensuite dans l'œsophage. Ce 
sphincter, qu'il est surtout facile d'apercevoir chez un 
chien ou un lapin, présente à un très-haut degré, et avec 
des circonstances fort intéressantes, les phénomènes 
dont nous parlons. 

Cette persistance de l'étatde contraction dans le sphinc- 
ter du cardia après la section dn nerf qui le domine, un 
des r^imeaux du nerf pneumogastrique, a donné lieu, 
en effet, à des théories très-liiusses, parce qu'on ne pou- 
vait s'imaginer que la fonction continuât à s'exercer 
lorsque l'organe était lésé d'une manière si grave. D'an- 
ciennes expériences semblaient autoriser leurs auteurs à 
soutenir que le nerf pneumogastrique présidait au sen- 
timent de la faim et à celui de la soif; seulement la sec- 
tion de ce nerf n'empêchait pas ces deux sentiments, 
naturellement si vifs^ de se manifester comme aupara- 
vant, mais elle rendait impossible la naissance du senti- 
ment de la satiété. Voilà ce qui semblait bien résulter des 
expériences. En effet, on prend un chien ou un lapin, 
auquel on coupe le nerf pneumogastrique, après l'avoir 
préalablement laissé à jeun pendant vingt-quatre heures 
pour exciter vigoureusement son appétit; il mange alors 
avec avidité la nourriture qu'on lui présente; puis, au 
bout d'un certain temps, il s'arrête et régurgite comme 
si sa précipitation lut avait fait avaler plus d'aliments que 
n'en pouvait supporter son estomac; maïs il se remet 
aussilêt à manger pour régurgiter de nouveau, et ainsi 
de suite. Voilà bien, ce semble, le sentiment de la faim 
apparaissant avec la plus vive énergie, et le sentiment de 
la satiété cessant complètement de se produire. 

M. Claude Bernard avait accepté cette interprétation 
comme tout' le monde. Hais une circonstance fortuite 
qu'il remarqua au milieu d'expériences faites dans un but 
très-différent, vint l'éclairer d'un jour tout nouveau. L'er- 
reur des explications précédentes lui apparut avec évi- 
dence, et il fut mis en même temps sur le chemin qui 
devait le conduire à la découverte de l'explication véri- 
table. H. Claude Bernard opérait sur un chien qui avait 
subi la section du nerf pneumogastrique, et il lui avait 
pratiqué une fistule stomacale pour observer le méca- 
nisme de ta déglutition. Mais l'animal avait beau manger, 
et l'on ne voyait rien entrer dans l'estomac. C'était là un 
trait de lumière. U fallait bien que les aliments avalés se 



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B£VUK JffiS COCBS SGlSNXinQUËS. 



10 DéCEHWK 



logeassent quelque part, cl s'ils n'arrîvaieot point jus- 
qu'à l'estomac, c'est qu'ils re&taieni dans l'œsophage. 
Tous U» pfaén<»néne6 observés se comprenaient alors 
merveilleusement. Quand l'œsophage était rempli, l'ani- 
mal devait évidemment régurgiter; d'un autre côté, les 
aliments qu'il avait pris n'ayant subi aucune action sé- 
rieuse des sucs digestif», n'avaient pu s'assimiler, ni par 
conséquent apaiser sa faim en quoi que ce soit, et il était 
naturel qu'il recommençât à maoger de plus belle. 

Nous pouvons, du reste, constater directement l'exac- 
titude de celte interprétatiou par une expérience bien 
simple. 11 suffit de prendre un lapin et de le nourrir 
d'abord avec des choux ou d'autres substances vertes ; 
puis on pratique la section du nerf pneumogastrique, et 
Ton donne k l'animal une nourriture dont la couleur 
tranche nettement sur la couleur des aliments précé- 
demment employés « pour que la distinction en soit £»- 
elle : ce sera, par exemple, de la carotte. Si l'on samfle 
ensuite Tanimal, on trouvera en l'ouvrant que l'estomac 
contient des sulwtances vertes, mais qu'aucune partie des 
carottes avalées n'a pu dépasser le euiiia. Quelle est donc 
rinfluenee qui peut ainsi interdire aux aliments l'accès 
de l'estomac ? C'est Je dernier point & déterminer. Mais il 
est liicile de voir qu'une seule cause peut expliquer con- 
venablement le phénomène, et cette cause, c'est la con- 
traction vigoureuse et peraunente du sf^incter cardia- 
qui bouche complètement la communication entre 
l'cesophage d l'estomac. 

Les sphincters de Tanus et de la vessie présentent des 
phénomènes tout à fait semblables, qu'il est facile de 
provoquer en coupant les nerfs du plexus lombaire. Mais 
tous ces faits ne contredisent pas les explications que 
no» avons dtMnées sur le ton musculaire ; car, en répé- 
tant les expériences deux ou trois jours après la section 
du nerf pneumogastrique, on trouve alors que la con- 
traction pemaatkente du sphincter a cessé, et avec elle 
toutes les conséquences qu'elle entraînait. La persistance 
singulière de cette conlraction pendant un temps sou- 
vent assez long, après la section du nerf pneumc^as- 
triquc, tient peut-être à l'influence dos ganglions dugrand 
sympathique, qui sont trèsHU»mbreux dans les parties 
Toiwies de ces organes. 

Les actions réflexes président à toute la vie organique, 
et l'nn peut dire que beaucoup de fonctions ne sont 
qu'une suite de mouvements rétlexcs régulièrement en- 
chaînés. Ainsi, quand on met un grain dans le bec d'un 
oisean, il se digère complètement par une série d'actions 
réflexes, dont nous devons déteraiiner tes irritants et la 
réaction BMiiuelle. Depuis quelques années, on a beau- 
coup cherché les centres de ces nelions réflexes, mais 
on ne lésa pas encore imivés pour toutes, car ce sont Ik 
des expériences cxirémcmeni délicates à Caire, et plus 
diliciles encore k inlerpréler. 

Dés le premier acte de la nutrition, dans la bouche, 
«ooB trouvons de nomhmwes actions réflesM coocouraut 



k la digestion; mais il s'y mêle aussi des înBuetkces vo- 
lontaires. Quand on a enlevé le cerveau d'un animal, k 
seul contact du vinaigre sur sa langue amène une abon- 
dante sécrétion des glandes salîvaires placées dans la 
bouche. On ne connaît pas eoeore précisément le centre 
de cette action réflexe. Gependajit, en faisant d'autres 
expériences, M. Claude Bernard a souvent remarqué qu'il 
provoquait une vive sécrétion salivaire, lorsqu'il piquait 
le cerveau dans certains endroits; c'est ^s doute au 
voisinage de ces régions que se trouve le centre de l'ac- 
tion réflexe dont nous parlons. 

Du reste, la seule pensée, et k plus forte raison la vue 
de certaines substances, suffit pour produire une aboo- 
daole sécrétion de salive. C'est là un phénomèiu; conm 
de tous» et qu'on exprime vulgairement en disant que 
telle (lu telle chose fait venir l'eau à la bouche, ce qui est 
considéré comme l'expression d'un vif désir. 

Celle influence purement morale a même élé utilisée 
bien des fois pour faire certaines expériences physiolo- 
giques. Ainsi M. Claude Bernard a souvent pris un cheval, 
laissé préalablement à jeun pendant vingt-quatre heures 
pour rendre le phénomène plus sensible, et il lui mon- 
trait alors à distance une botte de foin : cette vue exci- 
tait Icllemcnt son appétit aiguisé par une longue attente, 
qu'il se produisait un écoulement de salive aussi al>on- 
dant et aussi continu que le jet d'un robinet. Lorsque 
M. Tbenard, l'illustre chimiste, avait besoin de salive 
pour ses cxpéiieiices, il employait un moyen tout à lait 
semblable. Ce moyen consistait à prendre un chien bien 
poHant et à le laisser d'abord sans aucune nourriture 
pendant vingt-qualrc heures. Puis onmcHail à la broche 
un gigot succulent et l'on plaçait le chien k quelque dis- 
tance après l'avoir garrotlé et bAillouné. Les ardents dé~ 
sirs que provoquaient les v.^pcur5 du rùli chez le pauvre 
animal alfamc, y faisaient prendre à la sécrétion de la 
salive des proportions tout à fait éitraordinaires, ci, 
gvtce h celte nouvelle appliealîon du supplice de Tantale 
dansTinlérét de la science, on recueillait ainsi de grandes 
quantités de liqueur qui fournissaient à tous les besoias 
des analyses. 

Dans un traité sur la digestion où il a montré le pre- 
mier k préparer du suc gasiHquc et du suc pancréatique 
artiOciels, Héberlcy a soutenu que la bave des animaux 
enragés et le venin que portent beaucoup de reptiles, 
comme les vipères et tant d'aulres, ne sont au fond que 
des altérations de la salive. Il supposait mt^mc que Val- 
tération consistait en ce que celle humeur se trouvait 
mélangée alors d'une quantité variable de sulfocyanure 
de polassium, corps cfl'ecUveraent fort dangereux. Ce 
savant, très-recommandabledu reste, exagérait singulié- 
remenl l'influence que peuvent exercer les causes morales 
sur la nature de cette sécrétion salivaire, et il prélendail 
pouvoir produire à son gré sur lui-même de la bonne ou 
de la mauvaise salive. Quand il voulait en obtenir de la 
bonne, il pensait à une fouLe de choses agréables, à des 
mets délicieux ou aux plaisirs qu'il souhaitait le plus ; et 



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I86&. 



REVUS DES COUftS SCIENTIFIQUES. 



31 



toutsoQ organisme s'épanouissant SOUS cette douce in- 
flucDce, la salive recueillie dans ces coodilions était 
excellenle.Pcnsait-'il, au contraire, aux mille désagréments 
qu'on rencontre toujours dans la vie, aux ennemis qu'il 
pouvait avoir, aux dangers qu'il pouvait craindre, enBa 
à toutes les choses qui étaient plus piirticulièrement ca- 
pables de lui déplaire, anssitôt la sécrétion était complè- 
tement modifiée. Sans doute, la salive d'Héberley ne de- 
venait pas alors tout îk fait semblable à la bave d'un 
animal enragé, mais enlln elle contenait du sulfocyn- 
nure de potassium en quantité notable, et elle s'en rap- 
prochait plus ou moins. C'est Heberley lui-même qui 
nous donne tous ces détails, et vous en avez saisi tout de 
suite tes côtés qui prêtent à rire : nous n'avons pas 
besoin d'ajouter qu'ils sont purement bntastiques. Cepen- 
dant tout cela prouve au moins l'influence qu'exerce 
l'imaginàtioD sur tous ces phénomènes, influence sou- 
vent i^us nuisible qu'utile, mais qu'il serait impossible 
de contester aujourd'hui. 

Pour provoquer la sécrétion de la salive ou des autres 
humeurs concourant à l'acte de la digestion^ilfuuf » — ainsi 
que Berzelius l'a dit depuis longtemps déjà, — il faut 
prendre un liquide ayant une réaction opposée à celle 
du liquide qu'on veut obtenir. Ainsi, le carbonate de 
soude, sel asseï fortement basique, ne provoque jamais 
la sécrétion de la salive; mais tous les acides le font, 
quoique avec une énergie plus ou moins grande, parce 
que la salive est une liqueur alcaline. Au contraire, dit 
toujours Berzelius, si vous voulez produire dans l'es- 
tonâac une abondante sécrétion de suc gastrique, humeur 
nettement acide, il faudra soumettre les parois du vis- 
cère à l'action d'un liquide alcalin quelconque. 

On avait professé auparavant sur ce point des ofMnions 
diamétralement opposées à la vérité, et ces idées fausses 
servaient de base à une foule de prescriptions médicales 
au moins inutiles quand elles n'étaient pas dangereuses. 
Ainsi ordonnait-on 4 un malade de prendre du fer, qui 
devaitètre attaqué par le soc gastrique, grâce k la réaction 
acide de ce corps; on recommandait toujours de ne pas 
administrer en même temps des alcalis qui satureraient 
plus DU moins cette acidité du suc gastrique et empê- 
cheraient ainsi l'attaque du fer de se produire convena- 
blement, de telle sorte qu'il n'aurait plus aucune action 
sar l'ot^anisme. Mais l'erreur à laquelle aboutit ce rai- 
sonnement vous prouve une fois de plus qu'il ne faut pas 
s'en tenir exclusivement aux considérations chimiques, 
malgré leur importance réelle, pmir asseoir un diagnostic 
ou un traitement, ni pour établir une théorie scientiGque. 
Les considérations physiologiques d(»veot toujours pré- 
dominer sur toutes les autres, parce qu'elles correspon- 
dent aux véritables foits vitaux, et que ceux-ci sont le 
centre de l'exercice de toutes les fonctions : les faits 
pby^co-chimiques ne sont, à vrai dire, que des milieux 
préparés pour le développement de ceux-là. Ainsi, dans 
ie cas qui nous occupe, l'alcali administré avec le fer 
utorera sans doute une petite quantité de suc gastrique; 



mais en irritant la muqueuse de l'estomac, il lui en fera 
produire une quantité bien plus considérable, et en défi- 
nitive l'avantage est évident. Pour faciliter la digestion 
chez les estomacs paresseux, il faudra donc aussi faire 
avaler avec les aliments du carbonate de soude qui sti- 
mulera l'inertie de l'estomac et activera la sécrétion du 
suc gastrique. 

Comme le remarque encore Berzelius, la nature a eu 
soin d'alterner les réactions dans les parties successives 
du tube digestif, afin d'amener ainsi en temps opportun 
la production des différentes humeurs nécessait>es k la 
digestion. La réaction est alcaline dans la bouche, et les 
aliments en s'imprégnant de salive transportent la même 
réaction dans l'estomac où elle provoque ainsi la sécré- 
tion du suc gastrique. Là ces aliments deviennent acides 
sous riiifluence de ce même suc gastrique qui s'y est 
mêlé au fur et à mesure de sa production, et en touchant 
les bords de l'intestin duodénum ils amènent immédia- 
tement une sécrétion considérable de bile qui change 
encore une fois leur réaction et la laisse définitivement 
alcaline. Tous ces phénomènes peuvent s'observer avec 
assez de facilité sur le cheval dont les canaux sont très- 
larges. On assiste alors à la sécrétion de chaque humeur, 
el l'on voit clairementlcs effets decctte influence décisive 
qu'exercent sur elle les diversités de réaction chimique 
dont nous parlons. 

Mats b côté de ces phénomènes de sécrétion dus à des 
actions réflexes, il y a aussi dans les intestins, et en 
général tout le long du tube digestif, divers mouvements 
purement mécaniques que oous devons rapporter à la 
même cause. 

11 n'y a en effet que deux choses dans ta digestion, des 
liquides et des mouvements ; et, suivant la diversité des 
époques, chacune d'elles a occupé à son tour d'une ma- 
nière trop exclusive l'attealion des savants, qui oubliaient 
ou raéconoaissaicnt ainsi l'importance de l'autre. La di- 
gestion a donc été- successivement attribuée à ces deux 
agents. Ainsi, avant Spallanzani, qui mit en évidence le 
rôle considérable joué par les liquides dans ce phéno- 
mène, Borelli regardait surtout la digestion comme un 
broiement; l'estomac et les intestins étaient pour lui une 
sorte de moulin qui triturait la nourriture. Borelli 
appuyait du reste ces vues théoriques par des observa- 
tions assez bien faites ; mais il ne faut pas oublier qu'il 
agissait principalement sur des gallinacés, ce qui explique 
son erreur et fait comprendre comment il s'est tant exa- 
géré l'importance des agents mécaniques. Chez ces ani- 
maux, en effet, les mouvements concourant à la diges- 
tion prennent une énergie toute parliculiére surtout dans 
te gésier et dans te jabot. Mais ce n'est pas une raison 
pour ne voir que ce phénomène de broiement et oublier 
tout le reste. Le gésier ne fait que remplacer les dents, 
et les mouvements qu'on y observe ne sont qu'un acte 
préparatoire de la digestion proprement dite, acte qui a 
pour but de mieux diviser les aliments, afin q«'iis b'hd- 
prëgneut plus vite des différents sucs digestif^ et qu'ils 



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32 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



10 DÉCEMBRE i%6b. 



subissent plus complétemenl IcuractioD. En un mot, ce 
qui se passe là, ce n*est autre chose qu'une sorte de mas- 
tication placée un peu plus profondément dans l'inté- 
rieur du corps, et voilà tout. Les liquides, au contraire, 
jouent toujours un rôle capital et décisif. 

Mais tout cela, liquides ou mouvements, tout cela est 
dû à des actions réflexes, et la digestion tout entière se 
produit ainsi. En effet, quand on place un grain ou un 
autre aliment dans la bouche d'un animal privé de cer- 
veau et incapable par conséquent de tout mouvement 
direct et voloutaire, il avale aussitôt ce grain, évidem- 
ment par un mouvement réflexe ; d'autres mouvements 
du même genrc^ échelonnés tout le long du tube digestif, 
se succèdent les uns aux autres, se provoquant mutuel- 
lement, et président ainsi aux diO'érenles phases de la 
digestion qui s'accomplit d'un bout à l'autre sous leur 
empire exclusif, à peu près aussi régulièrement que si 
l'animal n'avait pas été privé de son cerveau. L'action 
volontaire a donc ici une influence bien minime, et les 
premiers' de tous ces mouvements réflexes, ceux qui 
s'accomplissent dans la bouche, sont môme les seuls 
qu'elle peut parvenir à maîtriser. Les autres lui échap- 
pent complètement, et dès que rnliraent est dans le pha- 
rynx, il lui est impossible d'empêcher la déglutition, ni 
à plus forte raison tous les actes postérieurs. 

On a observé dans le canal intestinal des mouvements 
réflexes parfaitement séparés du système cérébro-spinal 
et résultant de l'irritation directe des intestins. On pro- 
duit des phénomènes tout à fait semblables dans l'uré- 
thre en opérant de la même manière. Mats tout cela ne 
peut s'observer que sur des animaux à sang froid, car 
les animaux à sang chaud perdent trop rapidement leurs 
propriétés vitales pour que ces expériences soient pos- 
sibles chez eux. 

Cependant certains mouvements réflexes de la vie or- 
ganique peuvent passer par le système cérébro-spinal, 
mais il n'en est pas moins certain d'un autre côté que des 
ganglions du grand sympathique jouent quelquefois le 
rôle décentre : nous l'avons montré précédemment d'une 
manière incontestable. Certains plexus particuliers peu- 
vent jouir des mômes propriétés. On l'a démontré aussi 
pour des phénomènes spéciaux, et, dés que cela est 
établi dans un cas, on peut l'admettre pour d'autres, au 
moins à titre d'hypothèse fort vraisemblable. Du reste, 
parmi les mouvements réflexes, il y en a un certain 
nombre qui se croisent d'une partie du corps à l'autre, 
et quant à ceux-là, on peut avouer, sans grand danger 
d'erreur, qu'ils passent tous dans le système cérébro- 
spinal, et que le croisement s'opère dans la moelle 
épiniôre. — éhilk aulavi. 

CHRONIQUE. 

fkcovtt DE HÊDECisE. — Oitveriure du cours de M. Laiségu» $ur 
tes matadiet mentalei. — Vendredi 18 novnnbre, H y avoil ronle i 
l'&eole de naédednc ponr l'ouverhire du cours de N. Ussè|pie sur les 
maladies menlales. 

Dans un exposé rapide, le professeur nous a retracé la uiar- 
che des sdeacM médicales \ il nous les a mootréea naissant de la 



tradition, réduites d'abord au commentaire des textes, et suivaul 
bienlAt les progrès des autres sciences qui leur prëtenl un pnissint 
appu!. La liotanique, l'alctiimie, mère de la cbioiie moderae, fournissent 
à la médecine une partie de son cadre nosolofcique. Eiilin, de noi 
jours, l'histologie, soutenue par les progrès de la physique, nous a dé* 
voilé jusqu'à un certain point les mystérieuses évolutions de l'atome. 

La médecine mentale ne saurait avoir une marche indépendante de 
la marche générale du siècle ; elle s'inspire de l'opinion publique, et à 
toutes les époques nous lui voyons subir ses préjugés. Le dirisiianisne 
brise les chaînes de l'esclave sans affk-ancltir le malheureux aliéné de 
la miriédictiun que lui avait léguée l'antiquité. Les corporations relt- 
fieufes, qui ouiTent partout des asiles pour l'inrorluae ou la maladie, 
laissent les fous dans l'abandon, |iar respect pour la volonté de Dien, 
qui seul a pu porter une si rude atleinle h rîntelligence humaine. On les 
enferme parce qu'on a peur d'eux, et le peuple, qui veut passer poar 
brave, vase repafire des contorsions d'un pauvre maniaque arrêté par de 
solides baireaux . Arrive le grand réveil : la Bastille et Bieélre tombent 
sous la même pioche, et la Bévolution inscrit sur ses monuments : 
LiberU, Êgalitéy Fraternilf; mais bienlél on ajoute Ordre public. La 
Eocîélé nouvelle, qui veut jouir après avoir soiifTert si longtemps, en- 
ferme celui qui pourrait être Ij cause ou l'occasion d'un trouble, mais 
celle ro:s en déguisant un peu les barreaux de b pri.-on. Pendant (juc h 
famille humaine rppoussuit ain^i l'aliéné, le médecin, si dévoué aux 
malades les plus repoussants et à ceux-là mêmes que la contagion ren- 
dait redourabies, le médecin reste tourd aux souffrances du fou. qui 
n'est pas un malade i ses yeux. Mais bi>::nlât le siècle ne voit plus dans 
ce pauvre paria qu'un frère qui souffre, et qui a besoin d'assistance ; le 
médecin se montre alors, soutenu cette fois par l'esprit public. Des 
asiles se bâtissent partout avec une libéralité que les Conseils généraux 
ne tardent pas à réprimer. Le bien-être de tous rend plus avare pour 
l'aliéné ; on économise sur les asiles pour tracer des routes ou creuser 
des canaux. Le médecin réduit diaque jour son budget, à la grande joie 
des commissions administratives, et brrcc par une douce quiétude, il 
s'endort, croyant sa tfiche achevée. Par économie, on utilise les oliénés 
aux Iravauxde l'intérieur on à ceux dcIaculture,otbieniét, apprenant 
que ces hommes privés de raison donnent des concerts, impriment uu 
journal et vont jusqu'à le rédiger, la société se croit coupable de les re- 
tenir sous les verrous. On ouvre donc les portes de la volière, cl l'aliéné 
retourne s'asseoir au foyer de la famille jusqu'à ce qu'un crime soudain 
vienne éveiller la sollicitude de l'administralion, et montrer que la vie 
pastorale n'est pas faite pour ceux que l'on ne saurait regarder comme 
responsables de leurs actes. Alors seulement on trouve la juste mesure ; 
on traite les Tous comme des êtres fdibles, et on leur donne un tuteur. 
La loi do 1 S38 est empreinte d'un tel esprit de sagesse et d'Iiumanité, 
que toute l'Europe la copie. Malgré ce qu'en disent certains philosophes 
et quelques journjlistcs, qui ne peuvent commander à l'opinion puUi- 
que, il faut s'arrêter à ce régime, que nulle objection sérieuse ne peut 
atteindre. 

Du reste, ce n'est pas la philosophie qui pourra jamais étudier Ij 
folie, ni surtout lui porter secours ; ce n'est pas non plus aux mngis- 
trals qn^il appartient de se livrer à de pareilles reclierthcs : le médecin 
seul peut montrer le siège du mal dans les altérations morbides qu'il est 
habitué à suivre. Cependant M. L:iS8ègue ne professe pas une doctrine 
irrévocablement organicienne ; s'il rejette la philosophie, et mAioe la 
physiolofiie, ce n'est pas pour proclamer sans partage le règne de l'ana- 
tomte pathologique. Il fait de l'altération morbide une des conditions de 
la maladie, mais non la cause ou son ^ffet. En terminant, et après avoir 
conseillé au médecin de chercher un utile secours dans la i^îlosoi^ie 
et la physiidogie, il recommande surtout l'observation clinique, qui, 
mieux que toute autre étude, peut former le médecin aliéniste. 



HusÈuH b'DisTOiRE NATCBELi.E. — Zoologie (annélidcs, motlusqucs et 
zoophytes). — M. A. Valencieimcs, proresseur. membre de l'Académie 
des sciences, et, en cas d'absence, M. Lacnze-Duthiers, maître de cod- 
férences i l'École normale supéiieure, ouvrira ce cours dans les gale- 
ries du Muséum d'histoire naturelle, le vendredi f6 décembre 1861, à 
deux heures, et le continuera les mardi et vendredi de diaque semaine 
à la même heure. 

l.e professeur traitera des principes de la clasMfleation des ann£liàes 
des mollufques et des loophytes, et il exposera le earaetére des ordrv 
et des familles des espèces vivantes et fossiles de ces animaux, là 
premières leçons seront consacrées à établir les rapports cxislant enti 
l'organisation de ces animaux et celle des antres classes du régae ani 
mal, principalement les vertébrés. 

— i 

Le propriétaire-gérant : GsRyEit Bailxokrk, 

' ' " ' ' •" — ■ I 

PARIS. — IMPHIHERIE DE K. HAHTUIET, HUE HlGItON , S. 



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DEUXIÈME ANNÉE. — N- 3. 



UN NUMÉRO : 30 CENTIMES. 



17 DÉCEMBRE 186A. 



REVUE 



DES 



COURS SCIENTIFIQUES 

DE LA FRANGE Eï DE L'ÉTRANGER 

PHYSIQUE— CHIMIE ~ ZOOLOGIË— BOTANIQUE — ANATOMIE — PHYSIOLOGIE 
GÉOLOGIE — PALÉONTOLOGIE — MÉDECINE 



Paraît tona les Samedia. 

Pirif Sixmdi. 8fr. Gain. 15 ft-. 

D£pirtemeaU. . — i l — 18 
Stnnger — 12 — 20 

rrU 4e raboumrat tree U Ime dai eom UtténlrM. 
Si pwif..... Pirto, 15 Ir. Départ., 18 fr. Étranpr, 10 t. 
Un M . M — SO — S5 



M. EUG. YUNG 
DiiKcnn-B 

M. ÉMILB AlGLAVE 

CRKT OC u RipACTHm 



On a*ab<»inft 

A LA LIBaAIBIB aBBMBa BAILItI*«^ 

IT, roe de l'écolc-d»-MMMiM, 

Et chn tow kf libcairei, ptr I*m<hm d*ini bon it poite, 
ou d'un inandil sur Pwù, 

L'afaonnaiMnl port du 1" dmabre on du l*'juUi 
do d»tM MM4». 



AVIS. — Ii'abondanee des matièrea et le nombre eroù- 
■ant de nos abcmnéa noua décident à donner anjourdliui, 
•an» augmentation de prix, un nipplément de huit co- 
lomwa. 



SOMMAIRB. 

Académie des sciencer* — Académie de médecine. 
SOIRÉES sciBNTiFHHfES DE LASOHBONNB. — Histoire natorelle. 

— CoDrércflco de M. Hlliie Rdwarda l luolinel et inldligmco doc 
antmaox. 

fACVvrÈ DBS SCIENCBS. — PhTBiologie générale. — r»»)* d« 

M. Clavde Bonomrd i XV. Théorie dei tëcrélion> fgiulcc tar l'in- 
flwnce des mouremeiiU rHlma pardyunif. —XVI. Contidci aliun* géné- 
ralri loiiclunl l'intliicnce des deux •jticfiics aerrcni eor In pbénomdnM 
cbtmiqim de l'organifRip. 

i*sn*BRSrrÉ ds naples. — Météorologie. - Com de M. r«l- 

nlerl ■ Élodrieiid aïoHnphMqM. 

HOPITAL DB LA CHAItlTÉ. — ^ynqne médicale. — Confémirei de 
M. Mennalc (de Berfln) ; II. Appticalton du coorani conilanl au traite* 
ment de* névroaea. 

ÉcouE DB PBARif AaB. — Chimie minérale. — Coon de M. Rlahe : 
GéHénOité». — NoawBclatiiK. 



Pwif, 16 décembre 1864. 

La dernière avance de l'Académie des sciences a été 
presque entièrement remplie par deux communications : 
l une de M. Morin, sur l'application de la photographie 
au levé des plans et aux travaux du génie mililairc ; 

IL 



l'autre de M. Chcvrcul, sur l'histoire de Tair et les diffé- 
rentes opinions qui ont eu cours sur sa constitution, 
depuis la théorie antique des quatre éléments jusqu'au 
XVIII* siècle, en passant par les travaux des alchimistes 
du moyen ftge. 

L'Académie de médecine a tenu mardi dermer sa 
séance annuelle. M. J. Béclard, secrétaire annuel, a pro- 
noncé un long éloge de Delpech, l'illuslre chirurgien de 
Montpellier, qui pt^rit si inalbeurouscmcnt assiassiné en 
1832. M. Béclard a suivi son htU'os depuis les premiers 
indices de sa vocnlion médicale jusqu'aux travaux qui 
couronnèrent sa vie scientifique. H nous l'a montré suc- 
cessivement élève, mililaire, chirurgien et professeur, 
dans les Pyrénées, h Paris et h Toulouse, toujours affable 
et recherché, faisant aussi bonne flgurc dans un salon 
qu'à l'hôpital, ou en chaire, et trouvant partout moyen 
de répandre des bienfaits autour de lui. L'indépendance 
de son esprit le portait facilement loin des voies tracées; 
et, dans la pratique de son art, il montrait souvent une 
hardiesse que lesuc(^s couronnait presque toujours. Son 
Précis des maladies réputées chirurgicales et ses Leçons dt 
chirurgie clinique contiennent une foule de vues nou- 
velles, et il serait trop long d'énumérer ici ses nombreux 
ouvrages. C'est sous sa direction que M. Coste, aujour- 
d'hui professeur nu Collège de France, commença sss 
travaux sur l'embryogénie, qui devaient tant l'illustrer 
plus tard. L'année même qui précéda sa mort, âgé de 
près de cinquante-cinci ans, il partit pour l'Angleterre 
afin d'étudier le choléra, ce nouveau fléau qui menaçait 
déjà la France; et, de retour à Paris, il défendit ses opi* 
nions sur la nature contagieuse du mal avec toute l'ar- 
deur qu'inspire une forte conviction dans les natures 
comme la sienne. Ainsi que le disait M. Béclard en ter- 
minant, Delpech, plus que tout autre, a justifié ces belles 



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REVUE DES COUUS SaENTtFIQUES. 



17 DÉCEUBRl 



paroles de Massillon : « Les hommes ne seront véritable- 
ment grands qu'autant qu'ils seront utiles. » 

L'inauguration des soirées scientifiques de la Sorbonne 
a eu lieu vendredi dernier, au milieu d'une foule im- 
mense qui n'a pu trouver place tout entière dans l'am- 
phithé&lt-c, M. Milne Edwards, doyen de la Faculté des 
sciences, et sous-directeur du Muséum, a parlé de l'tn- 
stinct et de Vintelligenee dei animaux^ et il a su rehausser 
encore, par le choix habile des exemples et Vheureuse 
disposition du sujet, l'intérêt que présentait naturelle- 
ment la description des mœurs des animaux. On trouvera, 
du reste, plus bas^ un compte rendu très-complet de 
celte séance. 

La Beuue commence aujourd'hui la publication du 
cours de Chimie minérale de M. Riche. AQn de pouvoir 
offrir à nos lecteurs une quantité do matières plus con- 
sidérable, ce cours et ceux de MM. Chatin et Becquerel, 
qlii doivent aussi paraître intégralement, seront impri- 
més en plus polit texte. Enfin, pour terminer dans ce nu- 
n.'éro la publication du cours de physiologie générale de 
M. Claude Bernard, nous ofTrons, en outre, & nos lec- 
Ipurs un supplément de huit colonnes. 

Le numéro de samedi prochain contiendra la leçon 
d'ouverture du cours de chimie organique de M. Berthe- 
lit, et la conférence que M. Boutan fait ce soir même à 
iionne, sur les phénomènes de calé faction. 

Emile âlglave. 



SOIRÉES SCIENTIFIQUES DE LA SORBONNE. 

HISTOIRE NATIRELLE. 

CONFÉRENCE DE M. MILNE EDWARDS 
(de lIoBiitiii). 

lutbiet et iBteUljceaee des «nlman. 

a Un savant éminont qui vivait à côté des philosophes 
de ce xviiï'siîiclosi sceptique et si railleur, un contempo- 
rain de Voltaire, un physicien dont le nom est resté popu- 
laire et dont l'esprit êlait'accoutunié aux raisonnements 
rigoureux de la géométrie, mais dont le talent d'obser- 
vation n'était pas moins exercé, Réaumur enfin, trou- 
^-ait un plaisir extrême h étudier la nature. Pendant une 
grande partie de sa vie il poursuivit avec passion 
des investigations délicates, souvent minutieuses, sur 
les instincts des animaux, et en résumant le résultai de 
ces recherches il disait, à l'exemple de Newton, que tout, 
sur notre globe, aussi bien que dans l'immensité de 
l'espace étoilé, atteste l'existence de Dieu; mais il aimait 
à ajouter que l'intervention d'un créateur prévoyant ne 
lui semblait nulle part plus évidente que dans les actions 
irréfléchies et pourtant si bien coordonnées de tous ces 
petits insectes qui grouillent h nrs pieds et qul^ dans 
l'oplnjoD du vulgaire, méritent h peine un regard. La 



même pensée est exprimée avec plus de précision et 
d'élégance par un autre naturaliste de la même époque, 
par un savant que ses contemporains appelaient le légis- 
lateur des sciences naturelles, et que Ton citera toujours 
parmi les hommes plus éminents des temps modernes: 
j'ai nommé l'illustre Linné. C'est lui qui disait 11 ses 
élèves ï Natura maxime aiiranda in mintmii. 

a Vous oomprendrez donc fkcilement pourquoi j'ai 
choisi pour sujet principal de notre premier entretien les 
actions instinctives des animaux. Il m'a semblé qu'en 
vous parlant des phénomènes dont ces grands esprits 
ont été si vivement frappés, ma t^che deviendrait plus 
facile; et pour vous intéresser en vous instruisant il me 
suffira peut-être de vous raconter sans ornement de lan- 
gage quelques-unes des scènes doot le naturaliste est 
témoin lorsque, à l'exemple de Réaumur, il observe atten- 
tivement les mœurs des animaux. » 

Après cet exorde, M. Milne Edwards entre tout de suite 
en matière, et s'allarhe d'ahord à montrer ce que peut être 
un instinct. L'histoire de l'Abeille xylooope (perce-bois) 
lui sert d'exemple. Cette abeille, que l'on voit volUger au 
printemps dans nos jardins, vit solitaire et meurt presque 
aussitôt après la ponte de ses œufs ; elle n'a jamais connu 
ses parents et elle ne vivra pas assez pour voir natlre ses 
petits. Ceux-ci sont pour ainsi dire des enfants posthumes, 
et à considérer l'état de faiblesse extrême dans lequel ils 
viennent au monde, on ne croirait jamais qu'ils puissent 
pai-veniràvivre. Ce sont, en effet, de petites larves vermi- 
formes, dépourvues de pattes, incapables de se protéger 
et même de chercher leur nourriture. Elles n'ont ni père 
ni mère; aucune nourrice étrangère ne vient prendre 
soin d'elles: seules et abandonnées au milieu du monde, 
elles doivent pourtant vivre en repos pendant près d'un 
an, et dans une habitation bien close sous peine de périr 
toutes. D'autre part, comment s'imaginer que la jeune 
mère avant de pondre son premier œuf ait pu deviner 
quels seraient les besoins de sa famille future et ce 
qu'elle devait faire pour en assurer le bien-être î Eùt-elie 
l'intelligence humaine en partage, elle ne pourrait encore 
rien savoir dî> tout cela, car elle n'a ni tradition, ni expé~ 
riencc personnelle, ni moyens d'observation. Tous ces 
faits, dont la connaissance préalable lui serait nécessaire, 
elle n'a pu en apprendre aucun. Cependant, c'est elle 
qui prépare tout, et on la voit agir sans hésitation, comme 
si l'avenir se dévoilait à ses regards et qu'une raison 
prtSvoyante lui srrvît de guide. 

A peine l'Abeille xylocope a-t-elle déployé ses ailes 
pour la première fois, qu'elle se met résolùmentà l'Oeuvre 
pour construire la demeure dont ses enfants auront be- 
soin plus tard. A l'aide de ses mandibules, elle creuse 
dans un poteau ou quelque autre pièce de bois bien 
exposée au soleil une longue galerie convenablement 
disposée pourservir de berceau. Ce premier travail achevé, 
elle va chercher sur les fleurs du pollen et des liquides 
sucrés, avec lesquels elle prépare une sorte de bouillie 
qu'elle dépose au fond de sa galerie : c'est une réserre 



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im. 



REVUE DES COtms SCtENUFlOUES. 



S5 



(■'ftlimcnts destinée k son premier-né, et t'approvisionne- 
ment est calculé de manière à ne rien comprendre de 
superflu et à suffire néanmoins à tous les besoins du jeune 
animal jusqu'au printemps procfaain. La femme la plus 
ÎBlelligeDlc, assistée d'un conseil de matrones expéri- 
mentées, serait certainement fort embarrassée sî elle de- 
fait ainsi préparer d'avance toute la nourriture nécessaire 
à sou enfant depuis sa naissance jusqu'à sa majorité. Ce- 
pendant l'abeille ne s'y trompe jamais et la tâche lui pa- 
rait facile. Aussitôt que le magasin est préparé, elle y 
place son œuf, et ramassant alors la sciure de bois qu'elle 
avait rejetée de sa galerie, elle en fait une sorte de mor- 
tier pour murer le berceau. Le plafond de ccHe pre- 
mière cellule devient alors le plancher d'un second 
mn^sin de vivres ofi sera placé le second œuf, cl la 
même série de travaux se renouvelle incessamment jus- 
qa'à ce que la jeune mère ait utilisé la totalité de la ga- 
lerie qui devient ainsi une habitation à plusieurs étages , 
dont chaque cellule contient on œuf avec les aliments 
destinés k nourrir la larve qui en sortira. 

M. Milne Edwards expose encore d'autres faits qui 
mettent également en évidence la science innée de ces 
petHs animaux, et il Insiste sur le caractère particulier 
de ces dîver* phénomènes. Tout, dans les actions d'un 
Xylocope, semble calculé avec une précision admirable 
pour répondre aux besolos des générations futures, et 
rela, sans que l'insecte puisse avoir la moindre idée de 
l'utilité de ses actes. De génération en génératioh, les 
mêmes travaux sont exécutés de la même manière. Ces 
insectes n'inventent rien de nouveau, ne perfectionnent 
rien d'ancien; mais ils apportent en naissant une sorte 
d'impDision naturelle qui tes pousse k agir d'une certaine 
façon, et touteâ leurs actions sont combinées pour arriver 
aux résultats voulus par la nature. 

Plusieurs autres abeilles solitaires présentent des phé- 
nomènes tout aussi remarquables, notamment l'Antho- 
cope on abeille tapissière, le Mëgachite ou abeille coU- 
peose de feuilles, etc. Les instincts des Sphex surtout 
sont très-remarquables : ces insectes ont des larves très- 
carnassières, dont le nid doit être approvisionné pour 
longlemps avèc de la viande fraîche. La femelle qui va 
devenir mére se met donc en quête d'une proie conve- 
nable; mats au lieu de tuer sa victime, elle se contente 
de la firApper d'une paralysie incurable, en piquant Axct 
son aiguillon un point déterminé dn système nerveux ; 
puis elle entasse autour de ses œufs un certain nombre 
d'insecles rendus ain?î incapables de se défendre contre 
les attaques de la larve qui doit s'en repaître, et néan- 
moins encore assez vivants pour que leur corps ne puisse 
pas se corrompre. 

Un instinct tout aussi remarquable, c'est celui qui pré- 
side h TarcfaUecture des abeilles, et qui pousse tant 
d'autres animaux & construire des habitations pour leur 
Usage ou des nids pour leurs petits. M. Mlïne Edwards 
cHe notamment les castorsi plusieurs espèces d'oiseaux 
et même quelque» poissons. Les limites trop restreintes 



d'une conrércocc ne lui pet mcllcnl malheureusement pas 
de s'étendre autant qu'il l'aurait voulu, sur l'instinct des 
voyages qui prend un développement si remarquable chez 
beaucoup d'oiseaux et certains poissons. 

Mais au delà des facultés instinctives dont nous ve- 
nons d'esquisser les traits généraux, on rencontre encore 
dans le règne animal bien des faits attestant l'existence 
de facultés d'un ordre supérieur, de facultés intellec- 
tuelles. La mémoire et l'association des idées ne peuvent 
être contestées au chien, ii l'éléphanl, etc., et M. Milne 
Edwards cite plusieurs actes d'un orang-outang élevé & 
la ménagerie du Jardin des plantes, qui ne peuvent s'ex- 
pliquer qu'en lui reconnaissant la faculté de faire au 
moins quelques raisonnements. Certains travaux exécutés 
par les abeilles, dans des circonstances exceptionnelles, 
prouvent aussi que l'instinct n'est pas leur seul guide, et 
des observations, faites par Huber, stu- les manœuvres 
des bourdons, supposent également chez eux la faculté 
de raisonner. Enfin, de nombreux exemples développés 
par le professeur établissent d'une manière irréfutable 
que certains animaux, notamment les fourmis et les 
abeilles, peuvent se communiquer leurs idées et profiter 
ainsi des observations faites par autrui. 

« On voit, dit M. Milne Edwards en terminant, que la 
plupart des facultés de rinlelligence dont l'homme est si 
riQhttmeut doué, u'oDt pM été c<un|il4t«ineQt refiuées à 
beaucoup d'animaux : sous ce rapport comme sous tant 
d'autres, la nature marche graduellement et elle établit 
une foule de nuances entre les points extrêmes. Ce n'est 
donc pas sans raison que Leibnitz, Bonnet et plusieurs 
autres philosophes, ont comparé la création animée à 
une longue chaîne dont chaque anneau correspondrait à 
une espèce distincte. Mais l'intelligence des animaux ne 
s'élève jamais bien haut, et, dans la plupart des cas, elle 
n'est pour rien dans les actions de ces êtres. D'ordinaire, 
les animaux ne sont guidés ni par l'expérience ni par le 
raisonnement, et quelque admirables que puissent 
être les combinaisons qu'ils réalisent, ils ne savent 
évidemment ni ce qu'ils font ni pourquoi ils le font. 
Ils agissent comme l'enfant nouveau-né qui a l'instinct 
de sucer le sein de sa nourrice sans savoir qu'il en fera 
sortir l'aliment dont il a besoin; mais l'instinct destiné 
h. céder bientôt la place à une intelligence qui se perfec- 
tionnera par l'éducHlion, ne détermine chez cet entant 
que des actes d'une grande simplicité, tandis que 
rinslinct de beaucoup d'animaux est le mobile d'actions 
variées, combinées avec une science profonde* Ces êtres 
n'agissent qu'en aveugles, mais en aveugles qui ont pour 
guide une intelligence connaissant l'avenir aus$i bieu 
que le présent, une intelligence qui est pour chacun 
d'eux, dans la pleine acception du mot, une prQVidmcf. 

» On doit s'étonner qu'en présence de fàits tellement 
significatifs et tellement nombreux, il puisse encore se 
trouver des hommes qui viennent nous dire que toutes 
les merveilles de la nature sodt de purs effets du hasard, 
ou bien des conséquences forcées des propriétés géné* 



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UEVUIS DES COURS SCIENTIFIQUES. 



M DÉCETJDRK 



raies de la matière, de cette matière qui forme la sub- 
stance du bois ou la substance d'une pierre; — que 
les instincts de l'Abeille, de même que les concep- 
tions les plus élevées du génie de l'homme , sont de 
simples résultats du jeu de ces forces physiques ou 
chimiques qui déterminent la congélation de l'eau, la 
combustion du charbon, ou la chute des corps. Ces 
vaines hypothèses, ou plutAt ces aberrations de l'esprit 
que l'on déguise parfois sous le nom de science positive^ 
sont repoussées par la vraie science; les naturalistes ne 
sauraient y croire, et aujourd'hui, comme du temps de 
Réaumur, de Linné, de Cuvier et de tant d'autres 
hommes de génie, ils ne peuvent se rendre compte des 
phénomènes dont ils sont témoins qu'en attribuant les 
œuvres de la création à raclion d'un Créateur. » 

éhli Alslavs. 



FACULTÉ DES SCIENCES. 
PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE (1). 

COURS DE M. CLAUDE BEBHAKD 
(dp na»titDt). 

XV. 

Théorie des séeréfloM fondée nr rhillaeaM dea 



Parmi les mouvements réflexes, il en est qui amènent 
un mouvement mécanique et d'autres la production d'un 
liquide, c'est-à-dire une sécrétion. On doit se demander 
par quel mécanisme ce liquide peut se sécréter dans la 
glande sous l'influence de ces actions Der^'euses. C'est ce 
que nous allons tâcher d'expliquer. 

Mais d'abord signalons deux cas bien distincts d'actions 
réflexes : les unes, qui produisent la contraction d'un 
muscle ; les autres , qui amènent son relâchement. 
L'exemple de ce dernier cas le plus anciennement 
connu, est celui du cœur qu'on arrête, non pas en 
systole (car ce serait alors l'état tétanique), mais bien en 
diastole, et cela par une irritation convenable des nerfs 
de sensibilité de la peau. Cette action se produit, comme 
toutes les autres, par des actions réflexes. Nous avons le 
nerf de sensibilité partant de la peau, et apportant l'fV- 
ritatiûn^ origine première des phénomènes ; puis la cel- 
lule nerveuse à laquelle il aboutit, et qui sert de centre ; 
enfin le nerf de mouvement (le pneumogastrique ou spi- 
nal) arrive à la fibre musculaire du cœur. La seule dif- 
férence que nous trouvions entre ce cas et les exemples 
ordinaires d'actions réflexes , c'est que cette influence 
produit ici un relâchement du muscle cardiaque au 
lieu de le contracter. En rendant les deux espèces d'ac- 
tions réflexes continues, on aura d'un côté le tétanos, et 

(1) Voy. les n» 19, 23. 24, 27, 20, 3i, 3&, 38, 42, 43,44, 45, 
4fl, 60 «t 51 de notre première année, et le« n<** 1 et 2 de It leconde. 



de l'autre le relâchement complet et permanent du 
muscle. Remarquons, du reste, que si l'on peut obtenir la 
contraction d'un muscle en agissant sur le nerf de sen- 
sibilité, sur l'organe central ou sur le nerf moteur, dans 
l'exemple du cœur que nous venons de citer , on peut 
paiement agir sur l'un quelconque des trois points, et 
l'effet produit sera le même, qu'on irrite les nerfs de 
sensibilité de ta peau, la substance de la moelle ou le nerf 
pneumogastrique. Il y a donc parité aussi complète que 
possible entre les deux cas. 

Les mêmes phénomènes d'interruptions se produisent 
sur la respiration par suite de certaines influences mora- 
les et de phénomèoes cérébraux divers. Ces mouvements 
ont été surtout étudiés par Rosenthal. Ce physiologiste a 
confirmé ce qu'on avait vu déjà du pneumogastrique , 
mais en précisant davantage ; et il a montré que l'action 
paralysante , dans ce cas , était due spécialement à cer- 
tains filets particuliers du pneumogastrique. Ainsi , en 
excitant le nerf laryngé supérieur, on arrête tout à fait 
la respiration. Ces faits bien éUblis font disparaître toutes 
les contradictions des expériences précédentes, et ils 
expliquent ce que M. Claude Bernard avait vu bien des 
fois depuis longtemps déjà. Quand on serre le cou d'un 
animal, sa respiration s'arrête aussitôt, et l'on dit qu'il 
étouffe parce qu'il ne peut plus respirer, l'air n'ayant plus 
d'accès dans ses poumons. Il n'y a pas que cette seule 
cause , car plusieurs fois M. Claude Bernard ayant fait 
une ouverture dans la trachée au-dessous de l'endroit oii 
éuit pratiquée la pression , a vu l'animal suspendre sa 
respiration subitement, quoique l'air pftt entrer facile- 
ment dans les poumons. défaut d'air n'est donc pas 
ce qui arrête la respiration dans ce cas : c'est qu'en pres- 
sant le cou, on presse en même temps le nerf laryngé 
supérieur qui arrête les mouvements respiratoires par 
action réflexe. 

On pourrait trouver aussi quelques actions paralysantes 
du même genre dans les intestins , mais elles ont été 
beaucoup moins étudiées et sont restées plus obscures. 
D'ailleurs les deux exemples précédents suffisent ample- 
ment pour l'exposition des idées qui vont suivre. 

Ces actions réflexes paralysantes, qui jouent un si grand 
rôle dans l'organisme, peuvent peut-être servir à expli- 
quer certain» phénomènes restés jusqu'ici fort obscurs, 
entre autres les sécrétions dont nous ne nous faisons pas 
encore une idée bien exacte, au moins quant à leur mé- 
canisme. 

Dans une glande, on trouve d'abord des cellules glan- 
dulaires, puis des éléments contractiles, enfin du tissu 
conjonctif et des vaisseaux. Or, on ne conçoit pas l'action 
d'un nerf moteur sur une autre substance que sur une 
substance contractile, et, d'un autre côté, il est certain 
maintenant que les sécrétions sont dues à une action du 
système nerveux. II faut donc admettre que dans le phé- 
nomène des sécrétions ii y a une action du nerf moteur 
sur une substance contractile; et en effet, nous venons de 
le dire, on en trouve dans les glandes. Mais les actions 



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KëVUË DBS GOUHS SaeNTlFlQUËS. 



37 



réflexes du système nerveux qui dominent tous ces phé- 
nomènes produisent tantôt une conlraction. et tantôt un 
relftcbement du muscle. La sécrétion sera-t-elle due k 
une action contriiclante ou à une action paralysante ? 
Bl. Claude Bernard pense qu'elle est due à une action ré- 
8exe paralysante, et voici les raisons que lui ont four- 
nies récentes expériences k l'appui de sa théorie. 

Toutes ces expériences ont été faites sur la glande 
sous-maxillaire du cliien. Cette glande forme une masse 
sphérique recevant une artère de la carotide externe et 
émettant un rameau veineux qui va rejoindre la veine 
jugulaire externe. L'action du système nerveux sur cette 
glande s'exerce au moyen de filets nerveux provenant de 
la corde du tympan et du ganglion cervical supérieur du 
grand sympathique; enfin elle est pourvue d'un conduit 
excréteur qui amène la salive dans la bouche. 

La sécrétion se produit là par une action réflexe, et il 
est facile de le prouver en excitant le nerf lingual d'une 
manière quelconque. Nous trouvons encore Ici les trois 
organes que suppose toujours une action réflexe. L'ir- 
ritation produite sur le nerf de sensibilité, le lingual, se 
transmet par un centre qui est ici le cerveau, et arrive 
h la corde du tympan, nerf moteur. On pourrait du reste, 
suivant les lois ordinaires des actions réflexes, obtenir le 
phénomène en irritant directement la corde du tympan. 
Tout se passe d'ailleurs dans cette expérience d'une ma- 
nière fort simple, et l'on observe très-facilement tous les 
phénomènes qui se succèdent. Cet exemple peut même 
prouver merveilleusement combien Cuvier a eu tort de 
dire que dans un être vivant on ne peut agir sur une par- 
lie sans troubler le tout, dont l'état réagirait à son tour 
sur chacune des parties, de manière à modifier profon- 
dément les phénomènes observés. Il n'en est rien, et 
dans cette expérience, on voit fonctionner la glande avec 
une netteté parfaite ; toutes les influences se produisent 
sur elles comme sur un être isolé, avec une indépendance 
parfaite , et l'on ne Irouble rien dans les parties voisines. 

Quand la glande est en repos, le sang artériel y entre 
rouge ; le sang veineux en sort tout noir et ne contenant 
plus d'oxygène ; il y a eu combustion complète , une 
combustion respiratoire qui a remplacé l'oxygène par de 
l'acide carbonique. D'un autre côté , les vaisseaux sont 
très-resserrés, et, par conséquent, le sang qui passe par 
l'élruite ouverture qu'ils offrent est en quantité assez peu 
considérable. 

Si maintenant nous reproduisons l'action réflexe par 
rimtalion du nerf lingual, — ce qui se fait tout simple- 
ment en déposant sur la langue un corps sapide, comme 
un peu de vinaigre, — la glande entre aussitôt en fonc- 
tion, le conduit excréteur amène dans la bouche une 
gfaode quantité de salive ; le sang veineux sort de la 
glande tout rouge et contenant encore beaucoup d'oxy- 
gène : on lie peut plus le distinguer du sang artériel ; 
mfin le sang passe très-rapidement et en très-grande 
masse à travers la glande, parce que les vaisseaux se sont 
dilatés dans des proportions considérables : la veine 



donne des pulsations comme l'arlère, et si on la coupe 
elle émet un jet de liquide de plusieurs centimètres. 

Eh bien, cherchons maintenant à comprendre ce qui 
se passe, mais en restant toujours à cheval sur les faits, 
car si les interprétations peuvent changer, les faits doi- 
vent rester les mêmes, et toutes les théories doivent plier 
devant eux pour s'y adapter. Prenons chacune des cir- 
constances de l'expérience et cherchons-en l'explication. 
Cette dilatation de l'artère el de la veine, c'est une para- 
lysie des vaisseaux ; seulement le point nouveau qu'il 
faut admettre ici, c'est que celte actiou paralysante se 
porte non pas directement sur l'élément musculaire , 
mais d'abord sur le grand sympathique, lequel contracte 
certainement les vaisseaux quand son influence n'est pas 
entravée ou détruite : il suffit en effet de l'irriter d'une 
manière quelconque, par exemple en coupant un de ses 
nerfs, pour amener une diminution immédiate du vo- 
lume des vaisseaux. Ainsi dans notre expérience nous 
paralysons l'action incessante du grand sympathique qui 
tend à resserrer tes vaisseaux, et ceux-ci se dilatent aus- 
sitôt par le relâchement de leur tunique musculaire dé- 
barrassée de l'influence du grand sympathique. 

Dans la glande sous-maxillaire nous avons donc sur 
les mêmes fibres musculaires des actions nerveuses de 
deux genres : celle du grand sympathique qui fait con- 
tracter ces Qbres, et celle de la corde du tympan qui les 
dilate en paralysant le grand sympathique. L'action de 
la corde du tympan correspond à l'activité de la glande, 
celle du grand sympathique à la période de repos. Ainsi, 
la sécrétion est une conséquence de l'action paralysante 
de la corde du tympan sur le grand sympathique. 

Il y a maintenant d'autres faits à expliquer. Si nous 
paralysons complètement cette glande en détruisant tout 
à fait les nerfs qui s'y rendent, elle se met k fonctionner 
d'une manière continue, ce qui prouve bien que l'uclion 
du système nei'veux est une action de contention. En 
opérant ainsi nous rendons cette sécrétion continuelle, 
mais seulement îi partir de deux ou trois jours après la 
section du nerf. Ce retard du phénomène vient de ce 
qu'on ne peut couper le nerf qu'à son entrée dans la 
glande, et il faut alors, pour que toute action nerveuse 
soit supprimée , attendre que les derniers HIaments de 
nerf qui se distribuent dans lu glande soient complète- 
ment détruits par défaut de nutrition. 

Pour démontrer d'une autre manière que les phéno- 
mènes qui se passent alors sont bien dus à la suppres- 
sion du nerf, on peut empoisonner l'animal par le curare 
qui, on le sait, n'agit que sur les nerfs moteurs; on met 
un tube au conduit de la glande pour amener à l'exté- 
rieur la salive produite et mieux apprécier la force delà 
sécrétion : quand la paralysie du muscle est devenue 
complète par la mort du système nerveux moteur, on 
obtient alors une sécrétion extrêmement abondante. 

M. Claude Bernard a fait cette expérience de la ma- 
nière suivante : Elle consiste à injecter, avec une serin- 
gue munie d'un tube d'argent excessivement fin , quel- 



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SB 



IlEVUR Dm» GOUUB âCIISM'ilFlUUKS. 



17 DécfiiiBUt 



que» goulles de curare k l'urigine de la petite artère qui 
va à cette glande sous-maxillaire ; puis on ouvre la veine 
glandulaire pour laisser échapper le sang empoisonné par 
1 action du curare et l'empécher de porter ses Tuneslcs 
effets dans l'organisme, de manière que la glande se trouve 
ainsi seule empoisonnée. Quand on fait ainsi celte injec- 
tion, la sécrétion se produit tout de suite d'une manière 
continue ; puis, après un temps plus ou moins long, la 
glande reprend peu à peu son état normal et il est pos- 
sible ensuite de recommencer un certain nombre de 
fois sur le même sujet ; on obtient toujours la môme 
chose. Il n'y a pas d'erreur possible dans cette expé- 
rience, car M. Claude Bernard q injecté de la niôme ma- 
nière divers liquides, de l'eau et môme des liquides exci- 
tants , sans produire aucun effet sur la sécrétion de la 
glande. Les résultats obtenus ne peuvent donc être rap- 
portés qu'à la paralysie des libres, mu scolaires de la glande 
résultant de rempoisonnemenl parle curare des fllaments 
nerveux qui s'y distribuent. 

M. Claude Bernard a voulu voir ce que devenait la 
glande qui séorélait ainsi d'une manière continue et très- 
abondanle par suite de la section et de la dégénérescence 
des nerfs. Il vit que cet état de sécrétion incessante du- 
rait quelques semaines, la glande diminuait de plus en 
plus de volume et subissait des changements nota- 
bles dans la structure de ses tissus . Plusieurs glandea 
soumises k l'action de ces phénomènes anormaux ont été 
envoyés à M. Robin qui a pu constater et déterminer ces 
changements (1). Peul-dtre aussi la composition chimique 
de la sécrétion est-elle modifiée dans ces circonstances. 
Au bout de cinq ou six semaines, quand on opère sur un 
chien de moyenne force» la sécrétion s'arrête tout à fait ; 
alors elle reprend au bout d'un certain temps son volume 
et son étal normal : c'est que dans riotervalle les nerfs 
se sont régénérés et la glande elle-même a pu se nourrir. 
Ainsi, la période de repos de la glande est donc le mo- 
ment de sa nutrition. 

Il faut beaucoup de sang pour fournir la quantité d'eau 
nécessaire à la salive qui se forme» et M. Claude Bernard 
a vu que la différence entre la quantité contenue dans le 
sang artériel qui pénètre dans la glande et celle que con- 
tient le aang veineux qui en sort , que cette différence , 
dis'je, correspond exactement à ce que la salive lui a 
emprunté. 

Ces explications de phénomènes fonctionnels par les 
aclioni réflexes pHralysanles pourront peul^tre se mul' 

(!) ÊtuSe de la ttrueiun du pancréas comparée à eeUe des gtandei 
uUvairei, pvbll£e dins l'^rude historique et critique tur les fonctions et 
tes malàdiei du pancréas, thèse, parb. Moyse. Paria, in-A, Juin 1852, 
Itee i planche, p. 57 et suivantes. M . Ch. Robin a monlré dans ce travail 
■IM IM éèVA gliftdea dont il s'agit dilTèrant dans lenr structure inUme, 
et même la parotide diff^ un peu des sous-maxlllaîree. Ces glandet 
prdwntantt d« plus, quelques inodifleaUona de structure, relatives en 
particulier i leur épilhéltum, suivatiL qu'on les observe pendent l'élat 
de i^srétioQ aeiivtt «n» danslesinterraUcsde celle-ci, à l'élut de repos. 



tiplier, surtout dans les parties si obscures encore delà 
physiologie qui touchent au rOle du grand symjHitbique. 

XVI. 

C*BaMéMU«aw («•éMlc* taMitaiH I'IbAmmim à» éettk 

En piquant la moelle épinière, on provoque des mou- 
vements, mais des mouvements différents suivant l'en- 
droit auquel on la pique. Ainsi, quand la blessure est 
produite îi la hauteur des bras, on obtient des mouve- 
ments particuliers dans ces membres, parce qu'il y a 
un centre spécial. Il y a du reste dans la moelle épinière 
bien d'autres centres encore pour les actions réHexcs , 
par exemple, le centre rcspiratoii-e appelé aussi noeud 
vital, parce que les animaux supérieurs périssent aussitât 
que ce point est atteint d'une manière quelconque; chec 
les animaux inférieurs, au contraire, la lésion de celte 
partie de la moelle ne produit pas toujours des résultats 
aussi prompts et surtout aussi complets. Nous pouvons 
citer encore le centre cilio-spinat , placé à la hauteur 
des deux premières racines racbidiennes dorsalesi ainsi 
que le centre génito-spinal , situé dans la région lom- 
baire, d'où partent les mrfs rie la vessie, des oi^anes 
génitaux et des parties voisines. Enfin, il y a des centres 
distincts pour certaines actions réflexes, dans le cerveau 
lui-même, et surtout il y a là le oenlru général qui do- 
mine tous les autres. 

Malheureusement, l'étude des centres des actions 
réflexes est extrêmement difUcile, parce qu'il faut s'en 
rapporter aux phénomènes extérieurs pour interpréter 
ce qui se passe dans les profondeurs les plus intimes des 
organes nerveux et les plus difficiles de toutes k explorer. 

C'est à peine si de loin en loin quelques rares acci- 
dents ont permis de faire sur l'homme d'utiles observa- 
tions. £nBn , cette partie de la physiologie des nerfs est 
restée jusqn'ici fort obscure; presque tous les résultats 
obtenus y sont encore plus ou moins contestés , même 
aiyourd'hui, et il est difficile, inutile même pour l'en- 
seignement, d'épuiser ces questions k peine explorées 
dans leurs premiers fondements par quelques travaux 
tout récents, et livrées aux ardeurs comme aux inceiti- 
tudes des premières controverses. Laissons le temps faire 
sou œuvre et attendons que tout cela s'éclaircisse un peu. 
Développer maintenant tous ces débats , ces discussions 
de détails, ces résultais souvent contradictoires, cesRrait 
risquer bien souvent d'exposer comme une théorie ce 
qui n'est tout au plus qu'une opinion personnelle , et 
entrer d'ailleurs dans des détails que nous devons écarter 
ici, eu traitant des phénomènes essentiels de la vie, qui 
se reproduisent les mêmes chex tous les êtres. 

laissons donc de côté la question des différents cen- 
tres des actions réflexes, pour exposer des phénomànea 
beaucoup plus étudiés et surtout beaucoup mieux connus. 



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REVUE DES œUHS SCIENUFIQUES. 



39 



Dans les leçons précédentes, vous avez vu que le sys- 
lèrae nerveux exerce une action aussi importante qn'in- 
contestable sur tous les phénomènes de nutrition et de 
sécrétion qui se produisent dans l'oi^anlsmc ; son in- 
fluence peutméme s'étendre jusqu'aux phénomènes chi- 
miques. Ce sont là des faits extrêmement remarquables : 
aussi M. Claude Bernard a-t-il tenu à exposer ses idées 
sur ce point , en expliquant comment 11 comprenait le 
mécanisme de ces différentes actions. 

La première chose à dire, c'est que le système nerveux 
n'est pas indispensable k la production de ces phénomè- 
nes, auxquels il prend pourtant une part si considérable 
dans l*état normal et chez les animaux supérieurs. En 
effet, la nutrition s'opère très-bien che« l'embryon, quoi- 
qu'il n'ait pas encore de système nerveux, et les végé- 
taux qui ne possèdent jamais d'organes de ce genre n*en 
forment pas moins des principes immédiats distincts. 
Quel est d3nc précisément le rôle du système nerveux 
dans raccomplissement de ces phénomènes? voilà ce que 
nous tâcherons de faire comprendre tout à l'heure. 

On a cru longtemps que les végétaux seuls produi- 
saient des principes immédiats , et que ces principes , 
une fois formés, passaient ensuite parles voies ordinaires 
de la nutrition , dans le corps des animaux qui se nour- 
rissaient ûe ces plantes. Comme conséquence de ces 
idées , on comparait les végétaux à des appareils de ré- 
duction , et les animaux à des appareils de combustion ; 
les premiers préparaient toutes les substances que les 
animaux devaient brûler ensuite. Voilà autant d'idées 
auxquelles il faut renoncer, autant d'opinions sans fon- 
dements sérieux qui ne sont plus admissibles aujour- 
d'hui. Les animaux comme les végétaux préparent des 
principes immédiats : c'est un point bien démontré. 
Chaque être est complet en luï-m6me et ne dépend pas 
directement des autres pour accomplir les fonctions 
essentielles de la vie; chaque être, enfin, présente éga- 
lement ces deux parties de la fonction générale de nutri- 
tion, ces deux faces d'un même phénomène, qui s'appel- 
lent réciproquement et ne se conçoivent pas l'une sans 
l'autre, à savoir l'assimilation et la désasslmilation. 

C'est donc bien à tort'qn'on a voulu considérer les vé- 
gétaux comme faits poui- les animaux. Les végétaux sont 
foils pour eux-mêmes tout aussi bien que les autres êtres, 
et ils vivent à leur manière d'une façon parfaitement indé- 
pendante. Cependant, dira-t-on, les plantes peuvent être 
et sont en fait utilisées par les animaux pour leur nourri- 
ture. — Sans doute ; mais celà ne prouve Heu. Il y a 
aussi des animaux qui servent à en nourrir d'autres, des 
herbivores qui sont dévorés par des carnivores: préten- 
drait-on en conclure que les premiers sont faits pour les 
seconds 1 Non, évidemment. Eh bien, si de l'utilité que 
lliomme tire du mie) des abeilles, par exemple, vous ne 
pouvez pas déduire raisonnablement cette conséquence 
que les abeilles ont été faites pour lui , comment vous 
serait-il permis d'afllrmer que les betteraves ont été 
créées en vue desanimauz, etviventpour leur plus grand 



profit , parce que ces animaux se nourrissent du sucre 

qu'elles produisent ? Des deux côtés, la situation est iden- 
tique ; chaque être vit pour son propre compte et porte 
sa fin en lui-même, bien qu'il occupe sa place dans l'en- 
semble du monde sans en troubler l'harmouie; et comme 
conséquence , tout être vivant , quel qu'il soit , peut 
produire les principes essentiels à son existence, au 
moins en général. 

Ainsi, on avait soutenu bien des fois que les animaux 
ne produisaient jamais de graisse et qu'ils n'en pouvaient 
fixer dans leurs tissus qu'autant que leur en fournissaient 
leurs aliments. Le rôle de l'organisme animal , dans la 
formation do la graisse, se réduisait donc en qudque 
sorte à filtrer celte substance pour la séparer de toutes 
les autres qui s'y trouvaient mélangées: mais on le jugeait 
incapable de produire aucune combinaison nouvelle , et 
le beurre que nous retrouvions au milieu du lait avait dû 
nécessairement exister, sous la même forme, dans le foin 
ou l'herbe mangée par la vache. Aujourd'hui cette théo- 
rie est tout à fait disparue, et l'erreur en a été démontrée 
trop manifestement pour qu'elle compte encore un seui 
adhércul. 

Il en est de môme pour te sucre. On croyait aussi qu'il 
se formait exclusivement chez les végétaux. Mais c'était 
encore là une théorie trompeuse qui s'est écroulée devant 
les faits comme la précédente. Il ne serait plus possible 
de nier aujourd'hui que les animaux forment du sucre 
comme ils eu détruisent ; on a clairemcat démonti'é 
qu'ils le forment sur place et qu'ils le font ensuite passer 
par toutes les transformations qu'il peut subir, jusqu'à 
sa décomposition en acide carbonique qui fait rentrer 
une partie de ses éléments dans le monde minéral. Le 
mécanisme de cette opération est fort analogue à celui 
qui amène la production de la pepsine, de ta ptyaline, 
de la pancréatine et des autres humeurs spéciales jouant 
un rôle quelconque dans l'organisme. La formation du 
sucre a lieu du reste dans une cellule animale , absolu- 
ment comme dans une cellule végétale. D'un côté comme 
de l'autre, il se forme d'abord de l'amidon qui se dépose 
au milieu de la cellule, ainsi qu'on peut le voir notam- 
ment dans le foie des animaux ; puis cet amidon se trans- 
forme en dextrine , et cette dextrine devient ensuite du 
sucre ordinaire. 

Tous ces faits successifs peuvent parrnil-îîneiit se pro- 
duire sans qu'il y ait de système nerveux, ou tout à fait 
en dehors de son action. 

Ce système joue pourtant un rôle fort notable dans les 
phénomènes qui nous occupent ; seulement son influence 
n'est pas une influence directe ; elle s'exerce toujours par 
l'intermédiaire du système circulatoire. Quand l'amidon 
se transforme en sucre dans une cellule végétale , c'est 
grâce h l'action de certains ferments et aussi à des con- 
ditions particulières de température ou de milieu que la 
plante réunit alors. Dans te corps des animaux, nous re- 
trouvons ces mûn»cs conditions ambiantes et ces mômes 
ferments. Il n'y a qu'une différence ; chez les végé- 



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REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



17 DÉCEMBRE 



tRUx , le phénomène se produit sous l'influence de la 
séve, de la germination, etc. ; chez les animaux, au con- 
traire, il est dominé par le système nerveux ; seulement 
ce système n'agit directement que sur le système vascii- 
lairc, et ce sont les modiflcnlions ainsi produites dans ce 
second système qui réagissent à leur tour sur les phéno- 
mènes chimiques. 

Mais le système vasculairc est soumis h l'influence de 
deux systèmes nerveux plus ou moins disliiicls: le sys- 
tème du grand sympathique et le système eùrùbro-spi- 
nal ; cherchons donc quel est le rôle de chacun d'eux et 
quelle part doit légitimement leur revenir dans les faits 
que nous éludions. Le premier, c'est-à-dire le grand 
sympathique, joue le rôle de modérateur des vaisseaux ; 
en l'irritant, on produit un resserrement plus ou inoins 
considérable de ces vaisseaux, resserrement qui apporte 
une certaine entrave à la circulation, et, par conséquent, 
la ralentit. Au contraire, en«xcitant les filets du cérébro- 
spinal, on provoque la dilatation de ces mÔmes vaisseaux. 
Voilà fout le mécanisme de l'influence nerveuse. Avec 
ces deux seuls modes d'action,resierrement ou dilatation 
dos vaisseaux, le système nerveux gouverne tous les phé- 
nomènes chimiques de l'organisme. 

Ces deux genres d'influence correspondent eux-mêmes 
& des faits que nous connaissons déjà. 

Le resserrement des vaisseaux, c'est la contraction des 
fibres musculaires qui les enveloppent, contraction déter- 
minée parles filets du grand sympathique ; — leur dila- 
tation, au contraire, c'est l'action paralysante du système 
cérébro-spinal sur le grand sympathique dont nous avons 
parlé récemment en exposant le mécanisme des sécré- 
tions. 

Pour augmenter l'activité des phénomènes chimiques, 
il suffit de paralyser le grand sympathique , mais il n'est 
pas absolument nécessaire de le couper pour cela : on 
peut se contenter de suspendre son influence , résultat 
qu'il est focile d'obtenir par l'action d'un nerf sur un 
autre. Montrons d'abord qu'on peut produire cet elîel par 
une section des filets nerveux. Si l'on coupe les filets du 
grand sympathique dans une seule des deux oreilles, on 
observe du côté correspondant de la tôle une augmen- 
tation notable de sensibilité, un afflux de sang b!cn plus 
considérable, et une température plus élevée que dans 
l'autre moitié de la tête. Tout cela peut tenir d'abord à 
la plus grande quantité de sang qui arrive alors dans cette 
région; cependant il doit y avoir autre chose encore, et 
il est probable que le sang n'y est pas seulement en quan- 
tité plus considérable , mais qu'il y possède aussi une 
température plus élevée. On a du reste constaté la même 
chose sur d'autres parties, dans le foie par exemple : le 
le sang en sort plus chaud qu'il n'y était entré. Ainsi, en 
détruisant l'action du grand sympathique sur un organe 
par la section des lllets de ce système , on provoque une 
exaltation considérable des phénomènes chimiques. 

Mais nous avons dit que le même effet peut s'obtenir 
sans couper le grand sympathique. Il faut alors escilcr 



un nerf scnsitif du système cérébro-spinal, dételle sorte 
que ce nerf puisse réagir sur les filets du grand sympa- 
thique et arrêter leur influence. Ainsi, quand on pince 
une partie quelconque du corps, elle devient ronge par 
suite de l'action paralysante exercée sur les muscles des 
vaisseaux qui prennent ainsi un volume plus considérable 
et contiennent par conséquent beaucoup plus de sang. 
De même , quand une glande entre en fonction, de pâle 
qu'elle était, elle devient turgescente, cl le sangy afflue 
de toute part , par suite de la même modiflcation dans 
l'étal des vaisseaux. Ainsi, partout où les actions chimi- 
ques augmentent d'intensité , il y a paralysie du grand 
sympathique, et, par suilc, dilatation des vaisseaux san- 
guins. Au contraire, quand ces phénomènes diminuent, 
la tonicité du grand sympathique augmente parallèle- 
ment, et son action sur la tunique musculaire des vais- 
seaux, devenue plus énergique qu'auparavant, resserre 
notablement leur calibre. 

Nous pouvons choisir toutde suite parmi les phénomènes 
ordinaires de l'organisme des e.xeroples de ce genre d'ac- 
tion. Dans l'état normal, le sang arrive aux capillaires sans 
aucune impulsion propre, parce que l'impulsion cardiaque 
primitive a été complètement détruite par les frottements 
considérables que le sang a rencontrés tout le long des 
artères. Mais si Ton paralyse à l'aide d'un des moyens que 
nous venons d'indiquer l'action du grand sympatliiquc 
sur les vaisseaux sanguins, ceux-ci se dilatent aussitôt, 
et la colonne liquide trouvant un bien plus large espace 
ouvert à son passage , les frottements qu'elle subit dans 
son trajet diminuent notablement. Il en résulte que lo 
sang, en arrivant dans les capillaires, n'a plus perdu toute 
sa force d'impulsion initiale, et l'on observe alors des 
battements, non pas seulement dans les capillaires, mais 
aussi dans les veines. M. Claude Bernard a souvent ob- 
servé ces phénomènes sur le cheval, et voici comment il 
faut disposer l'expérience pour arriver à ce résultat. On 
prend les deux branches de l'artère faciale allant à la 
langue avec les veines corollaires, et en ouvrant ces diffo' 
rents vaisseaux, on voit le sang tomber de la veine goutte 
k goutte. Mais coupez alors les âlets du grand sympa- 
thique sur un côté seulement, et la veine correspondante 
laissera s'échapper aussitôt un véritable courant sanguiu, 
tandis que l'autre côté ne présentera aucune modifica- 
tion du phénomène. Enfin, si l'on met le manomètre ;ur 
les deux artères, le mercure sera soulevé du côté oîi Ton 
a pratiqué la section du grand sympathique. 

Ainsi, le système cérébro-spinal agit sur le grand sym- 
pathique pour le paralyser, et, en parlant des sécrétions, 
nous avons vu un exemple remarquable de ce genre d'in- 
fluence dans l'action qu'exerce la corde du tympan sur 
les filets nerveux du grand sympathique qui se disU i- 
buent à la glande salïvaire sous-maxilliare. L'afflux du 
sang présente alors une importance considérable au point 
de vue du phénomène fonctionnel qui doit s'accomplir. 
Nous trouvons en efl'et dans la glande des cellules conte- 
nant certains principes chimiques particuliers ; la para- 



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186&. 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



ht 



tjsie da sympathique amène aa milien de ces 
ceilules ano quanlité de sang considérable , et ce sang 
distoal la glande, ou plutôt les principes qu'elle contient. 
Voilà commen*. peut s'accomplir le phénomène si rays- 
térienxdes sécrétions. L'étode de la conslilution intime 
des vaisseaux capillaires va encore nous foamir snr ce 
point des lumières nooTelIes, et elle nons permettra 
pent-étre d'expliquer l'interaiittence de cette grande 
looctioD. 

n est démontré aqonrd'faui que les vaisseaux capil- 
laires sont trôs-contraetiles, contrairement aux opinions 
qui ont loi^emps régné sur ee point La desoription de 
ce système capillaire va nous le prouver clairement. Il y 
a d'abord des vaisbeaax coatinnant les artères et présent 
tant la même constitution ; leur enveloppe est donc for-> 
mée par trois membranes superposées : à l'extérieur une 
membrane séreuse, i. l'intérieur une membrane contrac- 
tile, et entre les deux une membrane élastique. Celte 
membrane élastique, très-épaisse dans les grossesarière», 
s'unâmnt progressivement à mesure qu'on s'avance dans 
les petites, de telle sorte que c'est de pl us en plus la mem- 
brane contractile qui devient avec la membrane externe 
la partie importante de la tunique vasculaire. Ces petites 
artères aboutissent elles-mêmes h d'antres vaisseaux 
capillaires qui n'ont plus de membrane contractile , et 
sont formés uniquement par une enveloppe excessivement 
mince, avec des noyaux décrits par tous les anatomistes. 
Puis viennent les veines d'abord fort étroites et qui s'en- 
brancbent suceessivemcnt dans des canaux plus consi- 
dérables ramenant te sang au cœur d'où il était parti. 
Mais les arlérïoles capilla^s ont aussi avec les veines 
des communicalions. directes , grâce auxquelles le sang 
peut arnver dans le système veineux sans passer par les 
petits vaisseaux capillaires non contractiles dont nous 
venons de parler à l'instant : or, c'est dans celte dernière 
espèce de canaux que s'accomplit le phénomène de l'en- 
éssmoae a« milieu de la glande en sécrétion. 

Ces cominuaieatioas direetes entre les artères et les 
veines sont maintenant bien établies dans la science, et 
on ne les conteste plus gnèra en principe. M. Claude 
Bernard a déjà ooiïslalô des rapports de ce genre dans le 
foie entre In veine cave et la veine porte; Virchow en a 
observé de semblables dans la raie, et plusieurs expéri- 
mentateors ont vérifié les mêmes faits sur d'autres or- 
ganes glandulaires. Il y a donc en quelque sorte no dou- 
ble système capillaire, une double voie circulatoire 
offerte au. sang qui doit passer des artères dans les veines : 
l'une, directe, par ces canaux spéciaux et eontractiles 
4|ui réunissent ensemble les' deux grands arbres circula- 
toires; l'autre, pkts détournée, passant par ces petits vais- 
seaux capillaires non contractiles oh $'ae<»implissent le 
{diénomène de l'endosmase, le phénomène des.sétrétions 
et les autres phénomènes analogues. Le snng peirt dime 
se l£ansporter d'une artèredans unenine, sans traverser 
toH les élément» de l'organisme. 

Caile eonstitidion des vaisseaux capitiairas une fois 



bien connue, laissons de côté l'anatomre, et cherchons 
h déterminer les conséquences qui peuvent résulter d^ine 
telle disposition an point de vue des séerélions. Bans 
l'état normal, il peut fbrt bien se faire que l'entrée des 
petits vaisseaux capillaires soit fermée par im obstacle 
quelconque, et que le sang ne pouvant s'y engager, soit 
forcé de passer parées eommnnicatîons direetes formées 
de capillaires plus gros allant des artères aux veines, et 
pourvus d'une forte membrane contractile. En an mot, 
on peut admettre à l'ectrémité des artérioles capillaire?, 
et k l'endroit même où elles cessent d'être contractiles; 
l'existence de sphinctera spéciaux, plus ou moin» relA*- 
chés sans doute à l'état normal , mais qui empêche- 
raient cependant l'accès du sang dans les petits vaisseaux 
capillaires. L'anatoone comparée démontre même en 
cpielque sorte la vérité de celte hypothèse, car ce que 
□ons mpposons ici pour tous les animaux supérieurs, on 
l 'a observé positivement dans quelques cas. La langouste, 
par exemple, possède un système artériel aboutissant à 
un système veineux lacunaire, et, à l'extrémité de ces 
artères, tous les anatomistes déerivent des sphincters 
spéciaux, qui, en se resserrant plus ou mmns, peuvent 
interrompre toute communication entre les deux systè-^ 
mes circulatoires, et arrêter complètement le sang. Eh 
bien, l^ction du grand sympathique correspond à l'état 
de contraction ou de fermeture de nos petîls sphincters; 
au contraire, la paralysie de ce système nerveux produit 
l'ouverture des canaux capillaires par suite du r^Ache^ 
ment des fibres du sphincter. 

Appliquons maintenant ces idées théoriques d'une 
manière plus particulière à une des principales glandes 
de l'organisme, le foie, et aux phénomènes qui s'y pro- 
duisent. Quand le grand sympathique- est en état de toni- 
cité, les sphinctera des petits vaisseaux capiftaires sont 
fermés, et le sang passe directement de la veine port? 
dans la veine cave. Mais paralysons le grand sympathi- 
que, et les sphincters se relâcheront aussitôt; le mr^ 
pourra donc pénétrer à travers le réseau des petits en*- 
pillaires, et il affluera en grande quantité dans les cel- 
lules du foie qui contiennent de l'amidon prodoit sous 
l'influence de l'action vitale. Cet amidon est capable de 
se transformer en sucre, si on le met en contact avec de 
la diastase, dans un milien présentant d'ailleuradescon- 
ditioQs convenables de température et d'bumidité. Or, le 
sang satisfait pleinement i toutes ces exigences; il four- 
nit del'eau plus qu'il n'en font; la chaleur animale main- 
tient satempéralore, comme celle de l'organe hii-même» 
k un oiveau convenable; enfln, il contient tonjoura de la 
diastase. Tous les éléments nécessaires se trouvent donc 
réunis, et le sucre va se former rapidement. 

Mais, au lieu d'une paralysie aceidenleHe ci momen- 
tanée du grand* sympathique, comme nouS' t'avons sup- 
posée jusqu'ici, et tcllequ'eilese pmdnit dans-Télatinor^ 
mal des sécrébiow, .idreeltOBa>qn'il y ait une paval^'sie 
constante et pliu6>oii moins «omplètc de ce système. Il 
va se: former alore des quantités de sucre oonsidérabfe<) 

3, 



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U2 



REVUE DES COURS SGIEN11FIQUES. 



17 DECEMBRE 



que l'animal sera impuissant à détruire tout entières 
dans le phénomène de la respiration. Le sucre excédant 
s'en ira donc par diverses voies, ootamment par celle des 
urînes, el nous aurons un animal diabétique. 

Les moyens ne manquent pas pour rendre un animal 
diabétique ; mais il serait bien inutile de les exposer tous, 
et nous allons en choisir un seul, fort curieux du reste, 
qui est fondé sur l'action d'un poison dont nous avons 
parlé déjà bien des fois, le curare. Ce poison, comme 
vous le savez, détruit le système nerveux moteur, et ne 
détruit que lui, de telle sorte que la mort de l'animal 
résulte simplement de l'arrêt des mouvements respira- 
toires et de Taspbfxie qui en est la conséquence. Mais, 
en administrant le curare à petite dose, l'actioD marche 
lentement; les oerfo moteurs de la vie oi^anique s'em- 
poisonnent successivement, les vaisseaux se dilatent de 
plus en plus, et par suite toutes les sécrétions s'exagèrent 
dans des proportions considérables. L'animal pleure et 
salive énormément, etc.; enfin, le foie sécrète beaucoup 
de sucre, et comme la respiration n'est pas assez active 
pour détruire tout ce qui se forme, il en passe une grande 
quantité dans les urines. Voici les résultats fournis par 
l'urine de ce lapin qui a subi un traitement de ce genre : 
elle est douée maintenant d'une action réductrice; elle 
fermente, elle donne de l'acide carbonique, en un mot, 
elle présente tons les caractères des urines diabétiques. 
Du reste, quand on calcule convenablement la dose de 
curare de manière à ne donner qu'une quantité très- 
faible et tout juste sufBsante pour atteindre le but qu'on 
poursuit, i'animal peut parfaitement éliminer le poison, 
et sur\'tTre ainsi au traitement qu'on lui a imposé. Le 
lapin sur lequel nous opérons en est un exemple, car 
c'est la seconde fois déjà qu'il subit l'action du curare 
dans ces conditions, el rien ne prouve qu'il doive suc- 
comber à cette nouvelle expérience. 

Nous avons dit qu'il y avait encore beaucoup d'autres 
moyens pour i^ndre un animal diabétique. On y arrivera, 
par exemple, d'une manière bien simple en coupant les 
illets du grand sympathique à leur entrée dans le foie. 
Mais on peut aussi produire le même résultat en agis- 
sant sur le centre du système grand sympathique du foie, 
centre qui est situé dans la moelle allongée, un peu au- 
dessus de l'origine du nerf pneumogastrique; c'est ce 
point, en effet, qui préside à la plupart des actions du 
grand sympathique, et notamment à celles qui se pro- 
duisent dans les filets nerveux se distribuant au foie. Les 
influences morales peuvent aussi rendre un animal mo- 
mentanément diabétique, et l'on a observé plusieurs fois 
ce fait à la suite de grandes colères. 

Les actions chimiques ne sont, au fond, que des ac- 
tions de contact entre les molécules des corps douées de 
propriétés dilTérentes. Mais il ne faudrait pas s'imaginer 
que le grand sympathique produit en quoi que ce soit 
ces phénomènes; son rôle se borne uniquement à mettre 
en présence les éléments capables d'en provoquer la ma- 
nifestation. Ainsi ce n'est pas lui qui produit le sucre ; il 



ne crée pas la dîastase ; il n'est point la source de la cfaa- 
leur animale, et n'entretient point ta composition du sang, 
il ne forme môme pas l'amidon au milieu des cellules du 
foie. Mais, grâce au mécanisme que nous avons exposé 
tout à l'heure, il met en contact le sang avec la matière 
contenue dans le foie et sécrétée par cet organe. C'est 
aux propriétés de ces corps qu'il faut rapporter la pro- 
duction du phénomène. Cela est si vrai, qu'en opérant 
sur un animal malade dont le foie ne forme plus de 
sucre, nous aurons beau paralyser ou détruire le grand 
sympathique et laisser un libre accès au sang, nous ne 
parviendrons jamais à produire la plus petite parcelle de 
sucre. Le rôle du système nerveux ressemble donc ici à 
celui d'un chimiste; quand on réunit de la potasse et de 
l'acide sulfnrique, le sel qui se forme est une consé- 
quence des propriétés de ces deux corps, mais le chi- 
miste n'entre pour rien dans les causes du phénomène: 
il a rapproché les éléments, et voilà tout. Eh bien, le 
grand sympathique ne fait aussi que rapprocher des sub- 
stances venues de points divers, et ce sont les réactions 
mutuelles de ces substances qui produisent véritable- 
ment la sécrétion. 

L'action du grand sympathique reste donc jusqu'ici fort 
obscure, et cette partie de la physiologie a encore beau- 
coup de progrès à faire. Ce n'est pas à dire, cependant, 
qu'on ne puisse déjà distinguer quelques grands faits et 
certains caractères dominants au milieu de toutes les va- 
riétés de ce système. Disons d'abord qu'il diflère beau- 
coup du système cérébro-spinal, qui est eu rapport avec 
des phénomènes bien plus nets, mieux isolés et mieux 
connus, les phénomènes de conscience, ceux de la vie de 
relation et les mouvements directs. Le système cérébro- 
spinal est d'ailleurs intermittent dans son action, tandis 
que l'autre agit toujours d'une manière continue. Ce 
qu'on peut dire de plus vrai d'une manière générale sur 
l'action du grand sympathique, c'est que c'est une action 
modératrice ; il agit surtout par son absence. Voilà un 
résultat que tous les travaux actuels permettent de con- 
stater. Quant aux détails, ce sont des questions encore à 
l'étude, c'est-à-dire fort controversées, et interdites par 
conséquent à un enseignement de ce genre. Mais c'est 
déjà quelque chose d'avoir pu indiquer certains résultais 
plus intéressants ou mieux établis que les autres, et déve- 
lopper même quelques idées générales sur le rôle du 
grand sympathique dans l'organisme. D'ailleurs, entnr 
dans les détails et les particularités, ce serait sortir du 
cercle de la physiologie générale, car ce que nous dirions 
alors ne serait plus également vrai de l'homme et de 
tous les animaux, tandis que les idées et les faits expo- 
sés plus haut s'appliquent indifféremment à tous les de- 
grés de l'échelle des êtres. 

Ces considérations terminent tout ce que M. Claude 
Bernard avait l'intention de dire sur l'ensemble des phé- 
nomènes chimiques gouvernés par le système nerveux. 
Il resterait à parler du système nerveux central, mais 
c'est une question tout à fait différente, tout à foit à part, 



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REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



43 



et qu'il n'est plus temps d'aborder cette année : elle 
ouvrira le cours de Tété prochain. 

En annonçant la clôture des leçons de celte année, 
M. Claude Bernard remercie ses auditeurs de la cod- 
«tante bienveillance avec laquelle ils l'ont suivi. 

Émile Alguve. 



UNIVERSITÉ DE NAPLES 
MÉTÉOROLOGIE. 

OOUKS DE H. PALVIEBI. 
fecdriclté atoHMpliévIqiM. 

Je vcus ai fait déjà connaître les divers instruments 
ëestioés à mesurer les tensions électriques, et je vous ai 
montré mon électromètre à deux fils, qui e&t trës-sensi- 
ble, et à Taide duquel on peut obtenir des mesures abso- 
lues, surtout en se servant des arcs impulsifs. Ces arcs 
sont presque indépendants des pertes résultant de l'hu- 
midîtê de l'air ambiant, parce qu'on mesure les tensions 
dans le point même où elles se produisent, et avant 
qu'elles aient pu subir des perles notables. Je dois main- 
tenant TOUS exposer les méthodes auxquelles on a eu re- 
cours jusqu'ici pour faire des observations sur l'éleclri- 
cité atmosphérique, et vous indiquer parmi elles celle 
que j*ai adoptée depuis longtemps, et que je crois la 
meilleure. 

Je ne vous entretiendrai pas des méthodes qui ont 
simplement pour but d'établir l'existence de l'électricité 
atmosphérique, parce que ces méthodes ne peuvent pas 
servir à faire des observations régulières. Je ne vous par- 
lerai donc, ni du cerf-volant de Franklin, ni des ballons 
captifs, ni des flèches lancées dans l'air du haut de la 
montagne, etc., etc. Je m'arrêterai seulement sur les 
méthodes à l'aide desquelles on a foit des observations 
plus ou moins sérieuses et régulières. Ces méthodes peu- 
vent se ramener à trois : 

J. Méthode àu conducteur fixe; 

II, Mélhode de Vélectromètre mobile', 

III. Méthode du conducteur mobile. 

Méthode du conducteur fixe, — Elle consiste à mettre 
un conducteur isolé à une certaine hauteur et se termi- 
nant par une ou plusieurs pointes, ou bien encore par 
une flamme; on tient ce conducteur en communication 
avec les électrométres, qui se trouvent dans une cham- 
bre placée au-dessous. Quand bien même on aurait un 
bon électromètre 7 qui pourrait donner des mesures 
absolues, les observations ne seraient pas encore exactes, 
parce que les tensions mesurées ainsi ne sont pas dans 
une relation constante avec l'électricité libre que con- 
tient l'air. Vous connaissez la machine électrique, et 
fODS savez que les tensions obtenues sur le conducteur 



sont susceptibles de varier. Supposez maintenant que le 
plateau et les coussins se trouvent dans les mêmes condi- 
tions, le conducteur vous donnera néanmoins des ten- 
sions différentes, suivant l'état hygrométrique de l'air : 
ainsi, le conducteur fixe se chargera très-facilement dans 
les temps secs, mais dans les temps humides il perdra 
une partie notable, ou quelquefois même la totalité de 
son électricité. Ce qu'on observe, c'est donc simple^ 
ment l'excès de l'électricité recueillie sur celle qu'on 
a perdue. L'électricité qu'on trouve sur les conduc- 
teurs isolés et exposés à l'air libre ne leur est pas com- 
muniquée par le contact de l'air ambiant ; elle leur vient 
des régions supérieures de l'atmosphère. Voilà pourquoi 
le conducteur terminé par une ou plusieurs pointes, ou 
par une flamme, a besoin d*un certain temps pour se 
charger et pour arriver au maximum de tension corres- 
pondante à l'heure de Tobservation. Le temps est à peu 
près de cinq minutes, et cela suffit pour qu'on puisse 
avoir des pertes considérables et très-diverses : il est 
donc bien évident que les tensions observées sont sim- 
plement une fraction variable de celles qui existaient 
dans l'air. Voilà pourquoi il arrive souvent qu'on reste 
plusieurs jours, et même quelques semaines, sans obte- 
nir de tension sur le conducteur fixe, tandis qu'on 
peut constater par d'autres moyens l'existence d'une 
grande quantité d'électricité dans l'atmosphère, comme 
Pellier l'a fait voir pour la première fois. La mélhode du 
conducteur fixe ne peut donc pas fournir des mesures 
qui aient une véritable valeur scientifique, quand bien 
même on se servirait de conducteurs parfaits, et partant 
égaux dans les diverses stations météorologiques. Lors- 
que le conducleur fixe ne vous donnera aucune tension, 
vous pourrez facilement-en obtenir une avec le conden- 
sateur ; mais aurez-vous des valeura scientifiques ? 

n. Méthode de Vélectromèire mobile. — Saussure avait 
remarqué que lorsqu'un élecLroscope s'élève dans l'air 
libre, par un ciel serein, il indique de l'électricité posi- 
tive ; s'il se décharge et qu'il descende, il indique au 
contraire de l'électricité négative. Hermann, répétant 
cette expérience, proposa de mesurer l'intensité de l'é- 
lech-icité atmosphérique par la tension qu'acquiert un 
conducteur qui vient d'être élevé dans l'air très-rapide- 
ment. Quelques années après, Peltier, répétant aussi l'ex- 
périence de Saussure et de Hermann, inventa Télectro- 
mètre atmosphérique qui porte son nom, et dont on se 
sert depuis longtemps pour les observations de météoro- 
logie électrique à l'observatoire de Bruxelles, sous la di- 
rection de M. Quételel. Si l'on élève cet électromètre à 
une certaine hauteur sur une terrasse bien exposée, en 
temps ordinaire, il prend de l'électricité positive, dont on 
ne pourra pas constater la présence ; mais aussitôt que 
l'éleclromètre sera mis en communication avec le sol et 
redescendra, on aura une tension électrique opposée, 
c'est-à-dire négative, que l'on peut mesurer et qu'on sup- 
pose éire égale à la tension électrique positive développée 
pendant l'ascension. 



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REVUE DES COURS SCIENTinQUES. 



47 DfcsuaB 



11 arriTe parrois que rélectricité oblenoe pendant la 
descente de l'électromètre esl posilive; il est certain 
alors qoe l'électricité produite pendant l'ascension était 
négative : il en résulte que, après avoir mesuré la tension 
obtenue à la descente, on se trouve obligé d'examiner la 
nature de l'électricilé développée. 

En opérant avec la méthode du conducteur Ûxe, on 
n'obtient souvent aucune trace d'électricité dans l'air, 
tandis que l'électromètre mobile accuse des tensions 
plus ou moins fortes; mais je crois qu'on ne peut pas 
encore obtenir ainsi de mesures absolues et compara- 
bles , car : 

1* En attendant que J'index s'arrête, on a des 
perles électriques, variables selon l'humidité de l'air, et 
par saite les tensions qu'on mesure sont une fraction 
de celles qu'on devrait mesurer, sans qu'on puisse ap- 
précier le» pertes. 

2* On ne peut pas faire des observations pendant les 
grandes pluies. 

3* 11 est difficile de noter les changements instantanés 
qui arrivent dans les orages. 

k' Il y a erreur de parallaxe. 

5" Enfin les observations sont Irès-tncommodes. 

111. Méthode du conducteur mobile. — En 1850, je re- 
pris l'étude des phénomènes observés par Saussure, Her- 
mann et Peltier, et j'adoptai le conducteur mobile. L'é- 
lectricité atmosphérique agissant par iolluencc sur les 
conducteurs exposés à l'air libre, on comprend que celle 
action doit être lente sur les conducteurs flxcs et rapide 
sur les conducteurs mobiles. 

Ce serait m'étendre beaucoup trop que de vous dé- 
crire toutes les cspériences que j'ai fuites sur ce sujet; je 
me bornerai donc à vous en rappeler quelques-unes. 

Prenez un vase métallique plein d'eau, avec quelques 
trous dans le fond, trous qu'on peut, du reste, percer 
à volonté. Placez ce vase k l'air libre, isolé, et à une cer- 
taine hauteur; ensuite ouvrez les trous, et Itiissez couler 
l'eau dans «n autre vase mclalUque (également isolé : le 
vase supérieur se cbar^ra d'éleclriciiô po.^itive, le vase 
inférieur d'électricité négative. Si le liquide tombe sur 
le sol, l'électricilé positive du vase supérieur sera en 
quantité plus considérable ; l'éleelriciié négative du vase 
inférieur augmenterait é^lerocnt d'intensité, si le vase 
supérieur n'était pas isolé. En faisant l'expérience par un 
temps où l'éleciricité négative domino dans l'jiir, vous 
obtiendrez des phénomènes tout contraires. 

Mettez de l'eau dans une fontaine à compression, et 
soumettez l'air intérieur k une pression de 2 atmos- 
phères environ. Faites sortir le jet à l'air libre, et si la 
fontaine est isolée, vous la verrez, par un lemps ordi- 
naire, s'électhser négativement, tandis que le jet sera 
électrisé positivement à partir d'une certaine hauteur; 
mais si vous examinez les gouttes d'eau qui tombent dans 
la partie descendante de la parabole, vous trouverez 
qu'elles sont électrisées négativemeot ; la tension élec- 
trique est plus forte dans le jet montant,, mais ce serait 



rinverse si la fontaine n'était pas isolée. En répétant 
celte expérience lorsque l'almcsphére est chargée d'élec- 
tricité négative, vous trouverez l'éleclnoilé négative dans 
le jet qui monte, et l'électricité posilive datis la partie 
descendante de la parabole. Les tensions observées sont 
proportionnelles 2i la tension de l'air.'si celle-ci est faible 
ou nulle, ou bien si l'on s'est placé dans de mauvaises 
circonstances, on n'obtiendra point du tout d'électricité. 
Si vous faites mouvoir horizontalement un conducteur 
dans un horizon libre de toutes parts, il n'y aura pas 
d'électricité produite; mais s'il y a dans le voisinage un 
mur, une montagne, etc., lorsque vous tournerez le con- 
ducteur de ce côté, il indiquera l'éleciricité négative, et 
en le tournant dans la direction opposée, il indiquera 
l'électricité positive. En général, si vous rapprochez à 
l'air libre deux condnctears, dont l'an se trouve en com- 
munication avec un électroscope très-sensible, vous ob- 
tiendrez de l'électricilé négative, et si vous les éloignez, 
il se développera de l'électricité positive. Les tensions 
varient d'une heure à l'autre, selon l'état de l'électricité 
atmosphérique; on en trouvera surtout de très-fortes à 
l'approche des grandes pluies, et lorsque l'électricité 
atmosphérique sera négative, tous ces phénomènes se 
présenteront dans un ordre inverse. Il est inutile de dire 
que ces' phénomènes ne s'observent jamais dans l'inté* 
rieur d'une salle couverte, quelle que soit d'ailleurs soa 
étendue. 

Cent autres exemples du même genre pourraient prou- 
ver que l'électricité atmosphérique agit par inflneocc, 
et ne se communique point par le contact immédiat ; de 
là vient que tous les corps qui se trouvent sur la terre 
possèdent un état électrique opposé à celui du conduc- 
teur ûxe. 

A cause des erreurs et des inconvénients auxquels la 
méthode du conducteur fixe doit nécessairement co»> 
duire, je me suis servi du conducteur mobile depuis 
1S52, dans l'observatoire Vésuvien, et c'est avec celui-ci 
que j'ai remporté le premier prix proposé par l'Acadé- 
mie des sciences de Lisbonne. 

Cette méthode a été adoptée aussi par d'autres obser- 
vateurs, et notamment par M. Secchi, directeur du Col- 
lège romain. Voici les parties essentielles de cet appa- 
reil. Dans la partie la plus élevée de Tobscnaroire se 
trouve une petite chambre dont le plafond est percé d'un 
petit trou d'uii décimètre de diainètre environ. Ce trou 
sert d'issue à un conducteur formé par un tuyau de lai. 
ton de 15 millimètres de diamètre, qui porte à sa partie 
inférieure un bÂlon de verre muni d'une poulie, el à sa 
partie supérieure un globe de 15 centimèlnes de diamè- 
tre, ou même un disque de surface égale, à celle da^ 
globe. 

Ce conducteur est long de 2 mètrea, et sa partie 
extérieure porte un entonnoir qui empécbe la pluie d'eor 
trer dans le trou percé à travers le plafond de la petite 
chambre. La partie inférieure de ce trou est fermée par 
un disque de verre percé en son centre et muni d'uu an- 



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186A. 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



as 



oeau de laiton qui sert de jjuitlc au conducteur. Auprès 
du conducteur^ sur une table appuyée contre le mur, se 
trouvent : Télectromètre h deux fils, réicctroscope de 
BOnbenbei^er. uo galvanomètre ayant l'un de ses fils en 
communication avec le sol, et tous les autres appareils 
dont on peut avoir besoin. II suffit de tirer une ficelle 
pour que le conducteur s'élève de 1 mèlre 80 centimè- 
tres, après avoir été mis en communication avec l'élec- 
tromèlre, et l'on voit aussitûl l'index dévier par un arc 
impulsif qui vient se mesurer À l'instant même; de ce 
premier arc on déduit l'arc définitif, à l'extrémité duquel 
l'index s'arrêterait, s'il n'y avait pas de perte pendant la 
durée des oscillations: et ainsi, avec la formule connue 
du système à deux fils, on a la mesure de la tension élec- 
trique observée à l'instant même où elle naît, et avant 
qu'elle ait pu subir des pertes sensibles. Pour savoir si 
l'électricité est positive ou négative, il suffira, après avoir 
descendu le conducteur, de le mettre en communication 
avec l'électroscope de BOnhenberger; en effet, l'électri- 
cité qu'on obtient en descendant est toujours opposée 
à celle qu'on avait en montant. 

Dans les temps d'orage, il sera utile de faire des obser- 
vations au moyen du conducteur fixe, pour étudier cei^ 
tains phénomènes; vous pourrez alors maintenir le con- 
ducteur plus ou moins élevé, en plaçant sur le globe ou 
sur le disque un faisceau de plusieurs pointes, ou même 
une flamme. Lorsqu'il s'agira de mesures, vous vous ser- 
\iroz du disque, en élevant le conducteur comme il est 
expliqué ci-dessus. 

On préfère le disque au globe, parce que les vents 
très-forts ne peuvent pas l'ébranler, mais les effets sont 
les mêmes. Lorsque vous aurez de l'électncité dynami- 
que, vous pourrez mettre l'un des bouts du galvanomètre 
en communication avec le conducteur, et l'autre bout en 
communication avec le sol. 

En employant des conducteurs de même dimension, 
qui montent de la môme longueur et avec la même vi- 
tcsse, on doit avoir des tensions parfaitement compara- 
bles. Il est bien entendu qu'il faut des électromèires 
semblables, et qu'on doit éviter toute perte sensible. 
Vous pouvez maintenant comprendre comment l'élec- 
tromètre d'induction à deux fils présente l'avantage de 
donner des mesures absolues et comparables; vous savez 
aussi qu'en mesurant les tensions par les arcs impulsifs, 
à rinsUnl où elles se produisent, ou môme dans l'espace 
d'une seconde, on ne peut pas avoir de perte sensible. 
Concluons donc qu'au moyen du nouvel appareil, on peut 
vraiment connaître la tension électrique existant dans 
l'atmosphère. 

Je dois vous foire observer que le fil de enivre au 
moyen duquel le conducteur est en communication avec 
t'électroroétre ne doit pas dépasser un mètre de lon- 
gueur : en lui donnant des dimensions plus considéra* 
bles. on s'exposerait à des pertes. 

Avec cette méthode, les observations deviennent fa- 



ciles dans toutes les conditions atmosphériques ; elle 
permet d'opérer au moyen du conducteur fixe comme 
au moyen du conducteur mobile, et de suivre ainsi les 
manifestations de l'électricité statique et de l'électricité 
dynamique. 

Pour les mesures absolues, il faudrait choisir une 
unité, et les savants ne se sont pas tmcore mis d'accord 
sur ce point. J'en ai adopté une; M. Seccbi en a pris une 
autre ; M. Weber, U. Uankel ont également proposé la 
leur. 

Les pertes qu'on éprouve en faisant des observations 
d'aprds la méthode du conducteur mobile mesurant les 
arcs impalsîfs sont certainement bien petites, cepen- 
dant elles ne sont pas tout k fait nulles ; or, si nous n'ar- 
rivons pas à calculer exactement ces pertes, nous ne 
pourrons jamais dire que nos observations sont réelle- 
ment comparables. 

Je crois cependant pouvoir donner des observations 
tout à fait exactes. 

Choisissant les journées où l'air est bien sec, on dé- 
charge l'électromètre plusieurs fois successivement, et 
Ton tient note des arcs impulsifs et définitifs correspon- 
dants. On peut ainsi dresser une table de rapports noi- 
maux entre chaque arc impulsif et Tare définitif corres- 
pondant. Alors, par un jour quelconque et plus ou moins 
humide, on mesure l'arc impulsif, et ensuite l'arc défi- 
nitif au bout duquel s'arrête l'index, en notant le temps 
que met cet index à terminer ses oscillations. Si cet arc 
définitif est égal à celui qui est enregistré sur le tableau, 
il sera démontré qu'on n'a pas eu de pertes; mais s'il 
est moindre, la difi'érence indiquera les pertes suiTcnues 
pendant la durée des oscillations, et alors on connaîtra 
la perle correspondante à chaque seconde. Mais on sait 
qu'il faut une seconde pour obtenir l'arc impulsif, c'est 
le temps qu'exige le conducteur mobile pour s'élever ; 
on déterminera donc également la perle subie pendant 
l'élévation du conducteur. Quand il y a beaucoup d'hu- 
midité dans rinlérieur de la chambre, il arrive que l'in- 
dex ne s'arrête h aucun acc définitif, mais s'achemine 
plus ou moins rapidement vers le zéro; vous pouvez 
ainsi voir combien on perd d'électricité dans une seconde. 
Mais si pendant les oscillations Tîndex arrive an zéro, — 
inconvénient qui sera fort rare, — ou bien s'il n'exécute 
aucun mouvement quand on élève le conducteur, c'est 
qu'il sera nécessaire d'essuyer ou de chauffer un peu les 
isoloirs. Si l'on voulait abandonner en Angleterre la mé- 
thode à conducteur fixe pour adopter le conducteur mo- 
bile, on ne serait pas obligé de maintenir le feu éternel 
à l'observatoire, comme au temple deVesta, etl'on pour- 
rait donner des observations précises, les seules Utiles 
aux progrès de la météorologie. 

Je vous ai indiqué la méthode expérimentale qui per- 
met d'établir la correspondance entre les arcs impulsifs 
et les arcs définitifs ; mais on peut se passer de cette mé- 
thode, en se servant d'une formule qui m'a été donnée 



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KËVUË DES COURS SCIENTIFIQUES. 



17 UÉCËHDBE 



par le célèbre mathématicien M. Battaglini. En appelant p 
l'arc impulsif et a l'arc définitif correspondant, on a : 



(^)=lang 1/2 



Puisque cette équation existe, en supposant les arcs 
impulsifs proportionnels aux tensions, et que ces ten- 
sions correspondent exactement à l'expérience, l'hypo- 
thèse sur laquelle est foadée la formule se trouve démon- 
trée, et c'est précisément celle dont j*avais déjà élablt 
l'exactitude par d'autres moyens. 

Mais il est iemps de vous dévelt^per les résultats 
obtenus avec celte méthode d'une si grande précision, 
d'exposer les véritables lois de l'éleelricilé atmosphé- 
rique, et de lever stiàn les doutes qu'on a jusqu'ici 
conservés sur son ori^ne. Ce sera l'objet de la pro- 
chaine leçon. 

Traduit »ur le texie italien de 
PALHIBRl. 

— • Ita Mile «u pmluiin nuinto. 



HOPITAU DE LA CHARITÉ. 
PHYSIQUE MÉDICALE. 

CONFÊRBKCI DE H. aEUK 

(di Berlin), 

n. 

Sur l'a|^lle««toB Am eonraMt «oMtut mm traltcBieai 
éem méwomem (1). 

Messieurs, 

Avant d'aller plus loin, permellez-moi de revenir sur 
un point iniporlant : la distinction du courant constant 
et du courau^ continu. 

On se sel l surtout en France de l'une et de l'autre de 
ces expressions Indifféremment, mais elles correspon- 
dent à des effets très-différents. La pile de Volta et les 
chaînes qui en sont des modifications immédiates, don- 
nent un courant continu, qui dans certaines conditions 
peut, d'après la loi de Ohm, si la résistance du corps con- 
ducteur est considérable , se rapprocher du courant 
constant. Hais û la résistance diminue par l'effet du 
courant lui-même qui ramollit la peau, l'inconstance de 
la pile se manifestera par des oscillations très-notobles, 
qui influeront non-seqlement sur le galvanoscope, mais 
encore sur le système nerveux. En ce cas, le courant sera 
toujours continu, mais non constant, c'est-à-dire qu'il 
s'affaiblira de plus en plus, vu la diminution de la force 
électro-motrice des plaques métalliques. De la sorte, il 
finira p^r s'annuler tout à fait, et cela en Irés-peu de 
temps. 

Le courant constant est celui qui, au contraire, dure 
longtemps, même si ta résistance est Irès-faiblc, sans 
perdre de son intensité. 

(1) Voy. le n* 2 de l'iauie courante. 



L'application du courant constant ne consiste pas tou- 
jours en un contact immobile des électrodes et de la 
peau, elle peuL se faire en promenant les électrodes h la 
surface du corps, mais sans les éloigner, c'est-à-dire 
sans inlerruplion du passage. J'appelle le premier mode : 
application du courant en repos {stabUe stràme) , et le 
second : application du courant en tnouvemetu {ItAile 
êtrome). 

Il y a contradiction apparente entre les termes : cou- 
rant constant et courant en mouvement, vu que le mou- 
vementn'est pas de la constance; mais cela importe peu. 
Il nous faut seulement un appareil dont le courant soit 
constant tant que la résistance est la même. Évidem- 
ment, si la résistance change, le courant n'est plus réel- 
lement constant. 

Complétons aussi ce qui a été dit relativement aux 
effets visibles des électrodes sur ta peau. On voit au 
pûle négatif, plutôt qu'au p6le positif, une éruption pa- 
pilleuse et urticaire, quelquefois extrêmement sensible, 
qui peut, après une applicittion prolongée du courant, 
s'inflltrer d'un liquide sous-épilhétial et se transformer 
immédiatement après en une eschare brune, qui ne se 
détache que très-lentement de la peau, et quelquefois 
môme qu'après trois mois, de dehors en dedans, en 
forme d'assiette, sans produire; de suppiirntion, quand 
ell& n'est pas irritée ou humectée, et sans laisser de trace 
sur la peau. 

On comprend par là combien il est important de dis- 
tinguer l'action des deux pôles pour les effets du cou- 
rant, que j'appelle catalytigues^ c'est-à-dire relatifs au 
traitement des troubles de circulation, des infiltrations, 
dus endurcissements de tissu, en un mot, de tous les 
états pathologiques désignés sous le nom d'inflatnnaa- 
toires. Gomme dans ces cas il s'agit presque toujours d'un 
rétrécissement des vaisseaux artériels et lymphatiques, 
on comprend qu'il faille employer le pôle positif potir 
produire un efl'ct favorable, d'autant plus qu'en même 
temps il calme la sensibilité exagérée des nerfs affectés. 

Après cette digression, je passe aUx effets th^peuti- 
ques gén^ux du courant constant. 

Parmi ces effets, il faut distinguer ceux du oouraïkl eo 
repos et ceux du courant en mouvement. Le counint en 
repos se reconnaît à l'immobilité de l'aiguille du galva- 
noscope quand le oireuit «al fermé par l'intermédiaire 
du corps humain, et le courant en mouvement, aux osoil- 
lalions de cette aiguille dans les mêmes circonstances. 
Le courant en repos se produit, nous le répétons, quand 
les électrodes sont tenues immobiles à la surfaoe du 
corps, et le courant en mouvement) en les faisant glisser 
sur cette surface, sans interruption de communiimtioii. 

En général, l'action du courant en repos est calmante, 
et celte du courant en mouvement excitante. Cependant, 
dans les cas de paralysie grave, le courant en repos, 
quand son action n'est pas trop prolongée, produit un effet 
anti paralytique plus énergique que le courant en mou- 
vement Non-seulement les interruptions, mais même 



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1M4. 



les oscillations trop prononcées du courant sont, en pa- 
reil cas, plul nuisibles qu'utiles. On peut dire que 
généralement les interruptions du courant eonslant 
albiblissent et ne produisent un bon effet que dans le 
traitement local des muscles contracturés, car elles les 
reMchenI, h la condition toutefois que la cause centrale 
de celte contracture ait été déjà supprimée par un autre 
traitement approprié. Le courant induit, malgré les fortes 
contractions qu'il détermine, ne produit pas relTel cu- 
ratif des interruptions du courant constant, parce qu'il 
ne permet pas de ranimer, au moyen d'un circuit fermé, 
les fibres nerveuses motrices, ni d'amener io gonflement 
des muscles do&t nous parierons plus loin. 

Mais il importe d'insister sur cet effet ealmant du cou- 
rant constant, effet thérapeutique fort intéressant, d'aU" 
idnt plus qu'il est produit par des courants trés-ftiibtes 
et n'impressionnant nullement la peau. Je dois même 
ajouter que, d'après mes expériences, le courant constant, 
pour qu'il soit calmant, doit être faible et nullement 
douloureux, car la douleur engendre des mouvements 
involontaires qui peuvent troubler la constance de son 
action. 

L'effet calmant du courant constant diffère de celui 
prodoil par les autres calmants» L'opium, la morphine, 
la belladone, l'atropine calment, et ieut administration 
est facile, en sorte qu'il vaut mieux avoir recours Ik eux 
qu'à l'emploi de Télectrictlé. Mais quand ees médica- 
ments toxiques ne soulaf^ent pas avec promptitude, et 
quand l'usage qu'on en veut faire doit être prolongé, ils 
affaiblissent considérablement *le système nerveux, et 
dans ce cas il vaut mieux recourir à remploi de l'éleciri' 
cité, qui habilement appliquée calme et ranime. 

L'effet calmant du courant constant se produit dans 
des circonstances très-différentes. Une des plus fré- 
quentes, et où Texpérience réussit avec une grande net- 
teté, est celle oii il s'agit d'abolir la sensibilité exagérée 
d'une partie douloureuse par suite d'inilammation. Si, 
dansée cas, nousappliquons l'électrode positive(ayantune 
éloidue convenable) sur la partie douloureuse, et l'élec- 
trode négative sur un point bien éloigné de celte partie, 
électrodes d'une pile à 15 il 25 éléments, selon la résis- 
tance de la peau, et si nous maintenons les deux élec- 
trodes fortement, eu sorte que l'aiguille du galvanoscope 
ne change pas de position cl ne dépasse pas 30 degrés, 
nous constaterons qu'après une application de 5 à 10 mi- 
nutes, la sensibilité de la partie douloureuse a considé- 
rablement diminué. Le moyen curatif le plus sûr et le 
plus commode, même dans des cas d'inOammation grave, 
où le moindre toucher des parties ennammées cause déjà 
une grande souffrance, c'est de mettre l'électrode posi- 
tive sur un point du trono nerveux dont les rameaux se 
rendent à ces parties douloureuses, mais sur un point 
Irès-éloigné de ces parties, et l'autre sur un point quel- 
conque. Parexemple, si dans une inflammation trôs-dou- 
loureuse de l'articulation de la main ou du coude, nous 
plaçons le pOle positif aur le plexus brachial et l'autre sur 



l'omoplate par exemple, nous verrons après quelques 
instants que la sensibilité exagérée a beaucoup dimi- 
nué. Je recommande cette méthode, parce qu'elle est 
d'un emploi presque toujours heureux(l}. 

L'action antinévralgique du courant constant la plus 
curieuse est celle qui l'ésulte de l'application directe du 
courant constant «ir certains points des centres ner- 
veux, sans relation apparente de ces points avec la paiv 
tie des membres frappés de névralgie. 

Pour donner une idée de cet effet, je citerai l'exemple 
d'une dame de trente-deux ans, mariée depuis dix ans 
à un médecin et restée stérile. Après avoir souffert pen- 
dant quelques années d'une métrite chronique qui fut 
traitée par cautérisation locale, laquelle laissa un endur- 
cissement de l'utérus assez notable, elle fut saisie peu à 
peu d'accès névralgiques dans les deux jambes, localisés 
chacun sur de petites surfaces rondes de quelques centi- 
mètres de diamètre. Au plus léger toucher de ses habits, 
cette dame ressentait une douleur insupportable qui l'em- 
pêchait de marcher, en sorte que pendant le, maximum 
d'intensité des accès, elle était quasi paralysée. Ces accès 
duraient quelquefois quarante-huit heures. La malade se 
plaignait elle-même d'un malaise dans le dos qui l'obli- 
geait à se tenir un peu courbée. En examinant de près le 
dos, je pus reconnaître que pendant les accès les plus vio- 
lents de la névralgie, il existait entre la quatrième vertèbre 
dorsale et la troisième vertèbre lombaire un point particu- 
lier situé quelquefois sur la colonne vertébrale, et plus sou- 
vent sur le triyetd'un nerf intercostal. Ën mettant le pôle 
positif anr le point de la colonne vertébrale correspon- 
dant à l'origine de ce neif intercostal, j'eus la satisfoution 
d'observer tot^mrs la cessation subite de Taocés névral- 
gique. Le traitement de la maladie dura trois à quatre 
mois, pendant lesquels je fis l'expérience 25 à SO fois. On 
observe souvent le même effet sur des hommes, qui à la 
suite d'une paralepsie cervicale (toAe< cervicalis) souffrent 
de névralgies excentriques dans les membres, qui sou- 
vent sont confondues avec des douleurs rhumatis- 
males (3). 



(1) Je l'ai appliquée' devaut HM. Cl. Bernard, Yelpeau et Beau sur 
un bootme qui depuis dix jours était torotié sur son (eoou gauche, 
chuta suivie d'une auvnientation excessive do la aeniiliililé au bord 
interne de la rotule. Cette augmentation, viinement eomballue par les 
moyens ordinaires, empêchait le malade de marcher sans plier les ge- 
noux. Je lui plaçai l'électrode positive sur le nerr crural à sa sortie 
au-deasout du ligament de Poupart, et l'autre électrode sur le oiukIs 
extenseur d« la jambe, un peu affaibli el amaigri par la marehe anor- 
male mentionnée. Après quelques minutes, nous constatâmes que l'ar- 
ticulation était devenue beaucoup moins douloureuse, «t par conséquent 
que l'extension de la jambe et la marche étaient beaucoup plus Taciles. 
En répétant trois fois ce traitement, on a guéri complètement la 
malade. 

(3) A ce propos, je dws dire, pour les médecins qui voudraient répé- 
ter mes expériences, que l'effet curatir dépend de la surface des éléments 
de la pile, c'est-à-dira qu'il bat rester absolument les pilea composéai 
de petit» éléments. 



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&8 



HEVUE DES COURS SaENTIFIQUES. 



17 DECEMBRE 



II hift^joatér que l*efret du courant constant n'est 
radicalement curatir que s'il atteint les maladies à leur 
source, par exemple, s'il atteint et supprime le gonfle- 
ment de la gaine nerveuse dans le rhumatisme articu- 
laire, ou dans une lésion traumatique suivie de névralgie. 
S'il n'atteint pas cette source, s'il n'enlève pas la cause 
effècttvc de la maladie, l'efTet produit ne sera que passa- 
ger. Aussi, quand une tumeur comprime un nerf et en- 
gendre une névralgie, il est évident que le courant ne 
pourra pas guérir la névralgie, s'il est impuissant à ré- 
duire la tumeur. - 

Rkhak. 



ÉCOLE DE PHARMACIE. 
CHIMIE MINÉRALE. 

COURS DE M. BICHE. 
(d« rtede pvlTtcchniqiie.) 

I. 

«•énénOlMB. — NamenclAlam. 

Avant de définir et d'expliquer le but et l'objet de la chimie, 
il sera peut-être bon d'éclaircir et de préciser par qiielques 
exemples certaines idées, certains termes, sur lesquels il est 
nécessaire d'être parftdtement fixés et dont la connaissance 
exacte facilitera l'intelligence de l'étude que nous allons en- 
treprendre. 

^ nous prenons une barre métallique, une barre de fer 
par exemple, et que nous la mesurions à froid, nous trouve- 
ras certaines dimenrions qui restent les mêmes tant que la 
température de la barre ne change pas ; mais si nous ve- 
nons & la chauffer, il sera facile de constater que les diverses 
dimennons de cette l^rre et par suile son volume ont aug- 
menté. Nous sommes là en face d'un phénomène particulier: 
c'est la dilatation. Ramenons enfin notre barre à la tempéra- 
ture iailiale et mesurons-la de nouveau, nousallons retrouver 
SB longueur et son volume tels qu'ils étaient au commence- 
ment de l'expérience, l'aspect, le poids, sont restés également 
invariables; en un mot, la barre n'a subi aucune altération. 
Voilà un phénomène essentiellement passager, naissant et dis- 
paraissant avec la cause qui le produit, sans laisser aucune 
trace apri^s lui. C'est un phénomène physique. 

Abandonnons maintenant la môme barre à l'air humide ; 
nous la verrons après un certain temps se ternir et se trans- 
Ibrmer peu à peu en une matière jaune-rouge appelée vul- 
gairement rouille. 

Ici nous avons affaire à un phénomène tout différent du 
précédent. 

1* Il est permanent, car nous aurons beau remettre la barre 
dons l'air sec, la rouille ne se détruira pas. 

2° Cette rouille ne ressemble ni au fer ni à l'air en pré- 
sence duquel on l'avait placé. 

' Que s'est-il donc passé 7 Le fbr s'est emparé d'une certaine 
quantité de l'un des éléments de l'air, l'oxygène, et s'est uni 
intimement avec lui pour former cette rouille. 

Enfin le poids a changé, la barre rouiUée pèse plus qu'au- 
paravant. 11 n'y a cependant pas eu création de matière, car 
si l'on cloute le poids du fer à celui de l'oxygène absorbé, on 
aura exactement le poids final de la barre. 



Voilà un pliénomène chimique. 

On dit que la rouille est une CfUDbioaison diimique, et ce 
qui caractérise la combioaiaoa, c'est que la matière produite 
par l'union de deux ou plurieors corps ne ressemble à ancua 

des composants. 

Au Ueu de laisser cette rouille se former d'elle-même sous 
la double influence de l'air et de l'eau, on peut la produire 
directement en fUsant brûler du fer dans l'oxygène- Le dii- 
miste opère alors par synthèse, c'est-à-dire qu'il forme ua 
corps composé de toutes pièces en mettant en présence, dans 
des conditions convenables, les éléments qui entrent dans sa 
constitntion. 

La synthèse est l'uno des méthodes expérimentales les plus 

précieuses pour te chimiste ; mais elle n'est pas la seule ; à 
cAté d'^le vient se placer ce que l'on pourrait appeler sa réci- 
proque, c'est-à-dire l'analyse. 

Prenons, par exemple, cette rouille dont nous venons de 
parler, ou mieux encore la rouille d'argent, et chauffons-U. 
Si nous observons bien nous pourrons constater la formation 
d'un gaz qui se dégage et voir en même temps qu'il reste un 
corps métallique. Ces deux corps ne ressemblent ni l'ua ni 
l'autre à la rouille dont nous nous étions servis, et tous deux 
sont stables. Ce phénomène, quoique très-différent du précé- 
dent, est donc aussi un phénomène chimique. 

Que s'est-ll passé 7 L'argent et l'oxygène qui formaient cette 
rouille, se sont séparés, l'oxygène s'est dégagé, et l'argent a 
formé le résidu. 11 est facile de comprendre d'après cela que 
ce résidu doit peser moins que la rouille qui rapn>duit; mais 
il n'y a pas perte de matière, car le poids de l'oxygène qui 
s'est dégagé, ajouté au poids de l'argent qui reste, formerait 
exactement le poids de la rouille mise en expérience. 

On dit dans ce cas qu'il s'est produit une décomposition chi- 
mique, c'est-à-dire que l'on a séparé d'un même corps deux 
ou plusieurs éléments ^dissemblables entre eux et différents 
du corps d'où on les a retirés. Le chimiste opère alors par 
analyse. 

Lorsque l'on continue à appliquer les méthodes analytiques 
aux divers éléments que l'on a pu séparer d'un premier corps, 
il arrive un moment où l'analyse devient impuissanlc,!où toutes 
les ressources que nous fournit la science ne peuvent par- 
venir à retirer de ces substances autre chose que de la matière 
toujours semblable à elle-même et à celle d'où on la retire. 
Ces derniers éléments, dans lesquels on peut décomposer les 
corps, portent le nom de corps simples : tels sont l'argent et 
l'oxygène. On en connaît jusqu'à présent soîxanle-quatre ; 
mais rien ne dit que l'on en restera là , on peut en découvrir 
de nouveaux, et peut-être un jour arrivera-t-on à décomposer 
quelques-uns de ceux que l'état actuel de la science nous fait 
considérer comme simples. 

Les corps simples se divisent en deux grandes classes : les 

MÉTALLOÏDES et les HÉTAL'X. 

I.es métaux jouissent d'un éclat particulier, VéttU métaltiqw ; 
ils sont bons conducteurs de la chaleur et de l'électricité. 

Los mélaUufdes sont en général ternes et mauvais conduc- 
teurs de l'électricité et de la chaleur. Hais à vrai dire il n'y a pas 
de démarcation bien franche entre ces deux classes de corps, 
et certains corps simples, l'antimome par exemple, peuvent 
se placer inditréremment avec les uns ou avec les autres. 

Objetde la chimie.— lACfdmic a pour objet l'étude des corps 
simples, de leurs composés, et surtout l'étude des phénomènes 



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REVUE DES œims SCtGNTlFlQUBS. 



chimiques, c'est-A-dirc des combioaiaoïu et des décompo- 
àlions. 

En étudiant les corps nous décriront d'abord leurs propriétés 
phyâqupfi, puis nous nous appesantirons sur leurs propriétés 
chimiques. Parmi les propriétés physiques, le point de fusion, 
le point d'ébuUition et la forme crUtalline sont les plus im- 
portantes. 

Quant au but de la chimie, c'est d'arriver à déterminer la 
composition et la constitution des corps. 

Forets chimique». — Il n'est pas d'effet sans cause, pas de 
phén(»Dène qui n'ait sa raison d'être ; ces causes principales 
ou accessoires des phénomènes que nous devons étudier ici 
sont les força chimique». 

La cause des phénomènes chimiques est peu connue, on la 
nomme affinité : c'est la force qui produit les combinaisons. 
C'est une force mol^lalre, c'est-à-dire qu'elle n'agit pas à 
dbtance, mai» au contact et pour ainsi dire de molécule à 
molécule. 

Deux autres forces moléculaires ont encore pour nous une 
grande importance, ce sont la cohéxion et la diseohttion^ 

La cohésion est la force qui tient réunies les molécules d'un 
même corps. Cette force, très-sensible dans les solides, est 
presque nulle dans les liquides et n'existe pas dans les gaz. La 
cohésion des solides est excessivement variable ; chacun sait 
en effèt combien sont différents les effbrts nécessaires pour 
réduire un corps en poudre. 

La force antagoniste de la cohésion c'est la chaleur. On sait 
en effet que la plupart des corps solides suffisamment chauffés 
peuvent prendre l'état liquide et même l'état gaseux ; il est 
probable que ce fiiit deviendrait général si l'on pouvait dis- 
poser d'une source de chaleur suffisante. Quelques corps 
échapperaient cependant à celte loi, ce sont ceux qui se dé- 
cMnposent lorsqu'on les porte iune température trop élevée, 
ce qui arrive pour la rouille d'ai^ent, pour la craie, pour la 
cire qui devient bien liquide, mais qui se décompose si l'on 
continue à chauffer, etc. Inversement, en retirant de la cha- 
leur, on augmente la cohésion ; c'est ainsi que certains gaz 
convenablement refroidis peuvent se liquéBer et m^me se 
solidifier. 

La tn^ème force dont nous ayons & nous occuper est la 
diuolution. La dissolution est la force qui fait passer certains 
corps à l'état liquide quand on les met en contact avec un 
liquide convenable. Si nous mettons, par exemple, du sucre 
dans de l'eau, il disparaîtra, sans que pour cela il y ait com- 
lunaison ni décomposition ; en chaque point de l'eau il y aura 
une ^ale quantité de sucre, et nous pourrons l'en retirer 
cMDplétement par simple évaporation du liquide. Cette disso- 
lution n'est pas accompagnée de chaleur; il y a au contraire 
constamment abaissement de température : c'est là le carac- 
tère essentiellement distinctif de û dissolution. Ajoutons que 
les combinaisons ont surtout lieu entre des corps dissembla- 
bles, tandis que les dissolutions se font le plus souvent entre 
corps plus ou moins analogues. Ainsi le mercure dissout les 
métaux ; la benzine, les corps gras ; le sulfure de carbone, le 
soaflrc, etc. 

Dq corps solide se dùsout, en général, d'autant mieux que 
la température est plus élevée ; le contraire a lieu pour les 
gaz. Pour ces derniers corps la soluiùlité est soumise à deux 

hHS. 

Première loi. — La solubilité des gai croit d'une manière 
directemeot proportionn^ie avec la pression. 



Deuxième loi. — Quand plusieurs gaz sont réunis, chacun 
d'eux se dissout comme s'il était seul, en tenant compte de la 
pression qu'il exerce dans le mélange gazeux. 

La dissolution est évidemment une force moléculaire, car 
il fanf qu'il y ait contact pour qu'elle ait lieu. 

CriiitaUi»ation. — Si l'on abandonne à un refroidlaiailcnt 

lent un corps solide préalablement fondu ou gazéifié, il se 
solidifiera en prenant une forme géométrique régulière. Cette 
propriété de la matière se nomme cristallisation. Trois moyeiu 
peuvent être employés pour obtenir des cristaux : 

1* La fusion, qui s'applique'au soufire, au bismuth, etc. ; 

2** La volatilisation, comme pour l'iode, l'arsenic, etc. ; 

3* La dissolution, qui s'applique à tous les sels en choisissant 
un véhicule convenable. Ce dernier procédé est très-employé 
pour purifier les coi^. Une série de cristallisations convena- 
blement dirigées su fflt en effet dans bien des cas pour sépuer 
complètement un corps déterminé des matières étrangères 
qui peuvent l'accompagner. 

Un même corps placé dans le» mêmes condition» cristallise 

toujours de la même manière. Ce fait est de la plus grande im- 
portance, puisqu'il nous permettra souvent de reccmnattra 
une substance rien qu'à sa forme cristalline. Il faut cependant 
ajouter que lorsque les circonstances changent, la forme cris- 
talline peut changer aussi, et que par suite un même corps 
peut affecter un grand nombre de formes difTérenles. Heu- 
reusement les cristaux sont soumis à une loi dite loi de symé' 
triCy qui limite le nombre de ces formes et surtout les relie 
entre elles d'une manière simple. 

Voici cette loi : Lorsqu'un cristal se modifie en Cun de su 
pmiUs, la même modification se reproduit sur toute» le» partie» 

identiques de ce cristal. 

Cette loi permet de déduire d'un cristal donné un grand 
nombre de formes, mais non pas toutes les formes géométriques 
possibles. Lorsque deux cristaux ne peuvent se ramener à une 
même forme en suivant la 1<h de symétrie, on dit qu'ils ont 
des formes incompatibles, et l'expérience a prouvé que tous 
les cristaux que nous offre la nature peuvent se classer en riz 
groupes ou systèmes incompatibles entre eux. 

Avant de décrire ces systèmes nous définirons ce que l'on 
entend par centres et axes d'un cristal. 

On appelle centre d'un cristal, un point situé dans son inté- 
rieur et tel que toutes les droites qui passent par ce point et 
se terminent aux faces du cristal soient partagées par lui en 
deux parties ^^es. 

On nomme axe» des l^nes imaginaires, passant par le centre 
du cristal et se terminant à des parties semblables de cristal ; 
de plus, elles doivent être telles que les faces soient symétri- 
quement disposées par rapport à ces lignes. 

Les six systèmes cristallins sont ; 

1* Le système cubique ou r^^fi'er, caractérisé par trois axes 
égaux et perpendiculaires les uns aux autres. Exemple : le 
diamant, le grenat, l'alun, etc. On prend comme type de ce 
système, soit le cube, soit l'octaèdre régulier. 

2" Le système titragonal, caractérisé par trois axes perpen- 
diculaires, mais dont deux seulement sont égaux. 11 a pour 
type le prisme droit à base carrée. Eiem]^ : le calomel, la 
cassitérite ou bioxyde d'étain, etc. 

3* Le système rhombo^riqutf caractérisé par quatre axes, 
dont trcHs situés dans un même plan, et le quatrième perpen- 
diculaire au plan des trois autres, il a pour types le dodé- 



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50 



ItEVDB DES COUftfl SClKNTlFlOî^ES. 



17 DECEMBRE 



caèdre hexagonal et le rhomboèdre. Exemple : le quartz, le 
spath d'hlande,le corindon, le peroxyde de fer, etc. 

A* Le système rhombiqut, caractérisé par trois axes perpen- 
diculdirea et inégaux. 11 a pour type le prisme droit & base 
rectangle ou à base rhombe. Exemple : l'aragonite, le soufre 
natif, le sulfate de magnésio, lo sulfate de zinc, le luUate de 
barfte, le sulfate da slrontiane, le permanganate de pcH 
tasse, etc. 

5° Le ii/slème mmoelinoédrtqw ou cUnorhombique, caracté- 
risé par trois aies inégaui;, dont deux perpendiculaires entre 
eux, et le troisième oblique. Il a puur type le prisme oblique 
à base rectangle, rhombe ou carrée. Exemple i le soufre 
fondu, l'oxalate de potasse, l'arséniate et le phosphate neutre 
de soude, l'acide tartriqne, le sulPatc de chaux, etc. 

6** Le système trtclinoédrique f caractérisé par trois axes 
obliques les uns sur les autres ; ces trois axes sont inégaux. Il 
a pour type le prisme oblique A base parallélogramme. 
Exemple : le sulfate de cuivre, le quadroxalale de potasse, 
l'acide paralorlriquc, etc. 

On a cru pendant longtemps qu'un môme corps devait tou- 
jours cristalliser dans le même syslj^mc cristallin ; l'expérience 
a démontré que le contraire pouvait avoir lieu pour certains 
corps, tels que le carbonate de chauT, le soufre, etc. Quand 
un corps peut cristalliser dans deux ou plusieurs systèmes, on 
' dit (|u'il est dimorphe ou polymorphe, et ce phénomène con- 
■fitne le éimorphismi et le polymorphisme. 

On dit que deux corps sont isomorphes lorsqu'ils possèdent 
les mûmes formes crislallines et qu'ils peuvent se remplacer 
dans un môme cristal sans en changer la forme. On a remar- 
qué que les corps isomorphes ont des constitutions et des 
compositions IrdB-analf^es. 

Nous avons déjà donné la définition de l'affinité ; mais le 
vôle si important que joue celte force dans la nature nous en- 
gag« à en faire une élude plus complète. Chaque fois que 
l'affinité entre en Jeu et produit une combinaison, il y a dé- 
gagement de chaleur, et même de lumière, si la combinaison 
est énergique. 

Unand l'affinité s'exerce, on observe aussi un dégagement 
d'électricité, et on sait le parti qu'en ont tiré les physiciens 
dans la produotion de l'électricité par les piles. 

L'afBnité s'exerce avec d'autant plus d'énergie que les corps 
en présence sont plus dissemblables ; ainsi les métalloïdes et 
les métaux se combinent avec un vif dégagement de chaleur 
et souvent de lumière. Les comlnnaisons difTèrent d'autant 
plus de leurs corps générateurs, que ceux-ci sont plus dissem- 
blables entre eux ; ainsi le potassium et roxygèoc, qui sont 
très-différents l'un de l'autre, donnent naissance à la potasse, 
qui ne ressemble ni é l'un ni h l'autre des composants. 

Plus deux corps ont d'affinité l'un pour t'autn, et moins ils 
forment de composés en s'unissant entre eux. 

L'action de l'afftnité de deux corps l'un pour l'autre peut 
être modifiée par un grand nombre de causes; le chimiste les 
met souvent i profit. Mous allons indiquer celles dont noua 
aurons le plus souvent à constater l'efTet, 

L'état des corps est une des causes qui exercent le pins 
d'influence sur l'afHnilé. Plus 1» cohésion est grande, et plus 
l'afBnité a de difRcultés à s'exercer. Aussi eit-il rare que des 
corps solides puissent réagir l'nn sur rkutre. L'état gazeux et 
surtout l'étal liquide «onl Infinhnent plus tevorables. C'est ce 
qui faisait tire aux anciens cMmlstH i Corfora non ayMil miti 
totvta. 



La dissolution étant un moyen Ibrt simple cl presque tou- 
jours commode de faire passer les corps à l'état liquide, on 
comprend fiicilement que nous l'emploierons souvent pour 
faciliter les réaclions. 

La chaleur agit sur l'arflnilé de deux manières : 1* en ten- 
dant A détruire la cohésion ou tout au moins A la diminuer ; 
2" en intervenant par olle-mème : elle peut alors tantAt favo- 
riser et tanl/lt détruire les combinaisons. 

L'action de l'électricité est asses analogue 4 celle de la cha- 
leur, en ce sens que, comme celle-^i, elle peut tantôt favori- 
ser une combinaison et tantôt la détruire. Il est bon tfe dls- 
tingueré ce point devud'éllncelle électHque et les courants 
ceux-ci sont des ogents désorganisatenrs pa^ excellence, et 
tendent toujours A produire une décomposition chimique. 

Inmière agfit comme la chaleur et l'électricité, mais avec 
une intensité beaucoup moindre ; de plus, toutes les parties 
de la lumière blanche ne possèdent pas l'activité chimique; 
celle activité n'appartient qu'à certains rayons du spèolM so- 
laire, rayons auxquels on donne, A cause de eeli, le nom de 
rayons chimiques. 

Il existe quelques corps qui, par leur seule présence, déler^ 
minent des combinaisons ou des déoomposifîoBS > la fbrce qnl 
intervient ici d'une manière si mystérieuse est complétemtm) 
inconnue. Berseliusluiadonnélenomde/bros oataiytiqmê.Cett 
ainsi que du noirde platine projeté dans de l'eau oxygénée la 
décompose immédiatement en eau et en oxygène, sans qne le 
plalîne soit le moins du monde altéré. I^ne éponge de platine 
introduite dans un mélange d'oxygène et d'hydrogène pro- 
\oque de mémo leur combinaison. Dans ce dernier cas, l'ac- 
tion du platine peut s'expliquer, car on sait que les coif a 
poreux ont la propriété de condenser les gaz ; cette condensa- 
tion produit de la chaleur, et celle-ci, agissant par elle-même, 
amène A son tour la combinaison. On voit en effet qne l'ex- 
plosion n'a lien que lorsque l'éponge de platine arrive an 
rouge. Enfin, l'état naissant agit aussi sur l'affinité. On a re- 
marqué qu'au moment même où un corps sort d'une combi- 
naison, il possède des affinités beaucoup plus énergiqnes que 
lorsqu'on l'emploie après sa préparation. Ainsi, mettons de 
l'azote et de l'hydrogène en présence, il ne se formera ilen; 
que ces deux gaz se roncontrent au contraire en sortant d'une 
combinaison, et ils s'uniront pour produire de l'ammonlaqne. 

Occupons-nous maintenant des lois qui régissentlesafllDités 
chimiques. LAvoisier, que l'on peut regarder A Juste titfe 
comme le créateur de la chimie moderne, s'attacha A déter- 
miner les poids des corps réagissants et ceux des matières 
produites. Il arriva A démontrer que lorsqu'une réaction chi- 
mique a lieu rien ne se perd ni ne se eré9, et que le poids d'un 
composé est toujours égal A la somme des poids de ses compo- 
sants. 

T,oi DES PsoroaTioNs nfipiNies. 

Cette loi a été établie par Proust, On croyait autrefois que 
deux corps mis en çontact s'unissaient en toute proportion. 

C'était là une grave erreur. Quand deua> corps se combinent ^ 
c'est toujours suivant certaines proportions invariables. 

LOI DES PnOTOBTlONS Ml I.TIl'I.ES. 

Cette loi, découverte en 180B par le physicien Rallon, petH 
être ainsi formulée : lorsque deux corps se combinent en p/tt- 
stems proportions, les poids de l'un de dm cêrps, 7*1 ê'mtisahit 
A m même po:ds dt J'mirr* rwtt entre eum temme dm mntrM 



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<86&. 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



51 



aimptei. Ainsi l'acote et l'oxygène Tomient cinq combinaisons ; 
prenons 1& d'aiole pour quantité constante, on trouve que : 

lA «l'azote s'unisseul à 6 d'oxygène dan» lo protoxyde; 

— 2X8 —' le bioxyde; 

14 — 3x8 — Tacide aïoleux ; 

11 — 4X8 ~ l'acide hypoazolique ; 

ii — 5X8 — l'acide asoiique. 

C'est'Â-dïre que pour une même quantité d'siote, les poids 
d'oxygène sont entre eux comme 1, % 3, 4i 6» et par conié- 
quent dans des rapports singles; et ces rapports ne sont pu 
approKinutib, mais nffotfreusenwnl vraif. 

N'OHËNCLATDRK CBIHIQUE. 

Autrefois, les divers corps recevaient des noms complète- 
ment arbitraires, n'ayant aucun rapport avec leur composi- 
tion; de plus, ce nom variait souvent d'un pays à l'autre, cl 
changeait même quelquefois suivant l'industrie qui l'em- 
ployait. Frappé des nombreux inconvénients que présentait 
celte méthode, Gurton de Morveau demanda & l'Académie 
d'établir une nomenclature universelle. On nomma une com- 
mission en 1787 1 Lavnisier en fut le rapporteur; et c'est de ce 
travail qu'est sortie la nomenclature actuelle. 

.Vomenrialtire éê$ corpi iimples. — Le nom des corps simples 
n'est asireint à aucune règle. I^avoisier eût voulu qu'il rappe- 
lât l'une de leurs propriétés les plus saillantes ; mais on recon- 
nut bientfll que cela présentait un inconvénient réel, car il 
pouvait arriver que l'on décou\rlt plus lard d'autres corps 
possédant la même propriété. 

Somfnctttture des eorp» «ompMM. — Au moment où l'on fit 
la nomcnclalure, on venait de découvrir l'oxygène ; l'impor- 
lance de ses propriétés le faisait regarder alors comme un être 
tout à fait A part ; aussi a-t-ou fait pour ses composés une no- 
menclature spéciale. 

Composés binaires oaeygénis, Aci49S. — Certains corps en se 
combinant avec l'oxygène donnent des composés dont la sa- 
veur rappelle celle du vinaigre. On leur a doimé le nom d'a- 
cideSy du latin acetum. Les acides se reconnaissent à leur 
savenr et à ce qu'ils rougissent la teinture bleue de tournesol 
et le tirop de violette. 

On désigne un aeide en faisant suivre le mot acide du nom 
du corps qui l'a fourni, terminé par la désinence igua. Ainsi 
le bore forme avec l'oxygène Yaeid» borique. 

Lorsqu'un corps forme avec l'oxygène deux acides, le plus 
ovygéné garde la désinence ique, et le moins oxygéné prend la 
déiiinence eux. Ainsi l'arsenic, qui ft>rme deux acides, formera 
Yacide arséniqur et Vacide arsénieux. 

On croyait, au moment où la nomenclature a été établie, 
qu'un môme corps ne pouvait pas donnc!- naissance A plus de 
deux acides ; maie on reconnut plus tard que certains corps 
pouvaient en donner un plus grand nombre. Au moyen des 
particules per (au-dessus), hypo (au-dessous), iqw et eux, on 
anjve A nommer jusqu'à i^q acideSi «nsi que nous l'indi- 
quons pour la léne des acides formés par le çltlore et l'oxp 
gène: 

Idde perclilorfque (le pins oxygéné). 
» chlorique. 

— Aifpoebioriqua (noias oafgiaé que la préeédei|t). 

— chîoreux. 

— Aifpoclilorcux (moios oxygéné que le précédent). 

Ces dernières conventions ne suffisent même pas toujours. 
Ainsi, il existe une série d'acides oxygénés formés par Je 



soufre, auxquels on a été obligé de donner des noms en de- 
hors de la nomenclature; ils forment ce que l'on appelle la 
série thionique. 

Bases, Oxydes neutres. — Les composés binaires oxygénés 
qui ne rouissent pas la teinture bleue de tournesol portent 
le nom A'oxydes. 

Ces oxydes sont de deux sortes : les uni raibènent au bteà 
la teinture de tournesol rougie par un acide, verdissent le 
sirop de violettes, et surtout se combinent avec les acides : ce 
sont les bases. Les autres ne jouissent ni des propriétés acides 
ni des propriétés basiques : ce sont les «cjfdes neutres on tn- 
différents. 

On nomme les uns et les autres en faisant suivre le mot 
oxyde de la particule d«, puis du nom du corps nnt,A l'oxygène» 
Exemple : 

Oxyde d« fer. 

— de magnésium, 

— de cuivre, elc. 

Quand un corps peut former plusieurs oxydes, comme les 
quantités d'oxygène qui s'unissent A une même quantité de 

ce corps sont entre elles dans ces composés comme les 
nombres simples 1, 3/2, 2, 3, on les nomme en faisant précé- 
der le mot oxydé des préfixes pro/o, sesqui (3/2), hi^ tri. 
Exemple î 

Pf^oxyde de manganèse (le moins oxygéné). 
Sssçtifosyda de manfinèse. 
Âtosyde de inaugtnéM. 

L'oxyde le plus oxygéné prend souvent le nom de peroxyde. 

Composés ternaires oxygénés. Sels. — Les oxydes basiques 
s'unissent aux acides et forment des composés auxquels on a 
donné le nom de sels. Si l'on mfile en proportions convenables 
un acide et une base, on peut obtenir un sel dans lequel les 
propriétés acides et basiques ont complètement disparu. Ce 
corps n'agit plus ni sur la teinture rouge ni sur la teinture 
bleue de tournesol : c'est un sel neutre. 

Pour nommer un sel neutre, on remplace la lerminaisoii 
ique de l'acide par la terminaison aie, et la terminaison eux 
par la terminaison ite, et l'on fait suivre ce mot de la parti- 
cule de, puis du nom de l'oxyde. Exemple : l'acide arsénique 
et l'oxyde d'argent donneront l'ors^niafe d'oxyde d'argent; 
l'acide arsénieux et l'oxyde de cuivre, l'arsénite d'oxyde de 
cuicre. On supprime souvent, par abréviation, le mot oxyde, 
qui reste sous-entendu.Ainsil'on dit: sulfate de zinc pour sul- 
fate d'oxyde de zinc, etc. Quand un corps produit plusieurs 
oxydes basiques, il est nécessaire de garder le nom de l'oxyde, 
^n d'éviter toute confusion. 

Il arrive souvent que les acides et les tuses peuvent s'unir 
en plusieurs proportions. Quand laquantité d'acide l'emporte 
sur celle du sel neutre, on dit que l'on a un sel acidêî on le 
nomme set basique dans le cas contraire. 

Les sels acides se nomment en mettant les préfixes W,ms- 
qui, tri, etc., devant le nom du sel. Exemple : 

Carbonate ncu'.ie d'ammoniaque. 

fiicai bonale d'ammoniaque (2 fols plus d*fldda que Oins 

le premier). 

Sesquicartwnate d'ammoniaque (1 fois et 1/3 pins d'acide 
que dans le premier). 

Pour les sels basiques^ on met les mêmes particules devant 

l'adjectif basique. Exemple : 

Acétate neutre de plemfc. 
— sesquibaRique de plomb. 
" tribêsiqoe de ple^. 



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52 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



17 DfCENBKE \m. 



Dans les sels, le genre est donné par l'acide, l'espèce par la 
base. Si l'on décompose un sel par la pile, la base se sépare de 
l'acide ; el, d'après les pôles où ils se rendent, on voit que la 
base est l'élément électro-positif, et l'acide l'élément électro- 
négatif. C'est celui-ci que l'on nomme le premier. 

Composés d'un métaUûk'de avec un corps itmpl» autre que l'oxy- 
gène et {'hydrogène. Composés binaires, — En soumettant un de 
cescomposésàraction du courant électrique, les deux éléments 
se séparent; l'un est donc électro-positif el l'autre électro- 
négatif. Pour continuer ce que nous avons fait pour les sels, 
nous désignerons toujours en premier Heu l'élément électro- 
négatif. Poor former le nom de ces composés, on termine le 
nom du premier corps par la désinence ure, et l'on fait suivre 
ce mot de la particule de et du nom du second corps. Exemple : 

Chlorure de lier. 
Sulfure de carbone. 

En cas de combinaisons multiples entre deux corps, ce que 
nous avons dit pour les oxydes s'appliquera à ces composés. 
Exemple : 

Protocblonire de fer. 
Sesquichlomre de fer. 

Composés ternaires. — Le soufre, le tellure, le sélénium, le 
èhlore, le brome et l'tode fournissent des composés binaires, 
qui participent soit des acides, soit des bases, et qui tendent à 
s'unir pour former des composés analogues aux sels. On donné 
i ces corps les nomsde sulfocides, chloracides, sulfobases, chlo- 
rt^ses, sulfosels, chlorosels, par analogie avec les composés 
oxygénée correspondants. Les noms des chlorosels, des sulfo- 
sels, etc., se forment aussi d'une manière analogue à ceux des 
oxfjels. Ainsi, le sulfure de carbone et le sulfure de potassium 
donnent naissance au «uI/'ocar6ona(e de sulfure de potassium. 

Composés hydrogénés. Composés binaires. — Ces composés 
sont acides pour la plupart ; quelques-uns sont neutres, un 
seul est basique. 

I^s composés acides prennent le nom à'hydracides.On forme 
le nom des hydracides en disant suivre le mot aeide du nom 
du corps uni à l'hydrogène, terminé par la désinence hydrique. 
Exemple ; 

Acide chlorhjdri(]uc. 

— bromlifdritiue. 

^ le composé est neutre, on lui applique la règle des com- 
posés binaires non oxygénés. Exemple : 

Prolocarbure d'Iijdrogèiie» 
Btcarbure d'hydrogène. 

Composés ternaires. — On leur applique la règle des com- 
posés ternaires oxygénés. Exemple : 

Chlorhydrate d*ammonii(]iie, coinpotâ formé d'acide chlorhydriqiie 
et d'ammoniaiine. 

- Lorsque l'eau entre en combinaison avec une base, un 
acide, un sel ou même un corps simple, on désigne ce com- 
posé en disant hydrate de, suivi du nom du corps avec lequel 
l'eau se trouve unie. Exemple : 

Hydrate de baryte. 

— d'acide aïollqnê. 

— de chlore. 

On emploie aussi souvent les expressions de : 

Baryte hydratée. 

Carbonate de potaoe hydratée, etc. 
Composés formés par les métausc entre eux. — Ces composés 



se nomment des alliages. Quand le mercure entre dans un 
alliage, le composé prend le nom d'amalgame. Exemple : 

Allbgfl de potassium et de tint. 

— de eairre, de line el d'étain. 
AoitlgiiM d'étain (alliage de mercure et d'élain). 

NOXENCTJtTTBB STHBOLIQL'B. 

Cette nomenclature est due à BerzcHus. 

Corps simples. — On représente les corps simples par une 
lettre majuscule, qui est en général la première de leur oom, 
ou par cette lettre suivie d'une minuscule dans le cas où pla- 
sieursnomscommencentparla même lettre. Ainsi le carbone, 
le cadmium, le calcium, le chlore, le cuivre et le ciesium w 
représentent par C, Cd, Ca, Cl, Cu, Cs. 

Corps composés. — On écrit l'un à cOté de l'autre les sym- 
boles des corps composants, et à la droite de ces symboles on 
indique par de petits chiffres placés comme des exposants^ In 
proporlions de chaque corps. Pour les sels, on sépare l'acide 
de la base par une virgule. Exemple : 

FeO, proloxyde de fer ; Fe'O^, sesquioxyde de fer. 
SO', acide Bulfurique; FeO,$03, lulfate de protoxyde de fer. 

Nous verrons bientôt que non-seulement ces symboles re- 
présentent les noms des corps, mais encore des poids déter- 
minés de ces mêmes corps ; de telle sorte que la formule d'un 
composé étant connue, on sait non-seulement quels sont ses 
éléments constituants, mais encore dans quelle proportion 
ces corps se trouvent unis. 

Pifliuil, pr^fnraloir ils cbinle k TÈctAe polfleciiniipic. 



UBRAintE GEniUm BAIUliRE. 

Vient de paraiire : 

Des HtvROSES, par M. la docteur AxEiinu.D (extrait de la PtUki^ie 
médiwie dn professeur nsoeni). 1 ««t. în-8. 7 tr. 



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R. TAINE L'Idéalisme anglais, étude sur Carlyle. 

I*AUL JANET.. . . Le Matérialisme ccntemporain. Examen du sys- 
tème du docteur Bûchner. 

ODYSSE-BAROT. Pliilosofihie de Thistoire. 

ALAUX La Philosophie de M. Coasin. 

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ALB. LEMOIKE. . Le Vitalisme et l'animisme de Stahl. 

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France et en Angleterre. 

NILSA^D L'Esthétique anglaise, étude lur M. Jofan Roskin. 

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2k DÉCEMBRE \m. 



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DES 

COURS SCIENTIFIQUES 

DE LA FRANCE ET DE L'ÉTRANGER 

PHYSIQUE CHIMIE — ZOOLOGIE — BOTANIQUE — ANATOHIE » PHYSIOLOGIE 
GÉOLOGIE — PALÉONTOLOGIE — MÉDECINE 



Parait tons laa Samedis. 


M. ËUG. YUNG 


On s'abonne 




A LA LIBaAIBXE OEBHBa BAIlLlftBB 


DéptrteineaU. . — 10 — IS 


Doucim 


11, HM de l*âeo)aHlft-lUdMiM, 


Itangar — 13 — 90 




El (ta tow Im Ubniret, pu- r«im>i d'un boa piMtot 


Ms«t rakWMBMt nwUUTMtaMvntWAnim. 


M. ÉHILK AlGLÀTE 


M d'us naodit nt Piris, 


ih Mk-... Pirii, 15 fr. Mfmt., 18 fr. ÉU^ar, SO t. 


«nr M u Kisunoii 


L'dwwBwl pirt dn i- diMidm og dg 1- Jiia 


IhM. - S6 -.30 — » 


da chiqM audl. 



SOMBCAIRE. 

Acadéomie des seienoes. — Gtmftrenoes de la nu de la 
Paix : M. Barmd (PmÊi m ««anir dn wia««). — Hirtoin da !■ 
w ddi c i in : Omrtnn du cowi d» H. Darobbiu (ColU|ffi de FTwiea), 

coujU» db ntAKCB. — Ghimia arganiqiie. — Com d« U. m»r- 
«belet I Leçon d'onerion. Co«p d'ail nirrhiMoira dei dcaoli. 

sontes scirampiQUBS de la sobbonnb. — Physique. — Oatinaet 

de M. ■•■teB t Coftverùon dei liquideaen vapeur. 

mavHiSRt DE NAPLSS. — Météorologie. — Co«n de M. Pai- 

■ilert ■ Èeelridld almoqiliMfiit. 

FACuiiti DB llâl«CINIL •- matologie. — Coon da H. ■•hia : 
m. Lois de h Uximn et de b vMcaUriU. 

BOLLEHN DES COURS. — PATSOLOCti clxbiALK : H. AxmrBLD (PuoUd de 
■MedM}. 



Paril, 23 décembre 1864. 

La dernière séance publique de l'Acad^ie des sciences 
a été très-courte, et nous ne citerons que la communi- 
cation de M. Faye sur \&i taches et Içs facules du soleil, 
et la présentation par M. Frenfiy des travaux de M. Gall, 
préparateur de chimie h l'École polytechnique qui est 
parvenu à produire le dédoublement des éthers sous l'in- 
fluence de l'acide bromhydrique comme elle s'opère 
sous celle des alcalis. 

Aux conférences de la rue delà Paix, M. Barrai a parlé 
la semaine dernière du passé et de l'avenir des sciences^ et 
plus particulièrement de Vagriculture, u Je causais der- 
nièrement avec un membre de l'Institut, disait M. Bar- 
rai en commençant, de l'huile de pétrole, de la naviga- 
ti<Hi aérienne et de quelques autres découvertes récentes. 
U. 



a Vous croyez& tout, me r^onditril, même h l'homme vo> 
lant, tandis que d'autres ne croient qu'à l'homme voleurs 
Une autre fois, un homme du passé me disait que si 
Dieu n'avait pu arrêter le soleil, puisque le soleil ne 
tourne pas, au moins avait-il pu arrêter la terre sous les 
pas de Josué, ce qui revenait tout à fait au même. Je lui 
objectais qu'une pareille perturbation dans les lois de la 
nature n'aurait pu passer inaperçue à cette époque, où l'as- 
tronomie était déjà fort cultivée . « Vous ne croyez à rien » , 
me répondit-il. Me voilà donc placé entre deux opinions 
extrêmes, exposé aux coups des deux partis. Je ne crois 
pas à tout, mais je crois à quelque chose; je crois au 
progrès, et je pense que le progrès réside surtout dans 
le développement des sciences, particulièrement de l'a- 
griculture, qui fournit, en définitive, presque toutes les 
matières premières de l'industrie, et à qui nous sommes 
redevables de la plupart des bienfaits de ta civilisation 
moderne. » 

Dans toutes les branches de la science le progrès est 
évident. Quelle différence entre les connaissances d'Ar- 
chimède, qui émerveillaient l'antiquité, et les travaux si 
perfectionnés des mathématiciens de nos jours! En as- 
tronomie, au lieu de croire que la lune et le soleil ont 
été créés pour nous, notre esprit s'habitue à considérer 
l'espace comme rempli d'une foule de mondes plus ou 
moins analogues au ndtre. Les sciences naturelles es- 
sayent à peine leurs forces; la chimie date d'hier; la 
physique ne remonte guère qu'au xviii* siècle; quant à 
ta médecine, il n'y a pas encore bien longtemps que ses 
adeptes ne prêtent plus à rire et ne justifient plus les 
plaisanteries de Molière. 

Dans l'industrie, ce progrès des sciences se traduit 
surtout par une immense économie de travail. Les cent 
cinquante femmes de Pénélope avaient bien de la peine 
à moudre la quantité de blé qui exigerait à peine aujour- 

A 



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REVUE DES COUBS SCIENTIFIQUES. 



2/l DÊCBHBKE 



(riuli les foroos d'un spul honinir. GrAce à la macliinr h 
fllcr, mic setiie personne fait maintenant le Jfiiyail ijf 
quatre c«nts femmes. La puissance productrice au^nwïn|e 
donc énormément; la science marche vers des horizons 
nouveaux encore inconnus jusqu'ici, et quand il se pré- 
s^te iifi« Ifwmtii^ nouvelle, xu^is )}C dp'piiij Wi *]Ù- 
cû«rageD, 

Ce|a pt||urtf>ut yrai de j'agpicultiM'c. Jja ter^-e n'c«t pas 
cette bonne mère aux mamelles fécondes qu*on aime ît 
nous représenter s'empressimt jle pj'odigiierKCs richc-'ises 
à ceux qui les désirent. Il faut lui arracher ses hienfaits, 
et l'on sait aujourd'hui qu'il y a uncerole complet dans 
la production agricole : les élénieHt» Wiievés k Ifi terre 
par iâ v égétation passent (lanii l£ £âl'Ug des an jmauxj pour 
lui être ensuite f^fisfi^s diverses voies. Mais rom- 
mfiQt agnuidinfiiiffinile} VpjJ^ Ip griuiil jfrgbième à ré- 
soudre. 

Parmi les ^lijVfintij, trouvent notamqicnl des ma- 
tières clyrljonnéesj ij.qus brftions ajpsi 250 grammes de 
charbon par jouv. L'hpaiake est donc une véritable ma- 
chine vapeur, et c'est même une «laehHie assea éeono- 
Riique, puisqu'mio machine k vapeur qui fait le tra- 
vail de quatorze hommes consomme 2k kilogr^pinfpe 
de olfaiton. Maie ce n'est pas tQut. II nous faut aussi des 
matièpes azotées et des matières phpsphfitées pour les 
M, et cela d'une manière cpnstante» pomme l'ont démon- 
tné les balles Bipériences de H. Flonrens (1). 

Mais, en définitive, il faut allpr cherctiei' tout cela d»ns 
les végétaux, et comme ceua-ci puisent k leur touc leqr 
nourriture dans les détritus et les déjections des ani- 
maux vivants, il semble impossible d'augmenter la quan- 
tité de vie sur le globe, et te développement de l'huma- 
nité parait irrévocablement renfermé dan; ()es limitci^ 
inAranchissabies. Ilya pourtant hmx des moyens dp re- 
culer cet limitas. D'abord l'emploi des eombustibles fos- 
siles introduit d^ns l'atmosphère une graixle Quantité 
d'aotde cart)oniquâ que les plantes décomppsent en 
fixasile carbone, qui entre ainsi dans le e^nrs circulaire 
de la vie. Puis Texploitation du nitriite do potasse OU de 
soude du nhili fournil beaiieoup de miUières aftotées; 
on tire aussi du mA un certain mmtbrc de pbOtfD^fUles, etc. 

Le dernier et lo p)ns puissant moyen, c'est tl'aqgmcn- 
ter la production agricole; 6000 kilogrammes de foin, 
c'est un bœuf de plus, et un bimif de plus, p'es( un 
homme. Ainsi l'hectolitre de lustfvnc, qui produit 
6000 kilogrammes de foin, permet d'él^er un hosuf; 
mais si nous trouvons un autre fourrage qui produise 
iSOOO kilogrammes par hectare, nous élèverons deux 



il) M* VUt^t^f priait }ine «louipinç de jeui^çs porcel«ti auxquels 
il disait prendra une boisson de garance co^rppt Ips ot en rouge ; puis 
il )f ur d9i(>'4>t Pj9}^F!!^ 9 j<""! sninnti une nonrrilure eompléte- 
ipent privée de ^rapce, pour revenir ensuite au régime primitif pen- 
dant m% nouvelle période de trois Jours, et ainsi de suite- iu beat d'un 
cemîn temps, fl constatait que les os étaient femés d'annaiH fwatcn- 
triqnw altnMriiveinent fimgM tt Maniia. 



bœufs, qui serviront h nourrir deux hommes. Ce four- 
rage, un mémoire d'un jeune propriétaire, M. Alphonse 
J^alléé, nous l'a indiqué. Ce n'est pas que la plante en 
question ne filt déjà connue dans la science; mais elle y 
, était cataloguée avec un nom barbare, que les agricul- 
te)irs n'eussent jamais retenu; et, d'ailleurs, il y a une 
grande difflérencc entre li^ cqpn^issance théorîqpe d^t^pe 
^-hoie pt sofi pppljcatipn pr^iqife. fie m<^moire résuinc 
cinq nu six années d'expériences patientes. Le noureau 
fourrage, le hroto, crolj inémc sous la neige, et il est 
très-appéjissant pour les animaux; ce qui n'étonnera 
personne, quawfl Pn simwfll!lI<îOOtiÇlïi HP tiers de ma- 
tièrcîi tfo]ubloi* de pl^s q"C tous les autres fourrages. 

Mais les aliments destinés h entretenir la force des 
tissus ne suffisent pas l'homme; il iui fnvti e nooro des 
aliments resplralnircs : le thé, je café, Ip vin, le sucre, etc. 
La France ppoduit beaucoup dp vin, £i l'on pf^t-C^lJ n}0me 
que les Français doivent à l'usage de cette bei«sfiB gé- 
néreuse l'ardeur qui les distingue partâauliéiiem«nl. 
Nows sommes jpalheureusfpient obligés d'aller cher- 
cherà l'étranger Ifi th£ £l l£ faF^î mais la betterave nous 
a permis do produire le sucro chez nous. Rien n'est perdu 
dans cette plante, car lu pidpe, utilisée pour la nourri- 
ture des animaux, fait ainsi retourner au sol tous les ré- 
sidus de la fabrication. Il faut donc encourager la culture 
de la betterave, mais plutdt pour la fabrication du sucre 
que pour la production de l'alcool qu'on en extrait aussi 
fort souvent. En effet, l'alcool peut être retiré d'autre 
part, et d'ailleurs il est employé presque tout entier à 
la consommation des petits verres, qui est une des plaies 
les plus funestes de la société moderne. On peut dire 
que chaque verre de ces mauvaises liqueurs vendues au 
peuple diminue la vie de cinq minutes. L'Impôt des pe- 
tits verres est donc très-bon ; mais celui du sucre ne l'est 
pas, carie sucre exerce la plus heureuse influence sur la 
santé, et constitue la dernière nourriture de celui qui 
n'en peut plus prendre d'autre. 

On peut en quelque sorte mesurer la puissance de 
l'homme, dit M. Barrai en finissant, par l'espace qu'il 
parcourt en un temps donné. Or, au commencement de 
ce siècle, un homme pouvait faire six lieues par jour h 
pied; il exerçait donc son action sur trente-six lieues 
carrées. IHw t^rd, avec les cou<;pui>, on yiugt^uatre 
litfuet par jour. Vers i9iâ, on eut dps diligences parcou- 
rant quarante-^uit lieues par jour, et enfln des dili- 
gences qui an taisaient quatre-vingt-seize. Aujourd'hui, 
on parpptirt deux cent spixapte-buit Heues p^ir jour c" 
chemina de fisr, n'estnàrdim quinze fois p|u$ qu'au com- 
mencement 46 ce siècle. Un homme d'ai^ourd'bui vaut 
donc deux cent vingt-cinq fois autant qu'im Ijomme 
d'alors* h^t ^QV^f^ iptelligents peuvent se transporter 
rapidement à de grandes distances, et ofg^mser ^ipsi 
de vastes entreprises qui auraient été impossiblps autre- 
lï>|s, VpiU pourquoi les progrès sont devenus rapides. 

Uaj$ pourquoi borner là notre ambitiont et supposer 
que I1i^mm« «Ara indéfiniment «confiné dans no^re pl^- 



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186Û. 



BEVUE DES COURS saENTIFIQUES- 



55 



nète? Il y a dçux cents ans, qui aurait cru que l'on con- 
struirait un jour des lunettes capables de noas faire dis- 
tinguer tous les détails de la lune? La cho,sc est arrivée 
pourtant. Plus tard, les hommes échangeront siiu doute 
des ùgnauià travers l'espace, et, quand il» auront hu se 
comprendre & distance, ils seront bien près de se réunir. 

—Mardi 13 décembre, M. Daremberg a ouvert au Col- 
lège de France le cours d'histoire de la médecine, ré- 
pemmwt institué. L'assemblée était nombreuse, Irop 
nombreuse même, puisqu'elle n'a pu tenir tout entière 
dans la salle. Apr^ avoir rappelé les vicissitudes de cet 
enseignement, tour h tour établi au Collège de France, 
puis supprimé, puis rétabli, le nouveau professeur a 
tracé nettement le cadre qu'il doit remplir cette année, 
M. Daremberg avait bien voulu nous communiquer cette 
IfiCon; mais comme elle a déjà paru in exknso dans 
VÎMim médicale, et paraîtra de même dans la Gaxeite de» 
Mfùaux, nous préférons y renvoyer nos lecteurs, qui 
connaissent presque tous ces deux journaux. Par com- 
pensation, nous leur donnerons d^ quelque temps une 
antre leçon de M, Daremberg, qui ne sera reproduite 
que par nous. £n attendant, now ne pouvons mieux 
faire, pour leur rendre compte de cette leçon d'ouver- 
ture, que de transcrire l'appréciation qu'en a donnée 
M. Littré, dans le Journal des Débats du 16 décembre, 

fl ToDie la mélbodc dfl l'Iiisti^re def icienceo dam la dispotUion 
des périodes on <poqDN. Tenter de raconter, lani avoir pris ce aoin 
pptiiBinaire et eapHil, e'aat porter dans les faits et dans les doctrines 
«as irréoiédiaMe ôvnAiiioi). Mm. à les mal diterniner, on perd autant 
«i'm mm à les Iwea àMtnfi'tnf. Mil coupées, l'iolérAt et la luniidre 
da dra«w hiaioriiiue (e«r c'est un drame que cette lotte de l'esprit bu- 
nain avee les diffleultés de la vérité} s'évanouissent; bien coupées, 
diei parlent d'elles-mêmes, montrent le chemin, el signalent les sta- 
tiens oA il s'est passé quelque chose de nouveau et de grand . 

» M. Dmmberf , qui depuis {dus de vingt aai concentre ses éludes 
snr ks monninenis de la médecine, n'était pas homme i w m^nwlra 
tm m objet «Mlf important. U a, d*«ne main benreiue* parlafi le 
tavps en périodes. Elles Toat honneur au savoir de l'émdit, à 1^ laif- 
cité de l'historien, à l'babilelé du proreaseur. 

■ n est inutile 4* chercher hors de la Grèce les rudiments de la mé- 
decme, car tonte doctrine vraiment seientifliiue est née dans ce pays, le 
otdlre Intelleciud du reste du monde. Ces rudiments %'j présentent, 
comme partout, sous la forme de la Ihéurgie et de l'empirisme ; ils 
coostiloent la première période, qui est fort courte, car les documents 
tmtdébut, qatif qui du m^l nelfi fftA^ U |u^t de 4ép4rt. 

» La seconde époque, courte encore, mais déjà munie de documents 
certains, se caractérise par l'alliance de la médecine avee les plus an- 
liqiei philoflepliîai de la Grèce. Im médecine, docile à leurs enseigne- 
■Mat*, puise U 4m idée* géa^dee et aistématiquas qui la domineront 
Mm lawgtampi, 4pria iMt, mifgx nat une nlionalii4 previwiro ipuk 
rtbsence de toute rationalité. 

■ Le grand nom d'Hippocrate remplit la troisième époque. Deux traits 
principaux j apparaisient : l'obierrallon pathologique commence; la 
théorie des milieux s'ébauche; mais on ne xonnatt, à proprement par- 
lar, ni anaton Wi ni phffioti^f 

> Avec Li quatrième époque, on sort de celte ignorance. Érasistrate 
st Urepbtt* dfsaèfuant, et l'anatomie bit faire qnelqaes pas i la phy- 



» Pour la einquième, je me servirai de ta phrase concise de N. Da* 
remberg. Cetteépoque, dit'il. estçtractérieie partin seul nom :Galien, 
et par une seule idée : synthèse. Je me contenle d'ajouler que, visihle< 
ment, c'était là le suprême effort de la mé^ioe antique, qui ne pou- 
vait allrr plus loin. Une sysiématisalion spécieuse, enveloppant tout, 
rendait raison de loqt. Pour avancer, il tarait falla obierver et expéri- 
menter ; mais l'antiquité observait imparfaitement et n'expérimentait 
point. L'esprit humain n'avait pas encore été perrecUonné par la pra- 
tique et la discipline de sciences plus simples que la biologie, je veux 
dire U physique et la chimie, qui ont fondé la puissante doctrine de 
l'expérimentation. L'antiquité en était aux maUiématiques, h l'astrono- 
mie géométrique, à quelques rudiments de physique. Ce savoir, tout 
précieux qu'il était, ne suffisait pas i procurer les progrès de la phy- 
siologie, el, partant, de la médecine. 

a La sixième époque comprend le moyen Age entier. Cetâge n'eut pas 
d'autre office que de conserver la médecine antique qu'il avait reçue. 
Ce sera là un Iriomphe pour H. Daremberg, car le premier il a montré 
comment, malgré l'invasion des barbares, se Al la tradition ; si bien 
que les Oecidenlaux se trouvèrent tout préparés quand ils eurent, par 
les Arabes, conununicalion indirecte avec les sources grecques. 

n Le moyen Igu avait longuement pratiqué l'alchimie, ët parlk ouvert 
i la théorie de la compoaitioa et de la décomposition une voie que l'an* 
4iquité avait coi^léiement ignorée. C'eil là ee^ «splique l^pparilion 
de Paracelse, rinTMiep de la ehfmiatrie et la raeherehe dea quintesKib- 
cfs, qui est devenue la doctrine, si féconde pour ta théorie et pour la 
pratique, des actions spécifiques. Un esprit nouveau souffle sur la mé* 
decine : c'est la septième époque. 

n Un esprit plus nouveau encore, un mouvement plus décisif anime la 
huitième et dernière époqne. La grande découverte de la circulation du 
sang l'inaugure. A l'origine de cette période, et pendant letemps'qu'elln 
occupe, ta physique fdit d'éclalantes découvertes ; la chimie, à la suite, 
arrive à un non moindre développement, et, bientôt après, Bichat re- 
connaît l'immanence de propriétés apéeiflques dans la substauee orga- 
nisée ; ce qui clét la période préparatoire de la bielogia, la fonde sur 
des doctrines propre» corom* science distincte de la physique et de la 
chimie, et, réagissant sur la médecine, amène, en rteul^t de beaux 
travaux, k ne plus eooaidérer Itrpathdogie i]ue comme un us ptrtieu- 
lierdels physiologie. 

n C'est jusque-là que M. Daremberg conduira ses auditeurs. 

I) M. Daremberg promet de remplir son programme en soixante-dix 
levons environ. C'est un grand etfort de réduire un sujet aussi étendu 
en de justes proportions. Il serait plus fiieile de se laisser aller à l'abon- 
dance des détails. Mais il importe que ce premier cours montre l'his- 
toire de la médecine dessinée; dans eelte histoire, les époques; dan^ 
les époques, les points oulmiiants. Ceci n'a pas encore été hit, soit 
avec une doctrine suffisamment ècWrée, soit avec une érudition suffi- 
samment inCarmée. Héunir Ins deux eet le litre de II. Daremberg i la 
chaire où il vient de monter. » 

Nous donnons aujourd'hui 1^ première leçon du cours 
de chimie organique de M. fierthçlot au collège de 
France, et la remarquable conférence làite vendredi 
dernier aux soirées scientiQques de la Sorbonne par 
M. Boutan, prolesseur de physique aul^cée Saint-Louis. 

M. Claude Bernard a ouvert aujourd'hui au collège 
de France son cours de médecine expérimentale, au mi- 
lieu d'un concours d'auditeurs très-considérable. 11 a 
déOni la médecine expérimentale en la comparant à la 
médecine d'observation. Nous donnerons cette leçon 
in extenso samedi prochain. 

tymx AiGiAVK. 



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56 



REVUE DES COURS SCIEMIFIOUES, 



2(1 DÉCEMBRE 



COLUGE de FRANCE. 
CHIMIE ORGANIQUE. 

COURS DE M. BSITHELOT. 
I. 

l . e y— «l'MnrertHn. — CoHp d'aell mmr l'hlat^re 

Le type des alcools est l'alcool ordinaire retiré du vin 
par la distillation; c'est lui qui a servi de point de dt^part 
à toute une série de corps analogues, dont la découverte 
remonte au commencement de ce siècle. 

Le premier des corps ainsi découverts est l'alcool mé- 
thylique, qui se trouve dans les produits de la distilla* 
tien du bois; puis viennent : Talcool élhalique ou étbal, 
qui entre dans la constitution du blanc de baleine; l'ai' 
cool mélîssiquCj qui fait partie de la cire des abeilles ; le 
camphre de Bornéo, qui découle spontanément du Dryo- 
balanopg eamphora; la cbolesiérioe, que l'on rencontre 
dans les calculs biliaires des animaux; enfin, la glycérine, 
qui entre dans la constitution des corps gras neutres, la 
plupart des matières sucrées, telles que la mannile, les 
glycoses, sont également des alcools. 

Les alcools donnent naissance à une multitude de dé- 
rivés, dont nous allons rapidement passer en revue les 
principaux. 

!• Nydrogènei carbonés. — Les alcools sont des compo- 
sés neutres, ternaires, formés de carbone, d'hydrogène 
et d'oxygène : en leur enlevant tout l'oxygène, il reste 
des hydrogènes carbonés. 

C'est ainsi qu'en chauffant de l'alcool avec de l'acide 
sulfurique en excès, il se dégage de l'hydrogène bicar- 
boné, gaz qui brûle avec une flamme très-éclaimnte et 
qui entre dans la constitution du gaz d'éclairage. Pour 
mettre eu évidence dans ce composé le charbon et l'hy- 
drogène, il sufiit de le mêler avec du chlore et d'enflam- 
mer ce mélange; il se dégage de l'acide chlorbydrique, 
et il se dépose du charbon sur les parois de l'éprou- 
vette : 

C'B«OS— 1P0S=C'H< (bjdro|iae biurboné). 

2° Aldé'hydes. — Au lieu d'enlever de l'oxygène, ou à 
la fois de l'oxygène et de l'hydrogène pour obtenir les 
hydrc^ènes carbonés, le chimiste peut enlever seulement 
de l'hydrogène aux alcools , et obtenir ainsi des corps 
particuliers, qui ont reçu de Liebig le nom d'aldéhydes 
pour rappeler leur mode de formation; en soumettant, 
par exemple, l'alcool ordinaire à l'action oxydante d'un 
mélange de bichromate de potasse et d'acide sulfurique, 
le liquide ne larde pas à entrer en ébullition, et l'on peut 
recueillir par la distillation un liquide très-volatil, d'une 
odeur caractéristique : 

C4H«0» — H» - C<a*0» (aMibjde). 



Les essences d'anis, de cumin, d'amandes amùres, le 
camphre du Japon, etc., sont des aldéhydes. 

3" Acides. — On peut non-seulement enlever de l'hy- 
drogène aux alcools, mais on peut encore simultanément 
leur ajouter de l'oxygène, et Ton obtient alors des acides 
organiques : 

C<B60i— HS-{-0'=C<H'04 (acide acéliqua}. 

Transformation qui s'effectue aisément en faisant pas- 
ser de la vapeur d'alcool sur de la chaux sodée chauf- 
fée h 200 degrés seulement. Pour mettre en évidence 
l'acide produit, il suffit de traiter la chaux sodée par 
de l'acide sulfurique, et distiller : l'acide acétique 
devenu libre peut être recueilli dans un récipient re- 
froidi. 

On peut obtenir avec le même alcool d'autres acides 
plus oxygénés. Ainsi, avec l'alcool ordinaire, on peut for^ 
mer directement ou indirectement les acides suivants : 

C*U*0* (acide acétique). 
CH^O* (acide glycirtliqne). 
C*H*08 (acide oxyflycollique). 
C*B>0* (acide oxalique). 

C'est ainsi qu'en chauO'ant l'alcool de vin avec de 
l'acide nitrique, la liqueur donne, par concentration, de 
l'acide oxalique cristallisé : 

C*H6û2 — fl< -I- 06 = C*H'0». 

Pour constater la nature de ces cristaux, il suffit de les 
dissoudre dans l'eau, de saturer la liqueur par l'ammo- 
niaque et d'y verser du chlorure de calcium ; on obtient 
ainsi un abondant précipité, insoluble dans l'acide acé- 
tique. 

i^" Etkers. — Les alcools, en se combinant avec les 
acides, forment des corps extrêmement importants qui 
ont reçu le nom û'éthers. 

Ces combinaisons, et c'est là un caractère essentiel, 
peuvent s'effectuer directement. Par exemple, en aban- 
donnant pendant plusieurs mois, dans un ballon fermé, 
un mélange d'alcool de vin et diacide acétique, on obtient 
par l'addition de l'eau un liquide qui vient surnager la 
masse, et qui se distingue par une odeur agréable; c'est 
l'éther acétique : 

C'H«0>-1-C«H<0«— H>0>=C'>a*(H («tber acétique). 

Lii plupart des principes odorants des fruits paraissent 
être des éthers; il en est de même d'un grand nombre 
d'autres produits naturels, tels que le blanc de baleine, 
la cire des abeilles, la plupart des corps gras neutres, etc. 

5' Ammoniaques composées. — En faisant réagir sur l'al- 
cool k l'état naissant de l'ammoniaque, on obtient un 
alcali, l'éthylammine : 

C4a«0S-|-AiH>- B>0*— C'HTAf (étbylaminiiia). 

Il suffit de chaufl'er à 100 degrés, dans un tube fermé, 
de l'étberiodhydrique etde l'ammoniaque, pourobteoir. 



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18AA. 



REVUE OJBS COUHS SGIENTinQUKS. 



57 



parl'évaporation de la liqueuraqaeuse, une matière cris- 
tallisée, l'iodbydrate d'élhïlammine. Ce sel, décomposé 
par la potasse causUque, donne un gaz qui jouit de 
toutes les propriétés fondamentales de l'ammoniaque, 
mais qui s'en distingue cependant à certains égards, et 
surtout parce qu'il brûle à l'air en donnant naissance k 
de Tacide carbonique. 

6* Athides. — Tous les corps azotés qui dérivent des al- 
cools ne sont pas des alcalis. En faisant .igirde l'ammonia- 
que sur les acides organiques, on obtient des sels qui sont 
susceptibles de perdre de l'eau et de se transformer en 
une classe de composés qui ont reçu le nom é'amidet. Si, 
à l'exemple de M. Dumas, on chauCfe dans une cornue de 
l'oxalate d'ammoniaque, il vient se condenser dans le 
co! de la cornue une poudre blanche, neutre, insoluble 
dans l'eau, et dont la formation s'explique de la manière 
sDivante : 

C<H30>2AiI1>— 2HS0>=C«I1*Ak>0< (oiunide). 

Si au lieu de prendre de l'oxalate neutre, on prend de 
l'oxalntc acide d'ammoniaque, oo obtiendra un acide 
amidé. l'acide oxainique, découvert en 18ti2 par M. Ba- 
lard. 

L'urée qui existe normalement dans l'urine est Taraide 
dei'acidc carbonique : 

C'0*H'0»2A«H» — 2H»0» = C'H*Ax»0» (urée). 

Cti corps, chanffé avec les alcalis, reproduit ses généra- 
teurs : il se dégage de l'ammoniaque, et l'acide carbo- 
nique reste flxé sur l'alcali. 

Hodicaux métaUiques. — On peut enfin combiner les 
alcalis avec les mélaux, ce qui donne naissance aux radi- 
caux métalliques composés, corps extrêmement éoer- 
^ques et dontquelques-uQs, comme lezincéth}le, ontdes 
affinités tellement puisiantcs, qu'ils peuvent s'enflammer 
spottlandment à l'air : 

C*HW— H>OS+Za=C'HSZn (lineilhyle). 

Tels sont les principaux dérivés des alcools. Cette ra- 
pide énuméralion permet d'entrevoir le rôle immense 
que les alcools jouent en chimie organique, etcommcnt 
û plupart des composés organiques viennent se grouper 
autour d'eux. 

Au point de vue de l'élude, on peut diviser les alcools 
en aûools monoaiomiqut» et atcoott polyatomiques; c'est 
CD effet la marche qui. sera suivie dans ces leçons. 

On commencera d'abord pur exposer l'histoire des 
alcools ordinaires, en indiquant successivement les 
découvertes qui ont été faites dans cette direction. 
Cette méthode permettra de montrer plus facilement 
comment les idées sur les alcools, se sont modifiées peu 
à i^eu, el comment l'esprit humain, par une marche gra- 
duelle et systématique, est parvenu li découvrir successi- 
vement les lois qui constituent actuellement ta théorie de 
ces composés. On groupera ensuite tous ces faits, et l'on 



s'efforcera de faire ressortir les points fondamentaux qui 

dominent toute la question. 

Ces idées générales seront exprimées aulant que pos- 
sible par des formules abstraites, basées sur l'expérience 
et l'interprétation la plus naturelle et la plus simple des 
faits eux-mêmes : car il ne faut pas oublier que, dans une 
science véritable, les signes et les symboles ne sont que 
des accessoires qui doivent s'effacer derrière les idées 
générales qu'ils représentent. 

D* Bdne BoQMoni, (iliiraidM « cbtf il« rWpiUI du UhU. 



SOIRÉES SCIENTIFIQUES DE LA SORBONNE. 

PHYSIQUE. 

CONFÉRENCE DE M. BOUTAN. 
Canveraim éem n tgm UUi m €m vapew. 

Messieurs , 

La question dont je ^-ais avoir l'honneur de vous en- 
tretenir est des plus simples, du moins en apparence. Il 
s'agit de la conversion des liquides en vapeurs. Certes, 
il est peu de phénomènes qui se montrent plus fréquem- 
ment autour de nous. La chaleur solaire enlève chaque 
jour à la mer des masses considérables d'eau qui se 
transforment en gaz invisible, pour donner plus tard 
naissance aux nuages, et ceux-ci, entraînés par les vents, 
viennent enfin se résoudre en pluie. 

La combustion de la houille, dans les foyers de nos 
usines, opère aussi sur une vaste échelle une transforma- 
tion du même genre; c'est même ainsi que se trouve 
engendréé cette force motrice puissante dont vous con- 
naiiisez tous les énergiques effets. 

Cependant, quelque familier que nous paraisse, au 
premier abord, le cbangement d'état que nous allons 
étudier, quand le physicien l'examine de près, sous tous 
ses aspects, en profitant des r^sources que lui fournit 
la méthode expérimentale, il ne tarde pas à reconnaître 
que sous cette simplicité apparente se cache une com- 
plication véritable. 

La chaleur, par son intervention, estsansdoute l'agent 
essentiel qui fait qu'un liquide devient vapeur, et cepen- 
dant j'espère vous montrer aujourd'hui qu'il y a souvent 
formation de rapeur sans qu'une source calorifique in- 
tervienne, et que souvent aussi on peut chauffer un 
liquide, même à des températures relativement élevées, 
sans qu'aucun symptôme de vaporisation se manifeste. 

Toutefois, messieurs, si nous voulons approfondir 
d'une manière suffisante cette conversion des liquides 
en vapeurs, un instrument de mesure nous est indispen- 
sable; il nous faut un thermomètre. Mon embarras, je 
l'avoue, a été grand, lorsqu'il s'est agi de trouver l'appa- 
reil thermométrique le plus convenable, et dont les in- 
dications puissent Ctre contrôlées par vous, 

Pouvais-je prendre un de ces thermomètres à mercare 



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58 



REVUE DES COURS SCiËNÏlFlOtJES. 



2U D£g£iibil£ 



si sensibles dans leurs indications, et qui rendent toiis les 
jours aux physiciens de si grands services? Mais la colonne 
mercuriclie est si déliée dans lé tube qu'elle remplit en 
partie, que les auditeurs môme les plus rapprochés de 
moi ne pourraient certainement pasapprécier ses dépla- 
cements. Prendrai-je ces énormes thermomètres pleins 
d*tm alcool rougi, qui s'étalent devant la boutique de 
quelques opliciens?'Leur taille est imposantq,jc l'avoue, 
leur visibilité incontestable '; ils n'ont qu'un défaut grave, 
c'est rabâencé de toute sensibilité et une telle lenteur dans 
les indications, que le jour où on lo-s observe, ils indiquent 
bien souvent la température de la veille. Donc, pas de 
thermomètre & mercure, pas de thermomètre à alcool. U 
nous faut des indications promptes, des indications 
sûres : je tiens à ce que vous ne soyez point obligés de 
me croire sur parole. II faut que tout Tauditoirc puisse 
apprécier par lui-même la vérité de mes assertions. 

Eh bien I messieurs, roicl un appareil qUl me parait 
réaliser toutes les conditions que j'indiquais tout à 
rheure : c'est un Ûl de platine qui, à chacune de ses 
extrémités, est soudé à im Ûl de cuivre. Les flls de cuivre 
se prolongent, passent derrière cet écran, et vont aboutir 
à ce petit appareil cylindrique recouvert d'une cloche 
de verre qui est suspendue devant vous. Or, l'expé- 
rience a depuis longtemps montré que lorsqu'un cbauiTe 
le point de contact de deux métaux, la chaleur, en se 
propageant inégalement dans chacun d'eux, développe 
im flux d'électricité qui parcourt le circuit conducteur 
dans toute son étendue, quand ce circuit est complet. 
Or, nous avons ici deux soudures identiques; si elles 
sont également chaudas, les courants d'électricité qui 
en émaneront seront égaux en intensité, et comme Us se 
mouvront en sens contraire, ils neutraliseront leurs 
effets. Si, au conMre, l'une des soudures, celle que je 
tiens à la main, possède une température plus élevée que 
l'autre, c'est le courant qui en émane qui deviendra pré- 
pondérant, et s'il m'est possible de rendre le sens de ce 
courant manifeste, la question est résolue. Or, on sait 
depuis 1830, depuis la célèbre découverte d'QErsted, 
qu'un courant électrique qui chemine dans le voisinage 
d'une aiguilleaimanléemobile,luiimpri me unedëviation. 
Lepôlenord de cette aiguille dévie dans un sens ou dans 
l'autre, suivant Ui direction du courant. Cette propriété a 
été utilisée par Meiloni dans ses brillantes découvertes sur 
la chaleur, et plus tard par MM. Laprovostaye et Desains, 
qui ont précisé davantage et étendu les idées que possédait 
le physicien italien surl'idcntilé de la chaleur rayonnante 
et de la lumière. E^i bieni messieurs, l'aiguille aimantée 
mobile est sous cette cloche de verre, le courant l'enve- 
loppe sans la toucher ; le sens de la déviation nous per- 
mettra donc d'estimer quelle sera, à un moment donné, 
la plus chaude des deux soudures. Mais une simple 
aiguille à coudre, personne ne l'apercevrait, surtout à la 
hauteur à laquelle elle est placée; nous l'avons armée 
d'un long braa gui •« mouvra avea alla et qui viendra 
tracer sur l'écran le sens du mouvement pris par l'ai- 



guille. Ce bras doit être bien léger, car l'aiguille est fort 
délicate et le Ql qui la supporte est un simple Bl de soie 
tel qu'il sort du cocon. Soyez sans crainte, messieurs; 
nous avons choisi, pour faire notre levier, la matière la 
plus ^iubtile, et le fli fin ne cassera pas sous son poids : 
notre levier est un rayon lumineux. La lumière électrique 
lancée sur un premier miroir Bxe, se réfléchit sur le petit 
miroir rendu solidaire de l'aiguille. Quand il ne passe 
pus de courant, ou, ce qui revient au même, quand les 
deux soudures sont également chaudes, le rayon lumi- 
neux frappe récran sur cette ligne noire qui y est tracée. 
C'est là notre zéro. 

La soudure de droite, que j'appellerai, pour que nous 
la distinguions toujours, soudure fixe, estrelle plus 
chaude, la trace lumineuse abandonne la ligne noire 
et se meut vers votre gauche. La soudure mobile pos- 
sède-t-ellc une température plus élevée, la trace lumi- 
neuse chemine vers la droite. Essayons devant vous : la 
soudure fixe est dans la bouché, la soudtlre mobile dans 
l'air; vous le voyez, déviation k gauche, et cela instan- 
tanément ! La différence des températures est comme 
télégraphiée I C'est la rapidité de réUncelle électrique, 
la rapidité de l'éclair. 

Soudure mobile dans la bouche, soudure fixe dans 
l'air, déviation vers la droite. Voilà l'instrument; voilà 
le thermomètre réglé et vérifié. 

Mwntenant que nous sommes en possession de l'in- 

strument de mesure, attaquons directement la question 
de la transformation des liquides en vapeurs. Plaçons- 
nous d'abord dans des conditions nettement définies ; in- 
troduisons un liquide, — et nous le choisirons très-volatil 
pour que le résultat soit plus marqué;— introduisons un 
liquide, Péther ordinaire, dans un espace ride, dans le 
vide le plus parfait que nous sachions produire, le vide 
barométrique. Vous savez tous que dans ce tube, le tube 
de Torricelli ou baromètre, la colonne de mercure de- 
meure suspendue, malgré son poids pour équilibrer la 
pression de l'atmosphère, pression qui s'exerce partout, 
et en particulier sur le mercure de cette cuVe. Faisons 
passer de l'éther : à cause de sa lég&rcté spécifique" 11 
gagne la chambre supérieure du baromètre, et, vous le 
voyez, la colonne mercurielle se déprime aussitôt ; ellâ 
est descendue d'au moins SO centimètres, le poids du 
liquide pourrait-il être la cause d'un pareil affaissement? 
Évidemment non. Lo peu d'éther que j'ai introduit équi- 
vaut à peine par son poids à une colonne de 1 ou 2 mil- 
limètres de mercure. D'autre part, l'éther qui reste, 
et que vous apercevez au-dessus du mercure, est en 
moindre quantité que l'éther introduit. Pourtant ce qui 
manque n'a pas pu s'anéantir; c'est donc une portion 
du liquide qui est devenue vapeur, vapeur invisible. 
Cette vapeur emplit tout cet espace, et elle contré- 
balance en partie la pression atmosphérique. Constatons 
le fait plus nettement encore. Je chaulTe U vapeur, et 
le liquide, c'est-à-dire la colonne mercurielle, baisse de 



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HfiVUB DES GOUR» SCIKNTIFIOUKK. 



59 



p}ix9 Mî pMH ; îlfB ûmt Ul m gflt dont la fdrce dé res- 
sort a augmenté qurttid sa lempécflture s'ëH accrue. G'dst 
en vain que j'aurais chauffé tout à l'hotire la chambre 
barométrique, auctiif motltement ne se serait tnanlfesté 
dans la colonne. 

La même expérience réussirait arec l'eau, l'alcool, 
nous poltrons dire «tec «n liquide q«elcoftque. 

Retenons donc; s'il toi(s plallj fttit important : 
£h présence d'un eipace vide, le liquUié M réduit de lui-métHe 
M vapeur, et de plus cette dernière acquiert Une prcs- 
!P!on croissante atec la température, ItrtijOHrs la mOmc 
p<nir une même température èl une m*me vapeur. Ajou- 
tons bien tile qtte itt le liquide est porté A la température 
de son ébltllitimij sa rapcur équilibre exactement la 
pression ttormalè de l'atliiosphère ôu ()''■, 760 de mer- 
enre. Voici un liquide qui bout h 12 degrés, l'éthcr 
rhïorhydHque ; introduit daftst la chambre baromé- 
trique^ il déprime la colonne toni entière; c'est que 
f» température de Tair de cette salle est préeisénicnt 
celle de rébïilliflon de Véthef chlorhydrique. 

Raçoïtt le liquide dans des conditions nouvelles, eu 
présence d'tme masse d'air limitée, dans cet espace que 
Tons apercerci au-dessus du mercure î l'air qnl s'y troure 
a exactement la constitution et la force élastique de l'air 
ettérîeur; ca*, tous le Toyeï, le mercure se maintient 
exactement à la même hauteur dans ces deux tubes com- 
munifcants. A l'aîde d'tm robinet placé au hant de 
l'inttrumeiii et ' ?;..-*é d'une cavité qnl hè le traverse 
pas d'ofitre en o.itrc, nous «lldnâ faire arriver de l'éther 
tfatiis cet espace limité. 

Vertis voyci le résultai : le itierctire baisse dans le gros 
tube; il monte dans le petit tttbe d'rifte manière pro- 
gressive, et il arrive *m moment, qui n'est pas très-éloi- 
gné, oti, malgré l'rnfroduetton d'nne nôtttelle (Quantité 
d'étKer, les colonnes ne bmtgent plus : la masse d'air 
renferme tonte la vapeur qui peut y tenir; elle repré- 
sente une éponge lotàlemefft imprégnée de cette vapeur; 
disons !è ffeot, l'air est saturé. Pour jnger de la force 
élastiqne dè cette tapenr, rendons h l'air son volume 
priMtit, tn versaM du fnercnrè par le battt fttf tube 
étroit : la différence des niveaux, exactement mesurée, 
est pféclséfMènt égale è la dépression dans le tube baro- 
métrique que l'ai è»Mtyê tèntft rheurei Cotielttons bien 
vite, me«$îëtirs, qu'en présence de l'air, et nous poti- 
rons dire d'dne atmosphère ga^ïeuse quelconque, le 
li<3iiiidé ée réduit Ae Inl^méine en vapettr, eomme il le 
fait dam lé vide* I/unî<(uè différence, c'est qn'il y a m- 
stafttanéité de la vaporisation, saturation immédiate 
qnïMd &m tm eS^ee vide qui est nlRïrt Ik U vapeur, et au 
eoRtraire Taporfcrâtîon leiite quand e'est Tair qui teinebe 
(è liqtttdâ. 

J'ai à peine besoin, messieurs, d'indiqïtef les consé- 
qtiencès qtfi se dédnîsènt de ces farts Itnporliriits pour 
l'expIlcatloTi des ptiénoméncs titftttreis. 

(itnmd rin iedt M;t ttoiilfUi aree vl6!cnoe, il dessèche 
hiplddfncnf ICifOl; If prOtftrit une évaporation active la 



Surface des filantes et les flétrit; le linge monillé est 
placé dans des chambres ouvertes de toutes paris, afin 
que l'air, se renouvelant sittis cesse à la surface du tissu 
humide, s'imprègne promptement de toute la vapeur 
que l'eau lui fournit. 

Mah la conversion en vapeur dont vous venez d'être 
témoins s'est donc elTectuée sans qu'aucune portion de 
chaleur ait 6té fournie au liquide? Vous l aves vu, nous 
n'avons eu recoursàaucunesource cal orifiquc;cepondant, 
messieurs, la chaleur e.st intervenue; si nous ne l'avons 
(las n>umie h la vapeur, C'est qu'elle l'a prise au liquide lui- 
même. Voilà un point important que nous allons établir 
par rexpérienee. Recmirons & notre instrument. Je plonge 
les deux soudures <lniis l'éthcr, l'aiguille ne botige pas : 
Vous le saves, cela veut dire que pcmr l'une et pour l'autre 
la température est ts même. Je retire la soudure fixe, je 
l'imprègne d'éther avec un peti de coton cardé, et je 
l'agite dans l'air : voyea aussitôt la déviation. La soudure 
snf laquelle l'éther s'évapore est la plus froide : donc 
froid produit par l'éraporatloh. H faut h la vapeur, pour 

former, de ta chaleur ; vous ne la lui donnez pas, elle 
la prend aux corps qui l'entourent, aux liquides, aux 
vases, et rien no peut faire obstacle k cette conversion 
quand le liquide est baigné par l'air ou qu'il touche le 
Tidc< Voici une deuxième expérienee oti la congélation 
de l'eau est la conséquence de l'évaporation active pro- 
duite k sa surfàce. Le petit appareil employé ici porte le 
nom de eryaphore. 

J'ai hïslsté, messieurs, et ft désSêln, sUr les deux 
modes de transformation en vapeur, par le contact d'nn 
gas Mt par la présence dti vide. C'est qti'en effet, — et ce 
sera l'objet véritable de cette conférence, — c'est qtl'en 
effet le phénomène de la vaporisation peut être ramené, 
même quand on se place datt!t le^ Conditions les plus 
compliquées en appiirence, ce pruiCipC unique : (^n li- 
quide ne ie convertit eri vnpiUt, ûtori même qu'on lè mt èn 
prémcé d'utt fhyer' rfe cAaf rar,- qu'ttutttnt qu'il eit M etfittttct 
pitt une iurfîtte libre avee lè tide ou avec m gtts. 

Prenons totrt de .suite lé mode le plus ordinaire de ra- 
porisatloïi, étudions de près t'ébullltimi de l'eaU; Voici tm 
ballon de Verre plein d'citi ordinaire; il est cbfWiffé par- 
dessous. Le premier fait qui nnUs frappe au moment Où 
réchauffement de l'eau se manifeste, c'est l'apparition 
de bulles nomlrt'GOses en différents points de la paroi. 
Quelques-unes de eêS bullc^ grossissent et finissent par 
se dégager : c'est de l'aîr^ Vàir que rehferififtit l'eatl ên 
dissolution, l'air qui adhérait h \n paroi. Continuons à 
chauffer; lai température du liquide !*'élève, et bientôt à 
sa surface snpérièure apiiaralssënt dès furhées blanches : 
c'est la vapeur fournie par lit sitrfîicê eh ^Ohtact tfvec l'aii*, 
qhî, possédant unè température trop êlèvée, se condense 
partiellehient dans Tt^ir. Chauffons totijours ; tm firéifits- 
sement se fait entendre : u c'est l'eau qui chante » , dît^ôn 
quelquefois; l'explication Ou faH est facile. 0"él^ues 
petite» bulles de vapeur parlant dn fond, se Sont èlu- 
véc* dans la masse; y (mt rencOhtri* un lîqtddc fHOs frdd 



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60 



REVUE DES GOURS SCIENTIFIQUES. 



2h DÉCXHBRK 



et se sont subitement condensées : de là choc du liquide 
contre le liquide, et production de son. Élevons encore 
davantage la température. Voici en quelques points de 
la paroi des buUes d'abord extrêmement petites qui 
grossissent de plus en plus; la poussée du liquide flnit 
par les soulever : elles montent et viennent crever à la 
surface supérieure. 

Pour que ces bulles puissent exister, il faut évidem- 
ment que le gaz ou la vapeur qui y sont contenus aient 
une force élastique un peu supérieure à. la pression 
atmosphérique; sans cela, la pellicule liquide qui forme 
l'enveloppe de cette espèce de ballons, plus fortement 
pressée à l'extérieur qu'à l'intérieur, crèverait infailli- 
blement. Voici une expérience tout à fait propre à 
mettre ce tait en évidence. Dans cette mince boule de 
verre, je chasse l'air en faisant bouillir le peu d'eau qui 
s'y trouve; tant que l'eau est en ébuUition, la vapeur 
presse sur l'enveloppe vitreuse autant que le fait l'air de 
l'extérieur : l'équilibre existe. Je ferme la pointe effilée 
au chalumeau; je laisse la boule se refroidir, et, vous le 
voyez, la pression atmosphérique l'écrase, elle est bri- 
sée : il y a une explosion véritable. 

Encore une conséquence de la réalité de cette pres- 
sion. RaréBons l'air au-dessus d'une masse d'eau portée 
à 50 degi'és environ» elle enti-era en ébuUition, tandis 
que sous la pression de l'atmosphère, elle ne bouillait 
qu'à 100 degrés. En un mot, nous la ferons bouillir h 
telle température qui nous plaira, pourvu que nous 
donnions à l'atmosphère ambiante une pression juste 
égale à celle que possède, à la même température, la 
vapeur du liquide employé. Enfin, chose remarquable, 
quand un liquide bout sous une pression déterminée, on 
a beau chauffer -davantage, la température ne varie pas : 
c'est qu'il faut à la vapeur, nous l'avons établi plus haut, 
de la chaleur pour se former; alors, dès que des bulles 
nombreuses pourront se dégager, toute la chaleur qui 
arrivera du foyer sera uniquement employée à engen- 
drer une quantité correspondante de vapeur. U y aurait 
refroidissement, si l'on ne donnait pas autant de chaleur 
que la vapeur en exige; il y aurait au contraire élévation 
de température, s'il ne se formait pas assez de vapeur 
pour consommer toute la chaleur qui a été fournie au 
liquide. 

Jusque-là, messieurs, tout s'explique; maïs voici des 
difficultés qui surgissent. Dès 1812, Gay-Lussac consta- 
tait que l'ébullition de l'eau est retardée dans les vases 
de verre ; qu'elle y est plus haute de plusieurs degrés 
que dans les vases de métal. Il attribuait ce retard à 
l'adhérence qui s'établit entre le verre et l'eau. Un peu 
plus tard, enl8à2, Marcet (de Genève) reconnaissait que 
le retard est encore plus grand quand le vase de verre a 
été soumis à un contact prolongé avec Tacide sulfîi- 
rique. 

En réalité, messieurs, que se passc-t-il ià? Les mé- 
taux, je vais le prouver, ont une propriété curieuse : 
mis dans un gaz, ils en condensent une partie à leur 



sur&ce, et la gatne gazeuse y demeure adhérente ; mis 

dans un liquide qui tient un gaz en dissolution, ils en- 
lèvent le gaz au liquide, et des bulles nombreuses vien- 
nent se formOT à la surface du métal. Vc^ez ce pinceau 
de fils de platine qu'on immei^e dans l'eau tenant en 
dissolution un peu d'acide carbonique : à peine l'im- 
mersion a-t-elle eu lieu, que ces fils se recouvrent d'un 
chapelet de bulles qui, devenues trop volumineuses, 
fini&'ïent par se dégager. 

Eh bien, messieurs, le verre est mouillé par l'eau 
beaucoup mieux que le métal; la gaine gazeuse adhé- 
rente est dès lors plus facilement dissoute par l'eau; elle 
ne pourra subsister que dans les seuls points oi'i, pour 
une cause quelconque, par suite d'impuretés de la sur- 
face, le liquide ne mouillait pas. Le lavage du ballon à 
i'alcool, à l'acide sulfurique, favorisera bien davantage 
la disparition de l'air adhérent. Or, cet air que le métal 
fixe, c'est une surface libre intérieure qui est ménagée 
au liquide. L'évaporation aura donc lieu par cette sur- 
face libre; nous le savons, l'air se saturera, et la bulle 
augmentera de volume : tout s'explique. Quand il s'agit 
d'un ^e de métal où l'air abonde, l'ébullition arrive 
sans encombre au moment où la température théorique 
est atteinte. Dans le verre, au contraire, vous faites dis- 
paraître l'air; vous rendez, par suite, toute évaporation 
intérieure impossible, ou du moins vous la localisez 
dans un très-petit nombre de points. Il arrivera donc 
que le liquide recevra, dans un temps donné, une quan- 
tité de chaleur plus grande que celle qu'absorbe la va- 
peur formée. Cet excédant de chaleur élèvera la tempé- 
rature. Voilà, si je ne me trompe, la cause du retard de 
l'ébullition de l'eau dans le verre. 

Multiplions les expériences à l'appui de cette explica- 
tion. Voilà un ballon soigneusement lavé à l'acide sulfu- 
rique, l'eau n'y bout qu'à 107 degrés; nous sommes à 
106 degrés, vous le voyez, l'eau u'y bout pas. J'y projette 
un peu de limaille de fer, de la limaille froide, elle pro- 
voque immédiatement l'ébullition; c'est qu'elle a ap- 
porté, par la couche gazeuse qui y était adhérente, cette 
surface libre nécessaire à l'ébullition et qui manquait au 
liquide. 

C'est ainsi que s'explique l'emploi des ûls de platine, 
pour l'ébullition facile de Tacide sulfurique. Les sou- 
bresauts qu'occasionne la vapeur de ce dernier liquide 
détermineraient bien vite la rupture du vase de verre où 
s'opère la distillation. L'introduction de quelques fils de 
platine donne à l'ébullition une régularité, un calme 
qui lui manquaient. Mais quand ils ont longtemps servi, 
ces fils de platine deviennent inactifs; ils perdent & la 
longue l'air condensé qu'ils contenaient, et ne repren- 
nent leur activité première que par leur contact avec 
l'air cn\ironnant. 

Mais, me dira-t-on, si la surface du ballon était par- 
faitement polie et complètement dégagée de toute impu- 
reté, il ne se produirait donc jamais d'ébullition? Prenons 
garde I L'eau que nous introduisons dans ce ballon ap- 



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186&. 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



61 



porte avec elle de Tair, et quelque bien nettoyée que 
soit la surface du vase, vous aurez encore en certains 
points défectueux une soustraction d'air faite au liquide 
par les rugosités de la surface. Dès lors l'ébuUition 
commencera plus tard, mais elle aura lieu. A la place 
d'eau aérée, introduisons de l'eau récemment et forte- 
ment bouillie^ rébullition sera encore retardée davan* 
tage ; malheureusement, — et ici je m'appuie sur l'autorité 
d'un physicien célèbre, Grave, — malheureusement l'ex- 
pulsion totale de Tair de Teau est impossible : « Jamais 
personne, dit Grove , n'a vu bouillir de l'eau complète- 
ment dépourvue d'iiir. » 

Savez-vous ce qui se passe quand on élimine de son 
mieux l'air dissous? quand l'alcool, la potasse, l'acide 
sulfurique ont tour à tour été employés pour donner h 
ta surfkcc vitreuse une netteté absolue? C'est M. Donny 
de Gand qui va nous répondre : Voici un tube muni de 
trois boules; il a été préparé avec toutes les précautions 
TOulues; on y a introduit de l'eau qui avait bouilli pen- 
dant longtemps; on a déterminé dans le tube lui-môme 
l'ébuUition de cette eau : aussi voyez quelle continuité 
parfaite dans la colonne liquide; elle se meut tout d'une 
pièce ; elle produit, en choquant la paroi, le bruit que fe- 
rait une tige de métal. Plus de coussin d'air interposé 
entre le verre et le liquide pour amortir le choc, plus de 
gaz entre les molécules de l'eau pour étouffer le son : 
c'est l'expérience du marteau d'eau, qui est mtme 
capable, à certaines conditions, de donner, sans l'inter- 
vention apparente d'aucune force, un bruit continu, un 
vrai son musical. Il n'y a pourtant là que du verre et de 
l'eau, et c'est une faible différence de température entre 
la vapeur d'eau logée dans le tube et l'eau elle-même, 
qui est la cause productrice du son. Vous avez là un 
exemple remarqiûtble de la conversion de la chaleur en 
travail mécanique. 

Revenons au iube de Donny. Je le plonge dans un bain 
à l&O degrés. Que va-t-il se passer? L'eau est en présence 
du vide ou d'une atmosphère de vapeur possédant une 
tension très-faible; eh bien, l'eau ne bout pas. Il y a 
sans doute évaporation à la surface supérieure, mais 
voilà tout. 

Seulement, par un échaufTement un peu prolongé, la 
colonne liquide, au lieu de bouillir, se disloque. C'est 
un ressort trop tendu qui se brise, et une portion de 
l'eau est projetée dans les boules, oîi elle trouve un 
large espace qui lui est ouvert, et grftce à cette disposi- 
tion l'appareil n'est pas brisé. 

Donny attribuait ce résultat à la cohésion de l'eau. Je 
□e vois point ce que peut lîaire la cohésion en cette circon- 
stance : si la bulle de vapeur était déjà formée, je com- 
prendrais que la cohésion du liquide fît obstacle à son 
expansion ; mats la vapeur n'existe pas. Sa formation est 
possible, parce que la température est convenable; mais 
cette formation n'a pas lieu, parce que la préparation 
convenable des surfaces a supprimé toute surface libre 
intérieure. Du reste, au lieu d'air, cette surface libre 



peut tout aussi bien avoir pour origine un petit espace 
vide, une lacune, un défaut de contact entre la paroi et 
le liquide, absolument comme une bulle gazeuse inter- 
posée. 

En effet, imprégnez la surface interne d'un ballon de 
verre avec un corps gras ou de la gomme laque : l'eau 
ne le mouille plus, elle y bout à la même température que 
dans le métal. La paroi solide, la paroi condensant l'air 
semble donc indispensable. Jugez-en vous-mêmes : 

M. Dufour, professeur de physique à Lausanne, a mis 
en suspension dans un liquide de densité semblable une 
goutte liquide, tantôt de l'eau, tantôt du chloroforme, de 
manière qu'il y a là, pour ainsi dire, suppression du poids 
de la goutte par la poussée du liquide qui l'entoure, et 
absence de contact avec une paroi solide : c'est un liquide 
renfermé dans un vaseliquidc. Dans ces conditions, l'eau 
a pu être chauffée à 100 degrés, 120 degrés, 150 degrés, 
17^ degrés : elle ne bouillait pas. Mais qu'on introduise 
un fli de métal, une pointe de bois, un corps solide 
quelconque : réduction subite en vapeur. Le solide a ap- 
porté le gaz avec lui, il a permis l'évaporation par une 
surface libre. Aussi, quand le même fil de métal a servi 
à faire vaporiser un grand nombre de ces bulles ainsi 
suspendues, il devient inactif. Malheureusement l'expé- 
rience de M. Dufour est tellement délicate, qu'il m'est 
impossible de la répéter devant un auditoire aussi nom- 
breux. Mais en voici une seconde du môme physicien, 
que nous allons vous montrer. 

Cette capsule de verre, convenablement préparée, 
renferme de l'eau à 105 degrés, et qui ne bout pas, A 
l'aide de ces deux lames de platine, faisons la traverser 
par un courant voltaîque : des bulles provenant de la 
décomposition de l'eau se montrent sur les deux lames, 
et, chose remarquable ! ces bulles déterminent l'ébulli- 
tion. Nous avons donné au liquide la faculté d'une éva- 
poration intérieure. 

Il me reste enfin, messieurs, à expliquer un ensemble 
de faits très-singuliers, dont la recherche de la véritable 
cause a longtemps préoccupé les physiciens : je veux 
parler des phénomènes présentés par les liquides pro- 
jetés sur les surfaces incandescentes, phénomènes qu'on 
a désignés dans leur ensemble par le mot caléfaetion des 
liquides. Ellenn et Leidenfrost sont les premiers qui 
aient appelé l'attention des savants sur les phénomènes 
de ce genre; plus tard, Laurent, M. Baudrimont, M. Per- 
son, et surtout M. Boutigny, ont varié d'une foule de ma- 
nières les expériences relatives à ces phénomènes. Voici 
ime capsule de platine que je porte au rouge; avec une 
pipette à bec très-délié, j'y projette quelques gouttes 
d'eau. On s'attendrait à voir une vive ébullition se dé- 
terminer dans le liquide : le métal est incandescent, et 
pourtant, messieurs, vous apercevez la goutte liquide 
qui s'est arrondie en sphéroïde et qui se balance molle- 
ment au-dessus du métal rouge de feu, sans ébullition et 
en conservant toute sa limpidité. Quelquefois, acciden- 



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mvm iM COURS âciEn'iinQtJÈs. 



2& D£c«UftftE 



teitément, la goutte offre h sa surface une sorte de tré- 
moussement ; elle se partage comme en une série de 
parties vibrant spontanément; elle acquiert un aspect 
étoilé. L'expérience réussit de la même façon avec Tal- 
cod, l'éthcr, tous les liquides volatils. 

Avant toute explication, examinons le phénomène de 
plus prcii. La goutte «l'eau caléllée toucho-l-eile le mé- 
tal? L'expérience va nous répondre : Sur une lame d'ar- 
gent rendue incandescente est posée une goutte d'eau; 
.cette goutte, alors même que (a lame serait parfaitement 
horizontale, tomberait bientôt par suite du balancement 
qui lui est propre. Avec un fil de platine très-tIn, auquel 
le liquide adhère, nous la rendons iuunobilc, puis nous 
.la projetons sm'lo tableau. 

Vous pouvez distinguer tons, messieurs, rintervalle 
très-marqué qui sépare le liquide du métal ; le liquide 
ne iouohe pas, il est suspendu au-dessus de la plaque, il 
est soutenu sur un coussin formé par sa propre vapeur. 

On tt quelquefois démontré ce même résultat, eu fai- 
sant voir qu'un courant électrique ne se transmettait 
point du liquide au métal. >tais ce procédé de démons- 
tration est indirect; j'ai mieux aimé rendre sensible 
pour tous rintervalle qui existe entre le solide incandes- 
cent et le liquide. Nous avons donc dans ce cas un liquide 
qui n'est eu contact avec aucun solide; les surfaces qui 
to limitent sont de toutes parts des surfaces libres, elles 
louchent l'air par tous leurs points; l'évaporaticm doit 
avoir lieu par tous ces points aussi, et je me demande 
pourquoi il y aurait ébullition. Ici la vapeur n'est point 
obligée de traverser le liquide à l'endroit même où elle 
prend naissance, elle se dégage librement dans l'air qui 
la baigne. Aiusi, messieurs, la température de la goutte 
caléfiée est toujours pliM basse que celle du même liquide 
eu ébullition. L'expérience faite devant vous par l'em- 
ploi de nos deux soudures vous en fournil la démons- 
ti-ation. 

Vous me permettrez de répéter devant vous une autre 
expérience, qui conduit à ce même résultat, l'absence 
de contact entre le liquide et le métal. Je prends une 
capsule de cuivre percée de trous ; je la porte au rouge, 
et j'y verse de l'eau : l'eau ne coule pas; elle est là, im- 
mobile, suspendue, sans passer à travers les oriftces 
placés au-dessous d'elle. 

De fûAme une sphère d'argent chauffée au rouge blanc 
peut être impunément plongée dans l'eau froide. L'eau 
est repoussée autour d'elle ; pendant quelques secondes, 
pas une bulle de vapeur ne se dégage; mais bientôt la 
température de la sphère décroit parce qu'elle rayonne 
de la chaleur, le coussin de vapeur interposé ontre le 
liquide et le métal perd de plus on plus sa force de 
ressort; le contact s'établit, et alors se manifeste une 
ébullition des plus tumultueuses, accompagnée quel- 
quefois d'une véritable expl(»ion. Le môme résultat est 
obtenu aveo la capsule de platine employée tout k 
l'boure ; il n'y a qu'à la laisser refroidir pour que le con- 
tact s'établisse et que l'ébullition ait lieu. L'expérience 



a montré que la iempéràtUre nécessaire pour que ie li- 
quide ne touche pas lé métal a Mnc limite qui est va- 
riable pour chaque liquide; elle est d'autant plus basse 
que le liquide est plus volatil. Il faut environ 150 degrés 
pou^ l'eau, et un peu moins de 100 degrés poUF l'éther. 

Que sera-ce donc si nous recourons à l'un de ces liqui- 
des qui n'entrent en ébullition qu'à une température 
bien inférieure k zéro : le protoxyde d'azote, par éxeifl- 
plc, qui bout à 8S degrés au-dessous de zéro. Eh bien, 
messieurs, le principe reste vrai. 

Lé protoxyde d'azote est caléflé à la Icinpérature or- 
dinaire; vous le voyez, dans eo tube de verre, il ne bout 
pas, et sa iempéralnre est inférieure à — 88 degrés. Xou> 
y jetons du mercure, le mercure se congèle. Du reste, 
cette même Congélation va être produite devant vous, 
quand nous verserons le protoxyde d'azote sur une cap- 
sule de métal încandescenie. 

Vous me permettrez, en outre, de profiter âè ce li- 
quide pour contiritier un des principes que j'établissais 
au commencement de cet entretien, le froid produit 
par i'évaporatiôn. Le protoxyde d'azote est placé dan-- 
le vide; le froid est tel qu'il se solidifie. Vous remarque- 
rez cette expan Joil subite donmmt naissance à une 
masse blanche neigeuse. 

Ces phénomènes de caléfaction nous permettent l'ex- 
plication de ^quelques faits qui ont paru longtemps si 
mystérieux. On sait que dans le moyen âge quelques mal- 
heureux sout sortis intacts des épreuves légales par lo 
feu qu'on leur faisait subir. ï^us prés de nous, dés jon- 
gleurs marchent avec leurs pieds nus sur une plaque de 
tôle chauffée au rouge; ils lèchent une barre de fer por- 
tée au rouge blanc, il n'y a là, messieurs, rien que de 
fort explicable. 

Voici du plomb fondu; sa tenipératOre estsupérîcurc 
à 300 degrés. J'y plonge la main, et vous la voyez soriir 
intacte. Il a suffi do la petite quantité d'eau qui (raiis- 
sude à la surface de la peaii, pour qu'il f ait caléfaction. 
et par suite absence de contact. La chaleur rayoïmarite 
envoyée par le métal était consommée pour I'évapora- 
tiôn du liquide, et je n'ai ressenti qn*un peu de fraî- 
cheur. 

Knftn, en partant des faits précédents, M. Boutîgny a 
donné l'explication dos explosions qui se produisent 
quelquefois dans les machines à vapeur. J'ai lâ une pe- 
tite chaudière de cuivre, je la chaultc au rouge; j'y 
verse de l'eau qui se caléfie; je ferme la chaudière avec 
«n bouchon : la vapeur se forme très-lcntemc^nt, et le 
bouchon n'est point expulsé. Se supprime le fen, le mé- 
tal se refroidit, îo liquide touche; formation brusque de 
vapeur, explosion. 

De même dans les chaudières à vapeur, il se fdrriio 
des incrustations provenant des dépôts de matière.^ sa- 
lines que l'eau renferme, fiette matière iriertasiante rl 
dure sépare le liquide du métal, e( ce dernier peut rougi r 
impunément. La couche incrustante, peu condiictrice. 
ne lui transmet que la chaleur n&cssaire à la vapôrisa- 



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tiot). Mais qué, pai* Une e&itôe quelconque, cette cotiche 
solide se fendille, l'eau arHve subitement ait contact du 
métal rouge, elle se caléfle; la vapeur formée est moins 
abondante; le mécanicien alimente avec de l'eau froide, 
la chaudière est refiroidie; le contact a lieu, et l'explo- 
■iiofi en est la fatale conséquencCi 

Je suis arrivé, messîeui*, au terme de Tétude que 
j'avais entreprise; il me paraît clairement ressortir, de 
l'examen' attentif que nous venons de faire, ce point im- 
portant, que les phénomènes si variés de la conversion 
des liquides en vapeurs peuvent, dans Tétat actuel de 
la science, .se fftmener & ud priiicipe unique, VêMpora~ 
tim. 

\x but que je me proposé sei*a surtout atteint, si j'ai 
Ml TOUS montrer avec quelle habileté, avec quel génie 
même, tes physiciens que j'ai nommés ont su mettre en 
(FUTrcles ressources de ta Wthode expérimentale pour 
arriver à la solution d'Un problèmd qui est en réalité 
Irès-oomplexc. 

B». Mtnuu, f tjpM rt twJt dwilM h VieolM poIjiMboiqu. 



UNIVMml Di HhHM 

MÉTÉOROLOOiE (1). 
couitâ ne M. FALnsm. 



iMrMM 



£iECTtucrr£ iffi l'air a ciel ssAsm. 

A ciel serein, t'électricité est toujours posilive. 11 y a 
beaucoup d'observateurs qui admettent réiectricilé 
oé^tive k ciel serein, mais c'est une illusion. On a seu- 
lemeot de l'électricité négative lorsqu'il pleut, qu'il 
grêle ou qu'il neige à Une certaine distance du lieu des 
observations, et cette distance peut môme aller jusqu'à 
dii lieues dans le cfts de grandes pluies. 

]'avai9 remarqué aussi l'électricité négative à ciel 
KKiD, mais lorsque j'ai commencé mes observations 
SOT l'observatoire vésuvien, d'où l'on découvre un vaste 
liorizoa à 637 mètres au-dessus du niveau de la mer, je 
me sais aperçu de l'illusion dans laquelle j'étais tombé. 

L'électricité atmosphérique à ciel serein indique ordi- 
miremeot une période diurne qui peut être facilement 
<léraogée dans l'espace d'un jour, les vents variant de 
direcUon e( d'intensité. Lorsqu'un vent chaud et humide 
e»t suivi par un vent froid, on a augmentation de tension, 
*l Kioéralemeot les tensions électriques croissent pro- 
portionnellemeot à l'humidité relative de l'air, avec 
cette différence que l'augmentation de tension élec- 
trique peut disparaître rapidement quand l'humidité 
Les vents boréals qui succèdent aux vents humides, 

°ous arrivant de la mer, donnent au commsucement 

(11 le â de U Hcoade année. 



drié ao^eotatloA d'électricité; fflais^ aprèè ttioit soufflé 
un peu, ils rendent chez nous l'air sec et très-firiblê en 

tension électrique. Les seuls jours dans lesquels on peut 
observer la période diurne de fétectricité atmosphé- 
rique sont les jours tranquilles et «ereins, et alors on 
peut voir deux maxima de tension avant midi et deux 
après midi, aveé les minimà de tension corrèspèndant 
entre deux maxima coosécntife; les heures Varient sou- 
vent surtout selon les saisons. Ces maxima de tetisioA 
électrique ne sont pas égaux, le dernier Aiaxîfflumi vers 
le soir est ordiuairémefit fort peu acta»6 bu très-teuslble ; 
il est très-sensible lorsqu'il tombé de la rosëti, Ou que \t 
temps se fflspose à se couvrir. 

Un fort maximum de teusiou éntre le coucher dtt 
soleil et minuit vous fait prévoii* avec sûreté l'apparition 
de nuages dans la journée suivante, on du moins un 
brouillard épais. 

L'électricité atmosphérique & ciel sef'ein est très-foibte 
dans Vélè et très-sensible à la fin de l'automne, sm-tontpar 
le vent du stid-ouest. Pendant l'hiver, de vent dnàud'Ouest 
apporte presque toujours des nuages pluvieux, et l'on n'a 
de ciel serein qu'avec les vents du nord, qui produisent 
ordinairement peu d'électricité dand l'air, sauf au 
moment de leur apparition. Les phéaomdmes sont 
presque les mêmes au printemps. 

ii^omctté A cixt oovvnT. 

A ciel couvert, l'électricité est généralement moindre 
qu'à ciel serein. Elle est toujours positive, excepté le <ias 
où il pleut, grêle ou neige à une certaine distance. Mais 
Beccaria avait remarqué que lorsqu'un nuage s'approche 
du zénith, l 'électromètre indique presque toujours Uhe 
diminution de tension électrique dans l'atmosphère, et 
moi-même j'ai eu l'occasion de vérifier ce fait 

J'ai eu mille fois l'occasion de faire des observations 
au milieu de nuages arrivant de la mer. Ces nuages sont 
si bas, qu'ils couvrent le Vésuve jusqu'au niveau de 
l'observatoire, et touyours j'ai obtenu de l'électricité 
positive en grande quantité, quand le sol et le toit de 
l'observatoire sont restés mouillés, comme par une pluie 
très-fine ; au contraire, il y avait peu d'éleclricité lorsque 
les nuages se résolvaient en vapeurs invisibles et que le 
sol n'était pas mouillé. Ces nuages se perdaient sur les 
plaines de la Caropanie, sans arriver même aux Apennins. 
Les nuages qui ne produisent ni pluie, ni grêle, 6i nsige 
dans l'horizon, ne possèdent pas d'électricité négative : 
c'est une erreur dont il faut se débarrasser. Les observa- 
teurs soigneux convenablement placés, quiopèrentavec de 
bons instruments, pourront se convaincre par eux-mêmes 
qu'on n'a jamais d'électricité négative, à moins qu'il iie 
tombe de la pluie, de ta grêle ou de la neige à une cer- 
taine dislance du lieu des observations. Après avoir fait 
pendant quatorze ans des recherches persévérantes S ce 
sujet, je crois avoir droit de vous convaincre de choses 

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6U 



REVUE DES COURS SCIENTIFIOUES. 



2/i DicEMBU 



contraires à celles qu'on enseigne dans certains ouvrages 
même très-estimés. 

Comment l'électricité atmosphérique se manifeste pendant 
la pluie et les orages. — Les plus forles tensions qu'on 
obtient à ciel serein, surtout par le brouillardd'nutomnc, 
ne surpassent dans aucun cas le soixantième deffré de 
l'électromètre à deux fils, et ne se traduisent jamais en 
élïncelles; les fortes tensions que produisent des déchar- 
ges lumineuses sur les conducteurs isolants bien expo- 
sés correspondent toujours à la chute de la pluie, de la 
grêle ou de la neige, sur le lieu des observations ou à une 
certaine distance. Voilà pourquoi Franklin a obtenu pen- 
dant la pluie l'électricité qu'il avaitinulilementcherchée 
dans les nuages sans pluie; et je suis sôr que lorsque 
Dalibard, Romas et Beccaria obtenaient de fortes étin- 
celles par leurs conducteurs, il tombait à une certaine 
distance de la pluie ou de la neige en grande quantité, 
et le môme phénomène devait se passer lorsque Rieh- 
mann tomba victime de ses dangereuses expériences. 

Seuls, les nuages, de quelque couleur et de quelque 
forme qu'on les suppose, ne donneront jamais des ten- 
sions capables de produiredes étincelles. C'est seulement 
lorsqu'ils se résolvent en eau et en pluie qu'on a des déga- 
gements d'électricité considérables, et capables do pro- 
duire même la foudre; ce qui exige une rapide résolution 
de nuages en eau et neige, et par conséquent une rapide 
formation d'électricité, qui, ne pouvant se disperser 
par suite de l'humidité de l'air, se déchaîne sous forme 
de foudre. Les pluies moins fortes, avec l'air environnant 
plus humide, produisent quelquefois sur les conducteurs 
bien exposés de l'électricité avec étincelle, mais sans 
foudre. 

Par les pluies accompagnées d'orage, l'électricité non- 
seulement acquiert une énorme tension, mais avec une 
confusion apparente elle est positive, négative ou nulle. 
C'est à ce sujet que j'ai découvert une loi très-simple, et 
qu'on peut ainsi formuler : OU la pluie tombe, il se forme 
dans tair de l'électricité positive aoec une zone d'électricité 
négative alentour^ et celle-ci est suivie par une autre lone 
d'électricité positive. 

Il est clair qu'entre une zone et l'autre, il y a un espace 
où la tension est nulle. La grandeur de cette zone dépend 
de l'intensité de la pluie. C'est pour cela qu'on a quel- 
quefois de l'électricité négative à dix lieues de l'endroit 
où l'eau tombe, et quelquefois à peine à un kilomètre de 
dislance. Ce que nous avons dit pour la pluie est vrai 
aussi pour la grêle et la neige. Cette loi, vérifiée par 
Quelelet, par le professeur Secchi et autres, est plus 
facile à observer au printemps et en été, lorsque, placés 
dans une position très élevée et par un ciel serein, nous 
voyons s'élever à l'horizon une pluie qui s'avance avec le 
vent, passe sur le lieu des observations* et puis s'en va 
au loin. C'est alors que l'observateur trouvera les cir- 
constances favorables pour étudier toutes les phases du 
phénomène : il commencera par obtenir une tension po- 
sitive, puis une tension négative, et ensuite encore une 



tension positive. Lorsque la pluie arrivera sur le lieu des 

observations, il aura encore une fois de l'électricité né- 
gative, et enfin de nouveau de l'électricité positive. 

Ces périodes varient suivant la grandeur des zones et 
la vitesse avec laquelle se propage la pluie. On voit par 
là que l'observateur peut quelquefois remarquer une 
seule de cesphases : ainsi, parexemple, si la pluie tombe 
h une certaine distance, et finit avant de s'être propagée 
jusqu'au lieu des observations, il sera possible d'observer 
la première période d'électricité positive et la première 
d'élcciricité négative. Si dans l'horizon, au lieu d'une 
pluie, il en tombe plusieurs en même temps ; il est facile 
de comprendre les diverses phases qu'on pourra vérifier. 
Supposez qu'il tombe une grande pluie à une certaine 
distance, de manière que vous vous trouviez dans la pé- 
riode négative h son maximum de tension ; s*il tombe 
en même temps sur le lieu des observations une pluie 
fine, vous aurez de l'électricité négative, tandis que vous 
devriez avoir de l'électricité positive. Voîlàce qui a semblé 
autoriser les savants à conclure qu'il existe des nuages 
chargés dV-lcctricité négative. Il est important de faire 
attention que ces zones, non-seulement marchent avec le 
vent, mais aussi qu'elles varient de grandeur, avec l'tn- 
tcnsilé de la pluie ; elles varient aussi s'il arrive une dé- 
charge, et souvent dans le moment de l'éclair vous pas* 
serez instantanément d'une phase à une autre. 

Les lois qui règlent les indications électriques de la 
pluie s'appliquent de même pour les on^es, et elles sont 
même moins variables, parce que dans l'orage on a une 
seule pluie avec grêle qui subit moins l'influence de la 
direction du vent. Ce qui distingue un orage, c'est la 
rapide condensation des vapeurs qui se transforment en 
eau ou en glace, et l'extrême sécheresse relative de l'air 
environnant avec une formation d'électricité plus consi- 
dérable et une moindre facilité de dispersion, et par 
conséquent une plus ou moins grande fréquence de dé- 
charges. 

Si vous tenez le conducteur élevé pour quelque tem])» 
et en communication avec l'électroscope de Bohen- 
berger, à chaque éclair vous verrez une oscillation in* 
stanlanée sur la feuille d'or indiquant quelquefois aug- 
mentation de tension et souvent électricité de nom 
contraire. De cette manière, sans voir les éclairs et sans 
entendre le bruit de tonnerre, les petites oscillations de 
la feuille d'or pourront vous indiquer l'existence d'un 
orage assez peu éloigné de vous. Les déchaînes électri- 
ques, c'est-à-dire la foudre, ne pourront avoir lieu que 
dans les limites des zones décrites ci-dessus ; dans toute 
aulre circonstance elles sont impossibles. Les éclairs in- 
diquent nécessairement l'orage et font supposer, avec la 
même nécessité, le tonnerre, la pluie et la grêle. J'ai plu- 
sieurs fois ^'érifié, au moyen du télégraphe électrique, 
que les éclairs appelés de chaleur correspondaient à un 
orage éclatant à une certaine distance. 

Les plus grands intervalles que j'aie notés entre l'éclair 
et le tonnerre ont été de 65 secondes. Si la distance &t 



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mh. 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



65 



de 32 kilomètres à peu près, Tespace de temps sera pïos 

loDg. Dans ce cas, on voit l'éclair, mais on n'entend pas 
le tonnerre. Seulement, dans les grandes éruptions du 
Vésuve, on voit partir de la fumée des petites foudres, 
sass qu'il v ait de pluie pour cela ; mais s'il ne tombe pas 
eo même temps une grande quantité de cendres, la fumée 
donnera des si^es d'électricité positive, sans qu'un vote 
les petites foudres. Les cendres, en tombant, portent de 
l'électricité négative, et produisent derrière elles et dans 
la Tumée de l'électricité positive : alors la tension exis- 
tante devient plus forle, et il y a production de la foudre. 
Si d'un vase métallique et isolé vous faites tomber de la 
limaille de fer ou du plomb de chasse, vous verrez le 
vase s'électriser positivement ; voilà pourquoi la fumée 
du Vésuve résultant de la rapide condensation de la va- 
pi-or d'eau qui sort du cratère, indique toujours une teu- 
sioD électrique consîdôi'ablc, qui est capable de produire 
U foudre lorsque cette vapeur est mêlée à une grande 
quantité de cendres et de pierres qui retombent autour 
du cratère. 

11 est temps maintenant de vous expliquer l'origine de 
l'électricité atmosphérique. 

Les vents, la végétation des plantes, les actions chi- 
miques, les changements de température et l'évapora- 
lioo de l'eau à la surface de la terre, furent successive-, 
inentdonnés comme des causesde production d'électricité 
dans l'air , et toutes ces causes furent combattues. Je 
D'examioerai point toutes ces hypothèses, qui s'éva- 
nouissent devant la découverte de la véritable origine de 
réleetricité météorique. Il résulte des observations et 
des expériences, que cette électricité provient de la con- 
densation de la vapeur d'eau. Toutes les observations 
démontrent, en effet, que l'électricité de l'air croit avec 
l'homidité relative, et arrive à son maximum, pour deve- 
nir étincelante lorsque les vapeurs se résolvent en pluie, 
grêle ou neige. Cela explique pourquoi elle est assez 
bible dans l'été, et comment elle croît tout à coup à l'ap- 
proche des orages. Je vous ai fait voir des expériences 
qui prouvent distinctement cette vérité. La vapeur d'eau 
qni s'élève d'un vase métallique non isolé doit être re- 
cneillie sur an condensateur de platine, couvert exté- 
rieurement par un vernis sur lequel on peut appliquer de 
la neige; on fait communiquer ce condensateur de pla- 
lioe avec le plateau inférieur d'un électromètre très-scn- 
ùble ou condensateur à piles sèches. J'ai toujours vu se 
nunifester lïlectricité positive. Après cette expérience, 
j'ai voulu opérer l'évaporation, de manière à exclure les 
actions chimiques et le frottement de la vapeur contre 
les parois du vase de platine. L'ébullition oi'dinairc de 
l'eau ne pouvait pas donner des résultats sûrs, par des 
faisons que tout le monde peut comprendre, et qu'on 
ErouTe expliquées dans le mémoire que j'ai envoyé à 
l'Académie des sciences. Voilà pourquoi j'ai concentré, 
an ou^ea d'une grosse loupe, les rayons du soleil sur la 
™fface de l'eau conteoue dans une coupe de platine ; cette 
<^pe était mise en commonioation avec le plateau infé- 



rieur de l'électroscope condensateur. J'ai obtenu ai ns 
une ébullition limitée à la surface, et le vase avec le li- 
quide indiquait l'électricité négative. 

Vous voyez donc" que les vapeurs qui s'élèvent lente- 
ment de la surface de la terre n'ont pas une tension élec- 
trique sensible, mais cette électricité se manifeste par 
leur condensation ; ainsi elle croit avec l'humidité rela- 
tive de l'air, et atteint le maximum lorsque les nuages se 
résolvent en eau ou en neige. 

Les nuages, dans la période de leur formation et de leur 
condensation, doivent indiquer des tensions électriques 
plus ou moins fortes ; mais ils ne donneront jamais lieu 
aux phénomènes de la foudre, pas plus que les conduc- 
teurs isolés exposés à leur influence et à ceux de l'étin- 
celle. Les tensions extraordinaires qui produisent là 
foudre et l'étincelle ne correspondent pas du tout aux 
nuages appelés orageux, mais seulement aux nuages qui 
se résolvent en pluie ou en grêle. Ces nuages font sentir 
leur influence à des distances plus ou moins considéra- 
bles ; et comme les nuages qui se résolvent en pluie on 
en grêle prennent une teinte foncée et cendrée, il arrive 
qu'à une certaine distance de ces nuages, on doit, confrw^ 
mément à la loi ci-dessus établie, trouver beaucoup 
d'électricité négative. De là M. Peltier a conclu que par 
la couleur des nuages, on peut reconnaître la nature de 
l'électricité qu'ils portent. Mais si l'électricité atmosphé- 
rique est très-faible en été, comment se fait-il que les 
pluies de cette saison sont presque toujours orageuses T 
Si les nuages étaient obligés d'emprunter leur électricité 
à l'air, comme on l'a supposé, cette difficulté ne serait 
pas facile à résoudre ; mais le dégagement d'électricité 
venant de la condensation de la vapeur, lorsque cette 
condensation est rapide, les tensions électriques doivent 
être nécessairement plus fortes. Four que la foudre se 
produise, il faut non-seulement une condensation rapide 
des nuages en eau, mais aussi une très-faible capacité de 
l'atmosphère à disperser les fortes tensions électriques 
produites par la rapide réduction des nuages en pluie, 
grêle ou neige. 

Tout le monde sait que les pluies d'été présentent 
toutes les conditions favorables pour ces phénomènes : 
1" Parce que, par suite d'un refroidissemeot produit dans 
un air également saturé et à des températures très- 
diverses, il se précipite plus de vapeur là où la tempéra- 
ture était le plus élevée ; 2° parce que les pluies d'été se 
forment dans des régions très^imitées entourées d'un 
ciel serein et relativement sec; au contraire, les pluies 
d'hiver tombent des nuages ayant une grande extension 
et entourés par une atmosphère humide ; 5* enfin, parce 
que les pluies d'été nous arrivent quand un vent froid 
succède à nu vent humide et chaud. 

Après cela, je devrais vous parler de certains phéno- 
mènes relatifs à l'électricité atmosphérique, mais cette 
question sera traitée dans une autre leçon. 

PALHinU. 



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3& Dticxvm 



fMiUnt oc MÉDECINE. 

HISmOGIB (1). 

COUBS DE H. CH. ROBIN. 

m. 

Irftla de te toxlOTc, «• ta nMntaricé •« 4» l'aAtelM. 

Noos avons dit que les caractèpfis histûlogiq^es d'ordre 
organique pouvaient être rappo);tés à quatre chefs ; i" la 
composition; 3' la texture; la vasoulariléî k' le mode 
d'adhésioo des éléments. 

La dernière leçon a été coniacrée à l'itu4e des lois de 
ta composition. Nous nous oceuperoiis en celle-ci des 
lois de la texture et de la vascularité. 

Les lois de la texture sont simples et asses remarqua- 
bles. 

Disons d'abord qu'elles confirment la classification 
aaturelle des tissus par leur concordance avec les tçis de 
ia composition. Cette concordance est importante ^ fiotv- 
ndérer dans l'étude des produits morbides. 

Les tissus qui ne renformeat qu'une seule espèoe d'élé- 
ments anatomiques offrent une fextuiv des plus simplet* 
Les éléments y sont simplement juj^laposéi, ou légàrer 
roeat imbriqués lorsqu'ils sont iamelleiix comme les 
épîtbéliums de la peau. 

( Les éléments ayant la forme de fibres, oommot paf 
exemple, les Abres du crislallint sont disposés parallèle? 
ment les uns aux autres, et groupés en foiseflaux concenr 
triques. 

Les tissus oonstitMAnls ou proprement dits, c'estrà^dire 
les tissus dans la composition desquels entrent plusieurs 
espèces d'éléments anatomiques, offrent des particula* 
rités asses surituses. La texture diffère selon que Vélèr 
ment anatamique atElsete la forme de fibres, de tubes, de 
cellules ou de substance homogène creusée de cavités. 

Les fibres sont tant6t rangées parallèlement, lantût 
enchevêtrées dans toutes les directions, fiqns les tissus 
constituants qui ont un élémeqi fondamental, la distri- 
bution des éléments accessoires est subordonnée k la 
distributioa de l'élément fondamental ; que les éléments 
accessoires soient des capillaires, des noyaux embryo* 
plastiques, etc. 

Lorsque les Abres ont une disposition parallèle et ton* 
gttudinale comme dans le tissu musculaire, les éléments 
accessoires sont disposés entre les fibres fondamentales. 

Si l'élément fondamental a la forme de cellules, eomme 
dans le tissu adipeux, ou dans le tissu de la moelle des 
os^ les éléments accessoiree sont disposés eà et là jsntre 
les cellules, qui sont seolement groupées pee eontigulté 
irrégulière. 

Les capillaires sent toujours des éléments accessoires, 



(1) Voy, jbi n' 9i ^ no*!* pramière année, p. 749, et le n" 3 de la 
weonde. 



^ quant k la cpnstituUon, et quant aux propriétés du 
tissu. Pbysiolpgiquefuent, ils ne joueqt daps ce dernier 
qq*im r^le mécuffjqtie; ils ne font qu'y apporter les ma- 
tériaux nécessaires & la rénovation moléculaire pootiDue ; 
anatomiquement, fa forme des mailles capiliairef est sous 
la dépendance de la disposition des éléments foodanien- 
taux. Ces dernier^ sont-r)}s fibriliaires et paralléliques, 
les fpailles sopt longitudinales j soqt-ils cellnlaires et de 
disposition îrrégnlière, les mailles seront de dimensions 
il peu prés égales en tous sens. Dans les tissus parencby- 
mateus, les éléments constituent une tmnte formée de 
fibres lumineuses, dp noyaux embryoplastiques, de cet- 
Iules adipeuses, de vaisseaux capillaires, etc., iranie in- 
terposée aux tubes sécréteurs et aux vésicules «loges. A 
la face interne de ees tobes sécréteurs, se trouve one 
variété d'épitbéliums particulière pour chacun d'eux. 

La richesse des tissus en vaisseaux varie d'un ^ssu k 
l'autre, et il importe de déterminer les lois de la vascu- 
larilé des tissus, 

La richesse vasculaire se mesure en comparant 1^ dia* 
mètre des maillw eiroonscrites au diamèire d»S qapil- 
laîres qui les circonscrivent, Plqs m vaisseau est volu- 
mineux plus les mailles sont larg»Si plu Im vaîssmux 
sont étroits et plus tes maiUes anatomiques le soni. 

Celte loi n'est sujette h exception que pour super- 
ficie des cula-de^ pulmonaires et des muqueuses k vil- 
losiiés, ce qui tient k certaines particularités de strpeture 
sur lesquelles j'insisterai ultérieurement. 

11 importe de ne pas se faire illusion sur le rdle essen- 
tiel joué par les vaisseaux dane les tissus. Les vaisseaux 
ne sont pour rien, absolument pour fien dans les pro* 
priétés fondamentales de ces tissus. On a cru longtemps 
le contraire, mais il est évident que la oontractilîté dans 
les muscles, l'innervation dans la substance grise, ne 
peuvent dépendre du mode de disposition et d« 4>no- 
(ton des cspillaires. Tout homme ayant la vue exaotn et 
l'intelligence scientifique de l'anatomie gén^la, refu- 
sera certainement d'admettre qu'en iiwisportattt l'artère 
rénale dans le testicule, on lui ferait sécréter de la bile. 

Nous venons aux lois d'adhérence et de connexion des 
éléments anatomiques dans les tissus. Les éléments se 
tiennent les uns les autres, soît latéralement, surtout 
lorsqu'ils ont la forme de fibres, soit par leurs ex^mi* 
tés. Les fibres musculaires et les tendineuses sont dans 
le premier cas, mats ectte adhésion ioogitndiule «st 
baûtuellement faible. Dans le cps où elle est ioUme éi 
énergique comme dans les fibres ()es disques articulaires 
vertébraux, comme dans certaines capsules articulaires 
et tumeurs, l'effet tient à l'interposition d'une sobstpnce 
amorphe accessoire. . 

Cette interposition, qui accroît l'adhénence, s'observe 
encore dans les ganglions nerveux périphériques du 
grand sympathique et dans les ganglions spinaux. Il y a 
des animaux chez lesquels, les cellules ganglionnaires 
que j-ai décrites ne sont pas très-adhérentes les unes aux 
autres, pance qu'elles sont simplement juxtaposées. 



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67 



cooft^ If s 4u M^^^ adipeux et Ifs ce11u]es rpé- 

elici DU grands adbérfincfl, due k l'iQteriïPKiMon entre 
ees eellalM 4'uoe ftubstaïuie bomogàHfi très-UiqftaB, si 
plus oa moins granuleusp, selon la périocle de révolu* 
tiw) d« l'individu. Mais ca fait est encore plus oaracté- 
rislique dans le tissu des disques iatatartjoulaires des 
Ténèbres, dans certaines tumenrs fibreuses et dans le 
tissQ des capsules articulaires. 

Quand la substapee amorphe n'existe pas, les éléments 
aD9(omiques adhèrent très-peu entre eux, sont sim- 
pleiqeiit CpntigifS Jrès-f^cjles à séparer, couple cela 
arrive dans 1^ t|ssM lea^ineu^, dans le tissu fibreux pro- 
(trstOSBtdit du périoste et 4es aponéiToses, dans le tissu 
Dusculaire, dans les tubes nerveux, elc, 

Dans l'épiderme, l'adhésioa Irès-proaonoée des eelr 
laies imbriquées tient à l'état de sécfaesesse des éléments 
analomiques, et aussi à ce fait qu'ils ne sont pas nés sé- 
parément, mais qu'ils résultent delà segmentation d'une 
sabstuice prîmitiTemenl homogène. Dans l'épithéllum 
de la muqueuse intestinale et dans celui de la trachée, 
aucontf^jre, il j a toujours une petite quantité de liquide 
interposé aux cellules. 

Qpapt qjpdç de cppo^i^iop des éléments ana|omi- 
qQM, liwut k bpul, il diQièfp (14 précédant, ponpexjon 
de «s gnfe fist ba^tMeli^meut tr^&répprgiaue et lr^«- 
iaiiiBs, à tel point qo» plusiAur» auUuns proisql eocorp 
qusIesAlwea Undiueuies adhérent aux fibres eentrac- 
tiles anseulaires, de manUve à se confondue atee ces 
dernières. D'autres admettent que les fibres des tendons 
et des ligaments se continuent avec les prétendues fibres 
osseuses qu'on a admises pendant trés-longtemps. 

11 n'eq e^t rien. où commence la substance osseuse, 
fxmm les fitires tepdineqses, et vice versâ. Au point où 
cesse le myolemme qui ^tûure les fibres otpspulaireSt 
PPmm^jUî^pt les 0t>rQS tendjpeuses qui se tfpifvent en 
connexion imn^édiate jbpljt ^ bout ayec |e îpjQlemuie. 
Udbifipo n lien p^r suij« contiguïté molécule à 
molécule, de parties qui nous paraissent anguleuses, gvi^c 
dei ptrtiss recouvertes de dépassions qui oorrespondent 
KOI éninenees des i»emiéres. Il n'y a rien d'interposé 
entre ees deux sortes d'éléments. Ils se sont développés 
^idairement, molécule à molécule, et il n'y a jamais eu 
de séparation entre le tendon et l'apophyse osseuse. Cette 
dernière présente des ruf^osit^s qui coïncident exacte- 
ment a^ec {es fj^isçcaux tendineux. Il n'y a pas là d'autre 
contiguïté que cc\\e gui enive (jepx jg;laces p^rfai- 
tsmeat polis». quigjW^^Vrune l'entre, et qu'op ne 
^plus «éparep qu'en biisaRt les éeiui sur&ces, 

bi étudiant les diirevs tissus, nous aurons d'ailleurs à 
insister sur d'autres particularités d'adhésion. 

le dois maintenant signaler quelques faits psIntiFs aux 
propriétés physiologiques des tissus. J'ai dit déjh que les 
élimeats anatomiques emportent avee eux dans les tis- 
heuncoup des propriétés dont ils jouissent. Parmi 



ces propriétés; il faut citer particulièrement les proprié- 
tés végétatives de naissance, de déreloppement et de nu- 
trition. Ces propriétés se retrouvent dans les tissus et 
les parenchymes, telles qu'on les observe dans les élé- 
ments, mais modifiées par la texture, l'arrangement réci" 
proque, et par la présence d'éléments anatomiques acces- 
soires, dont il importe de tenir compte. 

Relaliyement au mode d'apparition des tissus, j'obser- 
verai d'abord qu'il est Inexact de dire la naissance d'un 
tissu. Les éléments anatomiques naissent, et le tissu ap- 
paraît lorsque ces éléments sont en nombre suffisant pour 
que la masse devienne perceptible b l'œil nu. Les éléments 
ne naissent pas un à un, ils apparaissent par groupes 
multiples. Ainsi, lorsque se montre un fïiiscean muscu- 
laire strié le long et de chaque côté de la colonne verté- 
brale, dans des embryons de 6ît 7 millimètres de long, 
d'autres faisceaux musculaires se montrent en même 
temps, ainsi que plusieurs noyaux embryoplastiques. 

Certains tissus apparaissent au milieu d'éléments ana- 
tomiques qui, plus tard, deviendront des éléments 
accessoires dans ces tissus. Ainsi, par exemple, les 
fibres élastiques des ligameqts jaunes, qui plus tard 
formeront des ligaments parfaitement déterminés, ap- 
paraissent toujours au sein de fiiisceaux de fibres la- 
intneuses; puis, j^raduellenient, ces fibres lamineuses 
qui unissent les axes vertébraux cartilagineux, finissent 
par n'être plus qu'un élément accessoire, k cdté du tissn 
jaune élastiqu.e, Q)êB}.e Ëârk'f?y!âf!lé constate pour 
le tissu musculaire qui, chez l'embryon, apparaît au sein 
de masses de noy^iv eynbryppjsstjqp^^, qui forment les 
lames dorsales et les lames ventrales. Ces noyaux em- 
bryoplastiques, qui étaieqt l'élément fondamental de ces 
lames, les faisceaux musculaires prédominent bientôt 
sur eux^ et ils descendent, !i l'état d'éléments accessoires. 
Car cçp élémept§ eipîiryQj.>!?stiqnes ne s'atrophient pgs : 
Qp )es retrouve ip« fi^ispe^uf ipifsculjiires; seule- 
m«aU c» sont Ip^ f^i^p^Dx must^ulaîres qui lopt ^ev^ptfs 
graduellement et rapidement plus nombfSuiE. 

il y a des tissus qui apparaisseol d'une autre, ipeçiàre: 
ainsi, par exemple, en es qui eoiwerns les tissus partilsr 
gineux, osseux, nerveux, on voit d'abord apparaître, en 
certaine masse, l'élément fondamental, cartilagineux, 
osseux ou pervenx, et ce n'est que postérieurement h 
l'apparition d'un grand nombre d'éléments osseux for- 
mant le no^au d'un corps vertébral, ou un rudiment soit 
de tibia, soit de féniur, que postérieurement & l'apparition 
d'un grand nombre d'éléments nervpux formanl un ru- 
diment de cprdoo nerveux, que se développent les vais- 
seaux capillaires. Ce n'est «ussî que postériei^repient à 
cette apparition que se développent les m édu 11 ocelles dans 
la moelle des os. De la méRke manière, les noyaux o^geux 
apparaissent avant qu'il y ait de vaisseaux eapîllaires 
dans les vertèbres, la clavicule, etc. 

Il en est de même pour les premières traces d'appari- 
tion du maxillaire Inférieur qui se développe sans earti- 
lages préexistants, et ce n'est qu'après l'apparition du 



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REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



2ii D£CEMBR£ 186fi. 



tissu osseux que se montrent les vaisseaux capillaires, 
par suite de la résorption d'une partie de ce lissu. 

Les parenchymes ont un mode de production analo- 
gue k celui qui Tient d'être signalé. On voit naître simul- 
tanément la paroi propre du cul-de-sac glandulaire et 
i'épithélium qui le tapisse. Les conduits excréteurs ne se 
développent que beaucoup plus tard. Aussi, on trouve 
certains culs-de-sac glandulaires, comme les follicules 
sudoripares, adhérant à la face profonde du derme, avant 
la perforation de celui-ci. Ce n'est que plus lard que 
le canal excréteur viendra s'interposer enlre le derme et 
ces cuisse -sac. 

Le développement du canal excréteur est donc nota- 
blement postérieur à l'apparition du cul-de-sac glandu- 
laire. Nous verrons qu'il y a une concordance entre cette 
différence de développement et la différence des fonc- 
tions physiologiques du cul-de-sac et du canal cxcréleur, 
le cul-de-sac concourant à la sécrétion elle-n]<}inc, elle 
canal excréteur ne jouant qu'un rôle mécanique. 

Ce n'est point du tout par un bourgeonne^inent de la 
face profonde de la peau, ni par un renversement de cette 
membrane, que naissent les glandes. Et les glandes ne 
sont pas plus un renversement des muqueuses, que les 
muqueuses ne sont un épanouissement des glandes. Cha- 
cun de ces organes a son rôle et sa texture propres, une 
action physiologique distincte. — PMund PapîikM. 



BULLETIN DES COURS. 

COUU DE PATHOLOC» ET Itt TflAlUPKOTIQUE CtiliKAUC. 

(H. AXEMFELD, igrégé, suppléant M. 1« professeur Andral.) 

I. 7 NOTEMBU 1864. — Hommage à M. Andral; ses remplaçants. 
Liberté de li libre discussion ; vanité des dogmes dans les sciences. 

Objet du cours : La thérapet^ique générale. De la science et del'arl 
en médecine. Le progrés consiste à faire absorber l'art par la science. 
Empirisme rajKHUitf. — Etat relativement peu avancé de la Uiérapeu- 
tique; eaoses de ion intériorité : difficultés de l'observation en théra- 
peutique; prédtlecUon pour les éludes d'autoniie pathologique et de 
physiologie expérimentale ; inHuence de ces parties de la science médi- 
cale sur la médecine pratique. 

Plan du cours : l<*de la maladie envisagée au point de vue théra- 
peutique; — 2' des remèdes en général (hygiéniques et pharmaceuti- 
ques) ; — 3* du malade ; — A" des indications ; — 5' des médica- 
tions; — 6* du médecin. 

II. 9 Novembre. — Coup d'ail historique. Du mysticisme théra- 
peutique aux diverses époques derhistoii e. — Empirisme et dogmatisme. 

Empirisme préscienii/tque. 

Doctrines empiriques. Pbîlenui etSerapion. Leurs principes d'obser- 
vation pathologique [histoire, autopsie, substitution) ; rc\|et de l'anatomie 
et de la physiologie ; njet de l'ostéologie et des indiettions. Le traite- 
ment dirigé eonire le sympUtme ou la syndrome. — Introduction de 
quelques médieanwats aetib, mis aussi d'une polypharmaeie incohé- 
rente. 

J^précïatiim générale de l'empirisme. Ses mérites; ses fautes, 
m. 11 NovEMBU. — Autres essais d'empirisme. De l'homceopathie. 
Malgré ses prétentions dogmatiques (sim^ itmi/ibus), la médecine 
«t esseatielleioeBt en^riqw : njot de l'anatomie, de 



la physiologie, de la pathologie presque entière ; traltamMit du sym- 

plôrae ou du syndrome. Des doses tnBnitésimales. De rexpérimentation 
sur l'homme sain. Effets attribués i quelques remèdes homœopathiques. 
— Les insufficientistes et les isopathes. — Expériences Taitee dans les 
bApilauz (H. Trousseau, M. Andral, etc.). — Appréciatioo générale de 
la doctrÛM et des Ikits. 

IV. lA Novembre. — Du dogmatisme et de ses formes divefMS, 
DogmatisoM pbysico- chimique etdt^malisme vitaliste. 

Doctrines ehimiqnos (ehimiatrie) : 1* IfEippoerate à ParaofUe* — 
Les quatre éléments et les quatre humeurs ; les intempéries , crudité, 
coction, crises. — Progrès de la théorie humorale : les onze acrimonies 
de Paraxagore admises par Bérophile, etc. — Galien éclectique, mais 
surtout humoriste : sa manière de concevoir les dyscrasies; sa pyrélo- 
logie ; fa thérapeutique.— Long règne du galénisme (Arabes, arabîates), 
stérile pour la thérapeutique, non sans ntililé pour la pharmacologie. 

2° De Paracelse à Lawisier. — Eléments mystiques, empiriques el 
dogmatiques du paracelsisme ; du réie que joue la chimie (sel, aooflre, 
mercure, reproduisant k peu près les éléments d'Empédocle) dans la 
pathogénie et la thérapeutique du réformateur. — Des slgnatnret. — Des 
arcanes. Valeur réelle de la doctrine confuse de Paracolse : elle rompt 
avec la tradition; elle conduit à queh]ues résultats positiCs (noédica* 
ments minéraux; spécificité). 

V. IG Novembre. — Suite des doctrines chimiques : l'an Helmont, 
Ëtiologie ; idées de la pathogénie ; principes de pbarmaco-d jnamïque : 
spécifiques, aianes. (Origines de l'bomœopatbie.) Van Heiraont peu 
praticien. 

Sylvïm, créateur de la ehimiatrie propremeot dite. Acidité, alcaU- 
nité, fermentations, vapeurs. Thérapeutique neutralissnte, excitante, 
dépurative. — Succès de la ehimiatrie ; ses partisans. Willis. Querelles 
au sujet de l'émétique (Riolan, Guy Patin) ; défaite de l'ficole de Paris. 

Des traces do ehimisme même ehez les adversaires de la doctrine ; 
Sydeaham, Bonbaave (sept espèce* d'acrimonies), Hoffinann, Subi, 
CuUen. 

'i" De Lavoisier jusqu'à nous, — Chimie inorganique : Fourcroy, 
Baumes, Girtanner, iœger, Beddoes. — Gbiraie organique : Lehmann, 
Liebig, Mialhe, Poggiale, etc. 

Appréciation générale : t' des services rendus par la ehinaie k la mé- 
decine ; 2* de l'influence exercée par le ehimisme essayant de se sub- 
stituer è la science propre des êtres vivants. 

VI. 18 Novembre. — Suite des doctrines physteo-ehimfapwB : Écoles 

iatrophy situes, iatromécaniques et mathématiques. 

Doctrine corpusculaire antique, dont on trouve la trace dans Bippo- 
crate. 

Doctrine pneumalitM (pneuma pii/duam et poeuma sotieon d'Era- 
sistrate, analogues aux Ames de première et de seeonde majesté du 
professeur Lordat). Le pneuma se confond avec l'air vital, avec la cha- 
leur innée (Athénée) ; théories mécaniques en physiologie et en patho- 
logie. Thérapeutique en désaccord avec ces théories. 

DoctrîHe métbodiqtte (Asclépiade, Thémison, Tliessalus) ; ses relation* 
avec la théorie corpusculaire. Exposé sommaire de la médecine dicho- 
tomique des méthodistes. Thérapeutisme : importance accordée aa 
régime, aux exercices; innovations (hydrothérapie, trachéotomie). 

/atron^emitiM du rm* riécle. Prodigieuse activité des esprits. 
Santoro, Borelli, Malpi^i, Bellini, Baglivi, Beerhaave; Fr. Hoffmann 
(résumé de la pathologie et de la thérapeutique de ea médecin). 
Divorce de la théorie avec la pratique de la médecine. 

lalro^sicim* de nos jours ; Brandisi, Marcus, Proscbasfca, Auten-' 
rieth, Treviranus. 

Le prt^étttire^rarU : Gerhek BAiLuk&s. 

PARIS. — IHPIIUIEIUB DB E. HAIITIHBT, SHE MIGKON, S. ' 

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DEUXliMË 'CANNÉE. — 5. 



UN NUMÉRO ï 30 CENTIMES. 



31 DÉCEMBRE 



REVUE 



DES 



COURS SCIENTIFIQUES 

DE LA FRANGE ET DE ^ÉTRANGER 

PHYSIQUE — CHIMIE — ZOOLOGIE — BOTANIQUE — ANATOHIE — PHYSIOLOGIE 
GÉOLOGIE — PALÉONTOLOGIE — MÉDECINE 



Parait tona les Saxoedis. 

Pari* Six mois. 8fr. Un an. 15 fr. 

DéfiwteiiiciiU. . — 10 — 18 
tùinfCT — 12 — 20 

Mz <• raktueMMt tm b Imt 4h cm» Uttirtlm. 
Si Mil..... P»it. 15 ù. Défart., 18 fr. ÉUwite, SI fr. 

lia ~ n — M — ... U 



M. ËCG. YUNG 

MUCTKD» 

M. ËmLI AlGLATS 
car M u KÊaàcttBK 



On s'abonne 

A I.A blSKAIBIS OSaMBa BAILLIÉaS 

17, ne de l'âcole-d»-llé<lMliw, 
El chM ton Im Ubnirai, pv TmtcI (fn boa ê» | m li, 
on d'tu tundit mw Parâ. 

L'abopMiwl p«rt in 1" ditihfe Mda l"Jibi 



BOMBCAIRB. 

Aetdémle des seienoes. — Oonuniiiiieatioiu de M. H. 
Sainte-Glaire Derille. 

COUifiB DS niANGit. - Médecine. — Cem i» M. Claade Ber- 
mmré : Diaeran famr\m, U nUecm apMMrids «1 k «MmIm 

d'sbwmtion. 

sociBTÉ CBunouB. — Gtaimie générale. - GMCimcca do M. H. 

Safaile-CJlidre BevIUe t La dmAéi dawpnu*. 
COUifiE DE FRANCE. — BnïbiTOgéDie ccnnparée. — Cm» di 

SOmtes SCtBNTIFlÛUES DE LA SORBONNB.— Ctwfcrtnct Aa M. Payeai 



Paris, 30 décembre ISOi. 

Danslaséance de lundi dernier, l'Académie des scien- 
ces a reçu un travait de M. Gerbe, aide-naturaliste au 
Collège de France, présenté par M. Coste. Ce travail est 
relatif à l'embiyogénie comparée des crustacés, que 
M. Gerbe a étudiée dans le laboratoire de Goncarneau, 
où sont élevées les espèces les plus importantes, et Tau- 
Inir y a jmnt des planches exécutées par luHndme, re- 
présentant les principaux appareils organiques de ces 
animaux. 

M. Màthieu a otTert & TAcadémie l'ilRniMtirtf du Bu- 

™«i itt longitudes pour l'année prochaine. Parmi les 
pièces contenues dans ce volume, nous signalerons un 
acle du parlement anglais, autorisant l'usage du système 
métrique en Angleterre, et suivi d'un tableau de con- 
ïmion des mesures métriques en mesures anglaises. 
M. Daubrée a présenté im aérolithe trës-rcmarquahle, 
U. 



tombé il y a déjà longtemps, et donné tout récemment 
an Muséum d'histoire naturelle. C'est l'échantillon de 
ce genre le plus considérable que possèdent les collec- 
tions géologiques du Jardin des plantes^ et M. Daubrée a 
profité de l'occasion qui lui était offerte pour présenter 
à l'Académie le catalogue de ces collections. 

Enfin, M. H. Sainte-Claire Deville a présenté une note 
sur les densités de vapeur et leLlieu où s'opère la fécon- 
dation de l'ammoniaque, que nous croyons devoir re- 
produire intégralement. 

Outre l'intérêt qu'elle présente en elle-môme, cette 
note a l'avantage de se relier étroitement aux faits expo- 
sés par M. H. Sainte-Glaire Deville dans la conférence 
de la Société chimique que nous reproduisons plus loin, 

Éhile Alguve. 

Voici le texte de la communication de M. H. Sainte- 
Glaire Deville ; 

«J'ai Tait voir que l'acide chlorbjdrique et rimmoDiaque gazeuse mit 
en contact i la temp^irature de 360 degrés dégagent de la chaleur, et 
que, par tuile, cea gaz se eombineat i une température où la densité 
de vapeur du sd «mroiRiiae MsfgM i ce eorpt 8 volumes pour J'éqni- 
valent. 

» M. Wanklyn et Robinton ont objecté aux eooelusioas que j'ai 
tirées de cette expérience que les gaz dont je m'étais servi, étant intro- 
duits dans mes appareils à la température ordinaire, la chaleur déga- 
gée dans ces conditions était telle, que le point de déc<mip<MÎliou 
du sel ammoniac pouvait être dépassé. La réponse k cette obiectioa 
était facile ; elle a été développée dans les belles leçon$ de M. Wurtx, 
auxquelles je renvoie. 

» Cependant je tenais à recommencer mes délenninations dans des 
conditions telles, que les gai, avant leur combinaison, ftissent échauffés 
à la température de 360 degrés, et que toute incertitude fftt dissipée en 
ne bisant iotanmilr que rnpériuee dans la diseasafam. Voici eom- 
ment j'opère. 

» Ua petit ballon de verra soufflé da 100 k 200 centimètres cubes 
de capacité est entouré de deux tubes de verre de plus de 2 mètres 
de longueur, contournés en hélice, de manière i n'oecuper auiwès du 
ballon qu'un très-petit espace. Ces tubes, qoi dépassent m haut le col 



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70 



REVUE DES COURS SGIËNTtFIQUES. 



31 DécnBBB 



da ballon, sont soudas r la partie inférieure de celiii-d au moyen de la 
lampe d'ém»il|pur (1). Toutl« système est plongé dans an vase cylin- 
drique de fer (bouteille à mercure rotipëe) dans lequel circule la vapeur 
du merrure bouillant, et qui est ainsi maintenu à une température con- 
stante de 360 àe^ét. L'un dos serpentins est constamment parcouru 
par de l'acide chfarhydrique sec, dont le débit est de 20 à 25 litres par 
heure et sans pression ; le ballon est donc liù-méme constamment plein 
dfr cet a«(dc k la température de 309 degrés. Un thermomètre è air 
d'un très-faible poids Indique les variations de la température. Quand 
«Ile-ci est dévenue coDstante. on introduit dans le ballon, par le se- 
cond Mrpcnlit, un rourant d'ammoniaque sùclie ayant la même viiesse 
et acquérant la même température que l'acide chlorhydrique, et l'on 
voit immédiatement le ther momètre indiquer une élévation de tem- 
pérature telle, qu'aucun doute ne peut rester dans l'eipnt de l'obser- 
\'ateur. 

H Si l'on interrompt et rétablit le courant d'ammoniaque, on volt 
successivement la température diminuer et augmenter; mais le phé- 
nomène perd très-rapidement de Ea neltelé , parce que les c'eux 
serpentins s^emplissent très-vile de sel ammoniac condensé dons leurs 
parties froideî, du moment que les deux gaz ne sont pas en mou- 
vement. 

■ Le thermomètre k nlr dont je me suis servi était einsi construit. 
Va petit réservoir cylindrique de verre très-mince, ayant pour hauteur 
le dUmèire du ballon, a été soudé i un peiH tube oapillaire scudé lui- 
même i un manomètre i SMtkm presque capillaire, et rempU d'acide 
Bulltarique concentré. Une petite tubulure fermée, en étirant un peu au- 
dessus du manomètre la surbce du tube capillaire, permettait de met- 
tre l'intérieur du reservoir thermométrique en communication avec l'air 
extérieur. Quand on supposait In température invariablement Hxée dans 
le ballon soumis k l'action de la vapeur mercurielle, on interrompait 
Cf tie communication en fondant au chalumeau la pointe du tube étiré. 
On nerait alors le nivtiàu de l'acide sulfiirique, et l'on pouvait constater 
qu'au moment où l'ammoniaque était introduite dons le ballont M ni- 
veau commençait îi se déplacer et atteignait une hauteur verticale de 
plusieurs centimètres en 2 ou 3 minutes environ. 

» H. Pébal, la savant professeur de Lemberg, qui assistait & cette 
expérience, me Ht remarquer avec une grande justesse que la quantité 
de chaleur développée dans ces circonstances n'est même pas la quan- 
tité totale de chaleur que l'acide chlorhydrique et l'ammoniaque pour- 
raient produire en se combinant entièrement; car la tension de disso- 
ciation du clilorliydrste d'ammoniaque à cette température est Oéjà fort 
sensible, Comme cela résulte de Texpérlence trés-belle et très-con- 
cluante qui lui est duc. 

n M Than a récemment publié les observations qu'il a faites au 
moyen d'un appareil très -élégamment combiné et qui paraissait devoir 
résoudre la question d'une manière péremptoire. Il emploie un inbe 
plein d'ammoniaque gaseusn, chauffe par le rayonnement d'im fournenu 
et plongé par sa partie inférieure dans une cuve à mercure. Un autre 
tube concentrique plem d'acide chlorhfdriqne à la même température, 
à la même pression et de même volume (conditions remplies avec pré* 
eision par une disposition fort ingénieuse), est placé dans le premier ap- 
pareil. Quand on brise le tube à acide chlorhydrique, on n'aperçoit 
aucun changement de volume, par conséquent aucune dépressitm du 
mercure, et M, Than en conclut qu'il n'y a pas de dégagement de cha- 
leur BU moment où l'ammoniaque et l'acide chlorhydrique le oombinent 
dans une alniosphèie portée à 350 degrés environ. 

s Cet appareil, tout ingénieux qu'il est, me semble pédier «n plu- 
sieurs points eksentiela. D'abord, la flxité de la temp&ratura intérieure 
est indi-pensable et cependdut bien diRlcile à obtenir et a apprécier (2). 
Les \ariattons de volume du gaz dues à h vaporisation du mercure 
porté à une température très- voisine de son point ii'ebullilion ne peu- 
vent être, par suite, complètement évitées. La masse des gsz, pai' rap- 
port i la masse des deux envclo|ipes de verre intérieure et extérieure 
c»t tellement petite, que toute la chaleur, qui ne peut éire qne fuible, 
est immédiatement absorbùe par les parois. Enlln, la différence de den- 
ïtfé dc> deux gai, qtii est considérai te (dans le rapport de 1 à 2,7), 
leur permet sans doute d« rester longtemps séparés dans le tube avant 
que la combinaison, dont Téiiergie d'ailleurs est si petite, s'effectue en- 
tièrement. Du moment que cette combinaison n'est pas subito, elle 
ne peut donner llsu aucun eflél thermomélriquè sensible. 

. (i) VBPP9reil 4ite J'ai l'Iwoiieiir de metlre aees lei yeux de l'Acedé* 
mie a été fabriqué avec une grande habileté par M. Alvergniat«. 
■ (i) Ce toM fieot être enimiM ft un Ibermeméire h air réduit h ton 
tiuÊnotr. C'est dene un Instrument Ibrt peu tensiUe, surtout quand la 
biulmir mercurieUe n'y est pis Constante, et en variant diminue l'effet 
ttireoiemeat meseraMe de ta dilatation. 



s C'est pour cela que j'ai soin de donner h mes vases une masse 
très-faible, & mes courants gareux un débit considérable (malt ssns 
pression), et de mélanger cfs gaz dans mes appareils par suite du 
mouvement qui les transporte l'un vers l'autre, afln d'obtenir un ac- 
croissement sensible de température. La valeur observée, même dans 
ces conditions, eat peut-être très-petite par rapport à celle que l'on 
obtiendrait si les parois des ballons et des réservoirs n'avaient pas de 
niasse sensible, «t s» la vapeur de merwre qui se renouvelle sur leur 
surface n'était réelIcOtent pas une cause de refroidissement considé- 
rable pour les gos qui se combinent dans leur intérieur. On compreed 
lesdiflicaltéa qui compliquent de pareillee expërienrei. J'Mpète, sans 
trop y compter, les avoir résolues rifcoureusement. 

j) Je publie ces faits comme je les ai observés, sans idées préconçues. 
Mes lecteurs voudront bien admettre pourtant que, depuis près de dix 
années que j'ai consacrées à des travaux relalifi à la chaleur, je me suis 
fait moi-même une théorie pour les coordonner et les expliquer. Cette 
théorie, tout imparfaite qu'elle est, et mes travaux sur la dissociation, 
nio portaient naturellement à croire que les corps qui représe nient 
8 volumes sont réellement décomposés au moment où l'on prend 
leur densité de vapeur. Mais des faits incontestables, et que j'ai déji 
publiée, m'ont rendu plus' prudent dans mes conclusions; d'autres, 
plus hardis, n'ont pas hésité. Jè désire sincèrement qu'ils aient raison : 
mais je demande qu'ils le prouvent, et alors je me ralUerat vtrionliers 
à leur opinion. 

■ Ainii mon savant tmi U. Wurti, pour iéarter lee coueèqueacet 
des faits relatift au chlorhydrate d'ammoniaque, suppose que deux i:si 
comme l'acide elilorhydrique et l'ammoniaque pourraient^ par lenrcon- 
tact, fournir de la chaleur sans que pour cela un fAt obligé d'admettre 
qu'ils se sont combinés. Il cite à l'appui de son opinion des expériences 
de M. Favre, qui prouvent qu'on peut presque indéfiniment ajouter de 
IVau à de l'acide sullbrique étendu, sans qu'il cesse de se produire de 
la chaleur, et il ajoute qu'on ne peut admettre des combinaisons en 
proportions indéfinies entre l'acide sulAirique et l'eau. II est tenté de 
TUfr II un phénomène d'en ordre nouven différent de la vériuble 
combinaison, et auquel il compare l'union de l'acltle chlorhydrique 
et de l'ammoniaque avec dégagement de chaleur. Mais réchanffcment 
qa'éproUTenl en s'efTectnant les mélanges d'eau et d'acide sulfurique 
est une conséquence nécessaire du changement de lAire densités 
ou de la contraction. On voit même, par les expériences que j'ai pu- 
bliées sur ce sujet, si l'on calcule In température correspondant à cette 
contraction en fonction de la deniilé, de la chalenr spécillque et da 
coetflcient de dilatation de ces mélanges, qu'il y a dans l'aocoiAplisse- 
ment du phénomène perte de force vive, qui est une fraction notable de 
la force vive totale. 

a Nous ne savons nullement ce que c'est que ta conTMiraiem, nous 
ne savons pas même ce qui la distingue eB^entielIcment de la dissolution, 
mais nous pouvons toujours la caractériser par un cliangemnit d'étal. 
Le changement d'état est manifesté par de nouvelles propriétés clii- 
miques ou physiques qui servent à distinguer la combinaison d'un simple 
mélange. C'est même le résultat négaiifde la recherche de ces proprié- 
tés qui sert de base a la démonstration classique de la vraie nolure de 
l'air. Ce changement d'état s'accompagne le pins souvent de dégage- 
ment de chaleur latente, ce qui rapproche la combinaison de la conden- 
sation des vapearfl ; mais il s'accompagne aussi d'absorption de cha- 
leur latente ou de refroidissnneni, comme cela a lieu pour les corps 
que j'ai proposé d'appeler expfost/'s (pour éviter un néologisme], comme 
le protoxyde d*acote les combinaisons oxygénées de l'azote et du dilore, 
le chlorera d'atote, lesquels se ferment louîoers par le oentacl de lenrs 
éléments réuni» à l'état luiaiant et qui dégagent de la ebalem- en se dé- 
composant. Les composés organiques se trouvent souvent dans cette 
catégorie, comme cela résulte de la belle ex|iérience de M. Berthelotnr 
l'acide formique (1). Le dégageeleot de chaleur, la productioe du froid 
ou riij)»ence d'cffei thermomélriquè ne prouvent rien pour ou contre le 
fait de la combinaison. Les mélanges d'eau et d'acide sulfurique accom- 
pagnés de oontraction, les dissolutions dans le cas le plH général, en 
sont des exemples saillants. Hais, quand deux gox s'unissent en donnant 



(i) lien est de même pour les phénomènes de chaleur qui n'obser- 
vent dans la séparation d-is éléments pendant la fermentation, et aux- 
quels M. Pasteur faisait allusioil toiit récemment, ie peux dés k présent 
hire preasenlir les prepertioni dans lesqneUee 11 faudrait méUager des 
dissolutions d'alcool et d'acide carbonique pour reconstituer le glucose 
en ne fournissant h celui-tif que la chaleur latente flxêe dans le* disso- 
Mtfens,' et en suppoiant qa'on (Misse y IMra naîtra ^équilibre tasuble 
des moléculea^ui constitue l'état naîsoaat, ce que iieusignorans encore. 
Je reviendrai sur ce sujet, eu publiant de nouvelles expérieiwe*, dans 
anc prvehaine séance. 



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1864. 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



71 



00 prodnii |a»ux uns cond«iiutIofl, tniis tvec digaf aitienl de chaleur, 
celle chaleur latente, devenue sensible, implique nécessairement un 
cbanfement d'étal, et je ne sais pas comment nous ferions pour ne pas 
appeter eomUntiMKi le prodait de cette union, i cause des idées qne 
BMs oonsfennons sur la nature des gai (1). 

■ Dans l'état actuel de la science, le plus sage est d'étudier pattum- 
Bieut les faits qui se rapportent à ces causes inconnues, sans se préoc- 
eiper de celles-ci et surtout sons faire dTiypothèse. 

» Pour résumer les faits relatifs aux densités de vapénr, je ferai re- 
marquer que l'expérience assigne à certains corps, dans des intervalles 
considérables de lempéralure pouvant aller jusqu'à 1000 degrés, 8 vo- 
loDKs de tapeur pour leur équivalent actuel; que, d'après des chimistes 
éniaeets, ces corps sont, sans exception, cooslitués par de véritables 
mélanges provenant de la séparation de leurs éléments ; enfin, qu'avec 
leur équivalent actuety aucun corps simple ou composé ne peut repré- 
lenter, soit 1 volume» soit 8 volumes de vapeur. C'est une bypoUiése 
que leirs luteura doivent déoiontrcrt et c'est i nous d'aUendre que 
etitt démmistraUon soit sans réplique. Jel'admetlrai alors avec empres* 
lemeat. 

■ RnatlendanI, voici, entre autres difficultés, celles dont Je propose ta 
Khitioa aux pertiaans de l'hypoUiàse des densités dites atiomafei. 

> 1' L'adde sDlfhjdrique forme, avec l'ammoniaque, deux compo- 
ste, «cfièces distinctes, cristallisées et volatiles, dontles formules sont : 

AxH*5, milUn d'ammoaium ou sulfljydrale d'ammoniaque ; 
AtH<S,B8, sulflijFdrate de sulfure d'ammonium ou bisuiriijrdnle 
d'ammoniaque. 

■ Le sulfure d'ammonium représente i volumos de vapeur, sa con- 
deasalion est égale à 1/3 : l'acide sulfhydrique et l'ammoniaque se 
combinent donc et restent combinés k la température (par exemple, 
100 d'grés) à laquelle on détermine sa densité de vapeur. 

it Le sulfhydrate de sulfure d'ammonium représente 8 volumes de 
vipeur; la condensation est nulle. 81 l'on suppose que ses éléments se 
Mient séparés à la température oii l'on prend la dénude TCpear(par 
ewmple, 100 degrés), on est obligé do supposer qu'il s'est partagé en 
smmmiisque et acide sulfliydrique AiH* et 2HS, donnant chacun à vo- 
lomei et ayant pour somme 8 volumes. 

> Or, à ceUe température, lea éléments ne pourraient réellement le 
sépirer qu'en sulfure d'ammonium AzH'S et en acide sulfhydrique HS, 
t^fféseniMt, l'un h volumes, l'autre 3 volumes, dont ta somme est 
6 tolumes. 

» Si le snlfhydrate du sulfure d'ammonium était décomposé dans sa 
pn^re vapeur, il devrait donc fournir 6 volumes. Or, l'expérience 
MUS apprend qu'il en fournil 8 ) doDO il n'est pas décomposé, donc sa 
npeur n'a rien d'anomal. 

I 2" Quand l'acide carbonique, l'acide sulfureux, l'acide acétique, 1« 
wtre, le sélénium, le tellure et tant d'autres corps si nombreux et si 
cooDos anjourd'hui nous présentent une densité de vapeur variable avec 
Il température, c'est réellement que leurs coefllcients de dilatation vont 
ta diminuant quand la lempéralure augmente, jusqu'à prendre une 
Heur minimum O.003li6, celle qui contient à Thydrogène, par exem- 
jfc : les travaux de H. Regnanlt, de H. Cihours, eenxde M. Troostet 
Kl Btew, l'ont prouvé surabondamment. 

» On s'est appujé sur cette variabilité des densités, découverte par 
IL Cahonrs, pour faire espérer que les densités de vapeors, gênantes 
H point de vue de eerlaines théories «temiatiques, celles du phosphore 
el <e l'arseniG, par exemple, pourraient diminuer de moitié si un les 
wtenntoait i des lempéralures hors de noire portée. Si l'analogie sur 
facile on se fende est légitime, die devra s'étendre au phénomène de 
«nriatÎMte leurs codBeienU de dilalMion; or, H. Treost et moi 
Mw avons tait voir qu'entre des températures variant de 1000 degrés, 
B densité de ces vapeurs devenant consiiirte. leur coefflctenide dilata- 
tion doit être aussi eonalant, comme pour toutes Isa vapeurs sufllssm- 
Beat cbauiles et jwur les gaz par&its. Admettre que, par exception, ce 
(WBlcient est ou peut être dilTéreot de 0,00366 pour que le phosphore 
« l'irsenie cessent de représenter un seul volume de vapeur, c'est bire 
>H brpDibése inconciliable av«o toûlaa las aaalogieo et iMidmtosibla 
•M l'étal actuel de la science. > 



(1) n D'y a lien de comparable A U dissolution dans les gu. 



Macoam 



FACULTÉ DËS SCIENCES. 
PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE. 

COtnS SB M. CtÂtJDE BSBNARD 
(é« riasdtat). 

d*oav«rSnp«. — La sMédef^sae es|^laaem(*l« 
et im médedae d'obncwAllMS. 



Messieurs, 

Cette année, commo les années précédentes, nous de- 
vons traiter ici de ia médecine expérimentale, et bien 
que nous ayons déjà indiqué plus d'une fois le sens qu'il 
faut attacher à cette expression, il n'est cependant pas 
inutile d'y revenir cha([ue année dans une première 
leçon, pour mieux préciser l'esprit général de cet ensei- 
gnement et les principes qui le dirigeront toujours. 

Le but que nous poursuivons, c'est d'appliquer à la 
médecine les principes de la méthode expérimentale. 
Ce n'est donc pas un nouveau système de médecine que 
nous venons vous proposer, c'est an contrait^ la négation 
de tous les systèmes. Le triomphe de la médecine expé- 
rimentale aurait pour résultat de faire disparaître de la 
science toutes les vues individuelles pour les remplacer 
par des théories impersonnelles et générales solidement 
établies sur les faits, et qui n'en seraient, comme dans 
les autres sciences, qu'une coordination régulière. 

Pour nous, la médecine est donc une science d'expé- 
rimentation au môme titre que les autres sciences natu- 
relles, physique, chimie, physiologie, etc. Cette manière 
de l'envisager est loin encore d'être oniversellement ad- 
mise. Tous les jours on voit des médecins prétendre que 
la médecine est une pure science d'observation; à leurs 
yeux, nos idées ne sont que des utopies propres tout au 
plus & égarer les esprits loin des études fécondes, et 
nous marchons dans la mauvaise voie. Pour éclaircir cette 
question, il convient tout d'abord de définir exactement 
ce qu'est ime science expérimentale et ce qu'est une 
science d'observation, quelles différences les sépa- 
rent et quelles ressemblances les rapprochent. Bien 
des gens, en effet, se font des idées trës-fansses de tout 
cela, et il n'est pas rare de voir des médecins eux-mê- 
mes ne pas saisir le véritable sens de ces mots. 

Dans ime science d'observation, on passe en revue, on 
étudie, on observe les phénomènes, puisque c'est le mot 
consacré, et l'on raisonne ensuite sur eux pour découvrir 
les lois qui les gouvernent. La science expérimentale fait 
tout cela; mais elle fait encore autre chose : après avoir 
déterminé ces lois permanentes qui régissent les faite 
transitoires, elle agit soûs l'empire dé ces lois pour nio-' 
difler ces faits eux-mêmes ou en produire d'autres, tandis 
que la science d'observation ne peut pas ou ne veut pas 
le faire. Voilà la différence capitale, et c'est là que gtt 
toute la question. 

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73 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



31 D&EnftB 



Le type des sciences d'observation, et celle qui le res- 
tera toujours, c'est rastronomic; nous ne pourrons ja- 
mais aller saisir les planètes h travers l'espace pour les 
soumettre à nos expériences ou modifier leurs condi- 
tions d'existence. Mais toutes les sciences terrestres étu- 
diant des phénomènes qui peuvent être placés k notre 
portée sont destinées à devenir des sciences d'expéri- 
mentation. 

Ces définitions établies, que devons-nous penser de 
la médecine? Si c'est une science d'observation pure, le 
médecin devra toujours considérer les phénomènes mor- 
bides dans l'ensemble de l'organisme qu'il lui est interdit 
de médicamenter ou de changer en quoi que ce soit ; 
il observera toutes les circonstances des maladies, leur 
inOuence sur le corps humain et leur issue heureuse ou 
malheureuse* mais là se bornera son rôle; il ne doit pas 
plus agir sur le malade que l'astronome sur les astres, 
car il ne doit rien modifier. Yoilà donc une médecine 
qui restera purement passive, et c'est là une conséquence 
nécessaire de cette manière d'envisager les choses ; car 
définir une science, science d'observation, c'est dire im- 
plicitement que l'homme l'emploiera pour prévoir tes 
phénomènes de la nature, mais ne l'emploiera pas pour 
agir sur eux. Quel est, en effet, l'astronome qui préten- 
drait Jamais réformer le cours d'un astre? Au contraire, 
la chimie et la physique ne se contentent pas d'observer 
les phénomènes, elles les modifient en se servant des 
lois mêmes qui les régissent ; elles les maîtrisent à leur 
gré, et donnent ainsi naissance à toutes ces applications 
merveilleuses qui renouvellent l'industrie moderne et 
lui font prendre un si grand essor. La médecine ne peut 
acquérir la même puissance qu'à cette seule condition, 
c'est qu'elle devienne, elle aussi, une science d'expéri- 
mentation. Hors de là, le médecin peut observer toutes 
les circonstances des maladies; il peut môme, à toute 
rigueur, placer son malade dans un milieu un peu plus 
favorable, mais voilà tout. En un mot, la médecine d'ob- 
servation serait une médecine purement expectante; la 
médecine expérimentale, au contraire, une médecine 
essentiellement agissante. 

Pour la médecine d'obsemtion, le corps est un tout 
indivisible auquel on ne peut pas toucher; les maladies 
aCTectent l'ensemble de l'organisme, et c'est dans l'étude 
des forces de cet ensemble, préservé des atteintes de 
l'analyse, qu'on doit en chercher le secret. Dès lors, la 
physiologie, l'anatomie, la chimie et toutes les autres 
sciences qu'on doit appeler sciences catxilinires^ au lieu 
de sciences accessoires de la médecine, toutes doivent être 
proscrites, car elles ne rendront aucun service aux 
médecins. Ce n'est pas là une invention de nobre part, 
ou une conséquence que nous tirons nous-même des 
théories des adversaires de la médecine analytique ou 
expérimeujtale. Ce que nous venons de dire, les méde- 
cins de l'école de Montpellier, qui se piquaient de con- 
tinuer plus particulièrement les doctrines de l'école 
hippocratique , l'ont proclamé très-hautement eux- 



mômes sur tous les tons, et Rivière a même eu le sin- 
gulier courage de dire que les découvertes d'AselIi et 
de Pecquet sur les vaisseaux lactés, comme celles d'Har- 
vey sur la circulation, étaient de pures curiosités zoolo- 
giques qui n'importaient aucunement à la médecine. 
Cette énormité serait pourtant une conséquence logique 
de la médecine d'observation pure. 

Mais au fond, il est assez inutile de défendre la mé- 
decine expérimentale contre les attaques dont elle est 
l'objet, car la médecine d'observation pure, et dans le 
sens précis du mot, n'a jamais existé et ne pouvait 
même pas exister. Dès qu'un malade s'est présenté, on a 
dû immédiatement être porté â agir pour le soulager. 
On y était poussé par des sentiments de compassion ou 
par la nécessité ; et c'est ainsi, dit Baglivi, que naquit la 
médecine. Dès les premières écoles de l'Inde, tous les 
médecins ont un arsenal thérapeutique. Ils ont donné 
des remèdes à leurs malades, et dès lors ils ont expéri- 
menté, car les médicaments, qui ne sont que des poisons, 
modifient évidemment l'état du malade et agissent sur 
les phénomènes de son organisme. 

La médecine expérimentale, c'est-à-dire celle qui agit 
sur le malade, est donc fort ancienne. Elle s'est montrée 
dès l'origine de la médecine; seulement ce n'était alors 
qu'une expérimentation aveugle et instinctive. Mais 
alors, comment a pu s'introduire dans la science cette 
doctrine de la médecine d'observation que l'on oppose 
aujourd'hui à la médecine expérimentale? Cela parait 
d'abord difticileà expliquer, car il est évident que la pre- 
mière idée d'un médecin vis-à-vis de son malade sera 
toujours de le guérir ou au moins de l'essayer, et pour 
cela, de lui donner quelque chose qui puisse modlQer son 
état. Nous trouvons la raison de la médecine d'observa- 
tion expectante dans les graves abus que peut entraîner 
une expérimentation, c'est-à-dire une médication in- 
tempestive et aveugle, lorsqu'il s'agit de médecine. 

Il est impossible qu'on ne voie pas bientôt qu'il est 
des malades qui guérissent sans être médicamentés, et 
qu'il en est qui meurent en étant médicamentés, et 
même parce qu'on les a médicamentés. Aussitôt Tob- 
scrvation et la raison ordonnent de s'abstenir et de lais- 
ser le malade livré aux tendances heureuses de la nature. 
C'est là le premier pas scientifique dans la médecine ; et 
ce premier pas, nous le trouvons accompli dans la mé- 
decine grecque ou médecine hippocratique. Hippocrate 
reconnaît une nature çiédicatrice, qu'il faut observer et 
chercher h favoriser. Les cas mortels sont le triomphe 
d'une puissance opposée à celle de la nature. On a donc 
raison de faire commencer la médecine scientifique à 
Hippocrate, et cette médecine devait nécessairement se 
traduire par une expectation plus ou moins complète. 
Mais si l'idée qu'on peut tuer par les médicaments un 
malade qui aurait guéri par la nature seule se montra 
d'abord, l'idée contraire survint aussi plus tard, et l'on 
admit qu'un malade que la niiture ne guérissait pas, un 
remèdeactif et énergique pouvait le guérir. De là l'appa- 

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18U. 



REVUE DBS COURS SCIENTIFïOUES. 



riti<Ki des remède* hiniques, des ^péeifiquee, des panacées 
universelles de Paracelse et autres. Dès lors l'opposition 
du médecin observateur etdu médecin expérimentateur 
Jbt établie, l'un dirigeant les tendances de la nature, 
què vergit natura eà dueendum ; l'autre maîtrisant la na- 
ture, mediew naturœ superator. 

La médecine expérimentale, telle que nous la conce- 
vons, n'est nullement en contradiction avec toutes ces 
idées ; elle les admet au contraire. Nous reconnaissons 
qu'il Tant mieux lai^r guérir un malade que de le tuer 
en agissant aveuglément par des médications -énergi- 
ques; mais nous reconnaissons aussi que quand l'expéri- 
mentation aappris l'efficacité d'un remède, il vaut mieux 
l'employer, et nous ajoutons même que nous trouvons 
que le médecin qui sauve son malade en enrayant un 
accès de fièvre pernicieuse avec le sulfate de quinine est 
bien plus puissant que celui qui observe le cours d'une 
fièvre typhoïde ou d'une variole qu'il ne peut pas arrêter. 
Seulement la médecine expérimentale n'est que le dé- 
veloppement méthodique de ces idées par l'application 
des préceptes ordinaires de la méthode expérimentale, 
cimme cela a lieu pour toutes les aub*es sciences. 

En effet, avant d'expliquer les lois des phénomènes 
Q^orela en expérimentant sous leur empire, il làllait 
d'abwd découvriroes lois qu'on prétend manier comme 
m instrument docile, et pour cela observer les faits en 
se laissant guider par des idées plus ou moins précon- 
çues qui constituent un véritable empirisme. La méde- 
cine a suivi h cet égard la même marche que toutes les 
autres sciences. Seulement, celles-ci ne rencontraient 
pu les mêmes (Stades et n'engendraient pas les mê- 
mes périls. Les alchimistes ont pu calciner de père en 
fils pendant des siècles sans autre danger que de perdre 
leur temps et leur fortune. En médecine, an contraire, 
ces erreurs d'expérience ont des conséquences plus 
funestes, et tout essayer constitue un empirisme aussi 
avenue que ctHidamnable, aboutissant, en définitive, à 
détruire les hommes. Si la médecine a guéri des ma- 
lades, elle en a certainement tué; et il est imp^sible 
de lui foire exactement sa part. Ce point de vue ingé- 
nieax a été fort bien mis en lumière par Gall dans un 
ouvrage, du reste, assez peu connu : fie la part de Vart et 
it Ut wuwre dwu la guérison des maladies. 

La médecine a donc commencé nécessairement par 
l'observation, mais elle tend sans cesse h devenir expé- 
mnoitale, comme toutes les autres sciences. Sans doute, 
vis-à-vis des dangers et des abus de l'expérimentation 
sur les malades, on a dû dire aux jeunes médecins : « Al- 
lez lentement et observez votre malade avec grand soin ; il 
vaut mieux ne rien faire que de faire du mal; ne donnez 
donc pas des remèdes dont vous ne connaissez pas l'effet. » 
Hus il faut bien entendre le sens et la portée véritable de 
cesconseils; on ne voulait point proscrire l'expérience, 
loais seulement les abus, qui effrayaient tout le monde; 
on Toolait bien que le médecin agit, mais avant d'agir, 
m voulait qs'il sût ce qu'il faisait. 



La médecine d'observation n'est donc que la méde- 
cine expectante, ou médecine provisoire, qu'on accepte 
quand on ne peut en avoir d'autre. La médecine expé- 
rimentale, au contraire, est une médecine active; c'est 
la seule qui permette d'agir efficacement sur le malade. 
Mais elle exige des connaissances préalables dont l'ab- 
sence l'a rendue longtemps impossible. 

Quels sont donc aujourd'hui les moyens de dévelop- 
per la médecine expérimentale? 

Mais puisque la médecine expérimentale n'est pas, en 
définitive, autre chose que l'application de la méthode 
expérimentale à notre science, et que le développement 
de cette science a suivi les mêmes lois que le dévelop- 
pement de toutes les autres, on peut se demander com- 
ment il se fait que la médecine ne se soit pas encore éta- 
blie sur cette base solide, comme la chimie, la physique, 
la physiologie et les autres sciences naturelles. II n'y a 
pas en effet un seul médecin qui ose présenter la raéd&-. 
cine comme une science constituée; elle est sans doute 
en progrès, elle avance môme, si on le veut, d'une ma- 
nière fort notable, surtout aujourd'hui; mais enfin, mal- 
gré ses derniers pn^rès contemporains, elle est encore 
bien loin d'être organisée régulièrement, et il serait 
impossible de le prétendre, à l'heure qu'il est, sans la 
plus évidente illusion. Quelques médecins sont partis de 
là pour soutenir qu'elle ne le serait jamais; à leurs yeux, 
la médecine est un art, une pratique ou tout ce que l'on 
voudra, mais elle ne sera jamais une science. Il y a là 
une erreur incontestable. Si la médecine est en retard 
sur les autres sciences, c'est qu'elle est de beaucoup 
la plus comidcxe, et qu'elle les suppose toutes; elle ne 
pouvait s'organiser que lorsque les autres, qui sont ses 
auxiliaires, le seraientdéjà et lui fourniraient les éléments 
nécessaires. Loin de nous étonner maintenant en la 
trouvant en retard sur les autres, nous devrions être 
bien plus surpris si elle les avait devancées. 

Beaucoup de médecins ont proscrit l'expérimentation 
parce qu'elle avait conduit quelquefois à se jouer de la 
vie humaine. Mais c'est là un abus que nous sommes les 
premiers à blâmer; la science doit apprendre avant tout 
à respecter la vie de l'homme et à laisser agir la nature 
seule, dès qu'elle ne peut plus se rendre un compte 
exact de ce qu'elle fïtit, parce qu'elle ne connaît pas assez 
les phénomènes qui se produisent et la valeur des médi- 
caments qu'elle emploie pour y remédier. On a dit que 
les meilleurs physiologistes sont les plus mauvais méde- 
cins, parce qu'ils ne donnent presque rien à leurs ma- 
lades, — et l'on a prétendu même établir ainsi la complète 
inutilité des sciences naturelles pour l'étude de la mé- 
decine. — Mais cela signifie seulement que les physio- 
logistes qui ont acquis la certitude qu'ils ne savaient pas 
ce qu'ils ont, ne veulent'pas expérimenter sur les hommes, 
et que sous ce rapport ils sont moins audacieux que les 
ignorants; cependant il faut expérimenter pour faire 
avancer la médecine expérimentale. U a fallu désagréger 
la matière et changer l'état des corps minéraux pour 



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74 



HEVUE DBS COURS SGIEINTIFIQUBS. 



31 DÊCEKBBl 



découvrir les lois de la nature minérale ; il faut disloquer 

les organismes et tuer des êtres vivants pour connaître 
les lois qui régissent 1» matière vivante. 

Dans eet état do choses, que devons-nous faire au 
Collège de France ! Nous sommes en face d'une contra- 
diction à laquelle il semble d'abord difficile d'échapper. 
D'un côtéf pour s'éclairer sur la nature, les phases et les 
remèdes des phénomènes morbides, il est nécessaire de 
détruire dans ses expériences beaucoup de matière vi- 
vante ; de l'autre, la morale et un sentiment naturel à tout 
honnèle homme défendent défaire ce que l'on croit mau- 
vais, ou même simplement ce que l'on ne croit pas bon. 
Cette contradiction est levée aujourd'hui, et voici com- 
ment. Si nous no pouvons expérimenter sur les malades 
qui se conflentànous, parce que nous risquerions fort de 
les tuer au lieu de les guérir, il nous est permis d'expéri- 
menter sur les animaux, et la science moderne a montré 
d'une manière, suivantnous, irréfutable, que les phéno- 
mènes de la vie se reproduisaient les mômes dans toute 
matière vivante. 

Les maladies dont l'expérimentation nous aura fait 
découvrir la cause chez les animaux seront donc par cela 
même appliquées chez l'homme, et nous pourrons sans 
danger reproduire ensuite sur celui-ci les effets que nous 
aurons d'abord obtenus sur ceux-là. 

Par tout ce qui précède, on voit que l'objet immédiat 
des éludes de la médecine expérimentale, ce n'est pas 
l'homme, mais bien les animaux : l'homme n'est que le 
but toujours présent à la pensée, mais qui reste en 
dehors des expériences périlleuses. 

Mais pour que la médecine expérimentale puisse faire 
des progrès, il faut d'abord, avant toutes choses, déve- 
lopper la physiologie, car c'est de toutes les sciences 
celle qui est le plus immédiatement applicable à la ipé- 
decine. En effet, la médecine commence toujours par 
l'observation clinique; mais une fois les phénon(iènes 
constatés, il faut aussitôt que la physiologie vienne en 
débrouiller le chaos en expliquant les faits intérieurs 
cachés sous ces apparences. Mais h son tour la niédecine 
éclaire la physiologie en lui révélant toute une série de 
phénomènes intéressants, et en lui montrant le jeu de la 
vie sous un jour nouveau. ^ 

Ici vient se placer une objection bien des fois repré- 
sentée aux physiologistes. Pourquoi tant d'expériences, 
nous dit-on, puisque vous ne pouvez rien expliquer en 
médecine, ni la scarlatine, ni la variole^ ni la rou- 
geole, etc.? Voilà une objection qui prouve chez ses au- 
teurs l'ignorance complète de ce qu'est le développe- 
ment d'une science. Et d'abord, il ne s'agît pas de savoir 
si nous pouvons tout expliquer, mais si nous pouvons 
expliquer quelque chose; si peu que ce soit, ce serait 
toujours un résultat important. Jamais les sciences ne 
se développent tout d'un coup; la physique, la chimie, 
la physiologie, bien plus avancées pourtant que la mé- 
decine, n'ont-elles pas encore one foule de points obs- 
curs? N'en auront-elles point toujours, et n'y a-tr-il pas 



des mystères que l'homme n'expliquera jamais? Eh 

bien ! il est clair que la médecine étant la moins avancée 
des sciences, doit être la plus obscure. Enfin» nous 
soutenons que l'état pathologique n'étant qu'une mo- 
dification de l'état normal , comme nous le mon- 
trerons à satiété dans le cours de ces leçons, il faut 
connaître l'état normal pour comprendre l'état pa- 
thologique, et vous savez combien la physiologie, nôaJ- 
gré tous SCS progrès, reste encore incomplète sur une 
foule de points. Vous êtes impuissants, nous dit-on, à 
expliquer la scarlatine, la variole, la rougeole. Cela est 
vrai ; mais il est vrai également que nous ne connaissons 
rien des fonctions de la peau où ces maladies ont leur 
siège. Qu'y a-t-il d'étonnant dès lors que nous ne puis- 
sions pas expliquer les maladies d'un organe dont nous 
ignorons les fonctions? Quand ces fonctions nous seront 
connues, il nous sera permis de rechercher conament 
elles peuvent se modifier ou s'altérer; mais jusque-là 
tous les efforts seraient vains. 

La médecine expérimentale est donc la médecine qui 
se développe, c'est la science de l'avenir. Elle ne pou- 
vait se développer que lorsque les autres sciences se- 
raient elies-niènics assez avancées pour lui fournirles pre- 
miers moyens d'expérimentation qui lui étaient néces- 
saires. Ce moment pai'alt venu aujourd'hui; sans doute 
nous sommes encore en plein empirisme médical, mais 
néanmoins il est incontestable que la médecine tend à 
se constituer expérimentalement, et ici où tous les cours 
de sciences doivent être progressifs, et regardant l'avenir 
delascience, nous sommesdansnotrc rôle de professeur 
du Collège de France, en aidant de tous nos efforts le 
développement de la médecine expérimentale. 

Le pian de notre euseignement est donc tout tracé 
d'avance. Pour étudier expérimentalement les phéno- 
mènes que présentent les êtres vivants, la médecine 
expérimentale est la médecine active qui modifie l'oi^- 
nisme ; c'est la science des médicaments ou des modifica- 
teurs. Il faut donc étudier les agents modificateurs, c'est-- 
à-dire les médicaments ou les poisons : au fond, c'est 
tout un, car il n'y a pas de médicament qui ne puisse 
devenir un poison à une certaine dose, et pas de poison 
que l'économie ne puisse supporter ou éliminer en quan- 
tité suffisamment làible. Voilà à quoi la médecine expé- 
rimentale doit s'attacher : la physiologie est maintenant 
assez avancée pour analyser avec avantage l'influence des 
agents modificateurs ou des poisons. 

Nous étudierons donc les poisons, mais en les consi- 
dérant à un point de vue bien déterminé. Aux yeux du 
médecin légiste les poisons sont avant tout les iostru* 
ments d'un crime; le toxicologue et le chimiste les étu- 
dient encore sous un aspect différent. Pour nous, ce sont 
des agents captAtes de modifier les phénamènesde lù vie et 
même de les faire cesser complêtemeni. Notre rôle ccmsis- 
tera donc à suivre l'action de chaque poison, car 
chacun produit sa maladie particulière, et nous 
verrons que bien des évolutions morbides ne sont 



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1861. 



75 



au fond que des empoisonnements. Nous étudierons 
donc sous toutes leurs faces les divers mécanismes de 
la mort, ce qui nous initiera mieux qu'aucune autre 
étude aux mystères de la vie: car en définitive h mort 
e'etl lé amlrairede ta vie ; toutes les définitions qu'on en 
pfut donner se ramènent toujours h. celle-là, bien qu'elle 
paraisse une pure naïveté ; et par oonséqiïcnt apprendre 
comment on.meart, c'est apprendre en même temps corn* 
ment on vit. 

Le plus grand obstacle qui s'oppose aux progrès de 
la médecine expérimentale, c'est qu'on s'est fait long- 
temps et qu'on se fait encore bien souvent l'idée* In plus 
busse et ta plus imparfttite de la constitution générale 
de l'orçanisme. On considérait la vie comme une force 
qui pouvait se localiser dans un point circonscrit du 
corps, dans un organe ou même dans un appareil. 
Ainsi pour ceux qui localisent la vie sur certains points 
du corps, quand on pique, par exemple, la moelle 
allongée en un point déterminé dont la blessure entraîne 
tme mort immédiate, il faut dire qu'on a chassé la vie qui 
s'était cantonnée en ce point, tandis qu'en réalité on a sim- 
plement rompu un mécanisme essentiel au jeu de l'exis- 
tence chez l'animal expérimenté, mais qui pourrait très- 
bien ne l'être pas chez d'autres. La section du nerf fticial 
nir on homme occasionne à peine une légère difformité du 
visage par snite de l'altération qu'elle apporte diins le jeu 
de la physionomie. Chez le cheval, au contraire, cette 
opération est mortelle, parce que les narines s'appliquent 
alors l'une contre l'autre de manière à fermer toute 
issue à l'air, et le cheval, ne pouvant, comme l'homme, 
respirer par la bouche, périt bientôt asphyxié. D'aillenrs 
en suivant ce raisonnement, on pourrait localiser la vie 
dans bien d'autres endroits encore et qui seraient même 
WQvent fort insignifiants. C'est qu'en effet la vie réside 
partout dans le corps humain ; son siège véritable est 
placé d.ins les éléments bistologiques qui constituent les 
tissus, et elle n'est en définitive que la résultante de l'ac- 
tion de toutes les parties élémentaires. Voilii l'idée bien 
nette que nous donne la science moderne sur la consti- 
tution de l'oi^anisme, et c'est cette idée qu'il fhut 
transporter on physiologie, en pathologie, en thérapeu- 
tique pour en faire la base véritable de la médecine ex- 
périmentale. 

Les poisons introduits dans l'organisme se glissent 
jusqu'aux éléments anatomtques dont ils modifient di- 
versement ou suppriment même les fonctions. On peut 
ainsi classer les poisons suivant la nature des divers élé- 
ments bistologiques sur lesquels ils agissent, et ce sera 
même là notre principale étude. 

En effet, comme nous le disions tout à l'heure, on 
doit distinguer deux médecines : la médecine présente, 
qu'il faut connaître et appliquer tous les jours pour 
exercer honorablement la profession de médecin ; et la 
médecine de l'avenir, la médecine progressive, dont les 
tendances doivent être connues, parce que chacun de 



nous est appelé à coocouHr à son avancement tout 

en exerçant sa profession. I<a première est amplement 
enseignée dans les facultés de médecine, où l'on y 
donne toutes les connaissances pratiques nécessairca 
au médecin, en exposant l'état actuel de la science. 
Ici nous supposerons toutes ces connaissances acquises 
et nous nous appliquerons à suivre les derniers progréa 
du jour, et à provoquer même ceux du lendemain, en un 
mot à diriger les. regards du médecin vers l'avenir, l^'est 
par la médecine expérimentale que le médecin pourra 
acquérir une véritable puissance sur les êtres vivants, 
puissance d'autant plus légitime qu'elle s'e.\ercera tout 
entière dans leur intérêt. 



SOCIÉTÉ CHIMIQUE. 

CHIMIE GÉNÉRALE. 

CONFiUlfCES DB H. B. SAINH-GLIUE BBTUU 

(de l'IoiÉitot), 

^iaontèaes <e diMoeUUon. «• Les denlt^a 
de vspear (1). 

Les densités de vapeur des corps sont proportionnelles à 
leurs équioulents ou à des multiples simples de ces équiva- 
lents (2). Tel est le principe démontré par Gay-Lussac. 
Par conséquent, si vous divisez l'équivalent ou un mul- 
tiple simple de cet équivalent d'un corps gazeux quel- 
conque par sa densité, vous obtiendrez un nombre 
constant que nous appellerons C. En d'autres termes, 
le volume atomique des différents corps gazeux est un 
nombre constant, le même pour tous. 

Mais en avançant nous allons trouver des difficultés. 

Si l'on prend pour unité le gramme en rapportant tout 
à l'équivalent de l'hydrogène, le nombre C représentera 
11''*-, 1. Le volume atomique de tous les corps que 
nous grouperons ainsi autour de l'hydrogène sera de 
11 litres environ. Mais prenons maintenant un autre 
groupe de corps, par exemple, l'oxygène, le soufre, le 
sélénium, le tellure, le phosphore, l'arsenic, etc., et 
nous verrous que G correspondra cette fois h 5 litres 
et demi. 

On est convenu de dire que ces derniers corps repré- 
sentent les volumes atomiques simples, ce qui veut dire 
tout bonnement qu'en exprimant les équivalents des 
corps en grammes, le nombre de grammes contenus 
dans 5 litres et demi de vapeur à la pression de O^jVfî 
et il température de degré correspondra au poids de 
l'équivalent. Ce nombre 5 litres et demi représente donc 
tout simplement un volume dont le poids est égal h celui 
de l'équivalent. 

Mais si vous preniez l'hydrogène, le chlore, le 
brome, etc., il vous faudrait 11"'-, 1 pour arriver ù ob- 



(I) Voir le n" 2, 

(S) Le bcleur est lonjoun ^, 1 w S. 



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31 DiCBinu 



tenir im volume dont le poids représente l'équivalent du 
corps. Un grand nombre de corps simples sont dans ce 
cas. Ce n'est pas tout. En choisissant d'autres corps, le 
volume atomique deviendra 22''^, 2, c'cst-à-dirc que 
pour trouver un volume dont ïe poids soit précisément 
égal h celui de l'équivalent, il faudra prendre 22'>*-,2. 
Dans cette dernière catégorie viennent se ranger notam- 
ment l'ammoniaque, un très-grand nombre de corps 
composés de deux éléments simples seufement, et la plus 
grande partie des corps de la chimie organique. Allons 
encore plus loin, et nous trouverons des corps dont le vo- 
lume atomique est Cette nouvelle série com- 
prend des corps composés de deux éléments eux-mdmes 
complexes, les sels ammoniacaux par exemple. 

Dans le calcul comparatif de tous ces résultats, pre- 
nons maintaiant 5i'*-,5 pour unité de volume. Nous au- 
rons alors des corps dont l'équivalent représentera 
1, 2, & et 8 volumes. Mais pourquoi nous arrêter là? Ne 
pourrions-nous pas avoir des corps dont l'équivalent re- 
présenterait 16 volumes ou môme un plus grand nombre? 
M. H. Sainte-Claire Deville a essayé d'en découvrir, mais 
sans réussir dans cette recherche. 

Donnons un exemple de ces tentatives. MM. Deville et 
Troost combinèrent ensemble 2 équivalents de sublimé 
corrosif (bichlorure de mercure) avec 1 équivalent de 
chlorhydrate d'ammoniaque. Cette combinaison était 
faite de manière que 8 volumes de sublimé corrosif de- 
vaient s'unir à 8 volumes de chlorhydrate d'ammoniaque. 
Or, d'après les lois de Gay-Lussac, l'équivalent du com- 
posé résultant de cette opération devait représenter 
16 volumes. 

Cependant les expérimentateurs trouvèrent un nombre 
supérieur sans doute à 8, mais inférieur à 16, et l'ana- 
lyse prouva que les matières produites n'avaient plus la 
même composition que les substances employées, parce 
que celles-ci s'étaient décomposées. C'est qu'en effet les 
corps les plus complexes sont ceux qui se réduisent le 
plus facilement en d'autres éléments moins complexes, 
et il y a un certain degré de complexité au delà duquel 
les corps ne peuvent plus exister à l'état de combinaison 
h une certaine température. 

Certains savants ont prétendu que les corps dont l'é- 
quivalent représentait 8 volumes ne devraient pas exis- 
ter en vapeur autrement qu'à l'état d'éléments séparés 
par l'action de la chaleur et simplement mélangés. Cette 
opinion, émise par M. Gannizaro et Hcrmann Kopp^ 
comme conséquence des premières expériences de 
M. Deville sur la dissociation, n'a pas été démontrée de 
manière à convaincre tous les chimistes, et c'est préci- 
sément parce qu'il n'est pas convaincu que M. Deville a 
voulu tracer l'historique de cette intéressante contro- 
verse. 

M. Cahours avait observé avec une très-grande jus- 
tesse que le perchlorurc de phosphore se composait 
bien de U volumes de chlore et de U volumes de proto- 
chlorurs de phosphore, ce qui donne en effet 8 volumes ; 



mais on a été plus loin, et l'on a rapposé que dès que le 
perchlorure de phosphore est vaporisé, il n'est plus qu'un 
mélange de ces éléments. 

Tout récemm^t, des expériences successives imt été 
exécutées en Allemagne par M. Pébsl, et en Angleterre 
par MM. Wanklyn et Robisson. 

Voici en quoi consiste l'expérience de M. Péfaal. Il 
prend un tube de verre au milieu duquel se trouve un 
tampon d'amiante qui empêche la communication entre 
les deux extrémités. Au-dessus de ce tampon d'amiante 
se trouve des fragments de chlorhydrate d'ammoniaque. 
Le tube ainsi disposé est placé dans un autre tube plus 
grand ot l'on fait arriver de l'hydrogène par les deux 
côtés. Eh bien, chose curieuse, l'hydrogène qui sort 
d'un côté possède la propriété de rougir la teinture de 
tournesol et contient par conséquent de l'acide chlor- 
hydrique, tandisque l'hydrogène qui sort de l'autre côté 
bleuit cette même teinture de tournesol, et ctmtient par 
conséquent de l'ammoniaque. M. Pébal, dans cette belle 
expérience, sépare donc par diffusion des quantités, très- 
faibles il est vrai, mais sensibles, d'acide chlorhydrique 
et d'ammoniaque libres. M. Deville estime la tempéra- 
ture de l'expérience à 400 degrés environ. Ainsi à cette 
température déjà im peu supérieure à celle à laquelle on 
détermine hk densité de vapemr d'tm chlorhydrate d'am- 
moniaque, ce corps se réduit très-partiellement en ses 
deux éléments, acide chlorhydrique d'un côté, ammo- 
niaque de l'autre. Voilà qui est incontestable. 

MM. Wanklyn et Robinson ont appliqué le même 
principe; ils ont séparé, comme M. Pébal et après lui, les 
éléments de l'acide sulfurique et du perchlorure de 
phosphore au moyen de cette intéressante propriété ap- 
pelée diffusion par M. Graham. Ils ont pris un ballon 
contenant soit de l'acide sulfurique, soit du perchlorure ; 
à ce ballon était ajusté un tube qui entrait dans le col 
du ballon de manière à laisser vide un espace annulaire 
très-restreint. On peut comparer la distance ménagée 
entre les deux anneaux de verre à l'espace qui sépare 
les deux parties d'une éprouvette dans laquelle on a fait 
une fissure; M. Grabam a démontré qu'au moyen d'une 
fissure de ce genre on peut faire de véritables analyses. 
Il y a séparation des divers corps, certains gaz traversant 
cette fissure et certains autres ne passant pas. MM. Wan- 
klyn et Robinsou ont vu qu'en chauffant pendant très- 
longtemps du perchlorurc de phosphore dans leur ap- 
pareil on finissait par obtenir une certaine quantité de 
protochlorure de phosphore qui restait dans l'appareil, 
et en outre du chlore qui s'échappait par la fissure. Ils 
ont conclu de là qu'en prenant du perehlorure dephos- 
phore, il était toujours décomposé en protochlorure et 
chlore. 

Les auteurs de ces expériences sont des chimistes 
très-distingués dont la parole fait foi par elle-même, au 
moins en ce qui concerne l'observation des faits. Mais 
tout n'est point là. Il s'agit encore de savoir a leur ex- 
périence est bien interprétée et si leur conclusion est 



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aKVUE DES COURS SOENTIFIQUES. 



légitime, en un mot, si ces vapeurs se sont entièrement 
(iécomposéesà ta température àlaquelle on opérait. Avant 
de démraitrer que cela est tout à fait impossible,. M. De- 
fille a TOuIu bien indiquer comment il est permis de 
s'appuyer sur les phénomènes de dissociation exposés 
dans le premier article et de quelle manière on doit les 
interpréter. 

11 faut t(Hijours en revenir sur ce sujet h une compa- 
raison entre la cobésion et Taffinité ou, si vous aimez 
mieux, entre les phénomènes de décomposititm et ceux 
d'ébullition. Supposons donc im vase plein d'eau : cette 
exu va s'évaporer; si elle est dans un ballon fermé, la 
teosi<m de la vapeur d'eau derinidra bientM maximum, 
t'air contenu dans la partie supérieure du flacon sera 
saturé et tout restera tel quel. Les propriétés de l'eau 
n'aoTMit pas changé; «m poids sera-t-il de même resté 
invariable? Non, évidemment, mais il faudrait des ba- 
lances d'une senabilité exquise, ou peut dire impossible, 
pMtf constater cette variation. Supposez maintenant que 
TOUS lassiez une ouverture à ce ballon : l'air saturé de 
rapeor m sortira peu à peu pour être remplacé progrès- 
siveiDent à Tintérieur par de Tair sec qui se saturera à 
son Um pour sortir ensuite, et au bout d'un certain 
temps, l'eau sera ainsi transformée tout entière en va- 
pcor. 

Voilà comment on peut expliquer les phénomènes 
observés par MM. Pébaî, Wanklyn et Robinson. 

En effet, à quoi se résument les expériences de ces 
derniers auteurs? Ils ont chauffé du perchlorure de 
phosphore à une température de 300 à kOO degrés 
et se sont arrangés de manière à permettre au chlore 
de sortir très-facilement. Ce perchlorure est encore loin 
de son point de décomposition, mais à la température & 
laquelle on Tobserve il a néanmoins une certaine ten- 
sion de dissociation, et une petite quantité de la vapeur 
de perchlorure de phosphore est réduite en ses éléments. 
Supposez maintenant qu'il sorte un peu de chlore grâce 
à l'artifice de M. Graham, et la tension va diminuer aus- 
sitôt : il faudra qu'elle se rétablisse et par conséquent 
une nouvelle quantité de perchlorure se décomposera. 
Tons ces phénomènes reçoivent la même interpré- 
tatif. 

Apr^ avoir expliqué ainsi les fkits sur lesquels s'ap- 
puient ces chimistes, il reste à démontrer qu'il existe en 
réalité des corps représentant 8 volumes de vapeur. Voici 
comment on peut y arriver. 

MM. Deville et Troosl ont pris la densité de vapeur de 
Teau àune température supérieure à 1000 degrés, point à 
partir duquel elle peut se résoudre partiellement en ses 
éléments ; cependant sa densité ne varie pas. Un corps 
SQSceptible de dissociation peut donc présenter une 
densité exactement égale à celle qu'il aurait sMl n'était 
pas susceptible de dissociation. L'expérience de M. Pébal 
a fait voir que le chlorhydrate d'ammoniaque à la tem- 
pérature de &00 degrés se décompose partiellement en 
Ks déments; d'autres persmmes en ont conclu que ses 



éléments s'étant séparés, il ne représentait plus en réalité 
les quatre volumes qui lui conviennent. La densité de va- 
peur du chlorhydrate d'ammoniaque ne seraitjqu'une dm- 
aité anormale, une densité apparente. La densité v^ilable 
serait double de la densité anormale. Mais dans un grand 
nombre d'expériences qu'il a faites sur le chlorhydrate 
d'ammoniaque &diflérentes températures, M. H. Sainte- 
Glaire Deville a trouvé pour sa densité de vapeur I (au 
lieu de 0,95), ce qui fait que, entre 350 degi^s et 1000 
degrés, U dissociation du chlorhydrate d'ammoniaque 
se trouve être trës-faiblc. Mais k partir de 1000 degrés, 
elle devient très-rapidement croissuite et les densités 
sont alors très-différentes. Voil& un premier fait & expli- 
quer; en voici noaintenant un autre. 

On dit que te chlorhydrate d'ammoniaque a sans doute 
pour densité 1 ennron, mais que cette densité n'est 
qu'apparente, et qu'en réalité on a affaire à un mélange 
de k volumes d'acide chloriiydrique avec k volumes 
d'ammoniaque. Il s'raisuit que le chlorhydrate d'am- 
moniaque ne peut exister à l'état de vapeur qu'à des 
intervalles tellement petits qu'tm ne peut les saisir. — 
Pour démontrer le contraire, M. H. S^te-Glaire Deville 
prend un ballon plein d'air qu'il chauffe dans une en- 
ceinte maintenue à une température constante de 350 
degrés an moyen d'an courant de vapeur de mercure; 
dans ce ballon on fait passer au moyen de deux tubes 
recourbés deux courants constants et d'un égal débit, 
l'un d*aoîde chloriiydrique, l'antre d'ammoniaque. Avant 
te passage des deux courants, on avait placé dans l'inté- 
rieur du ballon un thermomètre à air dont la pointe se 
terminait dans un liquide assez mobile pour permettre 
à l'air de se dégager avM facilité, l'acide sulfurique par 
exemple. Lors du passage du courant, des bulles d'air sor- 
tent du thermomètre: si on lefermeatorsetqu'on le porte 
sur ta cuve à mercure pour déterminer la température 
à laquelle on est arrivé, on trouve 39& degrés : l'acide 
chlorhydrique et l'ammoniaque se sont mélangés à cette 
température avec dégagement de chaleur; il y a donc 
eu combinaison. En prenant \& densité de vapeur du 
ohlorbydrate d'ammoniaque à 350 degrés, vous la trouves 
toujours égale à 1 dans toutes les expériences : ainsi, 
non-seulement l'acide chlorhydrique existe à la tempé- 
rature de 39& degrés, mais il peut même se fbrmer à cette 
température. 

Mais il ue faudrait pas croire pour cela que la tempé- 
rature développée par la combinaison du chlorhydrate 
d'ammoniaque soit égale & 394 degrés seulement. £n ef- 
fet, on a mis ce ballon dans un bain de mercure, qui est 
pour lui comme une source de frcûd très-puissante; les 
gaz arrivant déjà froids par eux-mêmes sont encore, 
après réchauffement dû & la combinaison, refroidis par 
le contact avec la vapeur de mercure. En d'autres ter- 
mes, quand ils se combinent, il faut d'abord que ta com- 
binaison développe une quantité de chaleur suffisante 
pour les porter de 10 degrés à 360 degrés, et il faut en- 
suite que le chlorhydrate d'ammoniaque formé résiste 



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REVUE DES COURS 8CIËNTIFIQUE8. 



SI DÉCBHBU 



au refroidissement dû au oontact des parois du vasé, 
maintenues à une température inférieure et constante 
par la vapeur de mercure. 

li y a encore une autre expérience qui se fait pour 
ainsi dire toute seule, et à laquelle on avait dû songer 
tout d'abord; elle semble bien incompatible avec les 
hypothèses que l'on fait sur les densités anomales ou ap- 
parentes. Voici en quoi elln consiste, (juand on tiH pas- 
ser de l'ammoniaque sur du charbon à 1300 degrés en- 
viron, il se forme du cyanbydrate d'ammoniaque ; or, 
ni l'ammoniaque ni l'acide cyanhydriquc ne peuvent 
exister à cette température; l'acide cyanhydrique se 
décompose en hydrogène et cyanogène'; l'ammoniaque, 
en hydrogène et azote. Cependant, dans l'opinion que 
BOUS combattons, il faudrait admettre que l'acide cyan- 
hydrique et l'ammoniaque, qui se décomposent déjà à 
une température de 800 degrés emiron, sont capables 
de résister à une chaleur de 1200 degrés, lors de la for- 
mation du cyanbydrate. C'est là une contradiction ma- 
nifeste; aucun des éléments qui entrent dans la consti- 
tution du cyanbydrate d'ammoniaque, ne saurait résister 
à la température à laquelle se forme ce corps. Or, pre- 
nez la densité de vapeur du cyanbydrate d'ammoniaque 
à 50 ou 100 degrés, température tellement basse, que 
TOUS devriez avoir un maximum pour les densités de 
vapeur, c'est-à-dire un minimum pour le volume, et 
vous trouverez ainsi que ce corps représente bien 8 vo- 
hunes. Rien n'autorise d<mc à admettre la décomposi- 
tion du cyanbydrate d'ammoniaque à 50 degrés en acide 
cyanhydrique et ammoniaque; en aucune circonstance, 
ce corps n'a changé de forme, et il est à 50 degrés ce 
qu'il sera à 100 degrés. On est donc bien forcé d'admet- 
tre que sa densité de vapeur représente réellement 
8 volumes. 

D'ailleurs, à quoi peut-il être utile de restreindre le 
développement d'une loi comme ccUe que nous expo- 
sions tout à l'heure? Quoi qu'on fasse, on ne parviendra 
jamais à donner te raômc volume gazeux à l'équivalent 
de tous les corps simples, et, y arriveraitH)n, qu'on ne 
pourrait pas le faire, au moins pour tous les corps com* 
posés ; il y aura toujours des corps dont l'équivalent 
représentera 1,2 ou 4 volumes en dépit des contradic- 
teurs. Pourquoi, dès lors, vouloir obstinément restrein- 
dre cette incontestable variété dans des limites factices? 
Ce serait sans doute plus commode pour certaines théo- 
ries ; mais, en général, les bonnes théories sont celles 
qui mènent à des faits vrais ; il en sort de bonnes expé- 
riences qui nous frappent vivement, et elles nous inspi- 
rent chaque jour. Mais quand on trouve 8 volumes, et 
qu'on prétend que ce sont à volumes qui se sont dédou- 
blés, qu'en peut-on tirer? Les théories sont une excel- 
lente chose, mais il faut avant tout les justifier, et n'est- 
ce pas ici le cas de se demander pourquoi ces U volumes 
se dédoubleraient afin d'en faire 8? Le phosphore et 
l'arsenic, au moins, ont beau êb« expérimentés à haute 
ou basse température, ils ne se dédoublent jamais; 



HM. Devîlle et Troost en ont fait l'expérience d'une ma- 
nière complète. 

En considérant que les corps qui représentent un seul 
volume de vapeur, comme l'oxygène, le sélénium, le 
lithium, le phosphore et l'arsenic, sont tous des corps 
simples ; que ceux qui représentent deux volumes sont, 
les uns des corps simples, et les autres des corps com- 
posés, mais les moins complexes que nom connaissions; 
que, parmi ceux qui représentent quatre volumes, nous 
ne trouvons pas un seul corps simple, mais bien des 
corps composés aussi compliqués que l'ammoniaque ; 
il est impossible d'admettre que tous ces corps si divers 
fassent partie d'une même série. Les sels d'ammoniaque 
ou d'alcalis organiques volatils, et certains corps d'une 
grande complication composent la série supérieure, 
peut-être la dernière, qui comprend les substanoes re- 
présentant huit volumes de vapeur. 

Il faut distinguer deux espèces d'hypothèses, dit M. H. 
Sainte-Glaire Deville en finissant : celles qui produisent 
et celles qui restent stériles. Admirons les premières, 
et servons>nou»-cn tant qu'elles ne sont pas contredites. 
Admirons-les, et même admettons-les provisoirement; 
mais n'oublions jamais qu'en fait de science, la foi com- 
plète doit être réservée à ces lois immuables que l'expé- 
rience confirme chaque jour, et qui sont aussi incon- 
testables que la raison humaine d'où elles sont sorties. 

taoM AtAun. 



COLLÈGE DE FRANCE. 

EMBRYOGÉNIE COMPAÎIÉE (1). 

COUAS OK H. OOSTS (2). 
(Je llutitnt.) 

Xni (fin). 

Trmnmpmrt de te «eaMm» Tors IM «MrfvM* — Lie* •* 



Nous terminons aujourd'hui le compte rendu du cours 
de M. Coste. Les leçons précédentes, publiées in extenso 
dans la première année de la /teoue, comprennent loulcs 
les matières traitées par le professeur pendant l'année 
scolaire 1863-6ft. Les premières sont consacrées à l'exa- 
men du livre de M. Darwin sur l'origine des espèces. 
M. Coste analyse en môme temps les expériences de 
M. Pasteur cl celles de MM. Pouchet, Joly et Musset sur 
la génération des infusoires. Le professeur rejette le sys- 
tème de Lamarck et de M. Dar\\in sur la transformation 
des types spécifiques. Il n'admet pas davantage les con- 
clusions des hétérogénisles ; et, sans nier d'une façon 

(1) (Vo;. les n»* 23, 25, 28, 30, 33, 37, 39, ft3, 47, 49 et 50 de 
la première année. 

(2) Ebbata. — Dani 1i 12* Icfon, i la 5* colonne, ligne 53, avant 
le mot (OUI, lisex IMr, et an Heu de détruisent, lisez dArufre. 

A la «■ ei^oone, ligne IB, epriilrenie, Uses Aevref . 
AU 7* eolonM, ligna 23, an Ue« de ta, Uses te. 



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i86è. 



BEVUE DBS COURS SCISN13F1QUSS. 



n 



absolue la possibilité de la génération spontanée, il ne 

croit pas qu'on eoit encore parvenu à la démontrer. 

M. Cosle expose eusuile les lois générales de l'organi- 
sation et du développement dea êtres, d'après les don- 
oétô actuelles de l'embryogénie comparée. Il examine 
l«s diverses théories émises eur la géaéralioo depuis Hip- 
pocrate jusqu'à nos jours ; puis 11 fait l'histoire de l'œuf 
et du sperme au double point de vue de l'anatomie et de 
la physiologie. L'ovulalion, la œensirualion, la sécrétion 
spermatiqne, sont étudiées avec lea plus grands détails 
daos toute la série animale. Enfin, le professeur termine 
son cours par l'étude de la fécondation. Nous avons ex- 
posé asses loi^uement, dans la dernière leçon, les condi- 
tioos extérieures de celte fonction dans les diverses 
classes de la série. Il ne nous reste plus maintenant qu'à 
déterminer le moment et le lieu où elle s'opère. Tel est 
l'objet du cours que nous reproduisons aujourd'hui. 

Leuweohoeck, et plus tard M. Henle, oui constaté au 
microsct^ les mouvements des spermatoaoldes. On 
peosa dès lors que l'ascension de la semence à travers 
lesoiganes génilauK de la femelle était due à la progrès* 
Non instinctive de ces corpuscules. C'est là le sentiment 
énoncé par M. Henle dans son Traité d'anatomie générale. 

Cette hypothèse est, en clfel, parfaitement logique. 
Malbeureusement elle est loin d'être applicable à toutes 
les espèces animales; car.il en est, comme nous l'avons 
déjà dit, dont les sperniatojsoides sont complètement dé- 
pourvus de motilité ou la perdent dès qu'ils pénètrent 
daifô les organes maternels. Tels sont les crustacés déca- 
podes et les mollusques céphalopodes. Bans ces condi- 
tions, le transport de la semence est évidemment dû à 
UDe tout autre cause qu'au pouvoir aiUomolMr des sper- 
matozoïdes. 

Plusieurs physiologistes, fïrappés de la valeur de cette 
objection, ont cru la résoudre eu attribuant la progres- 
siOD des corpuscules spermatiques aux cils vibratiles qui 
tapissent la muqueuse de l'utérus et des trompes. A l'ap- 
poi de cette opinion, Jean Mûller allègue les expériences 
de M, Sharpey. Cet observateur ayant placé de la pous- 
sière de charbon sur la voûte palatine d'une grenouille, 
cette poussière fut bientôt entraînée vers le gosier par la 
propulsion des cils vibratiles. Mais celte expérience, ré- 
pétée sur le vagin d'une femelle de lapin, a toujours 
donné des résultats négatifs: chose facile à prévoir d'ail- 
leurs, car l'épilbélium vaginal est absolument dépourvu 
de cils vibratiles chez le lapin, etj qui plus est, il en existe 
à peine dans l'intérieur de la matrice. Du resle, ces cils, 
quand ils existent, sont surtout destinés à diluer le mu- 
cos, et, au lieu de pousser vers les ovaires les corpuscules 
eonleousdans ce liquide, ils les repoussent au contraire 
CD sens opposé. Le microscope permettra de vérifier le 
bit à quiconque voudra se donner la peine de l'observer 
eo temps opportun. Néanmoins nous ne voudrions pas 
affirmer que les cils vibratiles, si abondants au niveau du 
mosean de tanche, lussent absolument étrangers à ce 
mouvement. En tout cas, ce serait là une cause tout à 



ifiit secondaire qui n'expliquerait en aucune façon le 
passage de la semence du vagin ^ans la matrice et de la 
matrice dans l'oviduote. 

Une tnnsième opinion a été émise. C'est celle qui at- 
tribue la progression du sperme aux contractions vermi- 
culaires de l'utérus et des trompes. Mais c^te ^plica- 
tion ne saurait s'accorder avec la structBie fibreuse de 
l'utérus chez la femme, et encore moins avec les cas da 
cancers et autres tumeurs de cetoigane qui peuvent ti*ès- 
hïea, comme chacun le sait, ne pas empêcher la fécon- 
dation. Il est d'ailleurs parfaitement constaté aujourd'hui 
que la fécondation peut avoir lieu pendant le sommeil, 
l'ivresse, le narcotlsme, la catalepsie, qui paralysent mo- 
mentanément l'innervation motrice, et, par suite, l'ac- 
tion musculaire. On pourrait répondis, il est vrai, que 
l'action réflexe de la moelle, qui persiste pendant le 
sommeil, est parfaitement suffisante pour expliquer la 
contraction des fibres musculaires des organes génitaux 
internes. Biais comment cette action pourrait-elle s'exer- 
cer là où il n'y a pas de fibres musculaires? Cette expli- 
cation est donc mauvaise, de quelque façon qu'on l'en- 
visage. 

M. Pouebet a imaginé une quatrième hypothèse, très- 
ingénieuse et très-concluante en apparence, mais qui, en 
réalité, n'a pas plus de fondement que les autres. H y 
aurait, selon lui, au moment du coït, un spasme .très- 
prononcé de la matrice et du vapn. Cette contraction 
spasmodiqne, chassant le mucus de ces cavités, y ferait 
le vide, et les choses rentrant en étal après la copulation,! 
Ui semence pénétrerait par aspiration dans l'utérus, 
comme l'eau monte dus un corps da pompe dont on 
élève le piston. Mais le spasme implique une grande dé- 
pense d'activité musculaire. Cette explication est dono 
passible de toutes les objections que nous avons adre»« 
sées à l'opinion précédente. 

Pour nous, dit M. Coste, le transport des spermato- 
BOldes est avant tout un phénomène de capilUrité. La se* 
mence monte dans le vagin, et puis dans l'utérus et dans 
les trompes, comme un liquide dans un lube capillaire 
ou entre deux Umea de verre. La seule condition néces- 
saire à cette ascension, c'est l'humidité de la muqueuse. 
Ce phénomène, purement physique, est indépendant de 
la structure des parties; il peut se produire dans toutes 
les conditions; par suite, il ne donne prise à aucune des 
objections énoncées précédemment; On comprend très- 
bien de la sorte la fécondation chez les mollusques cé- 
phalopodes, chez les écrevisses, les homards, etc. La 
grossesse survenue chez les filles non déflorées s'explique 
aussi très-bien de cette fàçon. Car l'accolement des pa- 
rois du vagin lubrifiées par le mucus réunit toutes les 
conditions de capillarité nécessaires à la progression 
ascendante de la liqueur séminale. L'ivresse, la catalep- 
sie, le narcolisme, cessent aussi par là même d'être un 
obstacle à la fécondation. Cette explication résolvant 
toutes les données du problème, noua la croyons défini- 
tive. En tout cas, si elle ne l'est pas, il noos paratt diffiF- 



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60 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



SI D£csiUMl 



cile, sinon impîDBÙble, d'en donner une meilleure dans 
l'état actuel de la science. 

Ce principe une fois admis, on ne s'étonne pas le 
moins du monde des succès obtenas par Spallanzanî 
dans ses tentatives de fécondation artificielle. L'injection 
stoinale et l'éjaculation qui suit le coH sont en effet 
deux phénomènes physiques parfoitement comparables. 
Pour que leurs résultats soient identiques^ il sufBt que 
la semence conserve toutes ses propriétés. Dïuis l'un et 
l'autre cas, la fécondation doit avoir lieu, pourvu que le 
rapprochement sexuel ou l'injection spermatique s'opè- 
rent au moment du rut, et que nul obstacle ne s'oppose 
à la rencontre ultérieure de Tœuf et du sperme dans les 
Gitanes génitaux de la femelle. 

C'est en 17t>0 que Spallanzanî tenta cette curieuse 
expérience sur les mammifères. « Il injecta dans la ma- 
trice d'une chienne en chaleur, au moyen d'une seringue 
chauffée à SO degrés Réaumur, 19 grains de semence 
émise spontanément par un jeune chien. Quarante-huit 
heures après, cette chienne cessa d'être en rut; au 
vingt-troisième jour, son ventre se gonfla; au soixante- 
deuxième, elle mit hos trois petits vivants, deux mAles et 
une femelle, qui, par leurs couleurs, ressemblaient non- 
seulement h la mère, mais au mâle qui avait fourni la 
semence. 

M Treize mois plus tard, le 12 janvier 1783, cette inté- 
ressante découverte fut confirmée par Pierre Rossi, pro- 
fesseur de logique et do métaphysique à l'université de 
Pise. De concert avec Nicolas Branchi, professeur de chi- 
mie dans la même université, il répéta l'expérience de 
Spatlancani avec un succès complet. Cette expérience, 
ajoute M. Coste, me parait devoir réussir également chez 
l'espèce humaine. Si jamais on l'exécute, c'est un ou deux 
jours avant l'invasion des r^es ou au moment de leur 
cessation qu'il faudra la tenter, parce que la menstruation 
étant l'analogue du rut, c'est durant cette période que la 
semence artificiellement injectée aura le plus de chance 
de rencontrer dans les ovaires des ovules h maturité (!).■ 
(Cosie, toc. cit.). 

Gomme on a pu le voir dans le cours de ces leçons, il 
n'est guère de fonctions de l'économie qui aient suscité 
autant d'faypotlièses que ta génération. Les recherches 
sérieuses n'ont véritablement commencé qu'après la dé- 
couverte du microscope, avec les travaux de Graaf, Leu- 
wenhoeck et Spallanzanî. Hais ces grands observateurs 
eux-mémea no surent pas toujours se tenir sur le terrain 



(1) Si foo en croit le frit rapporté par Hunier, U fècMidaUon artiû- 
eidie luraU été tentée avee luccéa eliei la femme. Un bomme atteint 
d'IijpMpadiaa aurait rendu t» femme enceinte en lui injectant dana le 
vagin du sperme qu'il venait de reccYoir dint une seringue (Brachet et 
Fouilbou, Étématt de phyatologie). U est d'ailleun évident que l'hypo- 
spadiee ou l'éplspadias ne peuvent devenir une cause de stérilité que 
dans le cas où l'orîSce uréOiral se trouve placé trop loin vers la racine 
de la verge. Dans ce cas, ea eSbt, le sperme est épanché ao drtwrs et 
M péièba p» dm le nfin. 



de l'expérience. Presque tous supposèrent que l'impré- 
gnation pouvait avoir lieu dans tous les cas ob les sper- 
matozoïdes arrivaient vivants au contact de l'œuf, sans se 
préoccuper â cet œuf était toujours apte k recevoir l'in- 
fluence fécondante du sperme. Aussi voit-on les phy- 
siologistes soutenir les opinions les plus diverses sur ie 
lieu de la fécondation. Les uns prétoideot qu'elle s'opère 
dans ia matrice, d'autres dans les oviductes ou dans 
l'ovaire ; il en est enfin qui pensent qu'elle peut s'ac- 
complir tour à tour dans l'un ou l'autre de ces organes, 
suivant que l'époque du coït est {dus ou moins rappro- 
chée du moment de la déhiscence. 

Or, il résulte des nombreuses expériences de H. Coste 
sur les oiseaux et les mammifères, que le germe s'altère 
très-promptement dans l'œuf, après la rupture de la vési- 
cule ovarienne. Il suit de là que la fécondation ne peut 
jamais avoir lieu que très-près de l'ovaire ou dans l'ovaire 
lui-même. Sur un œuf de poule pris à l'extrémité de l'ovi- 
ducte au moment de la ponte, c'est-à-dire vingt-quatre 
heures environ après la déhiscence, la cicatricule était 
tellement altérée, qu'elle avait dégénéré en gouttelettes 
muqueuses et n'oShiit plus la moindre trace de fécon- 
dation. En prenant ainsi successivement des œufs aux 
diverses périodes de leur évolution dans toutes les parties 
de rovidnote,M. Coste a constamment observé une alté- 
ration notable de la cicatricule. C'est à peine si au niveau 
du pavillon on peut la rencontrer intacte. 

H. Coste s'est d'ailleurs assuré par expérience que chez 
la poule les spermatozoïdes mettent douze heures à par- 
courir la distance qui sépare l'entrée de l'oviducte de 
l'ovaire. Il a également observé que, dix-^uit heures 
environ après chaque ponte, un nouvel œuf se détache 
de l'ovaire. £n provoquant l'accouplement douze heures 
avant ce moment, on est donc à peu près sùr que le 
sperme rencontrera l'ovule très-peu de temps après sa 
diute. Or, chaque fois que l'expérience s'est accomplie 
dans ces conditions, le premier œuf pondu a toiyonrs été 
infécond, tandis que les cinq ou six qui suivaient étaient 
constamment féconds. C'est là une preuve évidente que 
la fécondation chez les oiseaux s'opère exclusivement 
dans l'ovaire. 

Cette expérience est beaucoup plus difficile à faire chex 
les mammifères. Car, chez ces derniers, les femelles ne 
sont disposées à s'accoupler que pendant le travail de 
la déhiscence. Dès que l'œuf s'est détaché de l'ovaire, le 
rut cesse et les femelles repoussent obstinément le mftle. 
Cependant, à force de multiplier les épreuves, M. Coste 
est parvenu à provoquer l'accouplement après la déhis- 
cence. Dans ce cas, il n'y a jamais eu de fécondaUon. Le 
sperme est arrivé jusqu'à l'ovaire en passant sur les 
ovules, sans qu'on ait jamais pu constater la présence 
d'un seul spermatozoïde sur le vitellus ou même dans 
l'albumen. C'est probablement cet albumen qui oppose 
une barrière infranchissable aux spermatozoïdes. Quant 
au germe, il se décompose bientôt et ne subit jamais la 
I segmentation. La conséquence à déduire de ces faits. 



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1M6. 



REVUE DES COURS SOIENTIFIQUES. 



c'est que la fécondation, chez les mammiières, doit, 
comme chez les oiseaux, s'accomplir Dormalement dans 
les ovaires, et que, si elle a lieu quelque part dansTovi- 
dncte, ce ne peut être que dans le quart supérieur de ce 
canal et dans le pavillon qui le termine. Dans tout autre 
point, le germe enveloppé par l'albumen ne peut plus 
éire atteint par les corpuscoles fécondants du sperme. 

Tout, sans compter l'analogie, concourt k prouver 
qu'il en est de même dans l'espèce humaine. Le fait des 
grossesses abdominales est à lui seul un argument sans 
réplique. Dans ces cas malheureux, il est en effet hors 
de doute que la fécondation a eu lieu dans Tovaire, 
puisque l'œuf est tombé fécondé dans l'abdomen a^nt 
d'avoir pu pénétrer dans le pavillon. 

C'est là une loi qui, selon toute apparence, s'applique 
k toutes les espèces à fécondation interne. Il existe, en 
effet, beaucoup d'animaux chez lesquels une copulation 
actuelle féconde une génération éloignée ou une succes- 
sion de générations, dont la trace n'existe môme pas 
encore d'une façon apparente dans l'ovaire. Ainsi, chez 
le crabe, l'ovaire est à peu près atrophié aumoment de 
la copulation. Ce n'est que six semaines après que les 
véMCules de Graaf commencent îi s'y développer; et la 
ponte n'a lieu que vers le quatrième mois après le rap- 
prochement sexuel, alors que le sperme est depuis long- 
temps résorbé par Tovaire de la femelle. 

De même chez certains crustacés, tels que les m^a, 
le même accouplement féconde deux générations h la 
fois. La pi%mière portée se détache de l'ovaire après 
rimprégnation, et passe sous la queue de la femelle pour 
y subir llncnbation. Pendant que cette première généra- 
Uonse développe, une seconde, qui formait une couche 
invisible sous la première au moment du rapprochement 
des sexes, mûrit peu à peu dans l'ovaire, tombe ensuite 
dans l'oviducte, et vient ti son tour sous laqueue de t'ani- 
mai remplacer la première au moment où celle-ci achève 
d'écI(Mre. Ici l'imprégnation s'opère non-seulement à la 
surface de l'ovaire, mais dans la profondeur de son tissu. 

Chez les gallinacés, les palmipèdes et les oiseaux en 
général, plusieurs œufs sont ainsi fécondés dans l'ovaire 
à divers degrés de maturation. Il en est de même chez 
les mammifères tels que le porc, le lapin, le rat, etc., 
dont les portées sont multiples. Les anciens pensaient 
même qu'une seule approche du coq pouvait féconder 
une poule pour une année tout entière. Cette erreur fut 
adoptée comme une vérité par Fabriced'Acquapendente, 
dans son ouvrage sur la formation de l'œuf et du poulet, 
très-remarquable, d'ailleurs, sous d'autres rapports. Le 
physiologiste de Padoue cherche à expliquer cette fécon- 
dité exceptionnelle par la présence d'un oi^ane spécial 
qui! avait découvert chez la poule, à la partie postérieure 
et supérieure du Nctum. C'est une espèce de poche con- 
nue aujourd'hui sons le nom de èimrse de Fabriciiu. Selon 
lai, le sperme s'accumulait dans cet oi)i;ane, et y fécondait 
les œufs k mesure qu'ils traversaient ce compartiment 
de l'oviducte. Harveiy, qui avait observé par lui-même, se 



croit autorisé h soutenir cette opinion de Fabrice d'A oqna- 
pcndente. Après lui, Haller, DionisetButfon lui-môme la 
répètent sans la discuter. De nos jours, enfin, Burdach a 
admis que le vingtième œuf pondu par une poule après 
ta copulation élait encore fécond. Il est inutile d'insis- 
ter &u^^opinion de Fabrice d'Acquapendente. Les expé- 
riences que nous avons rapportées précédemment suf- 
fisent amplement pour la mettre à néant. 

Quant à l'assertion plus modérée de Burdacb, M. Coste 
a essayé de la vérifier en faisant ses recherches sur le 
lieu delà Cécondalion. II s'est assuié, par des expériences 
multipliées, que, chez les oiseaux, la fécondation n'étend 
jamais son influence au delà de quinze à|dix-huit jours, 
et n'atteiftt. jamais plus de cinq à sept œufs. Après ce 
terme, toutes les pontes sont infécondes, à moins que les 
femelles ne soient de nouveau mises en rapport avec le 
mâle. Mais ces expériences, loin d'infirmer le fait de la 
fécondation dans l'ovaire, le vérifient au contraire d'une 
manière éclatante. Car le nombr» jles œufs fécondés par 
une seule approche coïncide précisément avec celui des 
vésicules dévelo{q>ées dans l'ovaire par le travail de 
l'ovulation. En ouvrant les poules douze heures après le 
coït, M. Coste a toujours observé six ou sept œufs 
fécondés dans l'ovaire. Ces œufs ne sont pas tous égale- 
ment développés. Tandis que le plus gros est sur le 
point de pénétrer dans l'oviducte, le plus petit a à peine 
atteint la grosseur d'une petite noisette. 

Chez les abeilles, la fécondation ovarienne est encore 
très-manifeste. Un seul rapprochement suffît pour 
féconder tout un essaim. Les œufs pondus par la reine 
pendant les onze premiers mois après sa rentrée dans la 
ruche donnent naissance à des femelles, tandis que la 
dernière série de pontes qui a lieu le douzième mois ne 
produit que des mAles. 

Chez les insectes et les mollusques gastéropodes, dont 
la semence est tenue en réserve dans la poche copulatriee 
de la femelle, la fécondation s'opère aussi dans l'ovaire. 
Il faut absolument que le sperme quitte à un moment 
donné la poche copulatriee pour aller à la rencontre de 
l'œuf; sans cela on ne pourrait expliquer la pénétration 
des spermatozoïdes dans l'œuf. Car lorsque celui-ci arrive 
dans la poche copulatriee longtemps après la déhis- 
cence, il est entouré d'une enveloppe solide qui le rend 
complètement imperméable. Ce n'est donc jamais dans 
cette poche que la fécondation a lieu. Comme le fait 
observer avec raison M. Oratiolet, le sperme ne séjourne 
dans ce réservoir que pour y opérer sa propre matura- 
tion. C'est là seulement qu'il se liquéfie, et que l'on peut 
constater les mouvements des spermatozoïdes, immobiles 
au moment de la copulation. . 

Quand les spermatozoïdes sont parvenus au contact de 
la membrane vitelline, ils la travenent et y restent enfer- 
més avec le jaune. M. Coste a vu ce phénomène s'opérer 
chez le lapin vingt heures après la déhiscence. 11 s'en 
introduit toujours plusieurs, ce qui pourrait faire suppo- 
ser la possibilité d'une paternité mixte dans le cas oix 



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M 



JffiVUE DES COURS SOIENTIPÎOUES. 



31 BÉCEMBaS 



deux mfiles approcheraient successivement la môme 
femelle. 

Comment se fait cette pénélralion?Eal-ce là un simple 
phénomène physique comparable à l'osmose de Dutro^ 
diet, ou bien y a-t-il, comme dans la graine des végé- 
taux^ un véritable micropyle par où pénètre la semence? 
Malgré les travaux des physiologistes h ce sujet, la 
question reste indécise; car ce micropyle, s'il existe, est 
extrêmement difficile à découvrir. Pourtant M. Keber l'a 
constaté très^dtstinetement sur la membrane vitelline chez 
l'unie et l'anodonle. M. Coste a pu l'apercevoir aussi sur 
l'œuf de certains poissons osseux, tels que le saumon, la 
truite, l'épinoche. Chef ces animaux, le pertnis s'oblitère 
peu à peu et il a tout k fait disparu quelques jours après 
l'imprégnation. Quoi qu'il en soit, on n*a jamais pu voir 
le spermatoxolde s'introdnire par le micropyle. Le 
sperme n'en pénètre pas moins de façon ou d'autre 
dans la cavité de fa membrane vitelline. Le jaune ainsi 
imprégné de spermatozoïdes ne larde pas k 'se modifier 
^noe manière sensible. Alors la segmentation a lieu, et 
le mélange des deux substances devient de plus en plus 
intime, jusqu'à ce qu'elles se confondent en une masse 
unique qui constitue l'embryon. 

Celte imprégnation réciproque de la cellule mille et 
de la cellule femelle, pour constituer l'organisme nou- 
veau, explique les ressemblances entre les parenis et 
leurs enfants. Les atomes organiques s'unissent l'un à 
Tanlre comme les molécules de deux corps isomorphes 
pour produire un cristal de même forme. De là l'hé- 
ritage de force on de faiblesse, de santé ou de maladie 
que les parents transmettent à leur progéniture. « C'est 
là, dit M. Coste, une considération sur laquelle on ne 
saurait trop insister, afin d'éveiller chez les conjoints 
le sentiment de leur responsabilité, n Les anciens, qui 
n'avaient pas puisé le mépris de la chair à l'école du 
christianisme, faisaient grand cas de l'esprit; mais ils 
s'attachaient en môme tcmpg à développer la beauté 
physique et la force musculaire. A Sparte et à Rome, 
les convenances physiologiques étaient toujours biert 
observées î on voulait avant tout de beaux cnfhnts pour 
la république. Chez nous, an contraire, on se soucie 
généralement asscï peu; de marier des crétins ou des 
pbthisiqacs, pourvu qu'on accouple des écus. Il vau- 
drait mieux fàire des hommes. — F- fvUt- 



SOlAteS SâlSNtlFlOUCS DE Ik SOABONftE. 

CONFÉttxNcfe OB M. MTfiM» ■ 
(lia itiMiitWi) 

L'Malraca mm fa. 

Vendredi dernier, M. Payen a fait une longue confé- 
rence sur l'éclairage au gaz. Jusqu'en 1500, l'éclairage 
public était tout & fiiit incoonu en Ftwnce, même à 



Paris, et l'on comprend combien iin'pareil état de choses 
était contraire à la sécurité publique. A cette époque, 
on ordonna à tous les bourgeois dé Paris d'allumer des 
chandelles à leurs fenêtres pendant -la nuit pour éclairer 
tant bien que mal la voie publique ; mais ce remède était 
bien insuffisent pour mettre uu terme aux crimes noc- 
turnes qui désolaient nos «tés. A sept heures, le couvre- 
feu avertissait tout le monde de rentrer chez soi, et l'on se 
barricadait de son mieux pour se mettre à l'abri des vo* 
leurs. Vers 1663, les clïandelles furent remplacées par 
des lanternes, et en 1759 on avait mis au concoui^ l'é- 
clairago à l'huile de toute la ville de Paris : c'est Sai^n 
qui remporta le prix. L'Angleterre n'employait encweà 
cette ^'poque que des huiles de p<Hsson mal épurées, bien 
inftrieores «ax bules françaises do même temps. &ifin, 
eu 1798, un Francjùs, nommé Philippe Lebon, prit m 
brevet pour l'éclairage an gaz. C'est seulement en 1810 
que l'Anglais Windsor fit ses premiers essais. Bien que 
ses compatriotes lui aient élevé une statue en le pro- 
clamant l'inventeur de Féclairage an gaz, c'est bien cer- 
tainement à la France que revient l'honneur de cette 
découverte. Bn 1799, Lebon présenta à l'Académie un 
mémoire qui donne presque tous les détails essentiels de 
l'éclairage nu gaz et indique même les moyens d'exécu- 
tion. Son œuvre l'enthousiasmait tellement, qu'en écri- 
vant à ses concitoyens de la Haute-Marne, il leur pro- 
mettait d'éclairer commo on plein jour le chemin 
menant de son village à Paris. Cela, en effet, était possi- 
ble. Malheureusement Philippe I^bon voulut trop en- 
treprendre à la fois : il essaya de produire en même 
temps le chanffitge et l'éclairage, et il exposa un appareil 
nommé thermo-lampe, qui atteignait plus ou moins ce 
but. Lé gouvernement lui ayant accordé une concession 
importante dans la forêt de Rouvray , il y lit à la fois du 
charbon de bois, du gaz d'éclairage et du goudron, qu'il 
expédiait au Havre pour les services de la marine. Mais 
ses concurrents lui suscitèrent une fbule d'ennuis ; ils 
prétendaient, — malheureusement avec raison, — qaa 
son goudron ne valait pas o^lui des pins du nord. Lebon 
vint à Paris pour répondre à ces accusations et solliciter 
du gouvernement les fonds nécessaires à la réalisation 
en grand de ses projets d'éclairage au gaz, et il y mou- 
rut presque aussitôt après son arrivée, en 180à, assa^iné 
dans les Ghamps-Ëlysées au milieu des fêtes du sacre. 

Après sa mort, tout le monde s'occupa de sa décon* 
verte. M. de Chabrol fit bientôt établir une usine à gaz, 
mais le développement de cette industrie ftit longtemps 
arrêté chez nous par l'exemple de l'usine anglaise de 
Mardock, qui ne donnait pas plus de 3 à 3 pour 100 à 
ses actionnaires, quoique la bouille et la fonte fiissent 
bien moins chères en Angleterre qu'en France. Au delà 
de la Manche, les progrès furent aussi très-lents, parue 
que la nouvelle industrie était en butte aux penécntiona 
de tous les fabricants d'huile qu'elle menaçait de dépos- 
séder. D'ailleurs, dans le principe, le gaz était plus coû- 
teux qoé l'huile, mais il fournissait beaucoup plus de lu- 

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«8 



mièrp, et c'est ce qui le fit définitivement triompher, 
nirtont h Londres. La comparaison entre les magasins 
éclairés au gaz, resplendissant de lumi&re, et ceux éclai- 
rés à l'huile, qui restaient dans une Téritable obscnrité 
relative, cette comparaison décida tout le monde, et 
ITinile fût proscrite. 

Voyons maintenant Tétat actuel de celte industrie, qui 
a dû beaucoup se perfectionner depuis son origine, car 
elle n'a pas donné lien en France seulement à moins de 
quatre mille brevets d'invention ou de perfectionne- 
ment. 

Une flamme éclairante est toujours constituée par des 
gai carbonés et hydrc^nés, au milieu desquels se pré-^ 
cipite du charbon en poudre porté à une très-haute 
température, et par conséquent lumineux. Il est facile 
de montrer que la lumière de la flamme est due k un 
dépôt de poudre de charbon incandescente. En effet, la 
flamme de l'hydrogène pur est si pâle, qu'on l'aperçoit 
& peine; mais si, avant d'enflammer ce gaz, nous le fai- 
sons passer dans un carbure d'hydrogène très-volatil, 
comme la benzine, la flamme devient aussitôt trôs-bril* 
lante, parce que le gaz hydrogène, en barbotant dans 
ce liquide carburé, en a entraîné quelques parcelles à 
l'état de vapeur. La flammo du gae- d'éclairage présente 
les mêmes phénomènes. 

La combustion du gaz d'éclairage comme celle de 
toutes les matières combustibles produit de l'oxydo de 
carbone, gax très-rénéneux brfllant avec une flamme 
bleu&tre, et qu'on peut facilement remarquer dans tous 
nos foyers. Quand le carbone est en excès relativement 
à l'oxygène de l'air, il se produit toujours beaucoup 
d'oxyde de carbone; mais cela n'a pas d'inconvénient 
dès que cet oxyde de carbone est brûlé, parce qu'il se 
transforme alors en acide carbonique, gaz beaucoup 
moins dangereux, bien qu'il le soit encore. Aussi y a-t-ii 
le plus grand danger h gêner on arrêter lo tirage d'une 
cheminée, parce que Toxyde de carbone, incomplète^ 
mentbrttlé, est re^té alors dans l'appartement, obil peut 
occasionner Irès-rapidemcnt la mort des personnes qui 
s'y trouvent. C'est ce arrive très-fréquemment 
ftiris, surtout avec les poéïes, parce qu'on fënric la clef 
lorsque la pièce est suffisamment chauffée, pour dimi- 
nuer le tirage et faire ainsi une économie de charbon, 
tout en entretenant le feu. Pour couper court à toutes 
CCS imprudences, le conseil de salubrité de Paris a fait 
prendre un moyen héroïque, c'est de disposer les clefs 
des poêles de façon qu'il soit impossible de les fermer 
complètement. Malheureusement il reste toujours & 
compter avec les fraudes dea eomtructeors, que la sur- 
Tollance de l'administration ne parvient pas toujours ft 
ppérenîr. 

Le coke s'amoncelait autrefois dans tes cours des 
tsines à gaz, qui ne savaient comment s*en débarrasser, 
parce que les fragments étaient trop gros pour les petits 
foyers qu'on emploie d'ordinaire. Un ouvrier, dont le 
»omae nous est pas connu, eutl'idée de concasser ces 



fragments et de les répartir en morceaux de six gros* 
seurs ditKrentes, depuis le n* jusqu'au n* 5. Ce travail 
s'exécute ainsi au moyen de machines avec autant de 
focilité que d'économie, et nos usines à gaz tirent main- 
tenant nn grand bénéecc de ce qui n'était autrefois pour 
elles qu'une cause incessante d'embarras. Ce «ont les 
plus petits morceaux ainsi préparés, les grésillons, qui 
ser^'ent dans l'appareil imaginé tout récemment pour le 
chauffage du fer à repasser. Plus de 100 000 individus, 
' h Paris seulement, se serventjoumcllement de fers à re- 
passer dans l'exercice de leur profession. Ces -fers, ils 
les chauffent presque toujours dans de petits fourneaux 
à hotte d'un très-faible tirage, amenant généralement un 
développement considérable d'oxyde de carbone. B'un 
autre côté, les fers, mis immédiatement en contact avec 
le charbon iaoandescent, s'oxydent très-vite^ et les ou- 
vriers sont i tout moment sur le point de se défigurer 
par les brûlures cuisantes que peut amener la moindre 
maladresse. Cette seule indication peut faire compren- 
dre tonte l'importance qu'il y aurait h éviter ces incon- 
vénients, et l'on peut dire que l'appareil dont nous par- 
lons y est arrivé d'uno manière complète. 

La fabrication du gas d'éclairage consisté d*abord 
dans la calcination de la hmdlle en vase clos. On em- 
ploie aujourd 'hui, pour cette opération, des cornues de 
terre qni coûtent moitié moins cher que les cornues de 
fonte, et durent deux fois plus longtemps, tout en per- 
mettant de chauffer davantage, filles ont 2",S0 de lon^, 
et contiennent environ fOO kilogrammes de oharboii 
chacune. On met 7 mètres dans chaque berceau de voûte, 
qui fournit ainsi métrés cubes de gax à peu près 
pendant les trois ou qnatre heures que dure «njourd'hni 
la fabrication de chaque jour. Au sortir des cornues, le 
gafl traverse des barillets où il barbote dam le goudroti 
qui ne tarde pas à s'y déposer, et il passe ensuite dans 
les réfrigérants, disposés comme des tubes en IT, où il 
se débarrasse d'une partie de ses impuretés. Parmi ces 
impuretés se trouve notamment de l'acide sulfhydriqne, 
qui a la propriété de noircir les blancs de plomb souvent 
employés dans nos peintures, tandis que les blancs de 
fine ne présenteraient pas cet Inconvénient. Ajoutons 
que la fabrication des premiers offVe beaucoup de dan- 
gers pour les ouvriers qui s'y livrent, tandis que celle 
des seconds n'en présente aucun. Les sels de plomb 
sont, on effet, très-dangereux, et toutes les personnes 
habitant le château de Claremont avec le feu roi Louis - 
Hiflippeont été ainsi empoisonnées par de l'eau de pluie 
qui traversait des tuyaux de plomb. M. Payen a eu oc- 
casion de s'assurer, auprès de M. Guéneau de Mussy, 
médeobi de la flunille royale; que tous les symptômes 
de l'empoisonnement par te plomb s'étaient produits 
dans ce cas. 

Pour épurer le gax, on le fait passer sur du peroxyde 
de fer hydraté naturel ou artificiel, qui retient l'acide 
sulfbydrique; auparavant, on employait un lait de chaux, 
qui était à la fois pins coûteux et moins commode. 

Go,Qgle 



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8& 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUKS. 



31 DÉCEKBEE 186A. 



L'opération telle qu'elle est conduite aujourd'hui, de 
l'eau et du soufre mélangé avec du protoxyde de fer, 
qu'on ramène A l'état de peroxyde en l'élendant à l'air 
pendant quarantc^uit heures, de telle sorte que la 
même quantité de matière peut servir plus de cent fois 
de suite. Dans ces derniers temps, on est même parvenu 
à utiliser le souft« mélangé au protoxyde de fer, pour la 
fabriCaUonde l'acide sulfurique. 

Après cette opération, le gaz d'éclairage conUent en- 
core du sulfbydratc d'ammoniaque et des carbures d'hy- 
drogène, dont on le débarrasse en Angleterre en le fai- 
sant passer au-dessus d'un foyer avec une plaque de 
fônte interposée. Le gax arrive enfin dans de vastes ré- 
servoirs nommés gazomètres : les derniers construits at- 
teignent des dimensions vraiment colossales, jusqu'à 
75 000 mètres cubes de capacité intérieure. 

Le mélange de l'air et du gaz d'éclairage peut consti- 
tuer un mélange explosif, et produire alors des accidents. 
Les explosions sont beaucoup moins fréquentes en Angl e- 
terre qu'en France; elles tiennent surtout, chez nous, à 
ce que les tubes conducteurs étaient souvent renfermés 
dans des espaces clos, où la moindre fuite amenait la 
formation d'un mélange explosif. Le Conseil de salubrité 
a £ait décider que tous les tubes seraient apparents; 
malheureusement, après la pose des tubes, dont les corn- 
parues scHit responsables, le consommateur fait souvent 
exécuter des travaux qui engendrent les mômes incon- 
vénients. D'un autre côté, la ventilaUon est bien mieux 
faite en Angleterre qu'en France, et la grande quantité 
de fumée que produisent les houilles anglaises est sans 
doute pour quelque chose dans ce soin. Aussi les Fran- 
çais trouvent-ils qu'il est impossible de se chauffer en 
Angleterre, et qu'on y est partout exposé aux courants 
d'air. Les courants d'air sont sans doute une mauvaise 
chose, mais l'absence de ventilation n'est pas meilleure. 

M. Payen expose ensuite les différents systèmes de 
becs employés pour augmenter la quantité de lumière 
produite, ainsi qu'une autre méthode arrivant au même 
but, et consistant à échauffer l'air avant son contact 
avec le gaz, en le faisant passer dans une double enve- 
loppe de verre entourant la cheminée, et affectant, du 
reste, des formes diverses. Puis il examine l'application 
de l'éclairage au gas aux rampes des théâtres, et les ac- 
cidents qu'il occasionne, bien qu'on ait successivement 
abaissé les becs fort au-dessous du plancher de la scène, 
en renvoyant leur lumière au moyen de réflecteurs mé- 
talliques, qui en absorbaient évidemment une bonne 
partie. Ces accidents tiennent à ce que certains filets 
d'air surchauffés s'élèvent rapidement, sans se mélan- 
ger avec les autres, et peuvent ainsi enflammer des 
étoffes légères à une hauteur où la chaleur résultant de 
tous les filets d'air est très-supportable pour la main. 
MM. Lecoq et Melon ont construit pour l'Opéra, sur les 
indications d'un ancien instituteur, M. Soubra, une rampe 
qui permet d'éviter tous ces inconvénients : leur système 
consiste à renverser les becs eu Gûsant le tirage par le 



bas, ce qui rend évidemment impossible l'élévation ra- 
pide de filets d'air chaud. On a pu ainsi remettre la 
rampe au niveau du plancher, de telle sorte qu'elle 
éclaire beaucoup plus que l'ancienne. 

M. Payen a eu l'occasion de voir, il y a peu de temps, 
la nouvelle rampe établie sur un des côl^ de la scène, 
tandis que rancienne avait été conservée dans l'autre 
moitié. La différence de lumière était telle que les ac- 
teurs, en passant d'un c6té de la scène à l'autre, sem- 
blaient changer de vêtements. Aujourd'hui, un accident 
occasionné par l'ancienne rampe a déterminé l'adminis- 
tration de l'Opéra à Dure exécuter immédiatement l'au- 
tre moitié de la nouvelle. Il restait bien un inconvé- 
nient qui se révéla dans les essais préliminaires : c'est 
que si la cheminée de verre venait à se casser, le tirage 
du bas étant supprimé, la flamme se retournait aus- 
sitôt, prête à tout incendier. Mais on a évité ce danger 
par un ingénieux mécanisme, combiné de telle sorte que 
la rupture d'une cheminée de verre amène aurait6t la 
fermeture du tube à gaz correq»ondant, et supprime par 
conséquent la flamme. 



BULLEHN DES COURS. 

Les Faculli* dei iciences et dei leitrea de Clermont vieoneol d'or- 
ganÏMT daus celte vitle des lectures publiques qui ont élé inaugurées 
par les dojens des denx Faetdtés, MM. Aubergier et Olleris. 

La première lecture a été (aile par M. Auber^er, doyen de la Faculté 
des sciences, qui avait pris pour iiqet l'hialoire de l'air au point de 
vue pbjrslque et au point da vue chimique. Le sujet ne pouvait être plus 
henreasemeatehoiH pour une paraUla inauguration, et il devait douMe- 
ment iotéraMer las liabiunU de l'Anvorgne : oo sait, en elbt, que e'eat 
Pascal, ce grand génie né i Qennoiit, qui a mis hors de doute la 
pesanteur de Tair par toute une série d'eipériences, dont une des prin- 
cipales tal exécutée sur ses instraelions par son beau-frère Pérîer, au 
sommet du Puy-de-Déme. Le professeur a lu les passages les jrfus inté- 
ressants de la c<OTespondance échangée entre Pascal et Parier à l'ocea- 
sion de celle grande question. L'Ulustre et malbenreux auteur én 
l'Analy$e chimique de t'air, Lavoisier, doit être également cher aux 
habitants de Clermont, et surtout à la Faculté des sciences, car elle eat 
dépositaira de sa collection minéralogique, donnée À la vUle par M. et 
madame de Ghaielles, qui l'avait recueillie dans la succession de an 
veuve, le professeur a su habilemeut tirer parti de ce sujet si vin- 
ment empreint de couleur locale, et son nombreux audilrà« le lai a 
prouvé par les plus vib applaudiseementa. 

Quelques iours après, H. Olleris, doyen de la Faculté des lettres, a 
Dut une remarquable contérence sur les Arvemes, dmt nous rendroaa 
compte dans la Bmnu des cours tUiéraint. 



La première année de la Revte des cochs sciErîTiFiouEs forme 
un fort volume in-U* de 300 pages, et se vend au bureau du 
Journal, broché : 15 francs, relié en maroquin, pour étrennes, 
30 f^ncs. 

Uèmea prix pour la première année de la Hevde des cooia 

LITTÉRAUIKS. 

Les d«ux volumes prisenaemblecoûtent, brochée, 36 francs, 
et reliés, 36 francs. 

Le propriAaire-génna : Gkuuer BauxiAu. 

PARn. — INPiUMERIX DE E. KARnNET, RUE MiONON, S. 



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DEDXIÈfilE ANNÉE. — N- 6. UN NUMÉRO : 30 CENTIMES. 



7 JANVIER 1865. 



REVUE 

COURS SCIENTIFIQUES 

DE LA FRANGE ET DE I/ÉTRÂNGER 

PHYSIQUE — CHIMIE— ZOOLOGIE— BOTANIQUE — ANATOMIE — PHYSIOLOGIE 
GÉOLOGIE — PALÉONTOLOGIE — MÉDECINE 



Paraît toiu 1m Samedis. 




M. EUG. YUNG 


On s'abonne 




15 fr. 


A &A LiaaAiaxs osaKsa bailliAbs 


DéyMlemtnU. . — lo — 


18 


DiHcmni 


17, nn do l'ricole-de-llédednc, 




30 




El elles to« 1m TSbntna, par l'txmA rua bon da porta, 


Mx4« rakMaMKit m« U itm «M emrt im<nlm. 


M. ËMILK AX.6LATE 


on d'un mandai inr Paru, 


SÉi Mi»...» Parti, 15 fr. M|Mrt., IB fr. Élmig* 


r. >0 fr. 


enr m u niucnoN 


L'aboanamanl part dn i" iéoiubn'w da l**jafai 


Ihm,^^^ .16—80 — 




da diaqna annéa. 



80UMAIR11. 

Awt d ^nri a des seienoas. — Société de médecine pratique. 

iroa^tlH DinSTOIRB naturelle. — Zoologie. — Coora do l4m- 
wae-OaAiers ■ Lacan d'oy w l wr o. Coamant il IM antendra ao- 
jawdlMi r Aido de la nolofia. 

Ëcou PftAffQUB DB LA HCULrt DB MiDECiNB. — Philosophie 
médicale. — Com da M. Hlflélahetai ■ Da mat^Mhww et dn 
ipMlntfiMe en M W e ri iia. 

COUiGE DB FRANCS. — Qiimie Organique. — Com do Ber- 
IkeUt : Do rdeool ordinaire. 

W5^ D*HmomE NATURELLE. — Pl^sique. — Com do H. Bee- 
^■Crel : AltraclioMol coMaioo. 

Bulletin des eonrs. ~ HMoiogie : M. ca. Resm. — Paiboiotia sA»»- 

nb : H. Axnnu. — HaWras preaUroa do lIodoiMo ; M. Giumup. 



Parti, jiQTMr 1861. 

L'Académie des sciences vient de renouveler son bu- 
reao. H. Decaisne, professeur de culture an Muséum 
d'histoire naturelle* devient président pour l'année 1865, 
et M. Laugier, l'astronome, a été nommé vice-prési- 
dent. 

Nous signalerons seulement à l'attention de nos lec- 
teurs la présentation par M. H. Sainte-Claire Deville 
d'un remarquable travail de M. Berthelot sur la fer- 
mentation alcoolique, où les quantités de chaleur déga- 
fh^ dans les combinaisons ctiimiques ont été indiquées 
^ soin. Cette note touche par plusieurs côtés aux 
qwstioiis traitées par H. H. Sainte-Glaire Deville dans 
n. 



les conférences que nous avons publiées dans les numé- 
ros des 10 et 31 décembre dernier. 

Depuis près d'un mois, les comités secrets empiètent 
de plus en plus sur les séances publiques de l'Acadé- 
mie. On prétend qu'il s'agit d'élire un nouveau membre 
pour remplir le fauteuil qui se trouve vacant. M. le co- 
lonel Favé, aide de camp de l'Empereur, se mettrait, 
dit-on, sur les rangs, et la discussion des titres paraî- 
trait devoir être très-laborieuse. Mais M. Foucault, l'il- 
lustre physicien astronome que tout le monde connaît, 
doit se présenter pour ce fauteuil, et nous supposons 
que M. le colonel Favé se retirera devant une candida- 
ture qui se recommande assez d'elle-même pour n'a- 
voir pas besoin d'être prônée. 

M. Elleanme a communiqué à la Société de médecine 
pratique l'observation d'un cas trèsH3urieux. Il s'agit 
d'une jeune femme récemment mariée qui possède des 
ovaires et des seins régulièrement développés, mais n'a 
ni vagin ni utérus. M. Caron s'élève à ce sujet contre la 
tendance des iàmilles à considérer le mariage comme 
une simple affaire d'intérêt ou de position, et il désire- 
rait que les médecins fussent toujours consultés sur 
l'état et la compatibilité physiologiques des futurs 
époux, n croit, du reste, qu'il y aurait lieu à nullité du 
mariage dans le cas observé par M. Ëlleaume. Tel 
n'est pas l'avis de] M. Legrand du Saulle, qui entre, 
à ce sujet, dans la discussion de quelques théories 
juridiques très-fécondes, du reste, en controverses, 
mais dont il nous parait avoir exagéré la rigueur. 
Sans doute, la loi française exige qu'il y ait erreur 
dans la personne pour admettre la nullité du mariage ; 
mais c'est un principe de droit en même temps que 
de bon sens, qu'il ikut apprécier chaque expression 
d'après Tordre d'idées dans lequel on l'emploie, sectm- 



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REVUE DBS GOURS SCIENTIFIQUES. 



7 iiimik * 



Crustacés; leur coquille, leur manteau et l'incurvation 
dum subjectam materiam. Or, la femme en question est- 
elle mctriable ? Évidemment non, puisqu'elle est complè- 
tement incapable d'atteindre le but principal dumariage. 
Son mari se trouve donc induit dans une erreur tout 
au^i essentielle qdb s*il atait épotisé uii homme» et il y 
a dès lors érrcur sur ta personne, tecundum ordinm. 'tna- 
tHmoniii M. Legrdnd du SauUe a saisi cette occasion 
pour rappeler l'immoralité et les abus qu'entraînait avant 
1789 le mode d'exploration légale connu sous le nom 
de congressus juridicus. Mais tout cela n'a aucune impor- 
tance dans le cas présent, puisqiic i-icn h'fst plUs facile 
à vérifier avec certitude que la difformité physiqiie 
observée par M. EUeaume. Enfin, il est vrai que le Gode 
refuse de prendre en conBidération l'impuissance ou la 
stérilité. Mais quel rapport peut-on trohvfer enti-è bés 
infirmités,, souvent guérissables, toujours très-difficiles 
à constater, admettant d'ailleurs du plus et du moins, 
et une absencë des oi^anes les plus indispénsabïes de la 
femme au point de vue dii mariage? Comment imaginer 
surtout que prendre aujourd'hui en considération iiri 
fait aussi grave, c'est Ptrë cohduit deiiiaini comme oh 
l'a prétendu, à casser uti hiîlriâge podf dne chose aussi 
fUpitiTe et ahssi variable que ce qu'on est convenu d'ap- 
pfeler Vimpuissann Aervetise. Ne nous laissons pas égarer 
pat le mot de ^mUté$ : les jurisconsultes ont toujours 
reconnd qu'il y a dans chaque chose des qualités indis- 
pensables constituant son essence môme^ et lorsque la 
femme est privée de quélqu'une de ces qualités indis- 
pensables, elle perd éUdemment pour un mari son ca- 
ractère de femme; quand môme elle le conserverait auji 
yeux du physiologiste; 

Éhilb Aiautk. 



Une erreur typographique s'est glissée dans notre 
dernier numéro. Au moment même de mettre sous 
presse, on a intercalé au milieu du premier-Paris le 
titre de la letton de Mt Costc qui devait figurer (Uns le 
sommaire. C'est ainsi qu'on nous a fait parler de la 
fécondation de l'ammoniaque, et nos lecteiu^ suppo- 
sent bien que nous n'avons pas voulu dire pàreillé 
chose. 



MUSËUm b'HiStÔlflË ftMTUttEtLË. 

ZbULiJijlÈi 

COl'tlS DE k. LACAZB-DtJTUtEHS. 

Dans Ibutcs les sciences, — et les sciences natùreilcs 
ne font pas exception, — on rencontre deux ôrdrds de 



travailleurs : les uns s'attachent aux travaux qui peuvent 
entourer leur nom de célébrité; les autres, recherchant 
rabins i'éclat de la renommée, affectionnent les sujets 
obscurs et fouillent tranquillement la science, atten- 
dant que leurs travaux les fassent juger : Bl. Lacaze- 
Duthiers est de xres derniers. Ea s'adressant à un audi- 
loirë pour Une paHic duquel sud nohi c8t ]^ëut-ltre toht 
à fuit iûconhd, il èprdiive le be^in de âirS codiihent il 
entend l'étude de la zoologie, ei quel sera l'esprit dë ses 
leçons; èn un mot, de faite sa profession de foi. 

Pour certains zooiogistes, la classification semble être 
le but de la science \ cfeift serait Viitl, Wi effet, si un ani- 
mal |}ris dans là cUs^ification se trouvait parfaitement 
défini par la position qu'il y occupe ; mais peu de classi- 
ficatlons en sont là. Pout- classer un étrej il faut étudier 
ses rapports atbtî tes nuhes Ctres; or» pour compu«r, il 
hiut connaître les objets que Ton coinpare, Q'Otl Id né- 
cessité d'étudier dans l'animal tous ses actes qui ont 
pour but, soit la conservation de Tindivitiu, soit la con- 
servation de reS{)èce: Pour arriver à tel ensemble de 
connaîssaricés, lé zoologiste A bi?SB!M d'être à la ftris ana- 
tomiste, physiologiste, et, de plus, biologiste : ce dcr* 
nier mot exprimant qu'il doit connaître aussi quelles 
sont les conditions d'existence dans lesquelles les ani- 
maux sont habituellement placés; Il est facile de dé* 
montrer la vérité de cette assertion par quelques 
exemples bien choisis, le simple exposé des faits étant 
préférable à tous les raisonnements en pareille ma- 
tière. 

Supposez que l'Éléphant ne iiii point coimu, et qu'uii 
naturaliste, observant le premier cet animal et faisant sa 
description, prit la trompe pour une queue: celte suppo- 
sition pourra paraître gratuite ou ridicule, et cependant 
une confusion aussi prodigieuse a été déjà faite. Il existe 
eh ëfTet, sut* les bords de la Médiierrfthéc> un Animal sin* 
gulier que Rolando a décrit le premier èous le nom de 
Bwtneiiie: sa forme est ovoide et i! est muni d'une sorte 
de longue trbmpc, bifide ft son extrémité! eh bien, Ro- 
lando a pris la trompe de cet animal pour une queue et 
sa bouche pour l'anus. S'il avait fait des études anato* 
miques, physiologiques et biologiques sur la Bomiellie, 
ce savant se fût bien vite aperçu que cette prétendue 
queue n'était qu'une teompe couverte de cils vibratiles 
dont l'animal se sert pour rechercher les matières ali- 
mcntàtres â l'êtàt db particules, et pOUr les porter & sa 
bouche; Vbici Uh kUtrt! exemple; On troUvë enbbre aux 
bords de la hier des sortes de t?U^uleé calcaii^ dënt la 
fbrme rappelle telle du gland; et (Ju'à fcàuSB de feettc 
ressemblance on a nommées Glands de mer ou SalàMi : 
la boqbille de6 Moblés en est àoUtebt couvetie. Que sont 
tes animaux? lii? ilrofesscurlit un passage d'Un Rapport 
de M. Sëfre^ sur bti médloire remarquable de M. îfa^ 
titi Saiiit-Aiigc ali stljet He cës BUanes, pttssitge qui 
mhntrb bltli i'enlbarràà du iOologiste à elàsser ces fttir- 
maùx : la natiii-c et la disposition dë leuH membres et 
tic leurs antbnnes dbvraieilt leS fftlre Hh^r pamiiles 

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1866. 



BflVUË nÉB OOims SCtENrtPIQtBS. 



8) 



de leul* tétCt pftrtni lefe Mollusques; l'Abâence de oneuf, 
parmi les Annélides. M. Serres en cdhclUt avec raison 
que leur position datls la série Animale est encore à dé- 
termîoer. Le dotite était dono Gomplët k l'époque du 
mémoire 66 H. Martin Saint-Ange^ et he pouvait être 
lt>\'é qUe par des observations subséquentes. Cette ob- 
ftpnatear, qui n'avait étudié les Qlands de mer qu'au 
point de vue nnatoraique, les considérait, timidement il 
est vrai, comme des Crustacés établissant le'passage aux 
Annélides. Guvier en fit des Mollusques. Mais, en 1830, 
Thomson, ayant réuni dans un vase ft observation de 
(mit petits animaux munis d'imc coquille bivalve, qui 
mppptlent les Daphnies, crustacés vivant duis les eaux 
li^nlces, fût Ibrt étonné de he plus trouver dans son vase, 
au bout d'un cértain temps, que de petites Balanes; il 
rn conclut qu'à une époque de leur existence, lies Balanes 
a\ai(>nt été libres. Enfin, en 1651, l'Anglais Bate reprit 
l'étude des Glands de mer, observa leur développement 
pt leurs métamorphoses. Les divers changeiheitts que su- 
bissent de véritables Crustacés pour arriver à être ces sin- 
gulières Balanes sont exposés avec détail dans tm long 
onvtage de Mi DArwm, l'auteur du livre récent et si célèbre 
«ni* la permutation dfes espèces, ^rois périodes de déve- 
Inppemcnl sont à distinguer : dans la première, raninuil 
pstUbte et« totis les caractères d*ttn Grustacé; dans la 
seconde^ il se prépare à se fixer, il s'entoure de deux 
valtTs, et tine pftire de ses antennes se breuse en cupules 
nu ventouses; bientôt enfin ces ventouses présehtentdans 
Iptir intérieur des canaux ramifiés portant une sécrétion 
ralcaire qui b'échàppe tout autour d'elles et constitue 
tme ïmme B«llfdet}ttf les fixe. Les Anatifes, animaux très- 
w'mm des précédents, présentent des phénomènes tout 
«rmblablesi Geux-ci 8e fixent aiisst-, mais par des bases 
tréfi-Iongues et cartilagineuses, dont le développement 
fsi si rapide, que M. Lacate-Dutbiers a vu, au port de 
ia Galle, des bateaux oorailleurs rentrer, après quinro jours 
H'dbsence, portant 9ur lenrs coques de jeunes Anatifes 
qui n'y étaient point au départ et dont le pied avait déjà 
ptos dSin centimètre de longueur. Les Anatifes et lés 
Bntanes constituent aujourd'hui une classe particulière 
"le Crustacés, les Cirripèdes ; et si Cavier avait pris les 
Balanes pont des Mollusques, cette erreur était laconclu- 
^rni logique d'une série d'observations de cabinet faites à 
tme setile époque de leur existence. Les détails qui prf- 
eWent mohtreht clairement qu'il fallait ici k l'anatomie 
1? s^eimrs des études physiologiques. 

11 ne s'est^jttsqu'ici que d'animhux invertébrés ; on 
trwtve dAift les Vertébrés ^des èxertipîes dte métemor- 
ptioses tout aussi inftttendues, au point qvï'il en est parmi 
rtx t^u'on désigne He noms diCFérents, et qui ne sont ce- 
peMant t^b'Vm seul et m&me animal. Dans l'os eaux du 
iwrd de la Prahcte, en Belgique et en Allemagne, on 
tPTOve mre petite Lamphilte (Peti^yzon), et aux mêmes 
Mdrtrtte, tttttl à leôlfr, des îftlres analogues appelés Am- 
wneftH kntnekia^. M. Atigaste MûUer, voulant étudier 
h dievcio^^CHMsiit ffè» n)ltoMM bfelostoiU», siMigea wa 



Ammoeètesi qh'il lui était ftcile de se pfocut^t; il les 

bbserva longtemps, et fécnttnilt que Ces animaux conser- 
vaient toujours ta même taille, he présentaient pas de 
mftles et ne renfermaient que ides teufit tottjotars trans- 
parents. Prenant, d'un autl c ^tté, la Lampi'olc {Petrotny=- 
zoft PlMveri)^ il réiissit A obt^nit' des fécondations artifi- 
cielles; il suivit le riéveloppemétit dës {Bu^âtâsl qUë 
celui des embryons jiehdant vingt-cinq mois, et il con- 
stata définitivement que ces jeunes Lamp1:t)ies présen- 
taient tous les caractères des Amhiocètès; qu'à Vîftstai* 
de cc'lle de ces animaux^ leur bntiche était garnie de cils 
vibi-atiles et itt*om-erte d'une sorte de treillis destiné & 
empêcher l'entité de particules alimentaires IroJ» con- 
sidérables. M. MUUct* revint alors aux Ammocfetès, et il 
les vit perdre ces tiils et ce treillis, acquérir de très- 
grands yeux, tandis qu'aiiparavànl elles n'ért possédaient 
que d'extrêmement petits ; en Un mot, offrir tous les ca- 
ractères du Pe&ûmywn. Aussi bel observateur a-t-il pu 
dire que les Ammocëtes doivent être exclues du système, 
parce qu'elles ont usurpé unrauxhom,et rendues à leurs 
pancnts cbmmc des mineurs : ce sont des latvês de Lam- 
proie, de même que les Têtards sout des larves de Gre- 
nouille; La physiologie seule pouvait le montrer. Et de 
même que H. Gerbe a établi l'identité du Phyllôsome 
avec le jeutie Homatti, de même il séra peUt-ètre établi 
un jour qué ce fameux AmpAioiuS, déspspoîr de tous lès 
zoologistes, ballotté par eux d'ime Classe à l'autre, ét ett 
dëRhitlve hdn èttcore dassé, ti*é»t auti% ehose que 1& 
larve d'im autre animal mieux cônhu. 

De nos jours, — personne nè peut se lè dissimuler,— 
l'espHt humain est essehliellcmfent uWlilaîre ; îl cherché 
au bout de chaque branche de la science Tutilité pra- 
tique qui doit y naître : la zonlbgic peut-èllè répoâdtè 
à ce désir? Observons d'abord qu'il y a deui sortes dMli- 
lités, l'une prochaine, immédiate, et l'autre éloignée. 
RieU en elTet n'est inutile au fond. A Tépbque où fbt dè- 
couwrte la propriété des sels d'argent de noircir soUs 
l'action de la lumière, on était loin de se douter que 
celte propriété pourrait un jour faire remuer des mil- 
lions dans la seule nlle de Paris. Be même, quand ÔU 
observe pour la premiètc fois l'action qUe les coariattts 
exercent sur l'aiguille aimantée, qui aurait pu deviner IK 
le germe de cette admirable découverte ide la télégraphie 
électrique, grâce à laquelle on communiqué sa pensée 
à des centaines de lieues de distance aussi MpldemeAt 
qUe par la parole ? En zoologie, îl y a des tas tbut sem- 
blables. Allez ^wr les bords de la mer, et les marins 
vous metlWîttt en garde contre des aUimàUx èélalineuit, 
sortes de globes llollahts, dttnt le contact avec là peàft 
produit de vives urticatîons, et que pour Cette ràîsbn Sts 
appellent des Vdei: ce s'ont les MédUsés. Elles tesséhr- 
blent à des champignons, a\'ec une touffe ifle ftlâïhertts 
au-dessous du chapeau; sont munies de points plus b* 
moins brtllants star la circonférence de ce chapeàifii 
(points oculîformes, que certains auteurs dècriveftt 
comme brgancs auditlfc), èt tmgènt dans la mer, anim&É% j 



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88 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



7 jAIfVIKR 



pour ainsi dire, d'un mouTement spasmodique. Que sont 

ces Méduses? d'où viennenUelIes? que produisent-elles? 
Voici ce qui a été découvert à leur égard. On trouve 
dans la mer des sortes polypiers plus ou moins régu- 
lièrement ramifiés, laissant échapper, & une certaine 
époque, de petits animaux qui nagent librement, et ne 
sontautre chose que de jeunes Méduses. Le fait est très- 
facile à observer, et des Sertulariens, — c'est ainsi 
qu'on nomme les Polypes en question, — envoyés de 
Dunkerque parM.Lacaze-Duthiers àMM.Milne Edwards 
et Vaienciennes, ont produit bientôt des multitudes de 
Méduses dans les laboratoires de ces deux naturalistes. 
Ces petites Méduses, après jivoir nî^é pendant un cer- 
tain temps, tombent au fond et disparaissent : on trouve 
à leur place des vers ciliés, libres aussi de se mouvoir; 
ceux-ci se rapprochent bientôt des parois du vase qui 
les renferme, s'y fixent et prennent la forme d'un disque 
épaté. Ce disque se soulève en cône à son centre, s'élève 
peu à peu en une tige qui ne tarde pas à se ramifier et & 
se couvrir d'expansions cupuliformcs tcntaculécs : on 
est revenu aux Sertulariens primitivement observés. 
Est-il nécessaire d'jyonter que Guvier, n'ayant pas été 
le témoin de ces curieuses transformations, ne pouvait 
pas ne pas placer dans des familles distinctes des ani- 
maux en apparence si différents ? Aussi avaitril établi la 
famille des Médusaîres et la famille des Sertulaires. 
L'utilité zoologique de la découverte de l'identité de ces 
deux fanûlles est évidente : c'est une utilité immédiate 
au point de vue de la science pure; vous allez voir que 
cette même découverte a eu son application pratique : 
c'est l'utilité éloignée. Depuis longtemps les bergers ont 
remarqué que leurs moutons sont quelquefois pris d'une 
sorte de vertige, par suite duquel leur corps s'anime 
d'un mouvement giratoire qui finit par les faire tomber : 
c'est la maladie connue sous le nom de ioumis.Les vété- 
rinaires, cherchant dans le cerveau la cause de ce mal 
bizaire, y ont observé un ver qui, en irritant telle ou 
telle partie de l'encéphale, y produit les mômes efl'ets 
que ceux que détermine à volonté le vivisecteur avec la 
pointe de son scalpel. Qu'était-ce donc que ce ver? d'où 
venait-il? Ici ne craignez rien, les amateurs des généra- 
tions spontanées auront bientôt expliqué le fait : le ver 
en questicm s'est tout simplement formé detoutes pièces 
dans le cerveau du mouton, et il n'y a pas longtemps 
qu'on citait encore cet animal comme une excellente 
démonstration de l'hétérogénie. Cependant la parenté 
évidente qui venait d'être découverte entre les Sertula- 
riens et les Méduses avait vivement excité l'attention des 
naturalistes, et Ton en vint bientôt à se demander si 
dans ces vers singuliers il n'y aurait point quelque chose 
d'analogue. Ici nous trouvons des travaux immenses, 
nombreux, pénibles, et dont voici les résultats remar- 
quables. Le Cœnure, ou, pour employer un mot plus gé- 
néral, le Cysticerque du cerceau du mouton, a son origine 
dans l'intestin du chien gardien du troupeau. M. Van 
Beneden, observant des portions de Ver solitaù'e de 



chien, a vu qu'elles se remplissaient d'oenb produisant 
précisément les Cœnures du mouton ; comme contre- 
expérience, il introduisit dans l'estomac d'un jeune 
chien, qui n'avait pas à coup sûr le Ténia, un certain 
nombre de ces Cœnures, et constata bientôt après, en 
Caisant l'autopsie de l'animal, que son corps renfermait 
un nombre de Vers solitaires égal à celui des Gœmires 
ingérés. La conséquence saute aux yeux : le Cœnure dn 
mouton et le Ver solitaire du chien sont une seule et 
même chose. M. Van Benedcn a même vu de jeunes ven 
ciliés nés du Ténia du chien, puis déposés dans les fosses 
nasales d'un mouton, perforer les muqueuses, et les la- 
bourer en tons sens, jusqu'à ce qu'ils arrivent ainsi dans 
une région où le crâne, percé d'un très-grand nombre de 
trous, leur permette de s'infrodmre dans le cerveau. L'uti- 
lité pratique de ces découvertes est assez évidente par 
elle-même, et il suffira de dire que, du jour où ces faits 
intéressants ont été connus, les vétérinaires allemands 
se sont attachés à soigner le chien de garde pour guérir 
le mouton, et débarrasser ainsi les troupeaux d'un mal 
jusque-là sans remède. 

Les zoologistes classificatenrs avaient, avec un soin 
extrême, étudié tous les détails de l'organisation des 
vers parasites, mais sans rechercher l'origine de ces ani- 
maux; comparez maintenant les résultats de leurs re- 
cherches à ceux auxquels les zoologistes anatomo-phy- 
siologico-biol(^stes sont parvenus, et voyez de quel côté 
est l'avantage. 

Il est donc indispensable aujourd'hui que le zoologiste 
soit à la fois anatomiste, physiologiste et biologiste; on 
peut dire que la zoologie de pure clasùflcation a fait son 
temps et qu'elle s'en va. Ces paroles ne sont point d'ail- 
leurs une critique du temps passé; chaqueépoque a son 
genre de travail, et chaque genre de travail ason époque; 
on peut môme ajouter que chaque travail pour chaque 
époque a son utilité et sa nécessité. Qui voudrait repro- 
cher à Linné de n'avoir point fait de la zoologie anato- 
mique, physiologique et biologique? L'œuvre immense 
et glorieuse de Linné a été de mettre l'ordre là où il n'y 
avait que désordre. Linné était nécessaire pour son 
époque. Cuvier est venu ensuite, et c'est lui qui a intro- 
duit l'anatomie dans la science; il a rendu les plus im- 
menses services et légué au monde ce vaste monument 
du Bègne animal^ qui ne le cède en rien au Sytiema na- 
tura. Le temps de la physiologie était arrivé; mais Baer 
alla trop loin, et fit une classification trop physiologique ; 
c'est surtout à M. Milne Edwards qu'on doit l'introduc- 
' tion raisonnée de la phydolog^e dans l'étude de la zoo* 
log^e.Nous ne sommes pas encore éloignés de Tépoque 
où l'on reprochait à certains zoologistes de vouloir pren- 
dre des oi^ianeset des formes tout à fait transitoires pour 
servir de base à la classification. Or, sersut-il aiyoard'hui 
possible de classer les Vers.intestinaux en rejetant les no- 
tions que fournit 1 étude de leur développement et de leur» 
formes transitoires diverses? Mais pour que les études 
physiologiques soient bonnes, il est nécessaire d'observer 



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REVUE DES C6URS SaENTIFIQUES. 



89 



les anifflanx dans les conditions d'existence où ils setrou- 

veot habituellement placés : aussi la mer est-elle aujour- 
d'hui foiià la mode. Cet entraînement, on en est surtout 
redenbleaoz exemples des coologistes français: Carier 
commença le premier àfaire des observations sur les côtes 
de la Nonnandie ; mais ce sont MM. Audouin, Milne 
Edwards, deQoatre&ges, etc., qui ont surtout compris la 
nécessité de ces études sur les lieux mômes; et l'un des 
pliBgcands physiologistes de l'Allemagne, MUller, entraî- 
nait avec lui,à Messïneet sur d'autres rivages, des légions 
d'étudiants qui en rapportaient des travaux dignes d'un 
tel maître. Si l'on admet que la marche à suivre actuel- 
\emeùi dans l'étude de la zoologie est telle que le por- 
fesseur a cherché à le démontrer, il faut avouer en 
même temps que le travail du zoologiste est inmiense, et 
qnechaqoe observateur nepeutarriver à coniudtre qu'un 
bien petit nombre desêtres.de la création; il devra donc 
croiser des stgets spéciaux en attendant qu'un grand 
génie, capable de tout embrasser, vienne &ire dispa- 
raître les individualités et réformer la science. La zoo- 
logie est dans une période de spécialisation ; s'adresser 
i tous les wjets, c'est risquer, presque à coup sûr, d'é- 
puiser inutilement ses forces ; c'est, selon l'expression 
charmante qu'Aroyot applique à l'amitié, iini<«r /« ruù- 
«k iknt /es taux te perdent en te divitant. La méthode 
que le professeur vient d'indiquer n'est, du reste, pas 
nouTelle, témoin ce passage d' Aristote qui aurait pu servir 
de texte à cette première leçon : «/n, comme paximUoil- 
Itm, rmoiUer à f origine dei choses et en tuivre oaxc soin 
U développement y voilà la voie la plus sAre. n Cette méthode 
est la seule qui puisse conduire à la solution des 
grandes questions qui sont à l'ordre du jour : généra- 
tions spontanées et mutabilité des espèces. 

Dans la suite de ces leçons, le professeur se propose 
d'esposer exclusivement l'histoire des Zoopbytes (qua- 
trième embranchement de Cuvier). L'étude de ces ani- 
Bumc inférieurs est intéressante : pour emprunter la 
belle expression que Linné appliquait aux végétaux, ce 
sont les plébéiens du règne animal; ils occupent une 
place ccmsidérable et jouent un r61e immense dans la 
oature, et constituent à eux seuls d'énormes récifs qui 
peuvent en peu de temps chaloger la topographie des 
mers. On prévoit déjà que les Méduses donneront lieu à 
des développements tout particuliers; avec les Proto- 
naires et les Infusoires on se trouvera en présence de 
hquesU(m des générations spontanées. Un cours com- 
mue d'ordinaire par des généralités; M. Ijacaze-Du- 
tliiers croit préférable de présenter les faits généraux 
apito les détails : c'est alors une sorte de résumé de ces 
derniers, et ils font ime plus grande impression sur l'es- 
priL Cependant, pour obéir à l'usage général, le profes- 
seur craisacrera sa seconde leçon à définir ce que c'est 
<]Be l'être invertébré, et il montrera que dans l'étude 
des animaux inférieurs, il faut d'abordj se débarrasser 
^la phipart des notions qu'on peut avoir sur les ani- 
iittiu qui sont au sommet de l'échelle, sous peine de 



méconnaître des Ihits positifs ou de les interpréter 
mal. — iMiw. d*TC «le râooiB MfwiL 



ÉCOLE PRATIQUE DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE. 

PHILOSOPHIE MÉBIGALE. 

COTIBS DE X. HIFFELSHDII. 
B« auMéitelisme et dm mfMUuMamm em m*4*HmrL 

Chaque année, je viens vous exposer, en cette pre- 
mière leçon, le résumé des observations que je recueille 
à ma clinique, et je déduis devant vous les conséquen- 
ces pratiques qui découlent de leur interprétation. Je 
vous fais assister ainsi à l'élaboration des matières pre- 
mières qui fournissent des bases à la partie essentielle- 
ment théorique de mon enseignement. Il en doit être 
ainsi, à mon avis, toutes les fois qu'il s'agit d'un enseigne- 
ment nouveau, qui a besoin de multiplier ses preuves, 
avant que de prendre rang et droit de cité dans les 
sciences offlcielleraent accréditées. Cependant, permet- 
tez-moi de rompre aujourd'hui avec mon habitude, en 
raison de l'espèce d'agitation stérile dont nous sommes 
témoins depuis peu de temps, agitation qui entraîne les 
foibles, et leur foit prendre au sérieux ce mot vide de 
sens :il y a autre chose que la matière. Je n'ai pas attendu 
ces récentes afQrmations pour protester hautement. J'es- 
père vous montrer ici que cette autre cbose n'est point 
la conception chimérique des splritualistes, mais l'or^ 
nisation de la matière. 

On est convenu d'appeler science un ensemble défaits 
certains. Mais, qu'est-ce que notre certitude? 

Permettez-moi de remonter, à ce propos, aux sources 
premières que l'on ne doit jamais éviter de consulter 
quand on fonde un édifice qui doit échapper aux ba- 
sants des caprices, des modes et du temps. 

L'homme qui pense a soif de vérité, c'est-A-dire de 
posséder certains faits abstraits ou concrets, qui laissent 
son esprit en repos et le satisfont, sauf à en chercher 
incessamment de nouveaux. Il est digne de remarque 
que la possession du vrai, dans l'acception que nous lui 
donnons, repose sur des exigences et des besoins qui 
varient à l'infini. Par exemple, les personnes chez les- 
quelles la faculté de croire est très-développée, trouvent 
des satisfactions suffisantes dans de simples anirmations 
tombant du haut d'une autorité constituée de la façon 
ta plus arbitraire. Rien en elles ne discute ni ne met en 
doute la valeur de ces assertions. L'exercice de cette 
faculté de croire dans chaque cas en particulier se nomme 
la foi. Il est impossible de prévoir chez un homme la 
limite de cette aptitude. Tel individu, de la manière la 
plus iRconscien/e, admet purement et simplement que 
tel fait est possible, probable, presque certain, et. tel 



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REVUE DES COURS SCnNTIPlQUKg. 



7 jAMVnK 



autre mdividn, au nom d'une finisse analogie, et quelque- 
fois au nom de rien, admet que tel autre feii n'est pas, 
et ne peut pas être. Il arrive rarement qu'un homme 
descende assez an fend de sa conscience pour y chercher 
les motifs fondés de ses choix ou de ses exclusions. 

G|| ^ivera^s suuùàre» de prooéder, on leur 4 fait 
l'honneur de les classer sous la rubrique de méthodes à 
priori, La plupart de ceuK qui se donnent des certitudes 
par des voies aussi peu scientifiques, qui jugent avec de 
semblables éléments, n'obéissent en réalité à aucune 
méthode, mais à de véritables défaillances intellec- 
tuellés. 

S'il est juste de respecter chez son prochain le pou- 
voir illimité d'exercer sa faculté de croire, tant qu'il 
s'agit de matières qui sont fatalement soustraites à tout 
contrôle, et qui ne peuvent d'ailleurs, en bonne logique, 
entraver la recherche méthodique des notions positives, 
il est essentiel, quand il s'agit de faits qui importent au pro- 
grès matériel de l'espèce humaine, de ne s'en rapporter 
qu'aux seuls résultats fournis par l'expérience. Et, disons-le 
bien vite, par l'expérience^ nous entendons l'expérimenta- 
tion. On a voulu constituer le privilège de l'expérience au 
profit des hommes qui ont vécu longtemps. Quoi de plus 
faux? Sufflt-il donc d'avoir vu passer sous ses yeux un 
grand nombre de faits pour en interpréter la significa- 
tion, pour en comprendre la portée, et pour saisir les 
lois qui les régissent? Assurément non. Une loi est la 
détermination exacte de la relation permanente qui existe 
entre une cause et un effet ; quel enseignement y a-t-il 
donc pour celu| qui est témoin de faits nombreux sans 
se préoccuper de cette relation? H est manifeste que le 
résultat en sera nul pour lui. Il n'aura rien appris, il 
n'aqra rien oublié. 

Au contraire, le spectateur qui aura saisi l'étroite et 
logiqpae corrélation qui enchaîne les mêmes causes aux 
mêmes effets, arrivera à prévoir l'issue d'un phénomène, 
et se trouvera, en définitive, dans un cas an;iloguc à celui 
de l'expérimentateur qui parvient à provoquer plus ou 
moins comntodémcnt les cfi'cts qu'il désire observer. 
Néanmoins, il restera toujours une distance infranchis- 
sable entre le simple observateur qui suit les phéno- 
mènes de l'évolution normale ou anormale d'un orga- 
nisme, et l'expérimentateur qui tient en main le 
phénomène initial dont il poursuit la dernière consé- 
quence, se sachant maître du résultat auquel il veut 
aboutir. Plus de doute, en ce cas : la relation de la cause 
à l'effet ne saurait lui échapper, car il dépend de lui que 
l'effet se produise ou non. Dans le premier cas, celui du 
simple observateur, rien ne prouve qu'il n'existe pas de 
lacunes dans la suite de ses déductions. Maintes circon- 
stances secondaires ont pu lui échapper. Voilà pourquoi 
la méthode expérimentale, qui ne conclut qu'd poste- 
riori^ est la seule méthode vraiment scientifique. 

Permettez-moi de vous citer im exemple emprunté à 
ma carrière d'expérimentateur, el à une occasion que 
nul ne pourra récuser. 



En 1860, à l'époqae oh J'appliquai la méthode du cou- 
rant voltalque continu permanent sur les hallucinés de 
la Salpôtrière, un maître éminent en fiùt d'aliénation 
mentale, se demanda si tout cet attirail de fils oondu&* 
teurs, de piles et de voltamètres, en fixant l'attention 
des folles, ne pouvait arriver à suspendre les pénibles 
troubles qui les agitent, et il, en conséquence, le cou- 
rant électrique en lui-môme ne devait pas dtre exclu 
d'une participation directe aux guériion« que nous 
avions observées sur quelques sujets. 

J'imaginai alors, tout en conservant cet attirail, de 
jeter un pont métallique entre les deux fils conducteurs, 
avant leur point d'attaehe au corps. En ibisimt ainsi cir- 
culer le courant sur lui-même, la malade hit soustraite 
h l'action du circuit proprement dit. Il arriva, dans la 
nuit suivante, que cette malade en grande voie d'amé- 
lioration, s'agita aussi forterpent que huit jours aupara- 
vant et déclara avoir été très-tourmentée par ses vma>. La 
chose s'était passée & l'insu de tout le monde. J'expli- 
quai mon expérience, et j'annonçai que j'allais faire la 
contre-épreuve tout aussitôt. Je supprimai le pont mé- 
tallique. La nuit suivante, la malade fut calme comme 
l'avant-veille. II ne semble pas qu'on puisse douter, après 
ce fait, de l'action réelle du courant, et d'une action 
tout h fkit indépendante de tout ce qui pouvait Arapper 
ou attirer l'attention de la patiente. 

Je dois ajouter que la méthode à posteriori, dont je 
viens de citer un exemple palpable, est si peu familière 
A la plupart des esprits, même les plus loyalement voués 
h. la science, que cette expérience, après avoir frappé au 
premier moment les assistants, est demeurée infiniment 
moins présente à leur esprit que la notion sommaire 
d'une efficacité conjecturale du courant voltaSque. 
Si, pour se faire une conviction, tout le monde sentait 
le besoin de se donner des preuves sans réplique, au 
lieu d'opiner du bonnet sur cette question, on se borne- 
rait h citer des faits à l'abri de toute objection fondée. 

Une importante question est soulevée depuis des siècles 
partout un ordre d'esprits qui ne craignent pas de con- 
tester à l'expérimentation ses véritidsles et incontestables 
services, lesquels consistent, par exemple, à fournir 
exclusivement des matériaux à la science, aujourd'hui 
naissante, de la médecine. Il est h remarquer que les 
arguments produits sont constamment les mêmes, et 
que ceux que l'on invoque devant vous en ce moment, 
sont tous réchauffés, passez-mni la trivialité de l'expres- 
sion, Je suis bien loin de refuser à messieurs les spiri. 
tualistcs, soitle talent de l'exposition, soit l'élévation du 
langage. Malheureusement ils négligent, avec une imper- 
turbable ténacité, d'asseoir leurs prémisses, je ne dirai pas 
sur une base solide, mais sur une considération positive 
quelconque. Aussi, comme tout pour eux est arbitraire, î I s 
ne craignent pas, les uns, d'imaginer une âme lo^e dans 
les oi^anes qu'elle dirige d'une façon fatalement intelli- 
gente ; les autres, d'objecter à leurs confrères en spiritua- 
lisme, que cette petite providence intérieure tolère des 



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91 



ati^tiom déplorrtJes qui entnîïiept iRort (ï'bqmine, 
Pt flHP P^M" COflséqueoJ, or TQjt (lifljcilement ppMrquoi 
fctte pPûvidcpcp, (jHÏ répare t*pt de brèches, ne les 
pfé?içQ( P9&t alors que, pour ces messieurs, c]Ie est la 
force vive, source de toute action, et par conséquent de 
tûiitfi altMtiofl organique. Toutefois, ils retombant 
d'^pcor^ sifr poipti que puisque les forces qui n^eu- 
vept cette ipsliôre sopt surajoutées à elle coronie râipe 
ellpriflêmâ, l'élude de la matière perd sou principal in- 
sérât, sps altérations n'étant que les couséqueuçps uUi- 
ipcs <1p« altérations primitives des forces. 

\^ lUPt dp furçe est e(pprupté à des sciences qui n'ont 
jamais eu 4'4ii^r^s moyens 4<3 détermination de cette en- 
(lté imaginaire, que les n^ptji G cations que cps forces apr 
portent d^ps 1^ matière, ^insi, les deuii^ jdées ({& matière 
f4 de forpe sont 31 étfoitenient unies, que l'on ne parle 
qoË pindifîcation^ (\e ]a matière, et très-rsecondaire- 
mqit (1^ fiprpe^, parce qu'une force nç se voit ni ne se 
Ktjsit, ni ne «e comprepd} sans l'idée corrélative 4'un 
^[j|f qpelcppque dp cette matière. On sait aujourd'hni 
cbiDDi^t on la UDoditle par une inQnité de procédés, et 
il \p90T^ tPà$Tpeu, dans la plupart des cas, de connaître 
en ellesrinônte^ les forces mises en jeu dans les innom- 
bralil^s piétamof pbospËI physiques et cfiimiques que nous 

Les ^piritualistes, pn raisonnant sur les forces du 
c(ffps, oQt l'air de conuaitre bien mieux que nous ce que 
l'on appelle le secret de la qtficbino bumainp. Cette 
vaipe puétaption qui* avant l'existence des notions una- 
tomiques, était une véritable bouifonnerie, se trouve 
râdnite aiynaud'lipi mn modestes proportions d'une 
iiin)pleinoonséqi4enPe.Car> nous le répétons, il en est des 
forces organiques commp dos forces inorganiques : on ne 
peQt jager des agents qui meuvent les molécules ntaté- 
rielles, en d'autres termes, des propriétés, que par les 
(QMÙlipjUaUpDS 44 racMvité de ces molécules. £t quand 
il l'aiit des oopps organisés ou vivanUf c'est encore, et 
esoluiivemept, par le^ elfets qui impressionnent les sens, 
^ p^VÎHItà r^dro cpmpte de leurs conditions 
d'aiii^tfflM Pt ift leur natjirp, On chercTiera à critiquer 
PB point de vup fondamental, mais je défïe qui que ce 
wit de pppuvep que l'idée de force up résulte pas d'une 
alutraetion opérée par l'esprit pn préseucp des pbéno- 
mènes sensibles, 

l'observation \n plus intelUgeote et la plus attentive 
nt nnwt itempl^cer la moindre expérience bien faite 
wt un corps organisé, car celle-ci résout 4'nne manière 
défiai^ve une question grande ou petite. I)ùs lors^ ce ré- 
sultat est aeqnis. Mi qu'on ne s'y trompe pas, Tcxpé- 
nence n'est point sujette à er^'^ur. Nous np la confon- 
dons pas avec l'observation pure et simple. 

L'mpérienee, dans le seps que nous lui donnons, c'est- 
Wire l'eïpérimentation, c'est le contrôle de la raison 
par 1m feits : elle prend, par pela même, le caractère 
Âpownw/. Lea expérimentataurs peuvent errer quant 
^ l'intepprétation. Peu importa, au fond, qup pette al- 



liance 4^ la rfti^pn qui juge pt de fhabileté manupllp qui 
exécute, ne se rencontre pas toujours 4ans Ip môi^e es- 
prit- L'interprétation d'un fait est du domaine public. 
"Vous, spiritualistcs, vous vous bornez à dédaigner les 
faits en feur substituant des conceptions à priori; h la 
place des phénomènes extérieurs et sensibles, vous met- 
tez des phénomènes internes. Si, comme vous le dites, 
nos expériences les mieux instituées n'apprennent rien 
sur certaines fonctions du corps, pensez-vous donc que 
l'observation trompeuse (Hippocrate), ou la divination 
appliquée à ce problème, si prodigieusement difficile, 
offre une voie plus certaine pour rencontrer la vérité ? 
Du moment que vous cessez de raisonner sur les faits 
d'expérimentation, la médecine ne se compose plus 
pour vous que d'articles de foi, c'est-à-dire que vous 
substituez la faculté de croire h la possibilité de savoir. 
Il n'y a plus de science : vous prêchez. 

Ah I si du moins l'un d'entre vous avait risqué une 
expérience pour combattre ou anéantir nos conclusions ; 
mais cela n'arrive point et n'arrivera jamais, parce que 
vous accepteriez un terrain qui est votre condamnation 
même. 

A dire vrai, vous avez une raison d'être. Vous vous 
appelez réaction. Dans le premier enivrement qui a suc- 
cédé aux découvertes modernes de la chimie et de la 
physique, quelques esprits impatients se sont flattés de 
l'espoir chimérique d'expliquer tous les phénomènes vi- 
vants à l'aide des données fort incomplètes et fraîche- 
ment acquises dans ces deux sciences. De là est sortie 
l'école matérialiste moderne; de là la comparaison de 
l'homme avec un foyer de combustion, et la ration ali- 
mentaire du cavalier français calculée sur {a quantité de 
combustible dépensée dans un foyer de cheminée ou de 
machine à vapeur. Il est né une chimie physiologique, 
qui, en réalité, ne diffère de la chimie des laboratoires 
que par la nature des cornues. Si c'est contre cette ten- 
dance que TOUS réagisses, nous pouvons nous serrer la 
main. ïKais, ne l'oubliez point, la grande ombre de 
Broussais se dresse devant vous. H y a plus de trente 
ans que cet homme de géniq a protesté, et a exprimé, 
au nom d'une autre chimie vivante, et sous la forme la 
plus concise et la plus synthétique, la pensée vraie que 
l'analyse modenie a confirmée. 

II est, pn effet, toute une immense notion dont l'école 
passagère mentionnée plus haut n'a pas su tenir compte. 
Cette notion, c'est celle de l'o^anisation. Pour nous, 
comme pour vous, il est essentiellement feux de ne voir 
dans un corps vivant qu'un assemblage de roatértaux 
susceptibles dp réactions réciproques. 

Npus ne comparons pas même un liquide, une hu- 
meur de l'organisme, \ m liquide quelconque. Nous 
pensons» toutefois, qpe la composition si complexe de 
beaucoup d'humeurs normales peut s'expliquer à l'aide 
de données empruntées à la physique et à la chimie. 
Pour ma part, je crois qu'un m/cm/ peut résulter tout 
aussi bien de la disparition de certatua prinoipas, que 



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92 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



7 jAirviEH 



d'une sécrétion excessive de certains autres. Ainsi^ il 
est impossible de se rendre compte de la composition 
complexe d'une humeur, si l'on ignore que l'addition 
successive de principes divers crée dans la solution 
préexistante des propriétés de solnbilité sans cesse nou- 
velles, et môme imprévues. 

On peut arriver dès aujourd'hui à se rapprocher de 
la composition de certains liqiddcs normaux, aux prin- 
cipes organiques près, c'est-à-dire qu'on parvient seu- 
lement à former le véhicule de ces principes organiques. 
Nous assurons, contrairement aux aberrations matéria- 
listes, que Ton ne fera point artificiellement les éléments 
anatomiques suspendus dans ces humeurs. Et c'est préci- 
sément là que commence Tintervention nécessaire' d'un 
organisme qui, seul, peut créer ces éléments anatomi- 
ques. S'il est vrai que les humeurs, dans leur complexité, 
reposent sur la dissolution réciproque et successive de 
certains principes, il suffît de la disparition de l'un des 
principes intermédiaires par le plus léger trouble dans 
les sécrétions, pour rendre insoluble l'un de ces prin- 
cipes, dont la solubilité avait pour condition un véhicule 
déterminé. Cela est expérimental, et il suffirait de quel- 
ques hommes travaillant dans cette direction, pour nous 
éclairer sur une quantité de problèmes pathologiques 
que la théorie de la cmàustion incompiète a résolus si 
superficiellement. 

Quand il s'agit de l'étude des tissus et de leurs élé- 
ments constituants, la plus simple étude nous démontre 
l'impérieuse nécessité de tenir compte de propriétés de 
plus en plus complexes, naissant fatalement de la con- 
stitution originelle des tissus, et nous arrivons sans peine 
à concevoir un ordre de phénomènes qui, dans l'en- 
semble de leurs résultats, appartiennent incontestable- 
ment à une classe plus élevée et plus complexe que celle 
des phénomènes simples de mécanique, de physique ou 
de chimie. Et encore parmi ces phénomènes vitaux eux- 
mômes, en faut-il distinguer de simples par comparaison 
avec d'autres qui résultent de l'intervention d'un grand 
nombre de facteurs. Les phénomènes fondamentaux de 
la station et de la locomotion, de l'ouïe, de la vision, 
sont lettre close pour nous, sans le concours des sciences 
mécaniques et physiques. Et une classe de phénomènes 
de l'ordre le plus élevé, à savoir, tous ceux qui expli- 
quent la circulation avec ses éléments multiples, ne 
sont pas davantage intelligibles sans les lumières éma- 
nées des sciences plus simples. 

Que l'on ne vienne pas arguer des divergences ré- 
gnantes entre les médecins qui interprètent ces mêmes 
phénomènes à l'aide de ces sciences plus simples, car il 
est des médecins, sérieux en apparence, qui sont spiri- 
tualtstes sans le savoir. Il en est qui imaginent une phy- 
sique particulière à l'usage des corps vivants. Dans cette 
création de fantaisie, on sacrifie la rigueur des principes 
à une espèce de compromis entre la vie et les forces spé- 
ciales du monde inorganique. Ainsi ont surgi des idées 



comme celle-ci : la vie modifie les lois mécaniques, phy- 
siques et chimiques à son gré, par conséquent suspend 
leur exercice dans la matière qui en était primitivement 
le siège ; — la mort n'est que le retour au plein exercice 

de ces lois. 

Il existe dans tout organisme vivant des effets physi- 
ques et chimiques que rien n'entrave, que rien ne &ia- 
trarie. Leur jeu est aussi régulier qu'en dehors de l'oi^- 
nisme, mais voici la différence: les actes particuliers qui 
concourent à l'accomplissement d'un phénomène oi^- 
nîque sont si nombreux, que dans la plupart des cas, 
une longue et minutieuse analyse devient nécessaire 
pour faire la part exacte de chacun. A la complexité de 
CCS phénomènes vient s'ajouter un autre fait : leur lente 
et imperceptible évolution, grâce à laquelle bien des 
manifestations secondaires se répartissent dans le temps 
et rendent le contrôle plus difficile. En voulez-vous des 
exemples, commençons par un fait înorganicpie. Si tous 
exposez un mélange de chlore et d'hydrogène h la lumière 
diffuse, la lenteur de la combinaison, qui s'accomplira 
néanmoins, ne donne lieu qu'à une médiocre élévation 
de température. Dans des conditions différentes, on peut 
rendre la combinaison instantanée et l'élévation de tem- 
pérature devient considérable. Dans l'évolution des vé- 
gétaux, véritable laboratoire où les réactions chimiques 
sont les plus nettes et les transformations organiques 
tes plus incontestables, il y a des changements de tem- 
pérature que la physique moderne constate. I^es indica- 
tions thermométriques fournies dans ce cas sont plus 
délicates, il est vrai, que celles observées dans les bal- 
lons des chimistes expérimentateurs. Cependant au fond, 
resserrez le temps pendant lequel se sont accomplis les 
deux ordres de phénomènes organiques et inorganiques, 
et vous trouvez une satisfàisante équation entre les deux 
termes. 

Dira-t-on que l'exemple des végétaux pèche par l'ana- 
logie ; mais ce que l'on est convenu d'appeler les phé- 
nomènes végétatifs dans im animal (cette seule qualifi- 
cation suffit à l'indiquer), repose sur l'analogieque tous 
les physiologistes ont reconnue entre certaines propriétés 
de l'animal et du végétal, propriétés dont la nutrition 
est l'expression synthétique. Le rôle des nerfs dans la 
nutrition est une fonction régulatrice en rapport avec 
les actes complexes de l'organisme animal, mais la nu- 
trition en elle-même s'accomplit, dans l'animal comme 
dans le végétai, au nom de la vitalité d'éléments anato- 
miques analogues. A cet égard, je suis en plein et com- 
plet accord avec mon savant ami Ch. Robin. Personne 
ne contestera que, dans les problèmes complexes, la 
seule manière d'arriver à la vérité est de procéder par 
simplification successive du problème. Si nous di- 
sons personne, c'est parce que nous ferons désonnais 
abstraction complète des partisans de l'école spiritua- 
liste qui procède à priori. Pour dire toute notre pensée, 
nous les considérons comme absolument étran^rs à la 
science, dût-on, par une de ces erreurs de temps et de 



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1665. 



REVUE DES COURS SCIENTIFIOUES. 



03 



liea dont l'histoire foormUle, leur livrer les chaires con- 
sacrées à renseignement offlciel. 

La physiologie végétale fournit évidenunent des 
données pins simples que la physiologie animale à 
cause de l'absence même du système nerveux. Des tra- 
vaux i^cents montrent à quel degré il est possible de 
suivre pas à pas ce que j'appellerai l'évolution chimique 
des tissus végétaux, et comment leur trame est consti- 
tuée par l'addition graduelle de principes extraits du sol 
que le végétal s'assimile. Les localisations successives de 
ces différents principes, à mesure qu'ils sont puisés, 
l'introduction de substances artificiellement mises au 
contact des spongioles, formenmt un jour les premiers 
radimrats de la physiologie normale et anormale des 
humeurs et des tissus. L'étude directe de l'usage des nerfs 
ne servira qne de complément, mais de complément 
nécessaire. Il estoncxemplepuisédans la vie animale qui 
montre bien autrement à quel point la force dite phy- 
sique se manifeste dans son plein exercice au sein des 
tissus animaux. On sait qu'il existe dans le corps de 
l'honmie et d'autres êtres, même très-inférieurs, des 
courants électriques que l'on peut constater avec des 
appareils analogues à ceux dont se servent les physiciens 
dans leurs expériences , avec cette différence toutefois 
qu'il faut multiplier vingt et trente mille fois l'intensité 
originelle du courant animal pour arriver à le constater. 
Ces courants si infimes que l'on peut rencontrer partout 
dans le corps, il serait illogique de leur attribuer une 
origine autre que des réactions chimiques. La faible 
intensité de ces rations qui se passe dans un orga- 
nisme explique la fàible intensité des courants produits. 

Mais nous ne répudions pas moins les théories issues 
de la même école matérialiste, qui compare absolument 
la moelle épinière à une pile avec ses deux p61es, et qui 
veut à toute force établir la presque identité des appa- 
reils électriques de certains poissons électriques et des 
anges d'une pile. Pour établir de pareilles anal(^es, il 
budrait au moins découvrir des rapports assez impor- 
tants, pour fonder ces rapprochements. Quand on a 
ressratila commotion d'une torpille en bon état, et quand 
OQ se demande quel appareil électrique il faudrait mettre 
«a jeu pour produire des effets comparables à ceux de 
cette secousse animale, on a pitié de voir de pareilles 
aberrations. Il làut ignorer la constitution d'une pile, le 
r61e indispensable de l'action chimique, la nécessité 
d'un isdement complet des éléments, par conséquent, 
l'origine de la tension électrique, pour avancer des 
opinions aussi hasardées sur la nature de la commo- 
tioi déterminée par certains poissons. 

Autant vaudrait dire qu'un malade en convulsion 
hystérique ou épileptique s'est transformé soudain en 
une puissante machine électrique. Voilà le matéria- 
lisme qu'on a le droit de bUmer. Toutefois il faut 
laisser une pari modeste à ces doctrines dans l'évolu- 
lim scientifique, parce qu'elles nous permettent d'abor- 
dv l'étude de phénomènes qui deviendraient vérita- 



blement mystérieux, si, guidés par ces fausses analogies, 

nous ne tentions d'explorer ces phénomènes par les 
procédés connus. L'erreur ne consiste point dans l'cx- 
périmmitation à laquelle donne lieu ce mode de re- 
cherches, mais dans l'interprétation de leurs résultats. 
C'est dire suffisamment que le système nerveux cérébro- 
spinal n'est point une pile avec ses fils conducteurs, 
mais un appareil oi^anique d'un ordre particulier. S'il 
ne sécrète point à la manière des glandes, il n'en a pas 
moins reçu des dispositions et propriétés fondamentales 
et immanentes que l'on ne retrouve dans aucune autre 
partie de l'organisme ; et si des croyants éprouvent le 
besoin d'y l<^er un soufOe pour l'animer (qui n'a pas 
sa petite part de foi?), la science n'y voit aucun incon- 
vénient, puisque nul de ses adeptes sincères ne contes- 
tera que l'accomplissement des fonctions encéphaliques 
(intellectuelles et autres), quelque extension qu'on leur 
donne, ou quelques limites qu'on leur assigne, est lié 
indissolublement à la présence du système nerveux, et 
dépend de l'intégrité de ses parties. 

Disons, pour terminer, que s'il existe une physiologie 
et une patholt^e spiritualistes, il n'existe qu'une seule 
thérapeutique et une thérapeutique matérialiste. Les 
spiritualistes puisent et saignent comme tout le monde, 
lis emploient le même séné, le même oiHum, le même 
empl&tre. S'ils disent qu'ils s'adressentà l'élément dyna- 
mique de ces médications (en tendant la main aux 
homœopathes), nous leur demanderons oii ils ont puisé 
leurs notions sur les propriétés médicamenteuses, et 
s'ils ne se proposent pas de modifier la matière avant 
de modifier les forces. L'agent impondérable, le cou- 
rant électrique, devrait être l'une des grandes res- 
sources de leur thérapeutique, et je ne sache pas que ce 
soit leur agent de prédilection, malgré les innombrables 
variétés de propriétés qui caractérisent cette classe de 
médicaments. 

HlFFBLSBEIV. 



COLLÈGE DE FRANCE. 

CHIMIE ORGANIQUE. 

GOUBS DE H. BEBTflELOT (t). 

n. 

AIcMb «■ (éaénd, •« yly<«MM<Ma» mm fmrOtMmw. 

Le cours comprendra deux parties : dans la première, 
on traitera des alcools au point de vue historique; dans 
la seconde, on rassemblera les faits précédemment 
exposés pour en déduire la théorie générale des alcools. 

On verra d'abord comment l'alcool ordinaire, isolé 



(i) Vojr.it nM. 



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mfm m& oome soiBNisFiQim 



7 Skjxm 



par les 'Arabes, lut ensuite soumU par les alchimistes à 
des études diverses; comment furent successivement 
découverts, et la composition de l'alcool, et les nom- 
breux dérivés énumérés dans la première leçon; enfin, 
comment la plupart des composés organiques naturels 
sont venus successivement se gpouper autour des alcools. 
Qn s'attachera h l'analyse des mémoires originaux, en 
exposant les expériences fondamentales et en cherchant 
à dégager de ces recherches les principes généraux qui 
ont pris pince dans la science définitivement. 

Dans la seconde partie, après avoir exposé la théorie 
des alcools, on indiquera jusqu'à quel point les lois gé- 
nérales ainsi établies se vérifient dans les faits connus, 
et comment elles peuvent faire pressentir les décou- 
vertes futures qui seront effectuées en chimie organique. 

ps L'Atpooi. o^mnAip. 

Alcool est un mot arabe qui désignait dans l'origine 
les poudres d'une grande ténuité ; puis, par extension, on 
l'appliqua & toutes les substances trôs-atténuées. Or, dans 
l'idée des anciens chimiste^, cette division de la matière 
s'obtenait, entre autres procédés, par la distillation; 
d'où il suit que le mot alcool fut étendu à tous las pro- 
duits obtenus par ce mode opératoire, et par consé- 
quent à l'esprit retiré du vin par la distillation. Le mot 
alcool se retrouve encore dans les traités de chimie et de 
pbarmaeie du xvin*' siècle, avec une si^paiflcation aussi 
étMidne. Cependant, à partir de Fouroroy, on le réserva 
plus spécialement à l'esprit-de-vin. De nos jours, il est 
devenu ua nom générique, que l'on donne en chimie, à 
cette classe de composés organiques qui jouissent de 
toutes les propriétés fondamentales de l'esprit-de-vin. 

L'alcool ordinaire se retire donc du vin par distilla- 
tion. Ge procédé est applicable ici, parce que, de toutes 
les substances qui entrent dans la constitution du vin, 
Talcool est celle qui passe le plus facilement à la distil- 
lation. En soumettant le liquide obtenu à une deuxième 
rectification, on obtient un produit plus concentré, qui 
brûle alors sans résidu, avec une flamme peu éclairante, 
mais qui dégage beaucoup de chaleur. 

L'idée première de soumettre ainsi les corps à la dis- 
tillation, paraît pemonter aq delà (|e$ Arabes : c'est ainsi 
que Pline indique que par la chaleur, on peut retirer une 
huile volatile de la résine de térébintbe. Mais ces no- 
tiop$, fort imparfaites d'abord, ne paraissent avoir pris 
un caractère vraiment sérieux que chez les Arabes. On 
Attribue d'ordinaire la découverte de l'^copl à l'un de 
leurs élèves, Arn^uld de Villeneuve, qui vivait au 
xi|{" siècle. A partir de cette époque, ce procédé fqt 
appliqué k une foule de su)>stance§ d'opigineg diverses, 
et c'est ainsi que furent isolées pour Ia première fois la 
plupart des essences aromatiques. 

Au milieu de ces études, le problème qui exerçait le 
plus la sagacité des alchimistes, c'était la formation de 



l'espritrde-vin. Qn voyait I9 jus swpé 4u raisin i^^opr- 
souOer, en dégageant des buUfls AQR)hiieu«f!§, perdf« soi) 
goût sucré pQHP acquérir la »veu? piqtiantfi l'esprit- 
de-vin. Sp vertu de quels ehangenjents s'opérait celte 
singulière tpansforroAtipi)? Vum pomppflpdrfl leuKs îd^ei 
sur la transmutation des métaux et sur une muUitnilP 
de phénomènes chimiques, il h\ii&» reportée h l^^f nt^ 
niére de voir sur les fermentations. A yeux* 
effervesoenoe était néoessftirementr^iae d'une formea* 
tatiûH, de telle sorte que l'action de l'acida nitrique sur 
le eulyre, celle de l'huile de vitriol suv les carbonatw, 
étaient des phénomènes de même nature, qui devment 
s'expliquer de la même manière que la formatioa du 
vin. Ûr, comme dans ce demier cas, ils admettaient que 
l'action était due à la présence d'un levaiui d'un ^e^ 
ment, ils appliquèrent la même idée à l'explioatioD 
d'une fbule de phénomènes. De là, par Kemple* leurs 
recherches sur la poudre de projection i ils attribuaioit 
à cette poudre le pouvoir de provoquer la transmuta- 
tion des métaux, qu'ils assimilaient & une ferwentatiQp. 
C'est ainsi que partant d'un flût trèSrGomplexA, la fer- 
mentation du vin, ils ol\erchaient k expliquer un grand 
nombre dë phénomènes chimiques plus simples, majs 
dont la simplicité même leur échappait. 

Cependant la pratique de la distillation a rendu de 
très-grands services à la seienoe ; ce mode opératoire, 
successivement perfectionné, est «loore, pour le chi- 
miste, un des plus puissants moyens d'étude. Vais re- 
venons à l'histoire de l'alcool. 

Le produit de la distillation dn vin est un liquide in- 
flammable, comme les huiles et les essences; il s'en dis- 
tingue en ce qu'il se mélange, non?«eulemeQt k oes der- 
nières, mais encore à l'eau en toute proportion : d'oii 
résultait pour les alchimistes la connaissance d'un nou- 
vel état de la matière, intermédiaire entre les huiles et 
les liqueurs aqueuses. Ceci rend compte dos définitions 
qu'on trouve dans les anciens traités : n L'esprit-de-via. 
dit Stafal, est une huile trë$<atténuée, unie pap l'iaUtr 
médiaire d'un acide avec do l'eau. » 

Les premières expériences un peu précises qui furent 
feites pour reconnaUpe la nature de l'alcopl sont celles 
qui ont trait h la combustion. Ce mode d'«xpérience, 
d'abord grossièrement appliqué, a pris en chimie une 
extension de plus en plus grande, et en même temps, 
par des perrootionnemants successifs, une pvéeisioB en 
quelque sorte mathématique. 

Juncker et Boerhaave essayèrent d'analyser l'alflOfil 
par la combustion. Pour recueillir l'eau formée, on se 
servait d'un petit vase en forme de chapiteau, muni è sa 
partie inférieure d'un rebord en forme de rigole, destiné 
à recueillir les produits condensés. En &i&ant brûler 
de l'alcol au centre de ce petit vase, et en ayant soin de 
renouveler l'air, on arrivait à raeueillir une certaine 
quantité d'eau. Lps auteurs d@ oes analyses Démarquè- 
rent, en outre, que la combustion s'opémit sans dépAt 



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RBVWB DM COUR» 8CïBNTIFIQtfB8. 



H 



(le oliartiai, ee qni dîfKrmeiait l'ftleool des hniles essen- 

lielles : de l'esBence de térébenthine, par exemple, la- 
quelle bréle avec une flamme fuligineuse. Mais l'exis- 
tence des corps gazeux étant ^ P^u près inconnue, la 
formation de l'acide carbonique leur échappa. Des expé- 
riences précédentes, \çs c^iiipi^tcs du milieu du \vi|i' siè- 
cle pf^rfut ppuvoir conclure que l'alcool résultat de la 
cûnibinaison dP i'eau avec ip phipgistique ou utatière du 
feu, oopsidéré k C9(te époqua eoqtiqe un éléii)«a(. Cette 
opinion i^gna dftm la soieace jusqu'à Lavoîùer. 

LaToiùer entreprit de résoudre la question, et il ftit 
assM heureux pour reconnaître cette fois la véritable 
nature des corps qui se produisent dans la combustion 
de l'alcool. Mais, pour comprendre exactement les idées 
du grand fondateur de la c}iimic sur ce point, il faut se 
reporter aux nouveaux principes qui venaient d'Ôtrc ad-, 
mis dans la scieqQe, Il appliqua ^ cette étude réquatiop 
de poids qu'il venait 4'introduire en chimie : « Kien no 
sô perd, rien ne se créa précepte qui, tel que l'enten- 
dait Lavoisier, avait un sens un peu diiïérent de celui 
que nous lui donnons maintenant. En effet, Lavoisier ad- 
mettait que le calorique fiiisait partie des corps comme 
élément, qu'il entrait à ce titre dans leur constitution, 
bien que par sa subtilité il éehappftt à la balance; en 
on mot, il regardait le calorique comme une matière 
réelle, mais impondérable. 

Uuoi qu'il en soit, on avait déjà obsené avant Lavoi- 
sier que, dans les phénomènes de la combustion d*unc 
substance, il y avait, tantôt augmentation de poidp, 
CûRime daqs la calcination des ipétaux, tantôt diipinur 
tion de poids, comble dans le combustion d'un grand 
nombre de matières organiques. Mais on ne savait pas, 
avuit Lavoisier, à quoi attribuer ces diffèmees profon- 
de!», et, pour fonder une théorie, on faisait sans cesse in- 
tervenir la matière du feu. Lavoisier, en regardant cette 
matière comme impondérable, rendit un immense ser- 
lice à la science. Il établit le principe de la conservation 
du poids de la matière, d'après des expériences mémo- 
rables qui ruinèrent la théorie du phlogistique, mais que 
nous ne rappellerons pas ici, 

Ix QonvpQp prineipe fut appliqué ^ l'étude des al- 
cools. Lavoisier reconnut que, par }a combustion, U 
y avait, non-seulement formation d'eau, comme Boer* 
bsave l'avait déjà constaté, mais encore production d'air 
fixa (aoide carbonique); or, il avait déjà déterminé la 
natnre de cet aoide en fiiisant brûler du carbone dans 
de l'oxygène. Il obtint ainsi les nombres suivants : 



nombres eiaqts : 



Carbone SB as 
Carbone » se 



l'iaWrprétAUon de m expérifiaces faigeait en outre 
lacenoaissanoe delà nature de l'eau, considérée jusque- 
Ik eomme on élément. OBvendiib reconnut d'abord que 



rhydrogône, en brQlant, donne des gouttelettes d'eau 

d'une limpidité parfaite, et c'est là le point de départ 
des travaux de I^vaistcrj qqi établit, par des expériences 
sans réplique, que l'eau résultait de la combinaison de 

doux gaz, l'oxygène et l'hydrogène. 

La nature de l'eau et celle do l'acide carbonique étant 
connues, l'analyse de l'alcool devenait réellement pos- 
sible. Lavûjsipr fit donc brûler, sous une cloclip remplie 
d'oxygène, de l'alcool contenu dans une petite capsule 
placée sur la cuveà mercure; l'eau formée se condensait, 
et l'acide carbonique produit était ensuite absorbé par la 
potasse caustiqïie. C'est en suivant cette marche que La- 
voisier hit conduit à ce résultat important, que le poids 
de l'eau formée est supérieur à celui de l'alcool em* 
ployé : il reconnut, par exemple, que W parties d'esprit 
donnent en brûlant â& parties d'eau* preuve décisive que 
l'eau n'est pas un élément. 

Les recherches qui précèdent n'étaient pas encore 
suffisantes pour Qxer définitivement la vraie formule de 
l'alcool; mais la question ne fut reprise qqc trente ans 
plus tard. En 1807, Théodore de Saussure fit de nouveau 
brûler de l'alcool, comme l'&vait fait I^avoisicr; ses pre- 
mières expériences n'étaient guère plus parfaites, car il 
crut pouvoir admettre la présence dans l'alcool d'une 
petite quantité d'azote, environ 3 pour 100. Mais, en 
181&, il reprit le même sujet, et fit deux sérifô d'expé- 
riences qui établirent sans retour la composition élé- 
mentaire de l'alcQpi : 

1* Il exécuta des analyses eudiométriques sur la va- 
peur d'alcool; mais il reconnut bientôt que ce procédé 
est inexact par suite de la trop faible volatilité de l'al- 
cool, une certaine partie de l'esprit-de-vin échappant h 
la combustion. 

2" 11 réussit mieux par des analyses eudiométriques 
sur les produits de I9 transformation de l'i^lcool en élér 
ments gaieux. A cet effet, il fit passer de le vapeur d'Al- 
cool dans un tube de porcelaine chauffé au rouge; il vit 
qu'à cette température, l'alcool se décomposait en un 
produit liquide, de Teau, qu'il condensait dans un réci- 
pient refroidi, et en un mélange gazeux qui pouvait 
être recueilli sous la cloche à mercure. En opérant ainsi 
sur 81 grammes d'alcool, il reconnut qu'il ne restait que 
0",05 de charbon dans le tube à combustion, et qu'il se 
formait 47 grammes d'eau, renfermant seulement des 
traces d'alcool (0*',0$), d'acide acétique (D'%04), et 4'nnc 
matière cristallisée (naphtaline). 

Ceci posé, négligeant ces produits aceessoires, de 
Saussure s'attacha & l'analyse eudiométrique des gaz re- 
cueillis; il les fit donc briiler dans un excès d'pxygèno 
pour transformer le carbone en ecide carbonique, et 
l'hydrogène epeau- Il futeinsi popduit à pç résultat tout 
à fait capital, qu'il fallait, dans cette coqabustion, em- 
ployer 3 volumes d'oxygène pour former 3 volumes d'acide 
carbonique. Il en conclut que l'alcool renfermait les élé- 
ments de l'hydrogène bicarboné, plus de Teau. 



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REVUE DES COURS SCaENTIFIQUES. 



7 jAimn 



En effet, la combustion de Thydrogène bicarboné 
i*exprime par ta relati(m suivante : 

G<H4 -{- 0» » a co* + s H>os 

d'où le rapport de 12 à 8, ou de 3 & 2, entre le volume 
de l'oxygène employé et celui de l'acide carbonique pro- 
duit. Or, Talcool donne les mômes rapports : 

C*W + 0" [13 Tol.) « C«OS 3 B>0> (8 vol.). 

En retranchant de l'alcool une quantité d'eau quel- 
conque, on voit que ce rapport ne sera pas altéré. -Dès 
l'instant que l'alcool ne fournit que de l'eau et des pro- 
duits gazeux, de Saussure en c<mclut avec raison que les 
éléments de l'alcool ne diffèrent des éléments de l'hy- 
drogène bicarboné que par les éléments de Teau. 

D'BMUBoini0OlM,|ihamdaaMclMfd*nu>pital dvMMi. 



MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE. 
PHYSIQUE APPUQUÉE A L'HISTOIRE NATDRELLE (1). 

CODES DE M. BECQUEBKL 

(de lliMtilat). 

JUItmUmi moMcMbOM et eolitelov. 

L'attraction moléculaire est la force qui attire les molé- 
cules des corps : c'est la pesanteur i de trèB^tites distances. 
On l'appelle aussi cohésion, ou force d'agrégation. Elle lutte 
sans cesse avec la chaleur, qui tend à séparer les molécules, 
et du résultat de cette lutte dépendent les différents états sous 
lesquels les corps se présentent à nous, l'état solide, l'état 
liquide et l'état gazeux ; enfin elle s'exerce entre les parties 
similaires, ce qui la distingue de l'afBnité dont l'action ne 
s'exerce qu'entre des molécules hétérogènes. L'attraction molé- 
culaire & de petites distances n'engendre pas seulement la cohé- 
sion, mais encore les effets capillaires que nous examinerais 
plus tard, et qui se produisent au contact des liquides et des 
solides. Oa la met focilemeDt ea évidence en faisant glisser 
l'une sur l'autre deux plaques de verre poli, ou les deux 
moitiés d'une balle de plomb que l'on vient de couper. Il 7 a 
dans ces conditions une adhérence considérable ; la pression 
de l'air n'est pour rien dans celte adhérence, car elle a lieu 
aussi bien dans le vide. Elle est indépendante de l'épaisseur 
des corps. Du reste, dans les fabriques de glaces, on sait par- 
firïtement qu'il ne but Jamais laisser quelque temps en con- 
tact deux glaces parfaitement poUes : il deviendrait impossible 
de les séparer sans les briser. C'est ainsi qu'on explique la 
formation de certains grès que l'on trouve ccunposés de petits 
grains de quarts adhérents les uns aux autres, sans l'intermé- 
diaire d'aucun ciment : cette formation doit avoir lieu sans 
une forte pression, et l'adhérence a augmenté avec le temps. 
L'adhérence moléculaire permet moins d'expliquer la forma- 
tion de masses compactes qui se fivment à la longue, sans 



(1) Voy. le M* I. 



l'intervention de l'humidité, dans des poudres homogtoes, 
comme M. Cbevreul l'a observé pour le soufre, parexen^. 

La cohésion n'est pas la même dans tous les corps. Elle varie 
non-seulement en raison de leur nature, mais encore avec 
l'arrangement de leurs molécules. C'est aux modifications 
qu'elles éprouvent qu'il fout rapporter, non-seulement dans 
tous les corps, mais encore dans le même corps, suivant son 
état physique, la dureté, la fragibilité, la âmtilité et Vélasti- 
cité, qui varient aussi avec la température, propriété que l'on 
sait utiliser dans les arts. Trois causes détruisent la cohésion : 
la chaleur, en écartant les molécules ; la dissolution, dont nos 
liquides produisent aussi les effets ; et enfin les actions méca- 
niques, qui sont dues à des causes de clivage dont nous allons 
nous occuper. Aussi ces différentes causes augmentent-elles 
l'alBnité, qui, comme on le sait, ne se manifeste que quand 
la cohésion n'existe plus. Occupons-nous maintenant des 
moyens mécaniques : la porphyrisation vient en première 
Ugne, c'est le moyen le plus simple de détruire la cohésion; 
mais le clivage est un moyen plus rationnel, parce qu'il nous 
montre en même temps comment les molécules se supe^w* 
sent pour fonnor des cristaux; mais avant cela nous dirons 
quelques mots sur la cristallisation. 

CrittaltinlitM, — Les corps se présentent à nos yeux, tantôt 
sous la forme polyédrique ou en cristaux, tantôt à l'état 
amorphe, état qui est lui-même très-variable, en raison de 
l'arrangement plus ou moins régulier des molécules. Les corps 
affectent asseï ordinairement la forme do cristaux, quand ils 
passent lentement de l'état liquide ou gaseux à l'état solide. 

Les cristaux sont des solides à faces planes, dont le nombre 
est plus ou moins considérable, mais qui peuvent toujours 
être rapportés à des cristaux plus simples appelés formn pri- 
mitives. Deux laces planes se rencontrent suivant des U^es 
droites appelées arêtes, et les s(Hnmets des cristaux sont 
les points où aboutissent les arêtes. On ne connaît pas la loi 
suivant laquelle agit l'attraction moléculaire; mais comme 
elle ne se manifeste qu'à des distances iidniment petites, on 
en déduit que son intensité dépend en partie de la forme des 
molécules, et qu'elle augmente avec une très-grande intensité 
à mesure que la distance diminue. 

Lorsque les molécules des corps sont libres de se mouv<^ 
en tous sens, comme cela a lieu quand elles sont à l'état de 
dissolution ou ^ l'élat gazeux, elles se groupent en produisant 
des cristaux. Dans tous les cristaux, les angles sont toujours 
saillants : c'est là im caractère essentiel des formes simples, 
ils ne sont rentrants que dans les hémitropies. La première 
chose que l'on observe, quand on étudie un cristal, c'est sa 
carrure ou son clivage, qui n'a pas lieu également dans tous 
les sens. Ce clivage s'opère suivant des plans toujours paral- 
lèles : c'est ce que l'on appelle cassure lamelleuse. Le même 
cristal présente souvent plusieurs plans de clivage. C'est une 
propriété très4mportan(e, et que l'on utilise dans les arts : 
la taille du diamant en est un exemple. On peut déter- 
miner le clivage de différentes manières; généralement, 
on le fait au moyen d'un couteau que l'on place parallèle- 
ment au plan de clivage du cristal, et sur lequel on ft-appe 
avec un marteau. Dans quelques cas, et en particulier pour 
le cristal de roche, on a recours à un procédé employé par 
HaQy : c'est l'étonnement. 11 consiste à porter le cristal au 
rouge et à le projeter vivement dans l'eau froide : le cristal 
se brise aussitôt en plusieurs fragments, suivant des plans de 



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1865. 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



97 



divage. HaQy employait ce procédé pour reconnatlre la 
forme cristalline d'un corps toutes les fois qae ce corps 
n'avait pas une fimne extérieure cristallisée. Il est une chose 
înqmrtaote que l'on doit examiner dans les cristaux, c'est la 
mesure des angles ; on la fait au moyen d'instruments parti* 
caliers auxquels on a donné le nom de goniomètres. 

ArrivcHu maintenant à l'examen de la fonne primitive d'un 
cristal. Toutes les formes cristallines peuvent être rapportées 
i six fimnes primitiTes, qui constituent les six systèmes cris- 
tallins: 

1* Système relier on tétraédrique; 

3* Système du prisme droit & base carrée; 

3* Système rhomboédriquc ; 

&* Système du prisme droit à base rhomboédriquc; 

5* Système du prisme oblique ; 

6" ^tème bi-oblique. 

Toutes les formes que l'on rencontre dans la nature déri- 
vent de l'une de ces six fonnes primitives par des modiflca- 
tioos qui se font toujours suivant des lois bien connues, et dont 
il et! facile de se rendre compte au moyen des troncatures, des 
biseaux et des pointements ; mais on ne peut jamais passer 
d'un système dans un autre. Les structures des cristaux et 
lenr formaticm s'expliquent parfaitement au moyen de là 
théorie des décroissements. Hais ces bits sont complètement 
du ressort de la minéralogie. 

On obtient des cristaux toutes les fois qu'on laisse refroidir 
ou que l'on évapore plus ou moins une dissolution. Pour les 
sels, qui sont plus solubles à chaud ;qu'à froid, on évaprae 
jusqu'aux pellicules, et on laisse reftoidir. Exemple : le sul- 
fate de soude. Quand un corps est aussi solubie à chaud qu'à 
froid, comme le sel marin, par exemple, on ne le fait cristal- 
liier que par une évaponiiion prolongée. Plus la cristallisation 
s'opère lentement, plus les cristaux sont gros. Le repos con- 
tribue également à la lenteur et à la régularité de la cristal- 
lisation, tandis que le mouvement l'accélère, mais aussi les 
cristaux sont petits et mal formés. Ce fait est utilisé quelque- 
lins dans l'industrie. Ainsi, pour obtenir le sucre blanc, on 
remue constanoment les sirops pendant leur refroidissement 
pour obtenir de petits cristaux, que l'on agglomère ensuite en 
les mettant dans les formes ; tandis que par un refroidisse- 
ment lent, les sirops donnent de beaux cristaux transparents, 
qui constituent le sucre candi. On obtient un très-beau sel de 
cuisine en précipitant une dissolution concentrée de sel marin 
par l'acide chlorhydrique ; dans ces conditions, le sel marin 
précipite sous la forme de cristaux excessivement petits et 
trës-régnliers. Quand un corps étranger se trouve dans une 
dissolution mise & cristalliser, ce corps constitue une sorte de 
centre d'attraction autour duquel les cristaux viennent se 
gnniper. On sait que pour obtenir le sucre candi, on tend des 
flb au milieu des sirops; c'est autour d'eux que les cristaux 
te Bmnent. C'est aussi à une oclion de ce genre que l'on 
attribue la fi»mation des calculs de la vesrie. Un cristal dé- 
posé dans une dissolution concentrée du même corps déter- 
mine aussi plus rapidement la cristallisation. 

L'expérience suivante dume une idée de l'énergie avec la- 
quelle la kne de cohésion tend à réunir entre elles les molé- 
odes similaires. On fait une dissolution composée de 3 par- 
ties de nitrate de potasse, et de 3 parties de sulfate de 
Mude dans 6 parties d'eau tiède ; m met cette dissolution 
dm» deux flacoiis, et l'on dépose dons l'un un cristal de nitrate 
de potasse, et dons l'autre un cristal de suUàte de soude. Au 



bout de quelque tenqts, on remarque que dans le premier 
flacon tout le nitre a cristallisé, tandis que dans le second, 
c'est le snlfiite de soude seul qui a oistalliaé. 

La température à laquelle s'effectue la cristallisation a ausn 
une grande influence sur la composition chimique de ces 
cristaux. En faisant varier la température pour certains selff 
on obtient des étaU d'hydratation différents .Les raistamc pen- 
vent renfermer de l'eau sons deux états bien distincts : il y a 
l'eau d'interposition et l'eau de combinaison ou de cristallisa- 
tion. L(»squ'un corps se ctmibine avec de l'eau de cristallisa- 
tion, il 7 a formatira d'un hydrate et production de chaleur, 
comme dans toutes les combinaisons chimiques. Hais une fois 
l'hydrate produit, si on le dissout dans une grande quantité 
d'eau, il y a production de froid, comme cela arrive dans 
toutes les dissolutions. Le froid produit est d'autant plus 
grand, que la dissolution a été opérée plus rapidement; c'est 
sur ce fait qu'est basée la préparation des mélanges réfrigé- 
rante. 

La sursaturation des dissolutions salines nous oITre des faits 
asseï curieux étudiés par Lewel. Ils sont dus & une cause de 
la même nature que celle qui retient l'eau à l'état liquide au- 
dessous de zéro, comme l'a observé M. Uespreti dans certaines 
conditions. Voici les résultats auxquels est arrivé Levrel. On fait 
une dissolution concentrée et bouillante de sulflste de soude ; 
puis on l'introduit dans des tubes de verre très-réustant et 
primitivement effilés & leur extrémité. On fait tlon bouillir la 
dissolution dans le tube; pour chasser l'air qui reste à la par- 
tie supérieure, après quoi on ferme le tube à la lampe. Après 
le reltoidissement, on observe que la dissolution a conservé 
toute sa limpidité dans le tube ; mois vient-ra A lainer ren- 
trer l'airen cassant la p<»nte, aussitôt la dissolatioase prend 
en masse dans toute l'étendue du tube. Level a répété cette 
expérience d'une autre manière. Il place la même dissolutim 
saturée dans des matrices à fond plat, et les lènne avec un 
bouchon de Uége, ou même plus simplement avec une léaille 
de papier posée sur l'ouverture. On abandonne la matrice i 
un refroidissement très-lent, les dissolutions restent limpides ; 
mais on peut les faire prendre en masse de plurieurs façons, 
soit en laissant rentrer brusquement l'air, soit en touchant la 
liqueur avec un agitateur de verre offï'ant une cassure fraî- 
che. Un agitateur dont le bout a été préalablement chauffé 
Jusqu'à fusion du verre, et ensuite refroidi, ne détermine pas 
la cristallisation instantanée. La dissolution se pzend en 
masse, si l'on projette dans le ballon un petit cristal de snl- 
fhte de soude. Enfin, Lewel a remarqué que s'il fait passer 
dans la dissolution, au moyen d'un aspirateur, de l'air que l'on 
a forcé d'atxnrd à passer sur du coton, la dissolution ne se 
prend pas en masse ; maïs ce phénomène a lieu avec une seule 
bulle d'air, quand cet air n'a pas été tamisé par son passage 
sur le coton. Plusieurs autres sels, notamment le sous-corbo- 
nate de soude et l'alun, partagent avec le sulfate de soude 
ces propriétés curieuses, et peuvent, comme lui, servir à répé- 
ter des expériences de snrsaturalioo. 

/n/ltience dea mélanges sur la cristaUisatûm, — On a vu dans 
la leçon précédente, que lorsqu'une dissolution saline est 
abandonnée à une évaporation spontanée, peu à peu les mo- 
lécules se groupent régulièrement et produisent des cristaux ; 
il semblerait que lorsque la dissolution est très-pure, et qu'elle 
est exen^te de matières tenues en suspension, quand rien ne 
gène la cristalltetion, on devrait obtenir les formes les plus 



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BBVim DBS GQUtW BQlBNTinQCiSB. 



1 hvfijuc 



simplefl cl les tilas régulières^ C'est l'inverse qui se produit 
âûttt la naturâ comme datis leâ laboratoires. On trouve que 
les mélanges mécaniques^ dans une dissoliltion; modifient 

Iftourent les formes seeondatrës, et donnent lieu à des crisldux 
simples et plus tégutiersi Trois cbs sont à considérer : 

1*> Qll&hd les dissolutiohs ne renferment qué des matières 
étrangi^rës pulvérulentes, extrêmement fîiles, et qui restent 
ën suspension presque permanente, les cristaux ne changent 
pas de forme. 

S" Si les subsladces étrangères se déposent au fond de la 
dtésolulion en parties tr68-6nes et fncbhérentes, les ciistaut 
formés au milieu de ce dépôt ont utle fbrme plus simple et 
plus régulière que celle qu'ils auraient eue dans unesolutioii 
Semblable tout A fait pure. Dans la nature, les cristaux de 
quarts mélangés mécaniquement d'oxyde de fer, ceux de car- 
bonate de chaux, qui empâtent des grains de quartz ou de 
grès ont Une forme trèfr-stmple et très-régulière. 

3" Dans un mélange gélatineux, les cristaux qui s'y dépo- 
sent ne subissent aucun cbengement dans leur forme : les 
cristaux sont très-nets et isolés. 

Les formés silnples obfetiues dans des mélanges mécani- 
ques varient non-seulement avec la tiature des corps mélan- 
gés, mais encore avec la proportion de ces matières que les 
cristaux renferment à l'état de mélange. Les mélanges mé- 
cttiliques Joùeilt donc un rOle cbnsidémble dans la cristallisa- 
tlbu,iila!9 lesittéUhges chimiques paraissent y avoir une part 
bbauéilut) plus large: la forme des cristaux de sUtfhte de fer 
bb chabl;^ pas qùand Ils ranfbrmeut Jusqu'à 60 pour 100 de 
ïUllHte dé enivre, ou de sulfote de zinc, mais on trouve de 
petite* dilfêrenees datis tes angles. Au reste, dans ces cristaux 
bonlenaht plusieurs sels, on trouve que toujours l'un d'eut 
HbmiUë et impose sA forme aux autres ^ la différence n'existe 
^Uë dans la vàieUr des anglés) qui est un peu modifiée. 

ÏÏes ciiang'einents inoïécuiairé^ que fe* eiîrpï èpnmbent soUS l'ïrt- 
fluence de la chaleur et de là lumière. — Le sôufVc fond Ver& 
lo!) Â 110 degrés, et peut bristalliëér ^ar rbfV'oidiA&cmcnt; 
tnais si l'on continue de le chaUfTet, vér4 i&> degrés il cbiti- 
mence & s'épaissir, et sâ coùlciir dcUl^ht lui |tcu h}Ugeâtrc; 
vers 25<i degrés, il est tout à fait rbugë et pflteUf. En toutî- 
nuarit encore à le chauffer, 11 redfevletit liquide, mais con- 
serve sa couleur rouge : si A cê moment on le plonge dans l'eau 
iVoide, il constitue le solifre moU ; màiâ si on le laisèe refrol- 
liir lentement, il redevient jaune et crislàllin. Le bi-iodure de 
mercure, qui est roug**, dcvieiit Jaune, si on le ehauffë, mais 
il reprend sa couleur rohge avec lè tehip's; et tbUt de kuite tt 
oh le fVotlé avec un cor^s dur. 

L'action de la chaîeur "sur l'è carltdriaté dii ctiaux est très- 
iilléresBàntc. De corps se présehtc danë Ib nature âdus dcut 
formes cristallines bien différentes. On ië trouve cHstalllBé en 
rhomboèdres et ihcoluix, bbhâtituant le spath d'Islande, b\i 
bicii encore en prismes : b'bst ali^r» l'aragoUltc. l^es deux fontaeâ 
sont incompatibles; on peut c'opchdaut passer trCs-Ihcilement, 
sous l'influence seule de la chaleur, d'une de ces formes à 
l'autre. Et en effet, si nous chauffons de l'aragonite vers 
70 dejgnés, on entend MenlAt un léger pétillement dans son 
intérieur, et elle se tratUforme en petits cristaux de spath : 
sa forme cristalline seillè a changé, Mtns que la comporatioU 
chimique du cristal ait été altérée. 

Ce ftiit nous ccmduit imtnrellement & dire quelfuea mots 
sur le dimoirfkimti propriété que possèdent cntmns corps 



cbmpoaés et même élémentaires^ da pouvoir eHsIklIiwr de 
deux manières différentes, e'est-à-dire dans deux systMies 
cristallins Incotnpatibleft. C'est A cette prapHét^ qufc lei chi- 
mistes ont donné le nom d'»(fMhîpfe ; dh he bait pas fttet; ctf^ 
titude 6i un corps peut affecter plus de deu^ fotihcst fhali 
jusqu'à présent on n'en a pu trouverd'éxemplC: Daii* lei curpS 
composés, le dimorphifime pwalt indiquer dtfKt^hts étttlâ Iso- 
mérlques. OjtnUie exemple de dimorphisnie, on peut citer le 
soufre, qui, lorsqu'il a cristallisé sous l'influence de là cha- 
leur, se présente en prismes obliques, tandis qu'on l'obtient 
en prismes droits rectangulaires ai ou laisse évaporer lente- 
ment sa dissolution dans le sulfure de carbone ; c'est du reste 
sous cette dernière forme qu'on le rencontre cristallisé dans 
la nature. Le carbone nous présente aussi un très-bel exem- 
ple de dimorphisme dans le diamant et l'anthracite. Déns ce 
cas, cependant, il vaut mieux dire que le fearbone se présehtc 
sous deux étals allofropiques différents, l'anthracite n'étant 
pas cristallisée. On rencontre dans la nature un assez grand 
nombre de corps dimorphes, parmi lesquels nous pourrons 
citer la chaux carbonatéc (spath d'Islande et aragonite), le 
fer bîsûlfUré, FeS' (pyrite cubique et pyrite prismatique), le 
fer carbonaté, le plomb carbonaté, l'oxyde de titane, etc. 

Il arrive quelquefois qu'un même hombre d'atomes dlffl^ 
Hents et la même disposition produiitent aussi la tnéme fortne 
cristalline, ou du moins une forme si approchée, qu'elles ne se 
distinguent que par une légère différence dans la valeur des 
angles de chacune d'elles; ce fait s'explique très-Wen en rai- 
son même de l'influence qu'exercent sur la Ibrihe cristalline 
d'un corps composé les Atomes sitnplek et la manière dont ils 
sont unis; Ces phénomènes sont connus Sous le nom d'iJomor- 
phtsma, et les corps qui, malgré leur différence de G<Hnpn$i- 
ttoil, nltecieni la même forme cristalline, sont appelés 
isomorphes. C'est Mîtscherlich qui découvrit ces Wts Impor- 
tants, vers i8l8. Comme exemple de corps isomorphes, on 
pt-ut citer les Aluns. Ces corps sont formés par un itulfhie 
d'alumine combiné avéc un autre sulfAtej qui peut être un sul- 
Ibte de potasse, de soude, d'ammoniaque ou de chrome. La 
formule de l'alun dë potasse est la suivante : 

Alt03,3SO> -I- KO,SOi -t- 94 HÔ. 

En remplaçant dans celte formule K par le symbole des 
autres métaux, on a la formule des autres aluns. Le spath 
d'Islande et le fer carbonaté naturel sont aussi deux corps 
isomorphes; la différence de leurs angles est très-faible : ainsi 
l'angle dièdre du spath égale 105° 5', et celui du fer carbo- 
naté égale 107°. 

Toutes les fois qu'on détruit la forme cristalline d'nn eoipsf 
suit par le clivage, la pulvérisation ou toute autre action mé- 
canique, on donne Heu A des phénomènes physiques ou chi- 
miques. Au nombre des premiers, nous pourrons citer te dé- 
gagement de lumière que l'on observe dans les palvérisations 
du àucre, phénomène que l'on peut rendre très-visible eu 
opérant A l'obscurité. Dans le clivage d'une lamè de mica, U 
se pa^e un feit andogue, et, si l'on opère avec soin^ on peut 
constater que chacune des lames est chargée d'électricité con- 
traire. 

Les effets chimiques dus aux actions mécaniques ont été 
longtemps méconnus, et tout le monde admettait l'enden 
axiome : Corpons non ogunti, nisi sint tàltAa. Hais ils ont été 
mis ista évidtoncto de nos jnu» par de nomlneux travuix, et 



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m. 



ftfeVtifi DËS CDÙHS SCàËNTÎFlQUBSi 



99 



Buriotit pkr ceux âe M: Bec^iierel. Nous ftllons posser en revue 
un certain nombre de ces faits : 

l'n mélange de chlorate de potasse et de soufre détone vio- 
lemment par le choc ; U y a dans ce càa uhé décomposition du 
chlorate de potasse : les produits de la décomposition sont de 
l'acide sulfureux et du chlorure de potassium. Le môme effet 
se produit en remplaçant le soufre par le charbon. C'est aussi 
sous les influences combinées des actions mécaniques de l'air 
et de Itau IjiiB 163 feléspàlhs 8li décontpbsciit darls la halure; 
Si l'on broie dans un mortier un mélange de sulfate &.'Ata- 
moniaque et de carbonate de chaux, il y a double décomposi- 
tion, ce que l'on reconnaît facilement & la volatilisation d'une 
petite quantité de carbonate d'ammoniaque, il y a aussi dou- 
ble décomposition, si l'on porphyrise des mélangea de nitrate 
de plomb et d'iodure de potassium, ou dechromatc de potasse et 
d'aiotate d'argent. Dans ces deux cas, le changement de couleur 
de la masse indique que la réaction s'est produite. En effet, 
lïodure de plcmib est jaune, et le chromate d'argent rouge. 

Les formules qui représentent ces réactions sont les sui- 
Tiota: 

PbO,A20>+ kl = PbI-H KO,Azoi. . 
K0,CrO> 4- AgO, AzO* = AgO,Cr03 + KO, AzO*. 

Dnmne dertiier eietn^le; tious citerons 1» déi»)iupcMltion 
paMa porphyrtMtititl d'un mélHHge dé sulfttte de ptttatM ou 
it soude et de etaié (Mrtoftaff de châtiai). 

U Ibmtttloii m carbbtiates HliMlihé danU m (wtlditiDns 
est trft-intêressante. On a cUferchÔ à l'opêret- en grahd, thais 
]uEqu'tbi thalhcufeusetheHt leâ tetttâUtés h'btlt pas ëlé ébu- 
ronnéto fl'uil Jlein iuctiês. En efftt, ^ullnd oh traite la bW&se 
par l'eau, pour séparetr lë carbondte dlcàlin dtl ktilfatè de 
chtox, ce dertiier sel; qhbi^ue tr^A-peu Soltible, D6 dfMout 
cepetidttt en ésset fehtndë quarifllé tiour dottnet Heu; t!ti pré- 
face du carbohate albUliti; k ilil pr€cit)tté dë t^rbohbtii db 
chaux moins soluble que lui. Quelle que soit la rapidité avec 
laquelle on ait' pratiqué les lavages à l'eau bouillante, «i n'a 
lamiis pu obtenir plus de, 50 pour .lÔO de carbonate alcalin 
par ce procédé, ce qui l'a fait abandonner jusqu'à ce jour. 



" TTl— 



AuuHb Disciim, phanudn. 



bUiLÉTiN bks côUKs. 

fmiii DK MtDÈaiiB. — Hutolocie. — Codks u H. Charles itouii. 
l. — iO novembre. — Cette lecoa ■ été pul)U6e in exuiuo dans le 

Il A MtHi ^HMHm mm. 

il- - \î mlVmb. ■= bishe \&m I tlÀ i)dbIi«K îilté^alètiient 
«ili te 0* 2 de l'aDDée courante. 

\i ^ IS mmc: - Lbll là UikbiK. âti \i taseiilàHté et du 
i^cloppemeot. ~ Cette Itfii»! A été pt&UU lUtéftl'atëttteiit datis Ib h* 4 
>(tlÉMeiwithimt}; 

tV- — 17 Dovembn. — Tissu l{llUtbdérini4liS U dé U tache em- 
Vionnaire. — Tissu de II ootoetitdïi et lyiKuu des erpnes prAmiet-s 
*«*ifrrfeii tlsiè. 

V- — IS noibmbre. — Tiaiti dè la itaoeUe des os. — troIi variltés 



(tetile, gélatinifenne, adipeuse). — Produits morbides dérivant de U 
mMlIOL 

VI. — 22 hBViimfe^e: — Tililti ad^tietti. — Produits mmWdei (taritté 
IttUlb, llitortlfe, nbNtlIpdUlë]. — dfstfittul «dipeitt. 

VII. — 21 novembre. — Tissn embryoplastiqne. — Sa réftppiiHlIon 
chez l'adulte ciigeii<iranl lès tutnëurs flbro-plistiqiles & tltlyau gris&ire, 
gélaUniforinâ, blanchâtre. — Systëttie dh Uàsu einbr;optiisti4ue envi-> 
sigé d'unb classé des verlébrés à l'àtltre. 

VIII. — 26 novembre. — Tissu lamineux. — Ses variétéis suivant les 
ft^es. — Tetture des tirodUCtfbtis ihdrbidea qui en SéHvent. — Tu- 
mlïilrs Ibrihtes bBsedtlbllMifcrit liâr bypeifctlès» du Ittsti luninetbi; 

W. — 29 novembre. — tissii bWeux. — Ëiiumératititt dbs prodatti 
morbides qui en dérivent. 

X. — 1*' décembre. — Système des oi^ines premiers farinés par 
le tissu fibreux. 

XI. — 8 décembre. -— Tissn tendineux. 

111; — 6 décatdbre. — Balte des tissas tendineos. Léiieas dt- 

reettis I produits tiiorbides. — Système tendineux. 

Xltl. — 8 décembre. — Tissu élastique du système des- BlfAUet 
prtHtlers timé IB tim Mastique. 

ilT. — 10 dôceiribrê. — téxtafe H dei-in» enWnï; de la peanet 
des iiiuquéusé^ pburi'ues d'tine trànie aHalogbe. — 0Hcripliod dèi 
paplltét db la hnmk du d^htiè. 

XV. — 13 décembre. — Distribution et lermiaatsoh déî herA dihk 
le derme cutané, et dans les muqueuses i papilles. — Génératloït et 
développement embryonnaire et cicatriciel dans ee dernier Ussii. 

XVf . — 15 décembre. — Texture des muqneuses lisses à villosités. 
— CMpanbons I la Uixturb des muqueuses pqiiltairM et du derme 
entant. 



Faculté m utmam. — Pathologie GÉMiRAu. — 
Cflem m H. AiraniA 

VII. il novembre. — Doj^ftime vUatiste. Acceptiun trop étroite 
de ce mot. Le vilolisme déduit de l'observation des plicnomènes auto- 
nomes dws les êtres vivants, et de l'insufitsance du physico-cbimisme 
pour en rendre compte. 

De la biologie. Ce qu'elle devrait être, llétbodes vicieuses : pneuma» 
Usme, anémisme, neurisme, qui excluént les végéUiix et même les ani- 
maux, etc. 

La vie bit et la vie cause. 

EssentialuaÛoh, pérhoiiritltcatto'n âëcétté tausepét Ida t^ttOtUàki' 
taphyticieni {phytii à'Ëippocr^te, arcUe M P&racelsis, HAS dé Vah 
Helmdht ; diM die Stâhl, jirffitHps vtCsl de Barihel> àokbte d^naUtUnit 
opposé k l'oj^r^iU \naiérM dis Lerdat). 

U vie étudiée dans le eotps virant, auquel elle «et temporairement 
inhérente, par les oifalistet organicitnt : GUsson, BaUer, Sauvagesj 
Berdeov Cullen, BroWn^ Rasori, Bicbat, Broussais, à l'Ëcole de Paris« 
aujourd'hui f école anivérieUe> Son unité rédle, malgré quelques dissi- 
deuceSi 

VIII. 23 novembre. — De la maladie bu point de vue thérapeutique 
(ou de ta matièn. m^'cable) : changements dans l'état statico-dyna- 
mlque et causes de ces changements. Esprit dans lequel cette étude 
doit être faite. Diagnostic pathologique (problème de Pïnel) étdiaghostlfe 
thérapeutique (problème de Pitcarn]. Itécessité d'individualisé!' leS 
Diits sens les morceler. 

De ï'étloïogit. Classihcation des cetiBei : causes externes ét thtetiies, 
prédisposantes, déterminantes, occBSiohnelles, éite. Valéiir det blussin- 



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REVUE DES COURS SGIENTIFIQUKS. 



7 jAimsa 1865. 



cations élioIogfqBet. Des conditions qui «rpoimt k nibir l'influence d*itiw 
cause* confondues ivec les condiUont qui ditpoiMt k une maledle. Des 
prétendMt einsee mm eflSets, et des effets dits spontinés. Des efllsts 
mnltifonnes d'une cause ideotique «t des eftts semUaUes de emses 
différentes, etc. 

Mécessilé de distinguer : 1" Vagutt, susceptible de derenir morbi- 
flque ; il est du domiine de la pathologie et de t'Hygiëne -, 2* )a cause 
(cause prochaine), qui se confond avec Vttfot pathologique initial, et qui 
appartient par excellence k la Ihirapentiqœ. 

IX. 35 uerenilm. — SuHe de Titlologie. Exemplea empnmt^ à la 
physiologie pour montrer la dUKreuea qui sépare le nodifleateur (cha- 
leur, froid, lumière, Tibrations sonores, aliments), et l'acte vital qu'il 
provoque (réchauffement, réfrigération, vision, audition, nutrition); 
série do liiits physieo- chimiques et pbjsit^giques qui opèrent VinUri<h 
rvMoii. Autres exeoiples pris dans les agents morU&ques et dans les 
substances médicamenteuses, la cause prochaine dans les systèmes di- 
chotomiques (de Thétniion, de Brown, de Rasori, de Broussais). Menace 
d'un nouveau dichotonisme par excès ou dèftut d'aelion vaso-motrice. 
Critique des diebetonws, au double point de vue de la seieaee et de la 
pratique. 

Causes Iraumatiqutt. Importance du traumatisme, k- titre de maladie 
simple et comme point de comparaison avec les ètata morbides plus coro- 
idïqués. Caraelères du taaninatisme : spédBeHfi, uniformité des phéno- 
mènes immédiats, uniformité moindre des phénomènes médUats, diver- 
sité des phénomènes consémtlb. 

D^reuion sur le traumatisme de cause Inlenie ; en quoi il diffère de 
celui qui est aecideutel. 



AssMiATHm muncnnovs. — Seetbm de VÈeoU de phamaek, rue 
de r Arbalète, 21 , cours du dfmoiiche, à neuf heures du maUu, — 
Lofoua sur les mettière» premières de rindutlrie, professées par 
L. Grahbud, docteur is seieneei. 

L — 13 novembre iset. — Généralités sur les matières premières. 

— Objet du conrs . — Notions qu'il emprunte aux diverses sdencea 
(idences physiques et natnrdles, gèographfe, ttattaUque, économie 
politique) . — Divfûon du cours. (Nous reprodui'ons cette immière leçon 
in ex/enso.) 

II. — 30 novembre. — Gén^litéi sur la chimie. — Lcûs fonda- 
mentales. — Notions sur les équivalents. — Nomenclature chimique. 

— Importance de ces coonalssances pour l'étude des matières pre- 
mières. 

III. — 27 novembre. — L'air atmosphérique. — ttnde générale 
de ses propriétés. — Combustion. — Respiration. 

IV. — A décembre. — L'eau. — Ses divers étata. — Glace. — 
Tapeur. — Eau de source, de rivière, de puits ; puriBcaUon des eaux. 

T. — H décembre. — Des cembusUMes. — Géoéralitéa. — Clas- 
siftcation. — Pouvoir calorifique. 

Tl. ~ 18 décembre. — Des combustibles (suite). —Généralités aor 
les houilles. — Anthracite. — Houilles bitumineuses. 

Vn. — 8 Jenvier 1845.— Des combustibles (suite).— Gu de réelat- 
rage. — Coke. 

vm. — 15 janvier.— Des combustiblee (suite). — Builes minérales : 
pétrole, bogbead; schiste. 

II. — 22 janvier. — Des combnstibles (suite). — Lignila. —Tourbe. 
Bois. — Charbon de bois. 

X. — 39 Janvier. — Des combustibles (suite). — Builea végétales. 

— Cire. — Suif et graissai ailmalea.— CbandeDu. — Boogiès atéa- 
riquee. 



XI. — 5 Kvrier. — Des combustiUes (appendice). — Soufre. !— 
Allumettes chimiques, — Blandiimoit. 



uBRAiRiK osaiira BAnXiiRX. 

Sous fmsH, pour parattrv Ut temaine prochaine. 

La Saut ce et les sàvaitts eh 1864, par M. Victor Hromu. 1 vol. 
in-18 de AOO peges. 3 fr. 51 

DlcnomiAlU ANNUEL DES SOERCEft ET mttTDTIOHS HtUClLES, ezpOSSnt 

par ordre alphabétique de matières tous les travaux biléressant li 
médecine accomplis pendant le courant de l'année 186i,par H.Cai- 
RiER, rédacteur de l'Union mAlica/e, précédé d'une Introduction par 
M. la docteur AiiÉ^ Latodx. i vol. iD-18 de 550 peges, 5 fr. 



— La première livraison de la deuxième année du Joumetl de t'ass* 
lomie et de la phi^Mogie normates <f palhologiquet de Fhomme ef dn 
«sjmMNB, dirigé par H. le professeur Cl. ROBIH, vient de paraître. Ea 

voici le soiOmaire : 

DoNDBis : Les anomalies de la rtik«etioa et leurs suites. — Stsen : 
Conparaisoo morphologique des vertMires du bassin et du stemasi 
cbex les oiseaux. — A. DoutaiL et H. Jacquabi : Mémoire sur b 
déglutition ehes les ophidiens. — V. Coum. : Mémoire sur les lè* 
aîooB anatemiques du rein dans l'aDinminurie. — Juafyses el exiraib 
dm Iravaum fremçait et «ra»gert : Étude compantiva des spermt- 
losoïdes, par M. BmoRno (de Milan). — Temporal cbes les vsrié- 
brés ovipares, par M. Hollabd. — Sur un aiqwreil propre aux tni- 
lyses des gas, et spécialement au dosage des gat du sai^, par 
MM. Sairtheeu et Enoi (de Mootpdlin'). — Bacher^ea sur l'ana- 
tomie et la phyidologie de la respiration chex les cbéloniens, psr 
MM. MiTTCKEL et NouEBOCSB. — Ëtudo sur la circulation et le réle ih 
latex chex le FiwiMeliMtéca, par H. Faivie. 
Adresser tout ce qui coaceme la rédaetioa et l'admiaistraliDn à 

M. Germer BailUère, 17, rue de r£eoi»4frWecfae. 

Prix de chaque livraisoii. ^ S fr. SI 

Prix de l'abomiement pour la France. M fr* 

Prix de l'abonnement pour l'étranger. 35 fr. 

Les livraisons paraissent tous les deux mds, et eontieuwBt sept feoÛIes 
d'impression, et 3 ou A planches Utbograpliiées. 

— Nous rappellerons k MM. les étudiants en médecine qu'une grands 
concession leur est faite depuis l'année dernière par l'adnainistratioo de 
l'Union médicaU, Le prix de l'abonnement a été réduit pour enxi 
10 fr. pour Paris et 13 fr. pour la province. Le bureau d'abooMOKot 
pour les ttudlanta est onvertA la librairie Germer BailHère, IT, ne de 
l*£cole-de-Hédeeine. 

DE VALGOBRT. CuuTOLOCn m vtamn imuiiLii w um K u 
France (Pau, Amélie-lei>Baiin, Gabnea, Menton, Nice), i yti. 
ia-8 3 fr* 

A. MANGIN. L'An R U Momi aéeiem, avec iOustrations par Tau- 

MAV, etc. 1 fort vol. grand in-8. (Marne.) 8fr. 

AXENFELD. DES HÉvaosiB. 1 fort vol. in-8. (Extrait de la Pottolofil 
ffl^cole du professeur BEQun.) 7 fr. 

Le propriétaire-gérant : Germer BAiLuiai. 

tÀMi. — IHPBDUIUI DE K. MARTlltET, RUE HIGNOM, t. 

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DEUXIÈME ANNÉE. — N» 7. 



UN NUMÉRO : 30 CENTIMES. 



ik JANVIER 1K65. 



REVUE 



DES 



COURS SCIENTIFIQUES 

DE LA FRANGE ET DE L'ÉTRANGER 

PHYSIQUE —CHIMIC — ZOOLOGIE — BOTAMOl E — AN.VTOMIE — PHYSIOLOGIE 
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InM -8(1—30 — 35 



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El cliet tout le« libnire», pir ren%oi d'un bon de posle, 
va d'un mand*! mr Parit. 



L'abonnoiucnl part du 1" Jt'-ccmbn! ou du 1" juin 
da chaque annde. 



SOBIMAIRE. 

couiGE M FAAHCB. — Médecdne eiqtérimeiitale. — Coan do 

H. C!taa4e Bcraard ■ II. Do nilkn inldriaur goidiim champ d'ac- 
tkM da la nédeciiM eipérimenlalo, — III. Ile la nAhode d'iaieatî|;ali«D 
dana lea rachcrdwa da mddecino «gidrintenlale. 

HœÉLU D'HiSTOiRB NATURELLE. — PhTsiologie comparée. — 

Com de M. Vulptan i La moelb ^ïiiiirc ctl-cKo «KcHablcT 

HonrAL tx LA CHARiré. — Pl^viqne médicale. — Cooifronccsdu 

M. Memnk (de Beriw) : III. Apfilîcalioa da courant conHaat au traiie- 
ponl de» névroaei. 

ÉCOLE DB PHARMACIE.— Chimie minérale. — Covn de H. BIcbo : 

L«* éqeinlenli. — Voxygèoe. 



Paris, 13 janvier 186A. 

Xnus publions aujourd'hui la seconde cl la Iroisii-me 
leçoD du couriî de médecine expérimentale professé au 
Collège de France par M. Claude Beinard. Ce cours, qui 
("^nliendra un certain nombre <rcxpénenccs encore iné- 
dites de l'illustre Stavant, sera inséré in extenso dans nos 
colonnes, et nous croyons ùive agréable à nos lecteurs 
en leur annonçant que chaque leçon paraîtra huit ou dix 
jours au plus après avoir été faite. 

Les idées que M. Claude Bernard défend au Collège 
<ie France avec un talent si élevé font chaque jour dans 
le monde médical des progrès de plus en plus incontes- 
Uble». Nous sommes heureux de citer & cette occasion 
la leçon clinique de physiologie professée par M. Sée h. 
Iliôpilal Beaujon, et que le docteur Baynaud publie en 

moment dans la Gazette des hôpitaux. Il serait curieux 
de comparer les articles de la Gazette avec les deux le- 
11. 



çons de M. Claude Bernard contenues dans ce numéro: 
c'est la conformité la plus parfaite dans les théoWes, les 
faits et les exemples. On reconnaît partout, dans rensei- 
gnement fort distingué, du reste, de M. Sée, la ti ace des 
idées du maître et l'influence de son esprit. Après avoir 
constitté la faveur qui s'attache maintenant h la méde- 
cine expérimentale, M. Sée insiste particulière ment sur 
l'uniformité des phénomènes physiologiques et des phé- 
nomènes morbide;;; dans le passage que nous citons, 
il indique les moyens de produire artificiellement 
certaines maladies pour les étudier plus facilement, et 
il termine en examinant les différentes circonstances 
que présente l'absorption des poisons. 

« Depuis quelques années, di( M. Sée, un mouvemeat général, qui m 
prononce de jour en jour davontage, pouise de (ovlei paris les rspritt 
dans les voies de la patliolojie expérîmenlale. Il n'en pouvait être aulre- 
ment en présence des Immenses pn^rès accomplis de noi jour« par la 
physiologie. La mcJeciiie, que lant de liens rattaclienl à cct'c science 
voisine et inïliale, ne pouvait ni ne devnit rester impassible-, comment 
n'eûl-elle pas réclamé pour clic le bt^néUce de toute découverte feitc 
dans le domaine de la vieî 

» Mais parviendrons-nous i créer de toutes pièces des maladies? Ceci 
devient plus délicat. Le symptéme, l'affection, l'altération du sang, sont 
des hits matérieit, palpables, qui émanent direclemcot de la coosUtu- 
tion des organes. Pour que ceux-ci repondent à nos exiûtaliuns, il suffit 
qu'ils suent convenablement interrogés. La majadie, et j'entends par 
là l'impression morbidque première qui met en mouvement loute la 
série des phénomènes pathologiques, et du milieu de Tapparenle mobi- 
lité de symptâmes dégage l'unité et la spécificité qui les bit converger 
vers un même but; la maladie, dis-je, est un Tnit d'un ordre plus relevr. 
et, par conséquent, tout autrement difficile à reproduire. Et pourtant 
les résultats élonnanls obtenus déjà dans cette TOÎa nous commandent 
de ne pas désespérer d'y parvenir. 

a S'il Oit nn ordre de maladies dans lesquelles l'unité da la cause 
alTectire s'affirme avec une suprême évidence, oe aont bicu las maladies 



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REVUE DES COLIÎS SCIENTIFIQUES. 



ifi Janvier 



viruUntes. Or, l'H eat vrai que non ne pou vent créer ehH 1m tmimaux 
let virus propres à Vespèce humaine, nous trouvons néanmoins chct eux 
de nombreux pcunU de comparaison et des analogies sârieu<èl. III nous 
fournissent d'aborri des lypes physiologiques, exemple : le venia de la 
vipère, si admirablement étudié par Fontana [pour le physiologiste, 
entre le venin et le virus, il n'y' a qu'une différence de mois). Mais, 
d'ailleurs, nous possédons de véritables virus animaux. Non-seulement 
lés antmanx nous Toumlssent t'oceation précieuse d'étudier chei eus les 
éffel* de l'inoculation, d'expérimenter, en un mot, et voni saves quels 
progrès a bila récemment par ce moyen l'histoire de la vaccine ; mais 
nous pouvons même, dans certaines conditions données, sans inocula- 
lion, tans contagion, provoquer chei les animaux l'expleiion de sertains 
vtms. C'est ainsi que la morve se développe par l'excès de fatigue chez 
les solipèdes qui ont été surmenés. 

1* Le siège occupé dans l'économie par les virus indique la part que 
prend chaque organe i leur fbraiation, et la singularité même de ces 
localisations prouve ce qu'il y • d'individuel et de véritablement spéci- 
fllfu» dkns l'activité de chaque élément hlnologique. Par exemple, le 
virus rabique a son siège exclusif dans la salive et dans la bave des 
animaux malades. De même que la plyallne, que la pepsine ne sont pas 
prélorméea dans le sang, mais se constituent dans les glandes oA elles 
prennent naissance, de même, dans les conditions nouvelles créées par 
la maladie, le virus existe si peu dans le sang, que ce liquide peut être 
iioculè impunément k d'autres animaux. La rage n'est donc pas une 
maladie du sang, comme on se plati k le répéter : c'est, à la vérité, une 
maladie toxique, mais qui ta concentre plus spécialement dans les or- 
ganes glandulaires de la bouche. Le virus morveux existe dans le sang, 
dans les liquides purulents, dans les liquides exsudés, celui de l'hydro- 
eéle par exempte. On n'en rencontre aucune trace dans tes liquides de 
aécrétioa ou d'excrétion, la laUve, lA sue gastrique, les urines, la Mie. 
Et, ehoee Mon curieuse, malgré cette eircomeriptioa si èpéeiale k ter- 
taiat tissus, à certain liquides, l'état général de l'animal fetentit sur 
ces Bségct d'élection du vinu. Prenei un cheval atteint de morve chro* 
nique dootle J«tag0 n'est point inoculable : il vous suffira, pour rendre 
k ce liquide sa propriété redoutable, ë'imposer k l'animal un exercice 
|oreé. L'effet sera, pour aiosi dire, instantané, et vous le produirai i 
volonté. 

» Vous le vojes, messieurs, voilli un virus que nous avons la possibi- 
lité de produire ; ue fois produit, nous le modiflona, nous agissous sur 
lui eommé noua agisaoni sur les conditfons d'exereiee d'un oi^anisme 
normaL Kn d'antrea termes, voili une maladie véritable, maladie artifl- 
délie tout eulièro du ressort de l'expérimentatloii. » 

L'Académie de médecine s'occupe depuis longtemps 
d'une question très-importante, que des faits récents 
aussi curieux qu'alarmants ont mis à l'ordre du jour de 
la science. II s'agit de savoir si les accidents secondaires 
de la ^bilis sont contagieux, et notamment si le vaccin 
pris sur un enfant syphilitique peut transmettre cette 
redoutable maladie. Tout le monde se souvient encore 
de l'accident arrivé, il y a quelques anné^, à l'Hôtel- 
Dieu, dans le service de M. Trousseau, etdes remarqua- 
bles leçons du doeteur Ricord auxquelles ce fait adonné 
lieu. Le ÈéI6bre syphilographe maintient toujours l'in- 
nocuité du vaccin emprunté à un enfant syphilitique, 
quand Je sujet vacciné n'avait pas déjà contracté anté- 
rieurement le germe de l'infection. M. Depaul a pré- 
senté sur cette question, à l'Académie de médecine, un 
remarquable projet de rapport destiné sans doute à sou- 
lever les plus vives controverses. M. Depaul admet Isl 



transmission de la syphilis par la vaccination, et apporte 

à l'appui de son opinion un très-grand nombre d'argu- 
ments et d'observations. II termine son rapport en indi- 
quant les précautions les plus convenables à prendre 
pour éviter le retour d'accidents fâcheux, et conseille 
notamment l'emploi de l'aiguille au lieu de la lancette, 
afln d'éviter l'effusion du sang, principal et même seul 
agent de la contagion syphilitique, sui^-ant quelques au- 
teurs. 

La discussion a été ouverte sur ce rapport à la der- 
nière séance. M. Bicord a lu un long discours, et 
M. Blot allait lui répondre, lorsqu'on s'est aperçu que 
l'honorable président de l'Académie, M. le professetir 
Malgaîgne avait perdu connaissance. La' discussion a 
été aussitôt interrompue et la séance' levée au uùlteu 
d'ime émotion facile h comprendre. L'état de M. Ma'- 
gaigne s'est du reste sensiblement amélioré depuis cet 
accident. 

La Société de chirto'gie, après ime très-longue discus- 
sion, a voté sur la question de l'hygiène des hûpitatix 
des conclusions d'après lesquelles un hôpital ne devrait 
jamais être placé au milieu d'une grande ville, ni con- 
tenir plus de 200 à 250 malades. C'est, on le voit, la 
condamnation implicite du nouvel HÔtel-Dieu, qu'on 
veut élever dans la Cité, en y plaçant 1200 lits. 

ÉMILB AlAUTB. 



COLLÈGE DE FRANCE. 

MÉDECINE EXPÉRIMENTALE (1). 

C0DB8 DE H. CUUDE BERNARD 
(de Itutital). 

II. 

9m mlllea ln<érl«ar «onanae ehanap d*aetlMa 
de la ■aédcclae «xpérlHaenUdc* 

Dans notre première séance, nous avons essayé de 
donner une idée de la médecine expérimentale, et nous 
l'avons définie la médecine activey c'est-à-dire celle qui 
tend à modifier les phénomènes de l'oi^anisme dans iin 
but de guérison, tandis que la médecine d'observation 
ne devrait être que purement expectante. La médecine 
bippocratique nous représente la médecine expectante 
d'obsenation ; elle fut la première médecine spîontili- 
que. Mais la médecine expérimentale tend aujourd'hui 
à se constituer, parce que l'avancement des sciences de 
l'organisme peut commencer à le permettre. 

Essayons maintenant de circonscrire le domaine delà 
médecine expérimentale, ou plutôt d'indiquer quel doit 
être son champ d'action. La médecine expérimicntale 
doit nécessairement porter son action modificatrice dans 
les milieux intérieurs organiques. La médecine antique 



(I) Toj. la B» 9, 



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f863. 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



108 



ou hippocratique ne reconnut que l'influence des mi- 
lieux extérieurs ambiants, c'cst-à-dirc l'influence ties 
aire, des eaux, des lieux, etc. Pour modifier les malades, 
il fallait donc les tirer de ces milieux, afin de les placer 
dans des circonstances ambiantes plus favorables. C'est 
encore ce que nous pratiquons aujourd'hui en envoyant 
certains malades dans des résidences nouvelles où leurs 
maladies peuvent s'anjéliorcr par le climat ou sous l'in- 
Huence d'autres circonstances locales. La médecine an- 
tique avait donc compris déjà l'influence des milieux, 
et en cela elle avait grandement raison, car ia vie n'est 
après tout qu'un rapport entre les organismes et les 
milieux. 

Mais cette considération ne sufDt pas, car il y a des 
êtres qui vivent parfaitement bien dans certaines cir- 
constances ambiantes où d'autres se trouvent très-mal 
ou finissent môme par périr : le milieu cosmique n'est 
donc pas tout, et il y a autre chose encore à considérer 
en médecine, c'est le milieu intérieur. Il ne faudrait pas 
croire pour cela que la médecine expérimentale exclut 
les idées de la médecine antique et qu'elle ne tient pas 
un grand compte de Tétude des milieux extérieurs : elle 
déclare seulement cette étude insuffisante, et y ajoute 
ce que la science a acquis par ses investigations dans 
lesoi^nismes. La médecine expérimentale, loin de re- 
pousser la médecine d'observation, n'en est au contraire 
quelasuiteetledévelopperaentnaturel.Ilnc pouvait d'ail- 
leurs en être autrement. Si la science d'aujourd'hui ne 
représentait pas, en la continuant, lascience d'autrefois, 
elle ne serait pas la véritable science, car la science est 
romme un vaste édifice dont les pierres supérieures re- 
posent sur les pierres inférieures et les supportent né- 
cessairement ; chacun de nous apporte sa pierre au- 
dessus de ta pierre de son devancier, et c'est ainsi que 
l'édifice s'élève tous les jours de plus en plus. Les an- 
ciens n'avaient donc pas plus d'expérience que nous, 
comme on semble parfois le supposer, et ce n'est point 
parce qu'une théorie ou une idée est ancienne, qu'elle 
doit Ctre considérée comme meilleure. On serait au con- 
traire plus près de la vérité en prenant le cootre-pied de 
ce préjugé vulgaire. L'expérience et la haute sagesse 
que nous avons coutume d'attribuer aux anciens sont 
un pur effet de l'éloignement, ime illusion que l'histoire 
dément h chaque instant en précisant les faits. Kn réa- 
lité, comme Ta dît Pasc^, c'est nous qui sommes les 
véritables anciens, parce que nous avons amassé les 
sullats de l'expérience des siècles, et ceux que nous 
appelons de ce nom représentent la jemiesse du monde 
avec toutes les incertitudes, les illusions et les faiblesses 
(fa& comportent les débuts de l'humanité scientifique, 
Noos ne dirons pas que la science d'aujourd'hui est 
comoie un bomme mûr, car la science n'est pas faite, 
loais elle est, si vous voulez, comme un adolescent dont 
les forces et les connaissances s'étendent chaque jour 
davantage. 11 est sinj^ier que U réputation de sagesse 
et d'omniscience qu'on attribue aux anciens soit telle, 



qu'on nous les représente toujours avec des figures vé- 
nérables, une longue barbe, une physionomie grave et 
méditative, comme s'ils représentaient une science ache- 
vée et vieillie. Ici môme, dans les peintures qui ornent 
le plafond de cet amphithéâtre, vous voyez Aristotc et 
Hippocrate courbés pour ainsi dire sous le poids des ans 
et de la science. Si c'est un emblème de la science qu'on 
a voulu représenter, il aurait fallu prendre le contre- 
pied de ce que l'on a fait, et au lieu de vieillards, 
peindre des enfants qui n'en étaient qu'à leurs premiers 
bégayements. 

Aujourd'hui encore, beaucoup de personnes et même 
beaucoup de médecins prétendent que la médecine 
n'est pas une science, mais simplement un art. Com- 
ment cette idée a-t-elle pu se former? Il faut bien qu'elle 
ait sa raison d'être; en voici, suivant nous, l'explication. 
Une science, c'est un ensemble de faits dont on connaît 
la loi, de manière à les provoquer ou à les empêcher 
quand on veut : ainsi, en chimie, on est toujours sûr de 
produire un corps déterminé quand on met en présence 
les conditions et les éléments conrenables. La médecine 
ne comprend encore que bien peu de faits dont on con- 
naisse la loi ; il y a seulement des faits empiriques. Le 
sulfate de quinine guérit la fièvre; mais encore n'opère- 
t-il pas toujours, et nous ne savons ni pourquoi ni com- 
ment il la guérit : car, sans cela, nous n'aurions plus 
d'exceptions. Or, l'exception est antiscientifique et in- 
dique toujours une ignorance plus ou moins complète 
des phénomènes réels. Il existe encore d'autres kkits bien 
plus obscurs, dont un empirisme plus ou moins grossier 
nous a donné une certaine approximation ; alors ce 
n'est plus de la science : cela deviendrait de l'art. La 
science, en effet, est la même pour tous, puisqu'elle 
correspond k la raison, c'est-à-dire à une connaissance 
déterminée et absolue. L'art, au contraire, répond au 
sentiment, et varie d'une personne à l'autre. La science 
s'ajoute à elle-môme, l'art s'isole et s'individualise : 
« L'art, c'est moi ; la science, c'est nous » , dit Victor Hugo 
dans son appréciation de Shakspcare. La médecine, 
qui a encore tant d'indéterminé, comprendrait donc 
beaucoup de parties où l'art, c'est-à-dire le sentiment, 
dirige et remplace la loi scientifique. Mais remar- 
quons d'abord que le but de la médecine est de 
découvrir la loi des faits empiriques pour les faire 
ainsi rentrer dans la classe des faits scientifiques. 
D'un autre côté, je m'élève contre cette prétention 
que la médecine soit un art ; car si la médecine est 
un art, quelle sera donc l'oeuvre d'art du médecin? 
Tout artiste a son œuvre : pour le peintre, c'est son 
tableau ; pour le sculpteur, sa statue ; pour l'architecte, 
son édifice j dirons-nous que l'œuvre du médecin, c'est 
la guérison de son malade? Sans doute, le langage du 
monde la lui attribue souvent, comme elle l'accuse de 
sa mort quand il périt entre ses mains, ce qui fait une 
compensation. Mais ce serait là une œuvre d'art aussi 



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m 



REVUli DES COUHS SCIENTIFIOOES, 



Janvier 



RiiiîTiiIière que contestable. Le médecin, en ctïoX, peut- 
il bien prétendre qu'il a guéri son malade ? « Ce n'est 
pîts moi qui guéris le malade, disait Hippocrate, c'est la 
nature.» Et bien longtemps après lui, Ambroisc Paré 
s'écriait dans te même esprit : uJe lu pansai/^ Dieu le 
gvarit. » La médecine ne saurait donc ôlre un art ; elle 
ne peut Hre qu'une science d'observation expectanto 
laissant agir la nature, ou une science agissant expéri- 
mentaleraent. Tout le reste est du charlatanisme. 

Mais revenons h noire point <le départ. Le premier pjis 
h faire, avons-nous dit, dans l'étude de la médecine 
expérimentale, c'est de définir sa base, c'est-à-dire le 
milieu inférieur an sein duquel s'accomplissent les phé- 
nomènes qu'elle a pour mission d'étudier et de mo- 
difier. 

Le milieu intérieur n'est aulie chose que celui dans 
lequel vivent les parties élémentaires de l'organisme ; 
les influences du milieu cosmique doivent passer par le 
milieu intérieur pour atteindre ces parties élémenlali cs, 
et c'est ce qui arrive en cflct : nous iinrons donc à tenir 
compte des actions extra-organiques qui se mêlent ainsi 
aux actions intra-organiqncs pour venir agir de concert 
sur les éléments de noire organisme. 

A première vue, il semble que ce milieu intérieur ne 
soit autre chose que le sang; mais alors toutes les ma- 
ladies auraient leur origine dans ie sang, ce qui ne serait 
pas exact; car il peut arriver que les éléments hisloln- 
giques soient atteints les premiers par des modifications 
pathologiques, le sang n'étant altéré que consécutive- 
ment, et pour ainsi dire par contre-coup. Cependant tout 
empoisonnement est d'abord un empoisonnement du 
sang; mais si une substance toxique ne peut agir qu'<^ 
la condition d'être introduite dans le sang, il n'en fau- 
drait pas conclure que toute substance toxique intro- 
duite dans le sang détermine nécessîii rement la mort. 
Ainsi, l'acide snlfhydriquc est sans contredit un poison, 
car il tue rapidement tout animal qui en reçoit une 
certaine quantité dans ses poumons; cependant on peut 
l'introduire impunément dans les veines, dans le tissu 
cellulaire sous-cutané ou dans le canal intestinal, et l'on 
n'observe pas de malaise chez l'animal expérimenté. Si 
l'hydrogène sulfuré peut entrer ainsi dans le sang, c'est 
qu'il cii-cule alors avec lui, arrive à l'oreillette droite, 
puis au ventricule droit, qui l'envoie aux poumons, d'où 
il s'échappe dans l'atmosphère, grâce h sa gazéité. Au 
contraire, quand on l'absorbe par les poumons, l'hy- 
drogène sulfuré arrive dans roreiUctte gauche, et passe 
ensuite dans le ventricule corrcspond<int, qui le lance h 
travers les artères : il parvient ainsi jusqu'aux éléments 
histotogiques, où se manifeste alors son influence mor- 
telle. Si la substance toxique introduite dans le système 
veineux n'est pas volatile, elle empoisonnera alors l'ani- 
mal, parce qu'elle traversera les poumons sans pouvoir 
s'en échapper sons forme de vapeur; mais, même dans 
ce cas, son action ne se produira encore que lorsqu'elle 
sera parvenue dans le système artériel. L'empoisonne- 



ment ne s'effectue donc jamais hors du système artériel; 
et cela est facile h expliquer, puisque ce système, chargé 
d'amener le sang aux parties, est évidemment le seul 
qui puisse y porter la mort aussi bien qu'il y porte 
ia vie. 

Ainsi, confondre le miiieuintérieur avec le sang, c'est 
en donner une formule trop la^c ; il faudrait évidem- 
ment la restreindre an système artériel. Mais en disant 
que ce milieu intérieur doit être restreint au seul sys- 
tème artériel, nous n'allons pas encore assez loin. Cv 
milieu est placé particulièrement à l'extrémité des al- 
tères, dans les vaisseaux capillaires qui les terminenl, 
c'est-à-dire au milieu des parties histologiques elles- 
nif-nies. Enfin les globules sanguins ne font point, à 
proprement jjarler, partie du sang, en tant que milieu 
organique : ce sont de véritables ceUvdcs nageant au 
milieu de la liqueur panguinc; lenr destruction ou leur 
altération entraîne sans doute la mort de l'animai, mais 
ce n'est pas là une propriété qui leur soit particulière : 
tous les éléments organiques sont dans ce cas, cl il suffit 
de la destruction de l'un quelconque d'entre eux pour 
que l'harmonie de l'ensemble soit renversée à tout 
jamais, et par conséquent la vie rendue impossible. Il y 
a seulement cette dillércncc, que lorsqu'on introduit 
dans les artères et les veines im poison attaquant spé- 
cialement les globules du sang, de l'oxyde de carbone, 
par exemple, ce poison agit sur place, puisqu'il est mis 
immédiatement en contact avec les globules; Unidisque 
les autres agents toxiques sont obligés d'aller chercher 
à l'extrémité du système artériel, dans le milieu inté- 
rieur ordinaire , les organismes élémentaires sur les- 
quels s'exerce leur action. Il y a donc dans ce cas une 
extension exceptionnelle du milieu organique normal. 

Le milieu intérieur, c'est donc le liquide du sang, cl. 
par suite, c'est dans les dépendances de ce liquide qu'il 
nous faudra chercher les conditions d'existence des 
organismes .élémentaires, conditions que nous avons à 
déterminer. Voilà du milieu intérieur une définition au 
moins provisoire qui nous suffira pour éclairer nos re- 
cherches ; ce n'est qu'en avançant dans nos études qu'il 
nous sera possible d'en donner une définition rigoureuse 
et vraiment physiologique. 

Grâce à la circulation du sang, les actions toxiques 
peuvent ùtrc portées rapidement dans toutes les parties 
du corps. Mais i! y a aussi des actions locales se pro- 
duisant dans ce que "Virchow {Pathologie celiuiairc) 
appelle le territoire des cellules. Comment comprendre 
ces actions locales, quand on considère le sang comme 
un véhicule général, sachant d'ailleurs que le circuit est 
complet chez l'homme en vingt secondes environ? C'est 
qu'à côté de la circulation générale, toujours très-rapide, 
il y a aussi des circulations locales bien plus lentes, qui 
président à ces actions nutritives. 

L'action toxique et l'action thérapeutique, c'est tou- 
jours la môme chose au fond ; il n'y a qu'une différence 



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1865. 



REVUE DES COUHS SClKNTIPlQUtS. 



105 



(le dose. Trois cas peuvent se pi'^sentcr dans l'adminis- 
Iration d'un poison : 1° action nulle, quand la dose est 
insuffisante ; 2° action thérapeutique avec une dose mo- 
dérée et graduée ; 3" enfin, action toxique. La dose cor- 
respondanlà chaque cas peut être exactement mesurée; 
mais pour cela il faut toujours tenir compte dos varia- 
tions de l'absorption. Ce point a malheureusement été 
trop souvent négligé jusqu'ici, et c'est pour cela qu'on 
a obsené, sans les comprendre, une foule de phéno- 
mènes très-disparates, ou mCme tout à fait contradic- 
toires en apparence. Ainsi, la première condition h rem- 
plir, quand on veut empoisonner un animal, c'est que le 
poison qu'on lui donne ne sorte pas au fur et à mesure 
qu'il est administré, car alors le corps de cet animai 
sprait m véritable tonneau dos Danaïdcs. Si le poison est 
éliminé de cette manière aussi vile qu'il est pris, on 
aura une action nulle constante, ce qui peut se vérifier 
m£me avec les poisons les plus actifs, la strychnine, le cu- 
rare, etc., employés à doses modérées. On fait ainsi 
passer avec le temps de véritables torrents de matière 
toiique à travers le corps, sans y produire le moindre 
désordre organique. Cela tient uniquement h la lenteur 
lie l'absorption, qui est balancée par l'élimination. 

Mais comment graduer et régulariser l'absorption? 
Yoiià un problème qu'il serait très-important de ré- 
soudre. On propose d'injecter directement les matières 
dans le sang, et cela fut même essayé sur des choléri- 
ques, parce que l'absorption est considérablement ra- 
lentie chez ces malados. L'action semblerait devoir 
ùtre ainsi beaucoup plus rapide ; cependant il n'en est 
rien, et c'est \k d'ailleurs un moyen impraticable. 
Maison obtient une absorption tout à la fois plus éner- 
pque et plus durable en injectant les substances dans le 
tissu cellulaire sous-cutané. Voîci comment le fait peut 
s'expliquer. Lorsqu'on injecte ainsi sous la peau, il y a 
d'abord une action locale; puis, si la matière employée 
e.«t en (piantité assez considérable, la circulation s'en 
empare et la transporte dans les liquides qui entourent 
immédiatement les éléments oi^aniqucs et ne possèdent 
qu'une circulation lente, de telle sorte que les organis- 
mes élémentaires éprouvent une sorte d'imbibitionpro- 
loi^ée. Au contraire, quand on injecte tout d'un coup 
la substance toxique dans les veines, elle se trouve en 
grande partie éliminée avant d'avoir pu produire son 
action. Ce n'est point là, du reste, une hypothèse jgui 
rend plus ou moins bien compte des faits, c'est une 
réalité qu'il nous sera facile de vérifier par expérience. 

Le médecin ne peut comprendre l'efi'ct thérapeutique 
que par l'effet toxique, qui est en quelque sorte le pre- 
mier à un degré plus élevé, et par conséquent bien mieux 
accusé ; c'est seulement par ces études qu'il pourra de- 
venir maître de son médicament et calculer avec certi- 
tude la dose convenable. Mais, avant tout, il f&ut régler 
l'absorption, et l'on ne pourra y arriver qu'en injectant 
les substances dans le tissu cellulaire sous-cutané ; ce 
ninde d'administration ne présentera jamais aucun 



danger quand les médicaments seront parfaitement purs, 
et l'on peut déjà invoquer h cet égard le témoignage de 
l'expérience, car jamais les injections sous-cutiuiées, 
pratiquées dans une foule de circonstances diverses, 
n'ont entraîné la moindre conséquence fâcheuse pour le 
malade. 

Mais avant d'étudier les phénomènes pathologiques, il 
faut d'abord se rendre compte de l'état normal dont ils 
sont une altération. Toute la science des êtres vivants 
se résume donc dans la connaissance des modificateurs 
normaux, thérapeutiques et toxiques des éléments his- 
tologiques ; cette connaissance pourra fournir l'explica- 
tion et la loi de tous les phénomènes observés. En effet, 
nous ne vivons et nous ne périssons que par les élé- 
ments histologiqucs, et chacun d'eux a ses aliments et 
ses poisons particuliers. Quand nous connaîtrons le mé- 
canisme de tous ces empoisonnements divers, nous pour- 
rons seulement comprendre les moyens scientifiques d'y 
remédier. 

111. 

9c In ■•<tho4e 4*laTestl«atlM dmmm Uu rcclierdws 
d« médecine expérimeiitale. 

La médecine ne peut rester une science expectante : 
son rôle est d'être expérimentale, et par conséquent 
d'agir sur le malade et de chercher tous les moyens 
propres pour cela. En efl'et, l'ambition de l'homme est 
la même dans les sciences de la vie que dans les sciences 
des corps bruts, c'est de soumettre la nature à sa puis- 
sance; mais on no peut dominer la nature qu'en obéis- 
sant & ses lois, et pour cela il tant d'abord les con- 
naître. 

Donnons immédiatement quelques indicati(ms géné- 
r;Ucs sur la méthode d'investigation la plus convena- 
ble pour ne pas avoir à y revenir à propos de chaque 
recherche expérimentale. 

La première condition, c'est de prendre un animal 
vivant : il faut étudier la vie sur la vio mf-me, car en dé- 
finitive l'anatoniie truie seule ne pourra jamais rien 
expliquer. On agit sur l'animal avec la substance ou le 
modificateur dont on cherche à déterminer les effets, et 
en général il faut exagérer tout de suite les choses et 
produire un excès d'action, c'est-à-dire employer la dose 
toxique; la mort arrive alors plus ou moins riipidement, 
et l'on cherche aussitôt, par une autopsie instantanée, 
comment elle s'est produite, en examinant avec soin 
comment se sont modifiées les parties histologiques. Se 
borner aux symptômes extérieurs serait tout à fait in- 
suffisant, car les genres de mort les plus différents en 
réalité se révèlent souvent par des symptômes en appa- 
rence identiques, ressemblant en général à ceux de l'as- 
phyxie. 

Prenons pour exemple l'action du curare. C'est un 
poison dont on a déjà beaucoup parlé et dont on parlera 
beaucoup encore. M. Claude Bernard lui-même a fait 



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REVUE DES GOUttS SClEiNTlFIOOES. 



sur ce corps des travaux importants, mais son étude est 
encore loin d'être épuisée aujourd'hui, et il nous révé- 
lera sans doute plus tard bien des faits ignorés jus- 
qu'ici. Ce n'est donc point là, du reste, une assertion 
hasardée, car M, Claude Bernard doit exposer dans ta 
suite de ce cours plusieurs expériences inédites qui 
mettront en lumière des propriétés nouvelles du curare 
et des mécanismes physiologiques jusqu'alors inconnus. 
II ne faut jamais se lasser de revenir ainsi sur l'étude du 
même corps, car un seul poison complètement connu 
dans tous les détails de son action nous donnerait la 
connaissance de l'organisme entier. M. Claude Bernard 
rappelle à ce propos une conversation qu'il eut aulre- 
fbis avec un philosophe contemporain fort connu qui dé- 
sirait s'éclairer auprès de lui sur l'état des connaissances 
physiologiques : ses demandes portant en général sur 
des questions de connaissance première des phéno- 
mènes, M. Claude Bernard lui répondait le plus souvent 
qu'il ne savait pas. « Mais vous ne savez donc rien, s'é- 
cria le philosophe; il n'y a donc pas le plus petit point 
sur lequel vous ayez atteint la vérité complète d'un 
phénomène? — Non, répliqua M. Claude Berniud, car 
la vérité n'est jamais complète; elle est toujours re- 
lative, et la recherche n'est jamais finie. Si nous con- 
naissions d'une manière complète la vérité sur un seul 
point, ce serait la vérité absolue, et nous devrions la con- 
nîiltrc également sur tous les autres, parce que, dans 
l'organisme, tout se tient, et une connaissance en- 
traîne l'autre. » Aussitôt l'animal mort sous t'influence 
du poison que nous lui avons donné , nous examinons 
tous ses tissus au point de vue de leurs propriétés phy- 
siologiques, pour déterminer celles que le poison a dé- 
truites et celles qui ont échappé à son action. Ce sont là 
les véritables autopsies et les seules fécondes. Les au- 
topsies ordinaires induisent très-souvent dans les plus 
grandes erreurs. On ne peut, en effet, les pratiquer sur 
l'homme que vingt-quatre heures après la mort, et au 
bout d'un temps aussi long il est impossible de rien 
constater avec certitude relativement au mécanisme de 
la mort; on trouve souvent des lésions qui n'ont certai- 
nement pas été la cause immédiate de la mort, qui 
peut-être même ne se sont produites que lorsque cette 
mort était déjà survenue. 

La véritable autopsie est donc celle qui se pratique 
immédiatement après la mort. Dans l'expérimentation 
pathologique et thérapeutique, on cherche alors sur le 
cadavre encore palpitant pourquoi l'animal a succombé. 
Mais il faut bien s'entendre sur ce mot. Le véritable 
pourquoi des choses nous sera éternellement inconnu, et 
il est même absurde de se poser cette question en phy- 
siologie. Les choses sont ainsi parce qu'elles sont ainsi 
et voilà tout. Est-ce dans un vif sentiment de ces limites 
de notre connaissance et pour se moquer des médecins 
qui, ne voulant pas les reconnaître, posent des ques- 
tions absurdes, que Molière met dans la bouche de son 
candidat-docteur cette réponse plaisante en appa- 



rence, mais plus sérieuse qu'elle n'en a l'air : Opium 
facit dormire qma est tn eo virtuê dormitiva cujut est no- 
lura sensus amupire? C'est qu'en effet on ne peut répon- 
dre autre chose. Nous disons bien aujourd'hui que l'opium 
fait dormir, parce qu'il contient de la morphine,de la nar- 
Céinc, de la codéine, etc. Mais pourquoi ces substances 
elles-mêmes font-elles dormir? La question est reculée, 
mais elle subsiste aussi insoluble qu'auparavant. «La re- 
cherche du pourquoi des choses, ainsi que le dit Bacon, 
nous conduit toujours à une cause sourde qui ne répond 
plus à nos questions. » Toutes les sciences en sont 
là : quand le chimiste met en présence de l'acide sulfu- 
rique et de la potasse, il voit se former uu sel, et pour 
expliquer le phénomène, il invoque l'affinité, c'est4- 
dire qu'il ne fait qu'exprimer le fait, car l'affinité n'est 
qu'un mot destiné à faciliter le langage scientiDque, 
comme l'attraction, comme la cohésion, etc. Ce serait 
une complète aberration d'esprit que de vouloir y trou- 
ver l'explication d'une cause première. 

Voici maintenant la grenouille que nous avons empoi- 
sonnée par le curare; elle vient de mourir à l'instant 
même, et nous allons voir, en l'ouvrant sur-le-champ, si 
nous n'y trouverons pas des lésions oi^niques qui puis- 
sent nous instruire sur le genre de mot auquel elle a suc- 
combé. Si nous ne trouvons rien, nous devrons le dire 
franchement et avouer que la lésion qui a amené la 
mort correspond à un phénomène physiologique encore 
inconnu et que nous ne comprenons pas. Mais il n'en 
restera pas moins certain pour cela que la mort a une 
cause, bien que nous n'ayons pas Su la découvrir : ad- 
mettre qu'un phénomène pourrait n'avoir pas de cause, 
ce serait renoncer à la science et en quelque sorte au 
bon sens, car la science est essentiellement fondée sur 
l'hypothèse de lois régulières et stables. Lorsqu'on ne 
trouve aucune lésion dans les organes après la mort, il 
est des médecins qui se sont crus obligés d'admettre 
une mort par disparition de la force vitale; c'est là 
ce qu'ils appellent une lésion dynamique, ou une lésion 
de la force vitale. Ces idées sont encore exposées dans 
quelques ouvrages assez récents. Mais il y a là une véri- 
table absurdité : une force n'est pas autre chose qu'un 
certain rapport, une certaine relation entre une cause 
et l'eD'et qu'elle produit. Comment comprendre dès lors 
qu'elle puisse subir des lésions? Qu'un fll vienne à se 
casser dans la pile électrique qui nous sert et le courant 
ne passera plus. Dirons-nous qu'il y a eu lésion de l'é- 
lectricité? iSupposer une lésion de la force vitale n'est 
pas une chose moins ridicule, et de plus, c'est une idée 
tout à fait contraire au progrès des sciences, car en 
ayant Tair de satisfaire l'esprit par une solution appa- 
rente, elle l'empêche de chercher la solution véritable. 

Mais ces lésions organiques, qui sont dans la plupart 
des cas la cause immédiate de la mort, où devrons-nous 
les chercher? Dans deux endroits distincts : d'abord, 
dans les tissus, oU plutôt dans les éléments histologi- 
ques dont la texture peut être modifiée. Mais tout n'est 

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UEVUE DES COURS SCIENTIFI0UB8. 



point là, car la vie suppose nécessairement un orga- 
nisme, un milieu et uo rapport normal entre cet orga- 
nisme et ce milieu. Or^ la lésion organique produisant la 
mort peut exister tout aussi bien dans le milieu qui en- 
toure chaque élément que dans la texture de cet élément 
lui-même. Cette distinction est très-importante, car il y 
a des poisons dont la mort n'est pas sans appel, et d'au- 
tres qui proiluisent des résultats rebelles & tout traite- 
ment. Lorsque c'est seulement le milieu qui est atteint, 
on comprend en cQ'et qu'on puisse rendre à Télémcut 
histologique son activité première, en puriQant le mi- 
lieu qui l'entoure : les fonctions de cet élément étant 
simplement engourdies sous l'influence des conditions 
ambiantes, quoi de plus naturel que de les réveiller en 
modifiant CCS conditions? M. Claude Bernard croit que 
l'acUcHi du curare doit rentrer dans celte classe, et il 
démontrera par plusieurs expériences que le nerf mo- 
teur ainsi empoisonné a conservé intactes toutes ses 
propriétés physiologiques et électrotoniques. Mais il s'en 
fant que tous les poisons soient dans le même cas, et un 
très-grand nombre produisent des effets irrémédiables, 
ïupQi aniiar par exemple, qui coagule la substance mus- 
culure. Lorsqu'on administre des poisons appartenant 
à cette seconde catégorie, il se peut qu'on introduise 
des conditions de mort dans le milieu des éléments his- 
tologiques, mais on atteint aussi la texture de ces élé- 
ments eux-mêmes, et cela suffit pour que l'effet du 
poison n'admette aucun remède. Ces éléments histologi- 
ques sont comme de petits organes entourés d'un milieu 
spécial dans l'être vivantj aussi M. Claude Bernard 
trouve-t-il très-beureux lenomd'or^onùm» élémentaires 
pourdMgDcr ces éléments. Par notre milieu intérieur, 
nons sommes en quelque sorte comme des animaux 
aquatiques, car tous les éléments composant notre corps 
^Dt plongés dans des liquides, et ce p'est que grâce à 
i un artifice de construction quie nous pouvons marcher 
dans l'air. 

Bevenoas maintenant à nqtre grenouille, et p|Y>cédons 
i l'examen de chaque élément histologique. \^ sang a 
conservé sa constitution normale et sa circulation (le 
cœnr bat imeore), en un mot toutes ses propriétés phy- 
«(dogiques. Les muscles n'ont rien perdu non plus, ca^ 
en électiisant ceux des cuisses, par exemple, on obtient 
uusitM de vives contractions, passons maintenant au 
système ner^'cux : ici l'excitation électrique ne produit 
plasaucimc irritation, et partant, plus aucune contrac- 
tion musculaire, et cepeodant les nerfs de\Taient possé- 
der encore leurs propriétés vitales, car par un temps 
^id comme celui d'aujourd'hui, les nerfs de grenouille 
conservent leur irritabilité vipgt-qifatre fleures au moins 
tprès la mort. D'ailleurs, voici une 4u^e grenQuijle tuée 
un peu avant la premi^, pws simplement par vivîsec- 
tioo, et ses nerfs sont parfaitement irnilaJ)le5, cor^ime il 
^ focile de le .constata rr La grcnmiille qui a sul^ j l'ac- 
lïM) du curane est donc mprte par les nerfs, et ei^ poius- 
■■ot L'uiJirfle m p«tt plus loin, nous verrions i^êipe ffj^ 



ce sont les nerfs moteurs seuls qui ont été atteints, les 
nerfs sensitifs ayant conservé toutes leurs propriétés 
physiologiques. 

Cependant cet élément nerveux moteur a conservé son 
apparence normale et ses propriétés physiques, notam- 
ment ep ce qui concerne rélecti-otontsme; il ne présenta 
aucune lésion appréciable. Nous pouvons doue supposer 
que c'est le sang qui a été altéré de telle façon que le 
nerf mpteurne puisse plus exercer ses fonctions nutri- 
tives au milieu de lui. En elfet, en prati(iuant la respi- 
ration artificielle, cette camiption du sang sera éli- 
minée, et l'élément nerveux moteur pourra reprendre 
ses fonctions, le milieu qui l'entoure étant redeven^i 
normal. Tout ce que nous venons de dire prouve du 
reste surabondamment combien l'autopsie cadavérique 
ordinaire nous aurait fourni peu de lumières, car la plu- 
part des constatations précédentes aurnirnt été radicar 
Icment impossibles. 

Depuis longtemps, l'anatomit; histologique s'occupe du 
système nerveux avec un soin tout particulier, et c'est 
môme un des points de cette science qui sont aujourd'hui 
les plus avancés. Dans ces derniers temps, on a cherché 
à déterminer les altérations microscopiques résultant 
(les divers empoisonnements. Ce sont lîi sans doute des 
investigations Irés-difÛciles à poursuivre, et qui exigent 
beaucoup de tâtonnements préalables; mais il est essen- 
tiel de les tenter, et M. Itoudanovski a déjft môme ob- 
tenu quelques résultats qui paraissent constants, bien 
qu'il n'ait pas encore voulu en tirer de conclusions dé- 
finitives. Ainsi, dans les empoisonnements par l'opiuni, 
il a cru constater que la moelle nerveuse entourant le 
cylinder axis était toujours luisante. L'empoisonnement 
par la nicotine a donné lieu aussi à quelques remarques 
intéressantes, mais qui paraissent moins solidement éta- 
blies, et d'ailleurs on n'a encore obsen'jfi dans ce cas aur 
cune altération spéciale des tissus. 

Nous en avons fini avec ces idées générales, et dfts 
notre prochaine séance nous commencerons l'étude dé- 
taillée des divers modificateurs ou poisons par ceux qui 
agissent spécialement sur le système nerveux, notara* 
ment le curare et la strychnine. 



MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE 

PHYSIOLOGIE COMPARÉE, 
coru m V. ïulpun (1). 
XV 

M *f*lt^*wp m-pnt émmm m* étwvm^ 

La moelle épinière doit être étudiée, en se plaçant 
(1) Les douM premièrea leconi de ce coun, publiéei. ftr fai Heim 

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m 



REVUE DES COURS SCIRNUFIQUES. 



ik Janvier 



successivcmont à deux points de vue différents, d'abord 
comme cordon conducteur^ puis comme centre ner^ 
veux. En effet, elle est la collection des fibres nerveuses 
destinées h transmettre à l'encéphale les impressions 
scnsitivcs et h en ramener les excitations motrices; et, 
d'autre part, elle est aussi un centre pour les mouve- 
ments réflexes. .Nous suivrons dans cette étude l'ordre 
que nous venons d'indiquer, en considérant d'abord la 
moelle comme organe de transmission. Mais il faut avant 
tout examiner une question préiilable d'une grande 
importance : Quels sont les effets des excitations, sur les 
diverses partiesdela moeile?Rien ne parait plus facile que 
de donner la solution d'un semblable problème. Défions- 
nous en général de ces questions qui se présentent avec 
une telle simplicité apparente; ce sont elles qui ont cn- 
combi*c la science du plus grand nombre de notions 
contradictoires. Cependant, pour celle qui nous occupe, 
j 'espère vous donner une théorie que vous pourrez ac- 
cepter comme certaine. 

Depuis Ch. Bell, on admettait que l'excitation des 
faisceaux antérieurs et latéraux produisait dos i-onvul- 
slons daiis les muscles situés en arriére du point attaqué, 
tandis que l'excitation des faisceaux postérieurs déter- 
minait sin tout une douleur plus ou moins vive. C'est, 
du reste, le premier de ces résultats qu'avîiit primiti- 
vement observé Ch. Bell. 11 expérimentait sur un lapin 
qu'il venait de sacrifier, et constatait qu'on obser\'.iit 
des c(tntractions musculaires, h la suite de l'excitation 
de la partie antérieure de la moelle, bien plus constam- 
ment que loi'sifu'on excitait la partie postérieure. Ma- 
gendic appliqua aux faisceaux les résultats qu'il avait 
obtenus pour les racines, et il dit que l'excitation des 
faisceaux postérieurs produit de la douleur, et l'excita- 
tion des faisceaux antérieurs des contractions muscu- 
laires. Pour lui, les faisceaux antérieurs sont plutôt 
moteurs et les postérieurs plutôt sensibles. Les résultats 
obtenus par Magendie furent loin de donner une solu- 
tion définitive du problème. Très-peu de temps après 
lui, un savant italien, Bellingeri, fait des expériences 
nouvelles, et en conclut que l'excitation des faisceaux 
antérieurs produit des mouvements de flexion, tandis 
que l'excitation des faisceaux postérieurs donne lieu h 
des mouvements d'extension et à de la douleur. Les 
deux faisceaux seraient donc moteurs, les postérieurs 
seuls seraient en même temps sensitifs. On conçoit que 
dans ces recherches les deux questions relatives à la 
physiologie de la moelle se môlent assez intimement 

l'année dernière (n» 32, 35. 37, 30, 40, 4ft, 46, 48 et 52, p. 433, 
488, 525, 552, 571, 625, 66^, 702 et 760), ont eu pour objet des 
généralités sur le syilèroe nerveux, puis l'étude des organes périphéri- 
ques, c'esl-i-dire des neifi sensitifii ou moteurs, et des phénomènes 
qu'ils manifestent sout l'influence des divers excitants. Noua entrons 
maintenant dans l'étude des centres nerveux. Les leçons XIII et XIV 
ont été consacrées à des détails purement analomiques sur la structure 
de la moelle épiniére dans les différentes classes de l'embranchement 
des verlébréi. 



pour être souvent confondues. Valentin répète les expr- 
riçnces de Bellingeri et obtient des résultats analogues ; 
mais'ces résultats ne s'obtiennent pas constamment, à 
moins qu'on ne fasse toujours porter les excitations 
stu* des régions toutes spéciales de la moelle. M. Flourens 
a constaté les mômes phénomènes que Ch. Bell. Mais 
comme il expérimentait sur des animaux vivants, il a 
pu se prononcer plus nettement, ot dire que l'excitation 
de toute la face postérieure de la moelle donne lieu à de 
la douleur, tandis qu'on n'en produit pas en touchant 
les faisceaux antérieurs. 

M. Calraeil exécuta en 1828 des expériences très-in- 
génieuses dont on ne comprit malheureusement pas 
toute la valeur, à cette époque. Il expérimentait sur des 
agneaux. Après avoir mis la moelle A nu, il excitait la 
face postérieure avec un compas et obtenait ainsi des 
bêlements douloureux. De plus, l'excitation d'un seul 
faisceau postérieur déterminait uniquement des con- 
tractions musculaires dans le côté correspondant, tandis 
que rexc-ilation des deux faisceaux produisaitdes convul- 
sions générales. M. Caliiicil soulevait ensuite la moelle, 
et irritait la face antérieure, soit dans la région dorsale, 
soit dans la région lombaire, soit dans la région cer- 
vicale, sans obtenir jamais le moindre résidlat ; il en 
conclut naturellement que la face antérieure de la 
moelle épinière est incxcitable. Coupant ensuite la 
moelle en travers à deux pouces au-dessus du renfle- 
ment crural, ii excitait les faisceaux postérieurs du bout 
inférieur, et obtenait ainsi des convulsions dans le train 
postérieur. Puis il soulevait l'extrémité libre de ia 
moelle avec une pince plate, et irritait alors à plus de 
vingt reprises les faisceatix antérieurs, sans produire un 
seul mouvement. Il faisait ensuite sur le m^mc animal 
tme nouvelle section au niveau de la troisième vertèbre 
dorsale, irritait la face postérieure de ce tronçon, et ob- 
tenait des secousses convulsives dans les muscles aux- 
quels se distribuent les nerfs qui partent de ce tronçon; 
l'excitation lui donnait encore un résultat négatif poiu'les 
faisceaux antérieurs. Enfin, il faisait une dernière sec- 
tion au-dessous des pyramides, et les mômes essais lui 
donnaient encore les mômes résultats. Les faits indiqués 
par M. Calmeil ont été évidennncnt très-bien observés et 
sont d'ime grande exactitude, I^ous verrons qu'ils ont 
été confirmés plus ou moins complètement par d'autres 
expérimentateurs; mais les conclusions tirées de ces 
faits n'ont qu'une valeur relative, car, ainsi que nous le 
verrous, les elfels des excitations des faisceaux anté- 
rieurs sont difl'éreuts de ceux qu'a signalés M. Calmeil, 
lorsqu'on met en œuvre un autre procédé d'excitation 
que celui qu'il a employé. 

Eli 1830, Backer constate la sensibilité des faisceaux 
postérieurs, mais sans observer ces secousses convul- 
sives dont M. Calmeil avait parlé. Il ajoute que l'excita- 
tion des faisceaux antérieurs ne détermine pas de dou- 
leur, mais bien des contractions dans les muscles. En, 
4833, Setibort airivc à des conclusions anaIo(^es; mais 



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1865. 



REVUE DES. COURS SCIENTIFIQUES. 



109 



il constate des contractions musculaires, en irritant la 
farc postérieure de la raoelie. Vous le voyez, nous voilà 
à peu près revenus à la doctrine de Ch. fielt. 

Mi^endie institua en 1839 de nouvelles expériences, 
et revenant sur ses premières conclusions, il attribua 
OQe certaine sensibilité à la portion superilcielle des 
ûisceaux antérieurs. Ce savant supprima, du reste, une 
première cause d'erreur, en montrant que toute la sur- 
lace de la moelle était sensible, tandis qu'en agissant 
sur les partie profondes^ on ne produisait aucune dou- 
leur. Magendie étudiait alors la sensibilité récurrente, et 
pour expliquer celte sensibilité des faisceaux antérieurs, 
il admit qne la récurrence ne s'arrête pas aux racines 
antérieures, mais que les fibres récurrentes sensitives 
tiennent se rendre aussi à la surface des faisceaux anté- 
rieurs et des faisceaux latéraux. 

J'arrive aux recherches de M. Lnnget, faites en 18/i1, 
et qui semblent nous conduire à un résultat définitif. 
Ses expériences ont été faites sur des chiens adultes. Il 
mellait à nu la portion lombaire de la moelle, et la cou- 
paitau niveau de la dernière vertèbre dorsale, de façon 
à avoir deux segments, l'un caudal» Tautre cépbalique. 

Après un temps assez long pour que les phénomènes 
réOexes aient pu disparaître, il appliquait les deux pôles 
d'une pile faible aux faisceaux antérieurs et aux fais- 
ceaux postérieurs du bout caudal. Dans ce dernier cas, 
les résultats furent négatifs, mais, en excitant les fais- 
ceaux antérieurs, il obtint des contractions musculaires 
violentes, soit daas un seul membre abdominal, soit dans 
les deux. La galvanisation des faisceaux latéraux produi- 
sait dans les membres abdominaux des contractions 
seusiblement moindres que l'excitation des faisceaux an- 
térieurs. Sur le segment cépbalique, il obtint de la dou- 
leur en e.xcitant les faisceaux postérieurs, et rien en 
excitant les faisceaux antérieurs et latéraux qui servent 
aux propagations centrifuges. Pour M. Longet, les fais- 
ceaux postérieurs étaient donc exclusivement sensitifs 
et les faisceaux antéro-latéraux exclusivement moteurs. 
Telles sont les conclusions du mémoire de M. Longet : 
elles furent admises et professées partout, elles sem- 
blaient être la solution finale de la question. Mais nous 
ne devons pas oublier que M. Longet se servait de l'é- 
lectricité comme excitant, et je vous ai montré que ce 
moyen pouvait devenir une source d'erreur à cause des 
courants dérivés. 

Kn 1843, Van Deen, dont nous avons encore à enre- 
gistrer les très-nombreuses expériences, arrive à cette 
conclusion que les faisceaux antérieurs ne sont pas mo- 
teurs par eux-mêmes, ni les postérieurs sensitifs, et que 
à l'excitant qu'on leur applique y produit souvent des 
r^tats notables, c'est qu'on atteint quelques filets 
ndiculaires, car les racines seules sont semitives ou 
niotrices. 

De 1845 h 1856, M. Brown-Séquard aurait constaté 
aiKst que les faisceaux antérieurs ne sont pas excitables 
par eux-mêmes. M. Cl. Bernard se borne presque à ré- 



])étcr ce qu'avait dit Magendie, et, entre autres faits, il 

confirme la sensibilité des faisceaux antérieurs et laté- 
raux : pour les premiers surtout, il admet la sensibilité 
récurrente. 

Avant de vous parler des recherches les plus récentes, 
je dois encore mentionner les expériences de M. Schilf. 
Son procédé opératoire est à l'abri de tout reproche; il 
fait sur la moelle une section transversale des faisceaux 
postérieurs, puis les sépare d'arrière en avant des autres 
parties de la moelle, dans une étendue de plusieurs 
centimètres, de telle sorte qu'ils ne tiennent plus h la 
moelle que par leur extrémité antérieure au point où 
s'arrôte l'opération. Si l'on pince alors, après ' quelque 
temps, les faisceaux postérieurs ainsi isolés, très-loin 
de l'endroit où ils tiennent encore à la moelle, on déter- 
mine une vive douleur. Cette expérience nous semble 
démontrer d'une façon irréfutable que les cordons pos- 
térieurs possèdent une sensibilité propre, indépendante 
des racines postérieures. Enfin, tous les expérimenta- 
teurs ont constaté que la substance grise est tout h fait 
inexcitable; on peut même la détruire sans éveiller le 
moindre signe de douleur, ni aucune secousse convul- 
sive, chez les animaux expérimentés. 

Tel était l'état de la question, et parmi toutes les opi- 
nions que je viens de vous exposer, celle de Ch. Bell et 
de Magendie avait généralement prévalu. Elle était ad- 
mise par presque tous les physiologistes, surtout depuis 
les travaux de M. Longet. Or, cette doctrine, qui jouis- 
sait d'un semblable crédit, un expérimentateur du plus 
grand mérite a cherché à éUtblir qu'elle était en grande 
partie inexacte. M. Chauveau a publié en 1861, dans le 
journal de M. Brown-Séquard, un mi-moirc où il relate 
des expériences faites avec le plus grand soin, et qui sem- 
blent au premier abord tout i\ fait décisives. C'est sur- 
tout sur des animaux solipèdes qu'il a expt^rimenté, et 
ses recherches se divisent en deux séries. Il a particuliè- 
rement porté son attention sur l'excitabilité des divers 
points de la surface de la moelle, après l'avoir séparée 
de l'encéphale. Expérimentant d'abord sur les cordons 
antérieurs et sur les cordons latéraux, il les a grattés et 
piqués de mille manières différentes, et a posé en prin- 
cipe leur complète inexcitabilité. Passant ensuite aux 
faisceaux postérieurs, M. Chauveau a constaté qu'ils sont 
très-excitables : l'excitation du bord externe des fàts- 
ceaux donne lieu à des contractions et & des manifesta- 
tions de douleur plus accusées ; la douleur tend à dis- 
paraître au fur et à mesure que l'on se rapproche du 
sillon médian. Il a constaté déplus, dans ces expériences 
comme dans les suivantes, que la moelle était plus exci- 
table à sa surface que dans ses parties profondes. Après 
avoir expérimenté sur une moelle séparée de l'encé- 
phale, M. Chauveau, pour varier ses expériences, a 
laissé persister la communication avec l'encéphale, et 
il a obtenu les mêmes effets qu'en sectionnant la moelle 
en travers. En excitant les cordons postérieurs près du 
sillon médian, il observait surtout des mouvements 



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uo 



KEVUE DES COL'KS SCIENTIFIQUES. 



14 Jakviee 



réflexes, et surtout de la douleur près du bord externe. 
L'excitation des cordons antérieurs et latéraux ne lui 
donnait aucun résultat. 

Il semblerait qu'il n'y ait plus rien à chercher sur 
cette question après les expériences de M. ChauTeaii. 
Mais les difficultés de la physiologie expérimentale se 
renouvellent incessamment. Sur cette question, si sim- 
ple en apparence, se sont exercés les physiologistes les 
plus autorisés, ceux qui pouvaient le mieux constater 
les i^ultats de l'expérience, et cependant on ne trouve 
que des données contradictoires. Celle qui suit détruit 
celle qui précède. Nous sommes arrivé avec M. Ghau- 
veau à cette loi dernière, à savoir, que les faisceaux an- 
téro-latéraux ne sont excitables, ni à leur surface ni 
dans leurs profondeurs; les faisceaux postérieurs sont 
incxcitables dans les couches profondes et très-cxcita- 
bles au contraire à leur surface, spécialement près du 
bord externe, cette dernière excitation produisant de la 
douleur et des convidsions réflexes. Suivant H. Chau- 
veau, il n'y aurait donc pas dans la moelle une partie 
antérieure motrice à conduction centrifuge et une partie 
postérieure sensitive ft conduction centripète. 

Quant h. la substance grise, M. Chauveau, comme 
tons les physiologistes qui l'ont précédé, a constaté sa 
complète inexcitabilité. Les autres conclusions de ses 
recherches ne nous ont fourni d'ailleurs aucune donnée 
absolument nouvelle. En effet, l'excitabilité des fais- 
ceaux postérieurs avait déjà été constatée par M. Gal- 
meil, et Van Dceu avait cherché à établir que ces fais- 
ceaux ne sont pas sensibles par eux-mêmes chez la 
grenouille. Magendic avait montré que la surface des 
faisceaux postérieurs est plus sensible que les couches 
profondes. Si nous passons aux faisceaux antérieurs, 
nous trouvons leur inexcitabilité constatée par M. Gal- 
meil et par Van Decn. Il est vrai que ces diverses pro- 
positions étaient loin d'avoir été adoptées par la plupart 
des physiologistes qui continuaient à professer les idées 
de Ch. Bell, Magendie et Longet. 

M. Chauveau, si les conclusions de son travail pou- 
vaient être acceptées, nous aurait donc rendu le grand 
service de renverser définitivement ces idées erronées, 
et de nous ramener sans retour à ces faits presque ou- 
bliés qu'avaient cherché à établir ses prédécesseurs, et 
qui devaient désormais servir de point de départ à la 
physiologie de la moelle. Mais ces faits sont-ils entière- 
ment exacts? Les faisceaux postérieurs sont-ils réelle- 
ment insensibles par eux-mêmes? Les faisceaux antéro- 
latéraux sont-ils absolument dépourvus d'excito-motri- 
cité? C'est ce qu'il s'agit d'examiner» 

Pour ce qui concerne la sensibilité propre des faisceaux 
postérieurs, je vous rappelle les expériences de U. Schiff 
que nous avons répétées ici, et qui établissent nettement 
l'existence réelle de cette sensibilité. Quant aux fais- 
ceaux antéro-latéraux, malgré l'accord des résultats ob- 
tenus par MM. Galmeil, Van Deen et Chauveau, je ne 
crftins pas de nier leur inexcitabilité. Il ^mblerait que 



la démonstration présentée par M. Chauveau ait une ccr* 
taine rigueur; mais sous cette rigueur se cache une in- 
suffisance réelle que vous allez admettre avec moi. 
M. Chauveau n'emploie dans ses recherches, comme 
procédés mécaniques d'excitation, que la piqûre par les 
épingles ou le grattage. Je sais bien qu'il compare les 
foisceaux aux racines, et qu'il voit la même excitant 
agir avec force sur les racines et rester sans effet sur les 
faisceaux de la moelle épioièrc. U prouve ainsi, — ce qui 
n'est guère contesté, — que les racines des ncr& ont une 
excitabilité beaucoup plus vive que les cordons médul- 
laires, mais il ne prouve pas l'incxcitabilité de ces ba- 
ceaux. Avec ces mêmes procédés d'excitation on n'ob- 
tiendrait certainement aucun olfet non plus en agissant 
sur les nerfs, sur le nerf sciatique par exemple, dans 
certaines conditions données, et cependant on no con- 
clurait certainement pas de cette épreuve négative que 
le nerf sciatique ne possède ui sensibilité, ni motricité. 
U faut, comme on le sait parfaitement aujourd'hui, des 
excitations plus ou moins énergiques pour mettre eo 
jeu l'activité des fibres nerveuses dans telle ou telle ré- 
gion. Aussi ne doit-on déclarer que tel ou tel Faisceau 
nerveux est inexcibible que lorsqu'on a eu recours à 
tous les modes possibles d'excitation. Ces considéra- 
tions m'ont conduit i rechercher si les résultats néga- 
tifs obtenus par M. Cham eau et quelques autres expéri- 
mentateurs, i-elativement aux faisceaux antéro-latéraux 
de la moelle, n'étaient pas dus à TinsunisaucedeB procé- 
dés dont ils se sont servis, et j'en suis venu k me con- 
vaincre qu'en effet il suffisait de se servir de moyeas 
plus puissants d'exultation mécanique pour arriver à 
des résultats bien différents. 

L'expérience que j'ai imaginée sur ce sujet me parait 
tout à fait démonstrative. J'enlève les Eiisceauz posté- 
rieurs de la moelle d'un lapin dans la région dorso-lom- 
baire, sur une longueur de & ou 5 centimètre» au iQoiiu. 
Je coupe alors la moelle en avant de la partie privée 
ainsi de ses faisceaux postérieurs, et je sectionne ensuite 
les racines antérieures et postérieures dans toute ia 
longueur de la partie ainsi préparée. Cette partie de la 
moelle, dépouillée de toutes ses racines et de ses cor- 
dons postérieurs, se trouve donc réduite à ses faisceaux 
antéro-latéraux et 4 sa substance grise. Si je pique brus- 
quement CCS faisceaux avec une grosse épingle, je dé- 
termine des mouvements dans les membres postérieurs. 
Mais ces contractions musculaires, ces soubresauts 
convulsifs sont encore bjen plus prononcés, si je viens à 
presser les faisceaux entre les mors d'uqc pince. Ce 
dernier mode d'excitation ne manque jamais de ^ro- 
duire un effet des plus nets, et pour qu£ l'expéri^pce 
soit plus décisif, il faiU pincer les faisceaux antéro- 
latéraux près du lieu où la moelle est coupée en tcarers, 
c'est-à-dire le plus loin possible du point où s'arrête la 
mutilation de cet organe. Je répète cette expérience 
devant vous, et vous pourax voir ces coovidsiMis qui 
éclatent dans le train postérieur ^aque fiais ^le jfi 



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1865. 



REVUE DES COUItS SCIEN'IIFIQUES. 



lit 



piuce les cordons antéro-htéraux. L'expérience a été 
faite plusieurs fois aussi sur les chiens, et elle a donné 
les mômes résultats. On peut même aller plue loin, et 
enlever non-seulement les faisceaux postérieurs, mais 
même les faisceaux latéraux, avec la substance grise, en 
ne laissant intacts que les faisceaux antérieurs. Pressez 
ces faisceaux entre les mors d'une pince, et vous obser- 
Tereî encore des mouvements convulsifs dans les mem- 
bres postérieurs. Ces expériences ne peuvent nous lais- 
ser aucun doute : les faisceaux antéro-latéraux pris en 
masse, et les faisceaux antérieurs examinés séparément, 
sont excitn-motcurs. 

tl hat toujours en science se défier des faits absolu- 
ment négatifs. Ceux de M. Chauvcau, pour les faisceaux 
antérieurs, étaient de cet ordre, et je crois vous avoir 
montré que le procédé opératoire de ce plij biologiste 
l'avait amené & un résnitat inexact. 

Il nous faut donc sur cette question revenir h Vopi- 
nionde Magendie, de Chartes Bell, de M. Flourens, de 
M. Longet et de la plupart des stivants qui s'en sont 
occupés, et je crois devoir vous poser comme résumé 
de cette étude les lois suivantes : 

!• La substance grise est absolument inexcitable. 

2* Les faisceaux antérieurs possèdent un certain de- 
gré d'excitabilité motrice. 

3* Il est hors de doute que les faisceaux postérieurs 
sont très-exeitables. Ils sont cxcito-sensitifs, si on laisse 
U tnoeHe intacte, et seulement cxcito-moteurs par ac^ 
tion réflexe, si la moelle est coupée en travers et sépa* 
rée de l'encéphale. 

La question que nous venom ||*examiner était en 
quelque sorte préalable. C'était un point très-import.mt 
(le la physiologie de la moelle qu'il fallait d'abord élu- 
cider ici. Dans la prochaine leçon, nous étudierons la 
moelle considérée comme organe conducteur du mou- 
veroent et de la sensibilité. — b. 



HOPITAL DE U CHARITÉ. 
PHYSIQUE MÉDICALE. 

GOHliSIROS DX M. MMAK 

in. 

lav l'appUcatiM 4m tmmrmm* cmu«uI m traheMeal 
4e* méwwmem (i). 

L'effet excitant ou plutdt ranimant du courant con- 
tint se manifeste dans plusieurs circonstances. D'abord 
il but noter que cette recrudescence des forces de tout 
le corps au taojexi du courant n'a pas Ueu >eulem«it 
^ les paralysies ceeM'aies, mais encore dans les pa- 



ralysies périphériques, et d'autant mieux que l'applite- 
tiun est faite plus près de la région cérébrale et cervi- 
cale. Cet effet se montre surtout quand la feiblesse des 
centres nerveux est causée par une contraction des 
grands vaisseaux cérébraux, qui ne laissent pas passer le 
sang; en ce cas, on voit disparaître bientôt la |Âlew de 
la face, qui pourrait foire croire k une anémie réelle* 
D'autre part, l'application du courant sur les fbnctions 
des nerfs de la respiration et de ceux du cœur peut 
améliorer l'état du sang« de sorte qu'après une applica- 
tion prolongée, on voit des gens faibles et pAles recouvrer 
de vives couleurs etotn-ir un pouls plus accéléré. Quant 
à la chlorose et à l'anémie qui proviennent des maladies 
organiques du foie et des intestins, je dois dire qu'elles 
ont toujours été rebelles à l'action du courant. 

Pour faire comprendre l'action anti paralytique du 
courant, il faut considérer à part les différentes espèces 
de paralysies. Si U paralysie dépend d'un trawil d'in- 
flammation ou d'excitation dans le trajet des nerfe ou 
des centres nerveux, le courant détermine un effet que 
nous appelons catalytique et dont nous parlerons plus 
tard. 

^'ous ne nous occuperons aujourd'hui que des expé- 
riences relatives aux états paralytiques o^ il s'agit de 
ranimer la faiblesse du système nerveux indépendam- 
ment de la cause productrice. 

Il y a dcnx sortes de paralysies: i' la paralysie mo- 
trice, et 2* la paralysie sensible, ou ancsthésie. 

La paralysie motrice ou musculaire peut être com- 
plète ou incomplète. Dans ce dernier cas, il peut exister 
un affaiblissement général de toutes les ûbres muscu- 
laires^ ou une paralysie complète de certains faisceaux 
seulement. On ne pourra rétablir les muscles dans leur 
état normal que si tous les centres nerveux, et le trajet 
des troncs nerveux dont les rameaux se rendent à ces 
muscles , n'ont pas perdu ou ont déj<\ regagné leurs 
fonctions régulières. Dans ce cas seulement, l'action lo- 
cale antipiiralytique du courant sera manifeste. 

On observe alors que le courant constant, agissant par 
l'électrode négative sur les rameaux nerveux qui se ré- 
pandent dans le muscle affecté, rendra immédiatement 
à ce muscle sa corrélation avec la volonté et sa force nor- 
male en produisant en même temps un gonflement des 
fibres musculaires. 

Le hasard nous permet de mettre sous vos yeux im 
cas de paralysie du deltoïde qui nous fournit l'occasion 
de démontrer ces cflets. 

II s'agit d'un homme de trente et un aOSt emballmir* 
pàle, mais bien portant du rastet entré & la Charité U y a 
trois mois, pour un gonflement riiumatismàl «rttculaipe 
des tro s grandes jointures du bru droit. Après avoir éti§ 
traité pendant trois semaines par les moyens ordinaires, 
il fut saisi subitement,— d'aprts l'affirmation de M. Beau, 
dans le service duquel se trouve le tnaladc, — d'une pa- 
ralysie complète du deltoïde qui m céda ni par les vé»i- 



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112 



llKVm DES COUUS SCIENTIFIQUES. 



l 'i JaKVI£R 



catoires, ni par les courants d'induction, et qui l'a laissé 
dans l'état où nous le trouvons maintenant. 

En observant ce malade, on constate que son épaule 
droite est affaissée sur tout le deltoïde, tandis que les 
jointures de la main et du coude sont à l'état normal. 
On ne trouve à l'articulation de l'épaule aucun gonfle- 
ment, mais une sensibilité exagérée à la capsule synoviale 
et au deltoïde lui-même, à la surface duquel un voit la 
trace d'un large vésicatoire. 

Si Ton demande au malade de lever son bras droit, 
on observe qu'il peut à peine l'éloigner de 20 à 30 
degrés de la verticale du thorax, et que c'est par l'inter- 
vention du trapèze non paralysé. Nous constatons que le 
trapèze est intact, en priant le malade de rapprocher les 
omoplates l'une de l'autre, ce qui se fait normalement. 

En levant nous-méme le bras du malade, nous ne 
rencontrons presque aucun obstacle, il y a seulement une 
légère contraction du grand pectoral qui attire l'os en 
dedans, vers le processus coracolde. Voilà constatée la 
paralysie du deltoïde. Au point de vue du diagnostic dif- 
férentiel, il faut ajouter que la paralysie pourrait coexis- 
ter avec un gonflement de l'os; mais ce qui est plus im- 
portant à savoir, c'est que souvent on rencontre, en 
levant le bras, un obstacle causé apparemment par le 
gonflement, soit de l'humérus, soit de la cavité glénoï- 
dale, et qui n'est pourtant que la suite d'une forte 
contracture du grand pectoral, qui attire l'humérus vers 
le processus coracolde, en sorte que la ttHe de l'humé- 
rus s'appuie contre le bord antérieur de la cavité. Si 
dans ce cas l'électrode positive d'un courant de 20 k 30 
cléments agit pendant quelques minutes dans la fosse 
sous-claviculaire, on peut, soit par une application in- 
stantanée, soit par des applications répétées, relâcher et 
ramollir le grand pectoral, et supprimer l'obstacle, en 
apparence mécanique, qui s'est opposé h l'élévation du 
bras. Mais dans notre cas cette complication n'existe pas, 
nous avons aifaire à une paralysie simple du deltoïde. 
Reste h savoir quelles sont l'origine et la nature de cette 
paralysie. 

Au début d'une inflammation de l'articulation humé- 
ralc, on observe presque toujours une subluxation de la 
téte de l'humérus vers le processus coracolde, causée par 
les mouvements volontaires du malade; c'est surtout 
cette déviation qui semble prolonger la durée de l'in- 
flammation. Si dans ce cas on applique pendant quel- 
ques minutes l'électrode positive sur le plexus brachial, 
on arrive h diminuer la sensibilité exagérée, et. en relâ- 
chant le grand pectoral, à rétablir la téte de l'huménis 
dans sa position naturelle. En empêchant alors tout 
mouvement du bras par un bandage approprié, on ob- 
serve que l'inflammation, qui ordinairement dure des 
semaines et des mois, se termine avec une étonnante 
rapidité, évidemment parce que le trouble de la circula- 
tion que détermine la compression de l'artère et de la 
veine circonflexe est supprimé par notre procédé. Si l'on 
n'applique pas le courant et si la compression persiste. 



il se développe une néorite secondaire articulaire descen- 
dante ou ascendante, qui, dans les deux cas, peut engen- 
drer une paralysie du deltoïde : dans le premier, par gou- 
flement et endurcissement des nerfs circonflexes dans 
le creux de l'aisselle, et dans le second, par gonflemenl 
de la partie supérieure du nerf circonflexe jusqu'à son 
point d'émergence du plexus brachial. 

Dans le cas qui nous occupe, en touchant le creux de 
l'aisselle, nous ne trouvons rien d'anormal; mais, en 
exerçant une légère pression avec le bout du doigt sur le 
plexus brachial dans la fosse sus-claviculaire, nous con- 
statons un gonflement douloureux et très-prononcé sur- 
tout des cordons inférieurs, oii le nerf circonflexe prend 
son origine. 

Quant au pronostic de cette paralysie, on peut affir- 
mer qu'elle est capable de durer des années et même 
toujours. J'ai traité et guéri par le courant constant des 
paralysies semblables qui existaient depuis vingt ans. 
Dans certaines conditions, c'est-à-dire si reudurcissemeot 
de la gaine des nerfs est supprimé par d'autres moyens, le 
courant induit exerce quelquefois une influence heu- 
reuse, tandis qu'il aggrave l'état des choses, et peut 
même engendrer des névralgies articulaires si cetendu^ 
cissement dure encore. 

Il y a deux manières de procéder à l'application thé- 
rapeutique du courant dans ce cas. 

Nous pouvons commencer par l'excitation des fibres 
nerveuses intra-muscnlaires du deltoïde avec le pèle né- 
gatif du courant en mouvement, et en gonflant en même 
temps les fibres musculaires. Mais je prédis d'avance 
que l'effet sera médiocre, puisque le mal a sa source 
dans le tronc nerveux et doit être attaqué là. Néanmitins 
faisons l'expérience de cette manière. Je place le pôic 
négatif sur le point d'émergence du norf circonflexe el je 
promène l'autre pèle à la surface du deltoïde. Lit con- 
tractilité, qui n'est aucunement réveillée par le courant 
induit, — selon l'interne de M. Beau, — ne l est pas non 
plus par le courant constant, si nous elfectuous des in- 
terruptions, mais elle l'est au bout d'une application 
continue de quelques minutes. Néanmoins c'e.^t nn 
eflet curatif presque nul. Il y a une augmentation de 
quelques degrés dans l'angle que peut faire le bras avec 
le corps. 

Traitons maintenant les troncs nenxux. Je place le 
pôle positif d'un courant fourni par 20 à 25 éléments 
sur le point douloureux du plexus brachial, et le pèle 
négatif sur l'omoplate du côté opposé, poumons assurer 
qu'il ne s'agit pas d'un cfi'ct immédiat sur le muscle 
deltoïde. Laissons agir ce courant jusqu'à ce que sa con- 
stance soit arrivée à un maximum, ce qu'on recoonaitfi 
l'immobilité de l'aiguille du galvanoscope. Après une 
action de deux ou trois minutes, nous enlevons les élec- 
trodes, et, comme vous le voyez, le malade lève comp'^ 
tement son bras, c'est-à-dire jusqu'à la position verticale, 
la main en l'air. — Mais ce mouvement s'accomplit avec 
une certaine difficulté, et l'on observe une contraction 



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1865. 



RKVUE DES GOUKS SCIENTIFIQUES. 



lis 



irré^licre des faisceaux du deltoïde. Le maldde accuse 
des craquements dans l'articulation et qu'on saisit à 
l'iiudilion. 

Il faut revenir maintenant au traitement local du dcl- 
loido. En appliquant le courant comme primitivement, 
lacontractilité est plus énergique et le gonflement des 
fibres beaucoup plus prononcé; aussi y a-tr-îl une rou- 
{îcur très-vive de la peau, surtout au pôle positif, ho ma- 
lade lève actuellement son bras sans aucune géne, il le 
meut en tout sens et avec la plus grande facilité, comme 
lin gymnaste ou un athlète. Et si Ton touche le point 
douloureux du plexus brachial, on constate qu'il est 
moins sensible et moins dur. 

Pour terminer rexplic;»tion de ces phénomènes qui 
excitent à juste titre l'étonncnienl, il faut ajouter que le 
courant, en agissant sur le plexus brachial, a dû aus.si 
toucher de près les rameaux du grand sympathique qui 
se rendent aux vaisseaux sanguins du bras, et sous la dé- 
pendance desquels, d'après la découverte de notre 
illustre ami CI. Bernard ici présent, se trouvent les 
jiarfios musculaires des parois des vaisseaux. Ainsi, cotte 
action du courant n'a pas engendré seulement une exci- 
tation des fibres nerveuses motrices, excitation faible, 
puisque nous avons employé ce pôle positif, mais elle a 
déterminé de plus une dilatation des vaisseaux sanguins 
et un afflux abondaut de sang aux parties paralysées, 
afflux qui joue un grand rôle dans l'accomplisse- 
ment des phénomènes qui se sont passés sous vos 
yeux. 

Pour obtenirune guérïson complète, il faudra appli- 
{(iier encore quelquefois le courant, afin de rétablir par- 
faitement l'état normal des quelques fibres qui pour- 
raient avoir échappé aujourd'hui à notre action. 

Hehak. 

— U suite (rès-prochainemeat. — 



ÉCOLE DE PHARMACIE. 

CHIMIE MINÉRALE(l). 

COUaS D£ u. BICUB 

Les é<|aival«M<s. 

Nous avons dit précédemment que les symbole:} figuratif» 
àes corps représentent non-seulement loUe ou telle sub- 
slance, mais encore et pour chacune d'elles un poids déler- 
oùné; nous avons de plus fait pressentir que la formule sym- 
bolique d'un corps composé indiquait à la fois et le nom et le 
pwds de chacun diM corps simples qui conconrent & sa forma- 
tion. Les poids correspondants aux symboles portent le nom 

poids équivalenti, ou par abréviation le nom d'équivalftits 
des corps. Quelques exemples ^ont foire comprendre le sens 
diimique de ce mot équivaient. 

lj>rsque le chlore et l'eau, en présence, sont soumis A l'ac- 
lion de la chaleur ou de la lumière, on observe que 35«',5 de 
ftlorc s'emparent de 1 gramme d'hydrogène pour former de 

(l)Voy.len" 3. 



l'acide chlorhydrique, et que 8 grammes d'oxygène sont mis 
en liberté : 35(%5 de chlore remplacent donc 8 grammes 
d'oxygène. 

Nous exprimons abréviativement ces faits par l'égalité : 
Cl+HO = Ha+0. 

Dans laquelle Cl signifie 3d<%5 de chlore, — U indique 
1 gramme d'hydrogène, — représente 8 granïmes d'oxygène» 
— et HO signifie 9 grammes d'eau. 

Le chlore mis eu présence de l'acide sulfbydriquc le dé- 
compose, aSi^S de chlore s'emparent de 1 gramme d'hydro- 
gène pour former de l'acide chlorhydrique et 16 grammes de 
soufre se déposent : SS^'iS de chlore remplacent donc 16 gram- 
mes de soufre : 

a+HS=HCl+S. 

L'oxygène mis en contact avec de l'acide sulfhydriqne hu- 
mide décompose ce dernier, 8 grammes d'oxygène s'emparent 
de 1 gramme d'hydrogène, il se forme de l'eau et 16 gramme» 
de soufre se déposent : 8 grammes d'oxygène remplacent doue 
16 grammes de soufre. 

4-HS = IiO-i-S. 

Comme 1 gramme d'hydrogène s'est uni successivement 
avec 8 grammes d'oxygène, IG grammes de soufre, ^"',5 de 
chlore pour former l'eau, l'acide sulfhydrique et l'acide 
chlorhydrique, ne sommes-nous pas endroit de conclure que 
S grammes, d'oxygène, 16 grammes de soufre, 35>%â de chbrc 
sont des poids équivalents de ces corps vis-à-vis de 1 gramme 
d'hydrogène? 

Une série d'expériences de même ordre, exécutées sur les 
autivs métalloïdes, montrerait qu'il existe un poids déter- 
miné de ces corps, qui remplace 8 grammes d'oxygène, SS^^S 
de chlore, 16 grammes de soulVe vis-à-vis de 1 gramme d'hy- 
drogène; nous nommerons ce poids, variant d'un corps & 
l'autre, mais tot^uurs le même pour chacun d'eux, Yéquivahnt 
de ce corps. 

Les métaux donnent lieu & des phénomènes analogues. 
Si l'on jette un fragment de potassium dans l'eau, l'hydro- 
gène est immédiatement chas.^é, 39 grammes de potassium 
remplacent 1 gramme d'hydrogène, et l'on a de l'oxyde de 
potassium au lieu d'eau ou d'oxyde d'hydrogène que l'on 
avait auparavant. La quantité d'ox^ëne n'a pas changé, elle 
reste de 8 grammes dans les deux cas. C'est ce que nous expri- 
mons par l'égalité : 

K-|-HO==KO+H. 
Le zinc mis en contact avec de l'acide sulfurique bydraté, 
en chasse l'hydrogène, le remplace et donne du sulfate d'oxyde 
de zinc : 1 gramme d'hydrogène est remplacé par 33 grammes 
de zinc, vis-A-vis de 8 grammes d'oxygène. Ce déplacement 
s'exprime très-simplement par l'égalité : 

Zn + SO»HO == ZoO,SO» + H. 

Le sulfate de cuivre est décomposé par te une, qui chasse 
le premier métal, et s'y substitue. L'expérience montre que 
33 grammes de zinc remplacent toujours 33 grammes de 

cuivre : 

CuO,SO> -I- Zn — ZnO,SO> -f- Cu. 

Le sulfate d'argent traité par le cuivre est décomposé, 32 
grammes de cuivre remplacent donc 108 grammes d'argent: 

AgO,SOS -I- Cu » CuO,SO> -I- Ag. 

Dans ces diverses réactions, l'oxyde d'hydrogène, l'oxyde 
de zinc, l'oxyde de cuivre, l'oxyde d'argent, contenaient cha- 



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UEVUE DES COUnS SCIENTIFIQUES. 



14 Janvier 



cun 8 grammes d'oxygène; noua pouvons done conclure de 
cet expériences que : 

1 gramme d'hydrogène, 39 grammes de potassium, 33 
grammes de une, 33 grammes de cuivre, 108 grammes d'ar- 
gent, sont des poids équivalents vis-à-vis de 8 grammes d'oxjr- 
gëne. Tout ne se borne pas là, ces poids sont aussi équivalents 
vis-à-vis de 35>',5 de clilore et 16 grammes de soufre qui sont 
eux-mêmes, nous l'avons vu, équivalents à 8 grammes d'oxy- 
gène, vis-à-vis de 1 gramme d'hydrogène. On a donc le droit 
de dire que les poids énoncés sont les poids équivalents de 
ces corps. 

Des substitutions analogues à celles que nous venons de 
citer permettent de déterminer les poids équivalents de tous 
les corps. 

Tous ces nombres sont dans des rapports constants, l'un 
d'eux déterminé, tous les autres s'en déduisent; mais il est 
clair que le point de départ est arbitraire. On prend généra- 
lement aujourd'hui l'équivalent de l'hydrogène pour unité, 
H = 1, parce que ce pmnt de départ donne des nombres sim- 
ples pour la plupart des équivalents, beaucoup d'cnire eux 
étant des multiples exacts de celui de l'hydrogène. On parlait 
«ilrefois de l'équivalent de l'oxygène, que l'on piçnail égal à 
100 ; on avait alors des nombres plus compliqués, sans avoir 
pour cela une exactitude plus grande. 

Les corps simples ne sont pas les seuls qui puissent se rem* 
placer par des poids déterminés : U eiiste ansii des poids équt- 
Tilents pour les corps composés. 

Ainsi, 40 grammes d'acide sulftirique peuvent être neutra- 
lisés successivement par 67 grammes de potasse, 31 grammes 
de soude, 76 grammes de baryte, 38 grammes de chaux, 116 
grammes d'oxyde d'argent, etc. Ces poids de bases sont donf 
équivalents vis-à-vis de àO grammes d'acide «ilftirique. 

De même, A7 grammes de potasse peuvent être neutralisés 
successivement par : 5A grammes d'acide azotique, 75b',5 
d'acide chlorique, 95i',d d'acide perchloriquc, 23 grammes 
d'acide carbonique, etc., et ces poids sont «ussi équivalents 
vis-é-vis des poids de bases que nous avons cités tout A 
l'heure. 

Remarquons que la potasse, dont la formule est KO, a pour 
équivalent à? =3 39-}. g, c'est-à-dire la somme des nombres 
représentés par K et 0; que l'aeide sulftirique, dont U lor- 
mute est S0>, a pour équivalent M «> 16+ (3 X 8), etc., 
c'est-à-dire enfin que l'équivalent d'une base, d'un acide ou 
d'un corps composé quelconque est égal à la somme des équi- 
valents représentés par les symboles qui entrent dans sa for- 
mule. 

L'Oxygène a été découvert par Priestley, le 1" août 1774. 
Il l'obtint en soumettant l'oxyde ronge de mercure (précipité 
per se) à l'action de la chaleur du soleil concentrée par une 
forte lentille. Schecle, chimiste suédois, isola ce corps peu 
de temps après, sans avoir connaissance des travaux de 
Priestley. Cette découverte eut d'immenses résultats; elle 
conduisit Lavoisier à la détermination de la composition de 
l'air et & la théorie exacte de la combustion, de la respira- 
tion^ de l'acidification et de l'oxydation des corps. 

L'oxygène n'a ni odeur, ni saveur, ni couleur; sa densité, 
rapportée à celle de l'air, est 1 ,1056. l'n litre d'air pris à de- 
gré, et sous la pression de tt'",7B pèse 1*',298, un litre d'oxy- 
gène pèsera donc, dans les mêmes conditions, Ic'jSSS X 1,1056 
=P 1*',430. L'oxygène est un gaz permanttUf c'est-à-dire que 



l'on n'a pu encore le liquéfier, même en employant les pres- 
sions les plus grandes, jointes au froid le plus énergique; àmû 
ce gaz est-il peu solublc dans l'eau et les autres liquides. Ces 
deux propriétés sont en effet intimement liées, et l'on peut 
dire en général qu'un gaz peu soluble dans l'eau est penna- 
nent, ou difRcile à liquéfier, tandis qu'un gaz très-solubic se 
liquéfie fiicilement. 

L'oxygène est un corps Irès-comburant. Si Von plonge dira 
une éprauvettc pleine de ce gaz une allumette ne présentaot 
plus que quelques points en ignition, elle se rallume avec 
vivacité et continue de brûler avec éclat. La combustion du 
soufre, du charbon, du phosphore, se fiiit dans l'oxygène avec 
beaucoup plus d'éclat que dans l'air. Ces trois corps donnent, 
en brûlant, naissance à des acides. Cette propriété peut être 
regardée comme générale pour les métalloïdes. Le soufre 
donne l'acide sulfureux, le charbon l'acide carbonique, le 
phosphore l'acide phosphorique. I.es métaux peuvent aatà 
brûler dans l'oxygène, mais on n'obtient alors que des bnes 
ou des oxydes indifférents. Le potassium donne la potasse, 
qui est le type des bases ; le magnésium donne la magnésie, 
qui est un oxyde basique j le fer donne l'oxyde magnétique, 
FeHi*t qui n'est pas un acide. La combustion des mél&m 
dans l'oxygène donne souvent lieu à des phénomènes lumi- 
neux très-remarquables. Le magnésium donne en brûlant 
l'une des plus belles lumières connues. La combustion du fer 
est aussi fort remarquable. Pour cotte expérience, on fait 
une spirale avec un ressort de montre préalablement remit, 
on épointe une de ses extrémités, à laquelle on fixe un petit 
morceau d'amadou ; l'autre extrémité est plantée dans un 
bouchon; on enflamme l'amadou et l'on plonge le tout dani 
une cloche pleine d'oxygène et reposant sur une assiette re- 
couverte d'eau. La combustion de l'amadou échauffe assez le fer 
pour lui foire prendre feu, et la combustion gagne de proclie 
en proche, en jetant de vives et nombreuses étincelles, La cha- 
leur produite est assez intense pour que l'oxyde de fer foiidu 
tombe en gouttes liquides, traverse l'eau, et vienne s'incrus- 
ter profondément dans l'assiette. 

Les expériences précédentes démontrent que les métat1(»i<'i'S 
et les métaux peuvent s'unir avec l'oiygène en produisant àv. 
la lumière et de la chaleur : c'est ce que l'on nomme U 
combustion vit». Dans l'air, les combustions peuvent aussi avoir 
lieu, la cause en est la même en raison de l'oxygène qu'il 
renferme, et si les combustions ont moins d'éclat, c'est parce 
que l'oxygène se trouve alors mêlé à de l'azote, qui atténue 
ses effets. Le mot combustion est donc synonyme d'oxydation. 
L'oxydation des corps ne se fait pas toujours d'une manière 
rapide et accompagnée d'incandescence. Ainsi, lorsque le fer 
se rouille à l'air, on ne constate aucune production de lu- 
mière ni de chaleur. De la chaleur se dégage cependant, msi» 
on ne peut le constater, parce qu'elle se dissipe à mesure 
qu'elle se produit, en raison de la lenteur de l'oxydation. Ce 
second mode d'oxydation porie le nom de C0m6usfiofi Unie. 

La rttpiration des animaux est encore un phénomène d« 
combustion, c'est lui qui produit la chaleur nécessaire à la 
vie. Lavoisier avait cru que la combustion du sang par l'oiy- 
gène de l'air avait lieu dons les poumons mêmes; il est bien 
démontré aujourd'hui qu'il ne s'y passe qu'un simple phéno- 
mène de déplacement. L'acide carbonique, dont le $ang vti- 
veux est chargé, s'exhale dans l'air et se trouve remplacé pir 
de l'oxygène; aussitôt, ce sang qui a\ait une teinte noiràlre 
change de couleur et prend une teinte vermeille, il est Iraiis- 



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1865. 



REVUE DES œUllS SCIENTIFIQUES. 



115 



famé tn sang artériel : ce dern'er retourne au cœur, pui« 
dans les diverses parties du corps qu'il traverse» éprouve l'ac- 
UoD «tmburanle de l'oxygène qu'il a disfOUs, et se recharge 
d'acide carbonique. I n homme de moyenne taille brûle en- 
tiroD 12 grammes do carbone par heure, ce qui nécessite 
537 litres d'oxygène par jour. 

L'oxjièae n'est pas le seul corps qui puisse produire des 
combustions, les autres métalloïdes et surtout le chlore, le 
wurre jouisceut de propriétés analogues, et donnentdes chlo- 
rures, des sulfures, etc., dans les conditions où l'oxygène 
doane des oxydes. 11 fout donc étendre le sens du mot fom- 
buitvm, et le rendre presque synonyme du mot eombinaiton* 
On le prend cependant le plus souvent dans le sens d'oaey- 
éttion. 

Par suite de ce que nous venons de dire, on peut diviser 
les corps en corps ciunburants et corps combustibles» sans que 
cependant il y oit de démarcation bien tranchée entre ces 
deuK classes, car tel corps qui est comburant par rapport & 
■m lecood est eombustible par rapport à un troisième. L'oxy- 
gène et le dilore sont les comburants par excellence, le sou- 
tn vient Kprit, et les autres métalloïdes suivent. Quant aux 
métiiu, ils sont essentiellement combustibles. 

L'équivalent de l'oxygène est représenté par 8; c'est en 
effet la quautilé de ec corps qui s'unit à 1 d'hydrogène, pour 
fonner te proloxyde d'hydrogène, c'est-ànliro l'eau. 

L'oxygène est de tous les corps le plus répandu dans la na- 
ture. II forme le cinquième du volume de l'air, les huit neu- 
vièmes du poids de l'eau, il fait partie intégrante des animaux 
et des végétaux ; presque tous les minéraux en contiennent, 
et il forme i lui seul un tiers au moins de la croûte terrestre. 

nÉPAuntHi DE l'oxtodie. 

Va grand nombre de coraposésoxygénés peuvent abandonner 
dans certaines conditions la totalité ou une partie de l'oxygène 
ip'ils œnlienneal. Les plus employés sont le bioxyde de 
mangioèse, minéral assez commun, et le chlorate de potasse, 
foi est une substance artificielle. 

Le bioxyde de manganèse peut donner de l'oiygène par 
deux méthodes : soit par simple calcination, soit sous l'action 
de la chaleur et de l'acide salfurique. 

1' Par la eakintaion du bioxffih da mmganèn. — Le 

bioxjâe réduit en poudre est introduit dans une cornue de grès 
fael ooremplit jusqu'aux deux tiers. Le col essuyé, on y adapte 
UQ bouchon muni d'un tube de dégagement deux fois re- 
eourité qui le traverse i frottement ; puis la cornue est placée 
dus un fourneaii i réverbère où on la consolide au moyen 
d'an fil de ter. Le tube abducteur se rend dans une cuve & 
uu dont la disposition est trop connue pour prendre place 
ici. 

Udégagementconmiencedèsquelacornue arrive au rouge ; 
on lusse perdre les premières portions du gaz qui se dégage, 
[wteqn'elles sont presque exclusivement formées par l'air qui 
wm^Msatt l'appwii, et r«D commence à recueillir quand une 
fstile épKOBTette d'esmi doBM un su riUnrnant Ikcilement 
us altesieUe^présuiteeinflve qmlquMpoints en igutitm. 
Od entretient le feu tant que lo dég^ement contiaoe. Lors- 
qu'on arrête l'opération, il fout enlever tout de suite le 
lube abducteur afin d'empêcher que le refroidissement n'a- 
une absorption, car l'eau pénétrant dans la cornue 
^ooffc rouge pourrait causer une explosion. II reste dans la 



cornue uu oxyde brun rongeAtre de manganèse qui ne ren- 
ferme que les deux tiers de l'oxygène du bioxyde. ta chaleur a 
donc fait perdre à ce dernier un tiers de l'oxygène qu'il conte- 
nait. La formule du bioxyde de manganèse est MnO'et l'équa- 
tion suivante rend compte de la réaction : 
S(Mn03)>-HnH)< + 0>. 
Si nous remplaçons les symboles Mn et par les nombres 
correspondants, nous trouvons que StHnO*) correspond à 
130'',5 et i 16, donc 130^,5 de bioxyde de manganèse don- 
nent 16 kitogr. d'oxygène. La quantité de gaz fournie par 
i Idiogr. de bioxyde sera donnée par la proportion : 
130,5 16 
1 *" X 

Ce qui donne te «132 grammes, ou 85»',à d'oxygène. 

L'oxygène ainsi obtenu n'est pas pur, parce que le bioxyde 
de manganèse, tel qu'on le trouve dans la nature, renferme 
toujours des azotates et des carbonates. Les axotafes sont en 
petite quantité et donnent environ 3 pour 100 d'asote; mais 
les cartionates sont souvent en asses grande proportion pour 
que l'acide carbMiique qu'Us dt^agent par la calcination 
vienne affaiblir très-sensiblement les propriétés comburantes 
de l'oxygène. On évite cet inconvénient, soit en traitant au 
préalable le bioxyde de manganèse par l'acide chlorhydrique 
lUble, qui détruit les carbonates et donne des chlorures so 
liibles dont on se débarrasse par des lavages à l'eau ; soit en 
faisant passer le gaz dans un flacon laveur contenant une dis- 
solution de potasse ou de soude : sî le dégagement n'est pas 
trop rapide, tout l'acide carbonique est retenu par l'alcali 
sous IbraM de carbonate. L'oxygène produit par ce procédé ne 
revient pas i plus de A bancs le mètre cube. 

3* Par te bioxyde de manganèse et Facide tulfur^ae. — Lè 
bioxyde de manganèse est un oxyde qui ne s'unit ni aiix 
acides ni aux bases; mais le protoxyde est une base ayant 
grande affinité pour les acides. Aussi, en chauffant le bioxyde 
de manganèse en présence de l'acide sulftirîque concentré, 
ce bioxyde se dédouble en protoxyde qui s'unit k l'acide sul- 
furique pour former du sulfbte de protoxyde de manganèse 
et en oxygène qui se dégage. L'égalité suivante rend compte 
de la réaction : 

IInO»-|-SO»,HO — MnO,SO> -f- -f- HO. 

Dans cette opération, on <Artiènt donc la moitié de l'oxygène 
contèno datis le bioxyde, ou lieu dn tiers que l'on avait dons 
l'opération précédente. Celle préparation se fait dans un bal- 
lon de verre que l'on (bit suivre ordinairement d'un flacon 
laveur contenant nne dissolution de potasse, «An de retenir 
l'acide carbonique. 

3° Par le chlorate de potasse. — Le chlorate de potasse a 
pour formule K0,C10*; en le chauffant, il së dédouble en oxy- 
gène, qui se dég^e, et en chlorure de potassium qui reste 
dans la cornue où se bit l'opération. Cette réaction est 
exprimée par l'égalité suivante : 

K0,C10»-Ka + 0«. 

La cornue dans laquelle se tait l'expérience doit ètrè fin 
verre très-peu fusible. La chaleur commence par fondre lë 
chlorate en un liquide très-limpide, qui ne tarde pas à se 
troubler, parce que des bulles de gaz s'échappent de tous ses 
points. Bientôt le liquide s'épaissit, parce que tout l'oxygène 
ne se dégage pas, une partie se porte sur le chlorate non àt- 



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REVUE DES COURS SCIENTÏFIQUKS. 



iU Janvier 1865. 



composé et le transforme en perchlorate, K0,C10^, ainsi que 
l'indique l'égalité suivante : 

2 (KO.CIO») = K0,C10' + KCl + 0*. 

A ce moment, il faut chauffer davantage, parce que le 
pcrchlûrate est plus difficile & décomposer et moins fusible; 
0Dalemeiit, il se dédouble d'une manière analogue à ce qui 
86 passe pour le chlorate: 

KO,aO'=KCl-|-0». 

1 kilogramme de chlorate de polas ^c donne 27i litres d'oxy- 
gène. L'oxyde de cuivre, le sesquioxyde de fer, le bioxyde 
de manganèse exercent sur le chlorate une action de pré- 
sence, complètement inexpliquée', qui facililc singulièrement 
sa décomposition. Certaines proporlions, par exemple un tren- 
tième de sesquioxyde de fer, rendc:it la décomposition telle- 
ment brusque, qu'il peut y avoir explosion. Un mélange à 
poids égaux de chlorate et d'oxyde étranger n'offre aucun dan- 
ger. L'oxyde que l'on doit préférer pour ce mélange est l'uxyde 
rouge de manganèse, résidu de la préparation de l'oxygène; 
il est sans valeur, et ne dégage ni azote ni acide carbonique. 

Extraction de l^oxygène de TaiV. — L'énorme quantité d'oiy- 
gëne contenue dans l'atmosphère a conduit naturellement à 
chercher à en retirer ce gaz, mais on n'est pas encore par- 
venu à l'en extraire couramment et d'une façon économique. 
Le procédé par lequel Priestley isola l'oxygène donne bien 
une solution du problème, mais elle est beaucoup trop dis- 
pendieuse. M. Boussingault a fait connaître un autre pro- 
cédé basé sur les deux réactions suivantes : la baryte portée 
au rouge sombre absorbe l'oxygène de l'air et se transforme 
en bioxyde de baryum, et le bioxyde de baryum, chauffé au 
rouge vif, régénère la baryte et dégage de l'oxygène. 

Pour réaliser successivement ces deux réactions, on fait 
passer un courant d'air débarrassé d'acide carbonique dans un 
tube de porcelaine rempli de fra^ents de baryte, et placé 
dans un fourneau dont on ferme presque toutes les ouver- 
tures afin de n'obtenir que le rouge sombre. L'absorption 
de l'oxygène est évidente, car le gaz qui sort du tube éteint 
les corps en ignition ; elle est terminée lorsque ce gaz recom- 
mence à entretenir la combustion. On arrête alors l'arrivée 
de l'air, et l'on débouche les ouvertures du fourneau ; la tem- 
pérature remonte bientôt au rouge vif, et l'oxygène se dégage 
en abondance. On peut recommencer ainsi un certain nom- 
bre de fois la même opération. Mat heureusement la baryte 
éprouve peu à peu un certain retrait, perd ses propriétés 
absorbantes et se trouve hors de service. M. Boussingault est 
cependant parvenu à employer seize à dix-sept fois de suite 
le même oxyde. Il faut se garder de dessécher l'air, parce 
qu'une certaine quantité de vapeur d'eau favorise l'oxyda- 
tion de la baryte. 

OZONE. 

lin 1783, Van Marum reconnut que l'oxygène soumis au 
passage d'un très-grand nombre d'élincclles électriques ac- 
quiert une odeur particulière qu'il crut être l'odeur propre 
de l'électricité. En 1840, M. Schœnbein annonça que l'oxygène 
obtenu par l'action de la pile sur l'eau est odorant lorsque 
les électrodes, ainsi que la matière qui rend l'eau conduc- 
trice, ne sont pas susceptibles de s'oxyder. Il crut que cette 
odeur était due à la présence d'un corps simple nouveau, 
voisin du chlore et du brome, parce que comme eux il chasse 
l'iode des iodures, et il le nomma ozone (de ^w, je sens). Mais 



il résulte de nombreuses expériences dues à MM. de la Rive, 

Marignac, Becquerel et Fremy, Andrews, etc., que l'ozone 
est une variété allotropique de l'oxygène. 

L'ozone possède, outre son odeur, des propriétés différentes 
de celles de l'oxygène, ses affinités sont beaucoup plus éner- 
giques. Il oxyde à froid le mercure et l'aient, s'unit directe- 
ment à l'azote, oxyde cncrgîquement les composés oxygénés 
inférieurs, brfile l'hydrogène et l'azote de l'ammoniaque en 
donnant de l'eau et de l'acide azotique, chasse l'iode des 
iodures, s'unit en présence de l'eau avec le chlore, le brome 
et l'iode, décolore la teinture de tournesol et les autres ma- 
tières organiques colorées. Il se détruit par le contact du 
caoutchouc, des corps gras et des poussières organiques. L'eau 
oxygénée, le bioxyde de manganèse, le charbon en poudre 
le détruisent aussi par simple contact. 

L'ozone ne se produit pas seulement dans la décomposition 
de l'eau par la pile, M. Schœnbein l'a aussi obtenu en faisant 
passer lentement de l'air sur des bfltons de phosphore plongés 
en partie dans l'eau. MM. Becquerel et Fremy l'ont produit en 
faisant passer, au moyen d'une bobine d'induction, une série 
d'étincelles électriques dans de l'oxygène sec. L'osone se dé- 
gage encore dans un certain nombre de circonstances, entre 
autres pendant l'oxydation de l'essence de térébenthine et de 
quelques substances analogues. Ce dernier mode de produc- 
tion est important à cause du très-grand nombre d'arbres ré- 
sineux qui se trouvent à la surface du globe. 

Un certain nombre de circonstances favorables à la forma- 
tion de l'ozone se réalisant dans la nature, il n'est pas éton- 
nant que l'on ait constaté la présence de ce corps dans l'air. 
C'est ft lui que l'on doit attribuer, selon toute probabilité, un 
grand nombre des oxydations qui se passent autour de non?, 
uotamment la production du nitre sur le sol, et celle de 
l'acide azotique qui existe toujours dans l'air, ainsi que t a 
démontré M. Cloitz. 

C'est lui aussi qui tend h brûler constamment l'acide sulfby- 
drique et les diverses émanations putrides : il est donc le grand 
purificateur de l'atmosphère, et nous fournit une fois de 
plus un exemple de l'admirable équilibre qui existe entre les 
diverses forces naturelles. — Pwkar. 



La librairie Germer BailliAre commencera en 1865 la pablicalion 
d'une nouvelle bibliothèque consacrée à I'Histoibe cOBTEiiPORAise, qui 
se composera de Tolumes de 300 & 400 poges format in-18, au prix 
de 3 Tf. 50 c. 

Le premier ouvrage publié sera VHisloirede la Révolution françaùe, 
pur Th. Csrlyle, traduite de l'anglais par HH. Elus REGRArLT et 
Osyssb-Barot, qui paraîtra daoa quelques jours. Cette histoire se com- 
posera de trois volumes intitulés : la Oattitlet la Cofutituiton^ la 
Guillotine. 



Sommaire de la Revue des cours liuàrairet duii janvier 1 865. 

CoLLifii DE France. Cours de H. Frank : Principes pbilMophiqaes 
du droit civil. — MOTRB-DiiiE DE PAaiS. Cmttnaceàa Pèn HyacinOte: 

Du Déisme. — SoBBomii. Conn de H. Biehoff : La poèda indienne. 

Court de droit civil de H. YaUtle. 



Le prof^iétaire-gérant : Germer Baiixière. 



PARIS. lIiraillEniE DE E. HAHTWET, RUE HIGKON, S. 



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DEUXlÈfilB ANNÉE. — N* 8. UN NUMÉRO : 30 CENTIMES. 21 JANVIER 1865. 



REVUE 



DES 



COURS SCIENTIFIQUES 

DE LA FRANCE ET DE L'ÉTRANGER 

PHYSIQUE — CHIMIE — ZOOLOGIE — BOTANIQUE — ANAÎOMIE — PHYSIOLOGIE 
GÉOLOGIE — PALÉONTOLOGIE — MÉDECINE 



Parttit tow les Samedis. 

Hn» Sixmow. Str. l'n an. 15 fr. 

NputemcnU. . — 1 ) — 18 
tlnoier — 13 — 20 

Mil rakMHMM mt U imt «M «Mn UUénlrw. 
Si Mil.... Pwto. 41 fr. Wr«l., 18 Ir. dliH«tr, M fr. 
VttB ~ itt — 80 — . 3S 



M. EUG. \U.SG 

DIBECTEVI 



M. ÉMUE Alglavb 



On s'abonne 

17, rue de l'Écolc-de-lUdwlBC, 
El ches tout 1m Ubraira, par l'envm d'un bon do poito, 
<M d*Ba uundal mr Pari*. 

L'AoïiwBMipHidil-ddeedbn emim l"jtdR 
do dioqw Mi><i. 



SOMlfAIlUB. 
Aeadteiie des wnenees. 

miss goDmnQUBs db u sorbonnb. — Vkjt&qu», — Cmttnm 

*iM. Feract : La pliotofn|>bl«. 

COuicB DB PRANGB. — Médecine «q>érimentale. — Com de 
M. ClaMde M*rmmré i IV ot V. Le nran ; de ton aboorptioa et 

da l'abaoqtlion eê («iiàil. 

WBÉUH DUttTOlRB itATVRELLB, — Physiologie comparée. — 
Coan de H. Vulplu i Lo mocllo dfiiniire couiiWràt comne orpute 
delmamnioR. 

ÉCOLBDBPRAUiACIE. — BotaniqOft. — Cona de H. Châtia i 
m. Ortanegrarfc'M Wgdialo. 



Paris, 20 Janvier 1865. 

C'était lundi dermerqjaeV Académie dei tcience» devait 
aifin élire un membre dans la section de mécanique en 
fcmplacement de M. Clapeyron, dont la succession a 
cuisé, comme on le sait, les discussions les plus vives. 
1a section compétente, pour se tirer d'embarras, a eu 
l'air d'oublier les deux seuls candidats sérieux entre 
lesquels il fallait opter, et elle a proposé en première 
ligoeH. Phillips, et en seconde ligne M. Rolland. Mais à 
l> suite de la discussion des titres, l'Académie a com- 
plété cette Ibte en y ajoutant M. le colmel Favé et 
M> Pbocault. Au premier tour de scrutin, sur 61 votants, 
M. Foucault a obtenu 20 voix, M. Favé 30, M. Phillips 
10) et H. Rolland 1, plus un bulletin blanc. Au second 
^ de scrutin, le colonel Favé n'obtenait plus que 
M Toix, M. Foucault en avait 80, et M. Phillips en con- 
Knait 2. On procéda alors, malgré les réclamations de 
H Pouillet, qui voulait un troisième scrutin libre, à un 
II. 



scrutin de ballottage qui donna 30 voix à M. Foucault 
et 30 h M. Favé , la 61« s'ctant encore égarée sur 
M. Phillips. L'élection n'aboutissait donc pas, et, aux 
termes du règlement, elle aura lieu lundi prochain. 
C'est dans les péripéties de cette élection si vivement 
disputée que rcsidiiit le véritable intérêt de la dernière 
séance, et il était visible que beaucoup de personnes 
n'étaient venues ce jour-là au palais Mazarin que poui* 
y assister. On va, dit-on, publier les débats auxquels a 
donné lieu, dans les comités secrets de l'Académie, la 
discussion des tities des divers candidats. Cette publi- 
cation ne peut manquer d'être féconde en révélations 
curieuses. 

M. Claude Bernard a pi'ésenté de la part de M. le doc- 
teur Duchenne(de Boulogne) des études microscopiques 
et photographiques sur l'anatomie du grand sympa- 
thique. C'est le point de départ de toute une série de 
travaux qui promettent d'être fort intéressants. Ce que 
nous en connaissons aujourd'hui montre déjà que les 
ganglions centraux et latéraux du grand sympathique 
n'ont pas la môme structure, et que le ganglion cervical 
supérieur joue, en quelque sorte, le rôle de ganglion 
central pour ce système, opinion qui est, du reste, en 
rapport avec diverses données de l'anatomie comparée. 

Enfin, M. Fayc a fait une communication très-inté- 
ressante sur la constitution physique du soleilj qu'il doit 
continuer lundi prochain. M. Le Verrier se propose de 
contester une partie de ses conclusions. Nous rendrons 
compte de cette discussion dans le prochain numéro, en 
analysant le travail de M. Faye tout entier. Ë. A. 



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Gôogle 



118 



REVUE DES COURS SCIENTIPIOUES. 



21 jANTIKa 



SOIRÉES SCIENTIFIQUES DE LA SORBONNE. 

PHYSIQUE. 

CONFÉRENCE DE M. FERNET. 

La photographie est l'art de produire et de flxer les 
images par Taction de la lumi&re. Longtcmpg avant les 
photographes, le soleil avait effectué et il effectue encore 
autour de nous des phénomènes photographiques. Tout 
le monde a remarqué que les feuilles du bourgeon, 
blanches au moment où elles s'épanouissent, ne tardent 
pas à se colorer en vert sous l'influence de la lumière. 
Cette couleur verte est due k la présence d'une matière 
spéciale, la chlorophylle, qui se développe^lors dans les 
utricules des feuilles. Cette matière est d'autant plus 
abondante que la plante est plus inondée de soleil. Les 
feuilles les plus élevées sont les moins favorisées sous 
ce rapport. Aussi sont-elles toiyours plus colorées que 
les inférieures, dont l'insolation est beaucoup moins 
complète. Si l'ombre devient trop intense, toute colora- 
tion disparaît, et les feuilles, absolument dépourvues 
de chlorophylle, restent parfaitement blanches. C'est ce 
qui arrive pour certains végétaux qui poussent sponta- 
nément dans les caves, ou que l'on soustrait à l'action 
des rayons lumineux pour rendre leurs feuilles plus 
tendres et plus agréables au goût. 

Tous les physiciens savent d'ailleurs qtic les corps 
sont diversement colorés, suivant qu'ils absorbent ou 
qu'ils réfléchissent tels ou tels rayons du spectre solaire. 
On voit en outre, en chimie, certains sels se décompo- 
ser et changer de couleur, sous l'influence de la lu- 
mière. C'est ainsi qu'une solution d'azotate d'argent, 
parfaitement limpide, lorsqu'elle est consonée dans 
l'obscurité, noircit peu & peu à la lumière diffuse. Gela 
tient simplement à un phénomène de dissociation. L'ac- 
tion des rayons lumineux décompose le sel d'argent en 
argent métallique, qui se dépose sous l'aspect d'une 
poudre flae de couleur noire, tandis que l'acide azoti- 
que reste dissous dans la liqueur. Il en est de même de 
riodure d'argent, qui dégage des vapeurs violettes d'iode 
métallique, lorsqu'il est soumis h l'insolation. Le bro- 
mure et le chlorure d'argent jouissent de propriétés ana- 
lo(,'ues. 

Tous les rayons du spectre n'agissent pas avec la 
môme intensité sur les seU d'argent; les rayons violets 
sont les moins chauds , tandis que les rayons rouges ont 
Un pouvoir calorifique très-grand. Voilà pourquoi on a 
donné aux rayons rouges le nom de rayons cahrifques, 
tandis que les rayons violets, et en général les rayons 
les plus réfrangibles, ont reçu celui de rayons chi- 
ti'iqiief. Mais il y a dos rayons encore moins réfrangibles 
«iuc le rouge, et plus réfrangibles que le violet. Ces 
rayons, trop peu intenses pour Impressionner notre œil, 
sont invisibles; ils ne se manifestent que par leurs pro- 



priétés chimiques et calorifiques. Il est des sobstanoes 

qui, presque invisibles à la lumière diffuse, ou même 
dans les rayons rouges, répandent une lueur phospho- 
rescente dans les rayons violets du spectre. Telle est la 
solution du sulfate de quinine dans l'acide tarlrique. 
Cette solution, placée dans les rayons violets d'un spec- 
tre obtenu avec la luttiière électrique, devient fUtorw 
cenUy et apparaît encore au-dessous du violet dans les 
rayons invisibles, dont l'activité chimique est suffisante 
pour impressionner cette substance. 

Après ces notions préliminaires, M. Femcl donne une 
idée de la chambre noire, et il passe à la description 
de l'appareil photographique. Pour obtenir des images 
dans la chambre obscure, il faut que les rayons lumi- 
neux partis de l'objet soient transmis sur l'écran à tra- 
vers une très-petite ouverture, sans quoi on n'a pas 
d'image distincte. D'autre part, il étiit de toute impor- 
tance, pour le dessin héliographique, d'agrandir l'ouver- 
ture, afin de foire pénétrer une plus gnnde quantité 
de lumière. C'est à ce prix seulement qu'on peut obte- 
nir une image assez vive pour impressionner suffi- 
samment les plaques photographiques. On a heureu- 
sement résolu celte difflcuUc pratique en enchâssant 
dans cette ouverture une lentille convergente, qui, 
en concentrant les rayons lumineux, permet d'en lai^ 
ser pénétrer un plus grand nombre. On est ainsi parvcnuà 
réaliser deux conditions indispensables au succès del'opé- 
ration, la netteté et l'éclat des images. Les images ainsi 
obtenues se forment, comme on sait, au delà du foyer 
principal de la lentille, au foyer conjugé de l'objet, sur 
les axes secondaires, menés de chaque point Inminenx 
par le centre de la lentille. Ces images sont renversées, 
symétriques, et d'autant plus vives que la lentille est 
plus grande et l'objet plus éclairé. 

La chambre noire des photographes se compose d'une 
boite quadrangulairc, qui porte sur une de ses faces 
une grosse lentille destinée à recevoir les rayons lumi- 
neux émanés de l'objet qu'on veut peindre. L'image est 
reçue sur une glace dépolie placée sur la face opposée 
de la botte. Au moment où il veut opérer, le photogra- 
phe place l'objet en avant de l'appareil, en face de la 
lentille, à une distance convenable pour obtenir une 
image distincte sur l'écran. L'opérateur peut amener la 
glace au foyer conjugé à l'aide d'une vis qui permet de 
reculer ou de rapprocher l'objectif. Dès que l'image 
apparaît distincte sur la glace, on la retire de la rainure 
où elle peut glisser, et on la remplace par la plaque ou 
par la feuille de papier impressionnable. 

Pour avoir des images distmctes avec cet appareil, il 
faut se servir d'objectifs eoromatiques. Les objectifs 
acromatiques ne sont autre chose que des lentilles dans 
lesquelles on a corrigé l'aberration de réfrangibilité, et 
l'aberration de sphéricité à l'aide d'une disposition spé- 
ciale. Pour cela, on juxtapose une ou plusieurs lentilles, 
formées de substances inégïdement réfrangibles. On ac- 
oouplc d'babttnde deux lentilles, une convergente, de 



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IM5. 



119 



crovn-glass; l'autre, divergente, de flint-glass. Avec des 
oourbures convenablement calculées, on obtient ainsi 
une lentille convergente unique, dans laquelle le rouge 
et le violet forment toujours leur foyer au môme point. 
Il y a encore avec ce système une légère irisation sur 
les bords, à cause de l'inégale réfrangibilité des autres 
nyons du spectre. On peut obvier à cet inconvénient à 
l'aide d'une troisième lentille, ou simplement à 1 aido 
d'un petit diaphragme de taffetas dont on entoure la 
tranche de la lentille. On éteint de la sorte une partie 
des n^ons lumineux; mais cette diminution'dc lumière 
est largrancnt compensée par le fini des détails. 

C'est à NicéphoreNiepce qu'on doit la première fixa- 
tira des images par l'action chimique des rayons lumi- 
neux. 11 employait à cet effet des plaques de verre en- 
duites de bitume de Judée. Le bitume de Judée devient 
ÏDMrtuble dans ses dissolvants les plus actifs, même dans 
TiUier, lorsqu'il vient à être exposé A la lumière. II dur- 
dt alors, et prend une teinte grisâtre. Voici comment 
îiiepce s'y prit pour utiliser cette propriété. Sur une 
feoiUe de verre on de papier, il étendit une couche do 
bitume délayé dans l'alcool, puis il mit la plaque ainsi 
préparée à la place de l'écran. Les parties noires ou peu 
éclurées du dessin laissaient la préparation intacte, 
tandb que les parties blanches ou bien éclairées ren* 
daient le bitume plus dur et transformaient sa couleur 
ntnre en gris blanchâtre. 

Après quatre ou cinq minutes d'exposition k la lu- 
mière transmise par l'objectif, Niepce retirait la plaque 
en ayant soin de la soustraire à l'influence des rayons 
da soleil. Pour cela, il opérait dans une chambre obscure 
ou éclairée par un vitrage coloré en jaune. Les rayons 
jaunesn'ayantpointd'action chimique, n'exercent aucune 
influence sur les plaques photographiques. Niepce lavait 
eo^uite sa plaque avec de l'éther, qui dissolvait les par- 
tie» du dessin non impressionnées par la lumière en 
respectant les parties grises désormais insolubles. Il ob- 
tint de la sorte des images durables. 

Pour en accentuer les reliefs, il substitua le métal au 
papier et versa sur son épreuve un acide étendu. Les 
parties non recouvertes de bitume étaient attaquées par 
l'acide, qui augmentait ainsi les saillies du dessin. C'était 
itéjà un progrès. Mais les images obtenues parce pro- 
cédé laissaient encore beaucoup & désirer. D'abord elles 
étaient symétriques, c'est-ft-dire non superposables h 
l'objet représenté, comme une flgure reflétée dans un 
miroir. Les tons étaient d'ailleurs très-pAles, à cause de 
la couleur terne du bitume et delà faiblesse des objec- 
liTs, qui ne donnaient pas une snfHsante quantité de 
lonièra. 

Ba 1W2, Niepce s'associa avec Daguerre, qui trnns- 
fionna la méthode et eut le bonheur de lui donner son 
'wm. Ntepce ftit mis au second plan, comme Christophe 
GoluBb, et l'on ne parla plus que du daguerrèotypt. 
îoBlefoiB, après une communication d'Arago à l'Acadé- 
nitdcs sciences, une loi, votée par la chambre des 



députés et approuvée par la chambre des pairs, accorda 
aux deux inventeurs une récompense nationale, à con- 
dition qu'ils rendraient publique leur découverte (1829). 

Daguerre avait remarqué qu'une plaque d'argent sou- 
mise & la vapeur d'iode acquiert une sensibilité exquise. 
Dès lorsl'iodured'argcnt fut substitué au bitume de Judée. 
Après la mort de Mepce, Daguerre perfectionna encore 
le procédé par l'introduction d'un nouvel agent. Il s'était 
aperçu que les vapeurs de mercure se condensent sur 
l'iodure d'argent impressionné par la lumière, tandis 
qu'elles n'ont point d'influence sur lui dans l'obscurité. 
Cette réaction s'explique facilemcut. L'iodure d'argent 
est décomposé par la lumière. L'iode se vaporise, Umdis 
que l'argent métallique reste flxé sur la plaque. En expo- 
sant la plaque ainsi modittéc aux vapeurs de mercure, il 
se forme sur les parties impressionnées im amalgame 
d'argent, et l'image apparaît beaucoup plus distincte. 
Une dernière opération consiste à laver le dessin, dans 
la chambre jaune y avec une solution d'hyposidfite de 
soude, qui dissout l'iodure d'argent non décomposé, 
tandis qu'il est sans action sur l'argent métallique ou 
amalgamé. On a alors L'épreuve définitive. 

Mais, malgré ces perfectionnements successifs, la 
plaque daguerriennc restait encore très-imparfaite. Le 
mercure, en se vaporisant peu à peu sous l'influence de 
la chaleur atmosphérique, ne tardait pas à laisser des 
vides qui formaient autant de taches sur le dessin. 11 en 
résultait, à la longue, une grande altération cl une dis- 
parition presque complète de l'image. C'est pour obvier 
à cet inconvénient que M. Fîzeau imagina de durer la 
plaque. Dès lors, le mercure putse vaporiser impunément : 
l'or, resté intact au-dessous de lui, maiutmt la pureté 
de l'image et augmenta môme sa vivacité par la plus 
grande richesse des tons. En même temps, H. Charles Che- 
valier, en fabriquant des objectife beaucoup plus grands, 
permit d'utiliser ime plus grande somme de rayons limiî- 
neux. Le daguerréotype semblait être à son apogée. En 
réalité, il était encore dans l'enfànoe; car l'image, étant 
symétrique, ne reproduisait qu'imparfaitement Torigi- 
nal. La plaque métallique offrait d'ailleurs des miroite- 
ments désagréables qui forçaient l'observateur & se pla- 
cer sous un certain angle pour voir distinctement le 
dessin* C'est alors qu'apparut la phoU^raphie sur papier, 
pratiquée pour la première fois par M. Fox Talfaot (1839) . 

La. photographie sur papier exclut le miroitement 
des images daguerriennes, et permet d'obtenir autant 
d'épreuves qu'on le veut à l'aide d'un eliché unique, sans 
nouvelle expoution dans la chambre obscure. L'opération 
comprend deux parties distinctes : 1" la préparation du 
cliché ou épmm négative; 3* le tirage des ipreum pon-* 
tioeê. L'épreuve négative présente en noir les parties 
blanches ou éclairées des objets, et en blano les parties 
opaques. L'épreuve positive réalise la condition inverse^ 
On peut opérer sur verre ou sur papier. Talbot se servait 
de feuilles de papier trempées dans une s<riution im« 
pressionnable. Mais comme le papier, par sa texture 

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REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



21 jAifTin 



grenue, altérait la finesse du dessin, on le recouvrit plus 
lard d'un enduit ciré. Niepce de Saint- Victor, neveu de 
Nicéphorc Niepce, substitua au papier ciré le papier al- 
bnroineux. Enfin Legray a remplacé le papier albumi- 
neux par le papier au coHodion. C'est ce dernier procédé 
que nous allons décrire. 

Proeélésweoltodûm. — Pour préparer l'épreuve néga- 
tive, on se sert habituellement d'une plaque de verre 
sur laquelle on verse une couche de collodion contenant 
des iodures et des bromures en dissolution. L'éthor,qui 
forme la base du collodion, se volatilise, et il reste sur 
le verre une couche extrêmement mince de coton- 
poudre, saturée par les iodures et .les bromures non 
volatils. La plaque , ainsi préparée dans la chambre 
j'aune^ est plongée ensuite dans une solution de nitrate 
d'argent qui transforme les iodures et les bromures en 
iodure et bromure d'argent. Dès lors, on a une plaque 
sensible que l'on peut transporter dans la chambre noire. 
Lorsque cette plaque a reçu l'impression de l'objet lu- 
mineux, on la rapporte dans la chambre jaune^ et l'on 
développe l'image en plongeant la lame dans une solution 
de sulfate de protoxyde de fer ou d'acide pyrogallique. 
Ces deux substances complètent la réduction du sel 
d'argent dans le cas où l'action de la lumière n'aurait 
pus été assez intense pour rcAÎBCtucr entièrement. Enfin, 
on enlève le bromure et l'iodure d'argent non altérés au 
moyen de la solution d'hyposulfitc de soude. On lave h 
l'eau pure, et on laisse sécher. Telle est l'épreuve néga- 
tive, que l'on peut conscn er deux ou trois ans en la re- 
couvrant d'une solution iodo-bromuréc d'albumine. 
Cette solution préserve le collodion de l'action décom- 
posante de la lumière. Au moment de s'en servir, on 
sensibilise de nouveau la plaque en la plongeant dans 
une solution de nitrate d'argent. Puis on développe le 
dessin avec le sulfate de protoxyde de fer ou l'acide 
pyrogallique, comme précédemment. 

Pour obtenir l'épreuve positive, il sufBt de placer 
derrière la lame négative une feuille de papier sensibili- 
sée par le même procédé. La lumière, en traversant les 
blancs de l'épreuve négative, noircit le papier dans les 
parties correspondantes. Les noirs, au contraire, en ar- 
rêtant les rayons lumineux, maintiennent la blancheur 
du papier dans les points qui leur sont opposés. L'épreuve 
positive est d'autant plus nette que les noirs et les blancs 
étaient mieux marqués sur l'épreuve négative. On traite, 
comme précédemment, par l'acide pyrogallique et l'hy- 
posulflte de soude. On lave à l'eau pure, et on laisse sé- 
cher. A l'aide de ce procédé, on ne peut obtenir qu&Ie 
décalque de l'épreuve négative. Dans ces derniers temps, 
on l'a modifié de façon à obtenir des épreuves positives 
aussi grandes qu'on le veut. Pour cela, le cliché est placé 
dans une botte à l'abri de la lumière directe. 11 reçoit 
les rayons lumineux au moyen d'une grosse lentille. En 
arrière du cliché se trouve placé un objectif qui vient 
former trae image du cliché sur un écran préparé. En 
(kisant varier la distance de l'écran, on obtient des 



épreuves de plus en plus grandes. Le mouvement diurne, 
en faisant varier l'inclinaison des rayons lumineux, peat 
nuire, il est vrai, & la netteté de l'image. On a fait di»* 
paraître cet inconvénient à l'aide de l'héliostat mobile 
de M. Fizeau. Cet héliostat reçoit les rayons lumineux 
et les transmet par réflexion sur l'objectif. Il est renda 
mobile par un mouvement d'horlogerie que Ton règle 
chaque jour d'après le mouvement apparent du soleil. 

Les progrès de la phott^raphie ne se sont point arrê- 
tés là. Déjii Nicéphore Niepce avait songé à appliquer 
son procédé à la gravure et à la lithographie. C'est dans 
ce but qu'il s'était servi des acides pour augmenter les 
reliefs de ses images. Il a\'ait obtenu delà sorte de véri- 
tables clichés, à l'aide desquels on pouvait tirer quelque* 
épreuves avec une pre^ à main. Mais Timperfection 
du procédé l'avait fait tomber dans l'oubli. 

M. Poitevin a repris l'idée de Niepce, et il a essayé de 
la réaliser au moyen du bichromate de potasse délayé 
avec de la poussière de charbon. Tout le monde sait 
que le bichrumate de potasse devient insoluble dans 
l'eau quand il a été préalablement soumis à l'action de 
la lumière. M. Poitevin s'est servi de cette propriété 
pour préparer son cliché. Il a fait une pâte avec dn noir 
de fumée délayé dansunc solution gélatineuse de bichro- 
mate de potasse. Cette pâte, étendue sur une lame de 
métal, lui a servi h former une plaque sensible qu'il a 
tn-msportéc dans l'appareil photographique. L'objet lu- 
mineux impressionne le bichromate de potasse et le 
rend insoluble dans les points éclairés. Alors, M. Poite- 
vin relire la plaque et la lave à grande eau dans la 
chambre Jaune. L'eau entraîne la gélatine et le noir do 
fumée, et avec eux le bichromate de potasse non im- 
pressionné. Il reste ainsi une épreuve négative, dcxit les 
relieft sont assez prononcés pour recevoir l'encre d'im- 
primerie. 

Par uu procédé analogue, M.Talbota tracé des sillons 
assez profonds pour qu'on ait pu y couler du plâb«. Il 
a ainsi obtenu un cliché, qu'il a recouvert de cuivre à 
l'aide de la galvanoplastie. Ce nouveau perfectionne- 
ment a permis de reproduire en très-peu de temps des 
paysages et des portraits grtwéê parle soleil sans l'inter- 
vention loi^ue et coûteuse du dessin et de Ul gravure 
ordinaires. On est allé encore plus loin. En remplaçant 
la poussière de charbon par une matière vitrifiable, on a 
obtenu des épreuves positives que l'on a soumises k la 
coction, comme le verre ou la porcelaine. M. Fcmet 
montre à l'auditoire des émaux et des camées obtenus 
de cette façon. 11 y en a de différentes couleurs, suivant 
la nature de la poudr« employée. 

M. Niepce de Saint-Victor,' sans se laisser décourager 
par les dénégations des sceptiques, cherche depuis long- 
temps à reproduire \ei différentes couleurs des objets à 
l'aide de l'hétiographie. Déjà John Herschel avait re- 
marqué que le chlorure d'argent, exposé h la lumière 
transmise par des verres diversement c lorés, a la pro- 
priété de fixer momentanément les diilérentes couleurs 



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IM5. 



REVUE DES GdURS SCIENTIFIQUES. 



131 



du spectre. En utilisant cette propriété, M. Niepce de 
Saint-Tictor est parvenu à fixer l'image complète des 
objets sur des plaques d'argent chlorurées. 11 est vrai que 
ces images ne peuvent résister à une lumière un peu vive. 
On ne peut les conserverque dans une obscurité relative. 
Elles présentent d'ailleurs un Fond rougcàtrc qui nuit à 
leur netteté. Mais les courageux efforts de M. Niepce 
senmt prat-ètre un jour ou l'autre couronnés de succès. 

Comme on le voit, la photographie, malgré ses rapides 
progrès, n'a pas dit encore son dernier mot. Elle n'en a 
pas moins rendu à l'heure qu'il est des services signalés. 
L'histoire naturelle l'a utilisée pour reproduire les 
images ftj^tives des objets vus au microscope. C'est 
ainsi qu'on a pu multiplier ces belles planches micro- 
graphiques h l'aide desquelles le monde des infusoires 
et la composition élémentaire des organismes supérieurs 
deviennent accessibles à tous. L'astronomie lui doit le 
portrait des planètes, dont on peut désormais examiner 
l'ioiage à la loupe jusque dans ses moindres détails. 

F. TmIi. 



COLLÈGE DE FRANCE. 

MÉDECINE EXPÉRIMENTALE (1). 

COURS DE H. CLAUDE BEHNARD 
(dp llaititM). 

IV et V. 

ht cvmre; de mon abmHrptlM, ei ée Tmh—rfitom 
ca général. 

Nous entamons aujourd'hui l'éhide des poisons qui 
agissent sur un des systèmes les plus importants de 
l'onanisme, le système nerveux, et, parmi ces poisons, 
nous étudierons d'abord le curare qui atteint une partie 
déterminée de ce système, car c'est une substance très- 
ÙDportante, encore fort imparfaitement connue ai^our- 
dluii malgré les nombreux travaux auxquels elle a 
donné lieu, et destinée de plus, suivant M. Claude Ber- 
nard, à entrer prochainement dans la thérapeutique. 

Le curare est une substance employée par les sau- 
vages d'Amérique pour empoisonner les flèches qui leur 
servent à la chasse ou à la guerre. C'est lù un usage qui 
se perd dans la nuit des temps, car les premières armes 
de l'humanité ont été des armes empoisonnées. 

La plus grande incertitude règne encore aujourd'hui 
sur ta nature véritable de cette substance; les récits des 
voyageurs à son égard sont très-nombreux, mais fort 
pni concordants. On n'est pas encore parvenu à la pré- 
parer sm-mdme de manière h se rendre un compte 
eiact des divers corps qui entrent dans sa composition, 
s'il y en a plusieurs, et de l'importance spéciale de cha- 
coQ d'eux. On a été chercher tour h tour l'origine du 
curare dans le règne animal et dans le règne végétal. 
Chez certaines tribus, à en croire les récils des voya- 
it) Taj. Us «M et 7. 



geurs, on le préparerait avec grande pompe, en y met- 
tant, dit-on, diverses espèces de lianes et du venin de 
crapaud; mais dans d'autres tribus, toujours d'après les 
mêmes récits, cette opération se ferait sans aucune es- 
pèce d'apparat, et il n'entrerait que des plantes dans la 
composition du poison. 11 y a peut-être beaucoup de 
charlatanisme dans toutes ces cérémonies plus ou moins 
magiques ou religieuses, accompagnant la préparation 
du curare, et il faut d'ailleurs se méQcr beaucoup de tout 
ce que nous rapiwrtent les Indiens, car ils sont en général 
très-oslacieux. On donne souvent sous le nom de curare 
des pseudo-curares, c'est-à-dire d'autres poisons de flè- 
ches qui produisfjjit bien sans doute le même résultat 
final, & savoir la destruction de la vie, mais qui ^s- 
scnt d'une manière très-différente sur les éléments bis- 
tologiques pour arriver à ce résultat. 

H. Claude Bernard a essayé, comme beaucoup d'au- 
tres, de se procurer les plantes servant à la préparation 
du curare. Malheureusement tous les efforts tentés pour 
arriver à ce but ont été inutiles Jusqu'à ce jour. On a 
bien dé£rit des plantes et des recettes d'une manière 
plus ou moins complète, mais ces renseignements n'ont 
jamais suffi à faire connaître avec certitude la composi- 
tion du curare; d'ailleurs, ce qu'il faudrait, ce serait de 
recueillir et d'essayer les plantes elles-mêmes sur place 
et de les rapporter en Europe pour pouvoir eu &bri- 
quer soi-même du curare; on serait ainsi bien sûr de 
la composition de cette substance. 11 ne faut cependant 
pas désespérer de résoudre un jour ce problème; 
divers voyageurs ont promis à M. Claude Bernard de 
lui envoyer des rensetguenicnts plus précis à ce sujet, 
et surtout de lui rapporter les pièces du procès, c'est-Â- 
dire les plantes senant à fabriquer le curare. Si ces 
renseignements lui parviennent, M. Claude Bernard les 
exposera aussitôt dans ce cours. 

Le curare n'existe pas dans le commerce européen; 
on a déjà essayé plus d'une fois de l'y introduire, mais 
cela n'est pas facile parce que les relations avec les sau- 
vages rencontrent une foule d'entraves et de dangers, 
et qu'on ne peut d'ailleurs trafiquer avec eux qu'au 
moyen d'échimges. On ne se procure donc du curare 
qu'avec assez de difficultés. Ce poison a im aspect noi- 
râtre rappelant à peu près celui du jus de réglisse des- 
séché; sa saveur est extrêmement amère; nous le rece- 
vons d'ordinaire à l'état solide . mais il peut très- 
facilement se dissoudre dans l'eau et s'administrer ainsi 
& rétat liquide, ce qui est souvent plus commode pour 
les expériences. II nous arrive souvent dans des vases 
de terre ou bien dans des calebasses. U est recouvert 
d'une couche de poivre, sans doute pour le préserver des 
influences extérieures avec une feuille de végétal qui 
ferme le tout. C'est surtout du Brésil que le curare nous 
est envoyé sous cette forme ; mais on nous le rapporteaussi 
sur des flèches dont il servait à rendre mortelles toutes 
les atteintes. Voici une grande flèche préparée pour la 
guerre ou la chasse aux grands animaux ; il y a aussi 



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12^ 



REVUE DES COURS SCIENTIPIQUEâ. 



21 iimti 



d'autres flèchos plus petites, employées dans des cir- 
constances diff'îrentes. L'extrémité de ces flèches se ter- 
mine par un dard imprégné de curare qui pénètre dans 
les chairs et y apporte rapidement la mort. L'animal 
ainsi frappé fait encore une centaine de pas, puis il s'af- 
fhissc sur lui-même par suite de la paralysie de ses 
membres et ne tarde pas h succomber sans manifester, 
d'ailleurs, aucun indice d'une souffrance bien vive. 

Le curare est connu depuis longtemps; il ftit rapporté 
pour la première fois de la Guyane vers 1595 par Waltber 
ïtaleigh. Depuis cette époque, il a donné lieu de la 
part des voyageurs à un grand nombre de récits sou- 
vent contradictoires. Quant aux effets qu'il a produits 
sur l'organisme, on s'en est aussi fort souvent occupé. 
Fontana, vers la fin du dernier siècle, et Humboldt dans 
son voyage en Amérique de 1798 h 1802, ont étudié ses 
propriétés physiologiques. Vers 1812, Watterton obser- 
vait quelques phénomènes assez curieux produits par le 
curare, et il constatait déjà que l'animal empoisonné à 
l'aide de cette substance pouvait être rappelé à la vie par 
l'emploi de la respiration artificielle, ce qui feraft croire 
qu'il avait pressenti son mode d'action par asphyxie 
sur l'économie vivante. M. Boussingault parvint ft reti- 
rer du curare un extrait plus actif que cette substance 
elle-môme; mais la curarine, — c'est le nom que lui 
donna M. Boussingault, — n'était pas un corps nette- 
ment défini comme la strychnine, par exemple, et dès 
lors sa découverte laissait encore le champ libre à. l'é- 
tude du poison qui nous occupe en ce moment. Martins 
et d'autres s'occupèrent aussi du curare, mais sans don- 
ner beaucoup de résultats nouveaux. 

Enfin, vers 18A&, M. Goudot, qui avait longtemps ré- 
sidé au Brésil, rapporta en France une assez grande 
quantité de curare et divers renseignements qu'il avait 
recueillis sur ce poison. Il communiqua le tout à M. Pe- 
louze, qui remit ce poison h M. Claude Bernard, et c'est 
alors que ce dernier fit ses premières recherches sur ce 
corps si intéressant. Il y a donc vingt ans déjà que 
M. Claude Bernard montrait pour la première fois que 
le curare tuait les animaux en agissant spécialement sur 
le système nctreux moteur. Ces expériences ont ouvert 
une voie féconde et toute nouvelle en montrant qu'on 
devait chercher l'explication de l'inHuence mortelle de 
chaque poison dans l'action destructive qu'il exerçait 
sur l'un quelconque des éléments histologiques de l'or- 
ganisme. Depuis cette époque, beaucoup d'autres expé- 
riences ont été faites dans le même sens, et un certain 
nombre sur le curare en particulier. M. Claude Bernard 
lui-même a publié des leçons relatives à ces matières 
professées dans cette chaire du Collège de France en 
1854 et 1856. Tout récemment encore, il a fait sur le 
curare des expériences nouvelles et très-intéressantes, 
restées jusqu'ici inédites et qu'il exposera dans la suite 
de ce cours. 

Le curare, en effet, malgré les nombreuses études dont 
il a M l'objet, est encore bien loin d'être parfaite- 



ment connu. C'est un sujet qui doit rester longtemps 
encore à l'étude, ou plutôt qui doit y rester toujours, 
car, à vrai dire, une étude physiologique ne peut jamais 
être terminée. Prétendre qu'on a épuisé son sujet, c'est 
faire preuve d'une ignorance complète du véritable esprit 
scientifique et poser des limites dans lesquelles il nons est 
donné de nous mouvoir. On a dit souvent que pour con- 
naître complètement un seul point de TuniTers, il fau- 
drait les connaître tous, parce que les diverses parties 
dépendent les unes des autres ; eh bien, l'être organisé, 
ou si vous voulez le corps humain, est comme im petit 
univers au milieu d'un grand, c'est un microcosme, suivant 
l'expression tant usitée h une autre époque, et tontes les 
parties s'y tiennent trop intimement, y confondent trop 
bien leurs actions diverses dans l'action du tout, pour 
qu'il soit possible de connaître à fond une de ces parties 
sans connaître également toutes les autres. Chaque dé- 
couverte dans un certain ordre de fonctions est immé- 
diatement l'origine de progrès nouveaux dans l'étude 
des autres fonctions. L'œuvre n'est donc jamais achevée; 
il y a seulement à chaque époque de la science un point 
qu'on ne peut dépasser, mais ce point ne constitue pas 
une borne fatale, et l'on peut dire que tout est fini quand 
on est parvenu à l'atteindre, car h une époque posté- 
rieure de l'évolution scientifique, on pourra certaine- 
ment aller plus loin. 

En faisant l'histoire du curare, nous chercherons 
moins à énumérer toutes les particularités que peut pré- 
senter ce poison qu'à analyser les phénomènes de la vie, 
en dissociant les éléments organiques pour mieux péné- 
trer le genre d'action propre à chacun d'eux. Il n'y a en 
définitive, comme nous l'avons déjà dit, qu'un seul moyen 
de bien connaître le mécanisme de la vie, c'est d'étudier 
comment la mort arrive, car l'anatomie toute seule ne 
nous apprend pas grand'chose, et les vivisections, très- 
utiles cependant, seront toujours bien imparfaites pour 
nous révéler ce qui se passe dans l'être vivant. Nous por- 
terons donc notre constante attention h expliquer toutes 
les circonstances qui se présenteront dans nos expé- 
riences, car chaque phénomène a sa raison d'être, et 
rien n'est plus propre & éclairer la physiologie que te 
recherche soigneuse de cette raison d'être, même dans 
les cas qui semblent les plus fortuits et les moins Impop 
tants en apparence. 

Le premier fait qui ait frappé ceux qui ont commencé 
à étudier le curare, c'est que ce poison peut être a^'alé 
sans inconvénient, tandis qu'introduit dans les tissus, 
dans une plaie par exemple, — ce qui le met en contact 
avec le sang, — il produit très-rapidement la mort. C'est 
môme \h ce qui explique comment on peut l'employer 
pour les armes de chasse, et manger ensuite sans danger 
les animaux que ces armes ont servi h tuer. Son inno- 
cuité, quand il est administré dans ces circonstances, est 
d'ailleurs bien connue des Indiens, car M. .Boussingault 
dit qu'il est employé pour tuer les animaux domesti- 
ques qu'on veut manger. Les nuHtm euronf, c'esl-ft- 

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1865. 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



133 



dire les fabricants de ce poison, qui sont en môme 
temps des médecins et des derins, le donnent comme 
médicament dans diverses maladies, et on lui a attri- 
bué, non sans quelque apparence de raison, une certaine 
influence bienbisante dans les cas d'épilepsie. 

Certaines personnes sont parties de \h pour prétendre 
qu'il y avait en môme temps dans le curare un principe 
médicamenteux et un principe toxique. Cette manière 
d'interpréter les phénomènes contient, suivant M. Claude 
Bcmardf une erreur évidente, et elle a pourtant trouvé 
plus d'un défenseur. M. Bonjean Ta encore soutenue 
dans un travail sur l'ergotîne, oh il admet que cette sub- 
stance contient deux principes distincts : un principe 
toxique expliquant les empoisonnements qu'elle produit 
quelquefois, et un principe médicamenteux expliquant 
Taction bienfaisante qu'on lui attribue dans d'autres cas. 
Tout cela est pure illusion. Les substances actives ne 
contiennent qu'une seule activité, mais cette action se 
manifeste différemment suivant la dose h laquelle on 
emploie la substance : il y a la dose thérapeutique d'un 
côté, la dose toxique de l'autre, et voilà tout. Si le 
curare introduit dans l'estomac ne produit aucun effet 
toxique, même quand on l'emploie h dose très-élevée, 
cela tient uniquement & des différences d'absorption ou 
d'altération, qui sont loin d'être les mPmes dans le canal 
intestinal et dans le tissu cellulaire sous-cutané. 

Montrons d'abord les faits eux-mêmes. Voici deux la- 
pins de même âge et de môme force, tous les deuxft 
l'état de digestion, en un mot aussi semblables l'un ft 
Tautrc que nous avons pu \eh trouver. Nous leur don- 
nons à tous les deux du curare en dissolution, mais avec 
un mode d'administration différent; chez le premier, 
nous faisons arriver directement ce poison dans l'esto- 
mac à l'aide d'une canule introduite par la bouche, et 
pénétrant jusqu'à l'entrée de ce viscère pour éviter les 
absorptions qui pourraient se faire dans le trajet; chez 
l'autre, au contraire, nous nous bornons à introduire le 
curare avec une petite seringue dans le tissu cellulaire 
sous-cutané. Le second lapin va succomber au bout de 
huit à dix minutes, et l'autre, à qui nous avons pourtant 
donné une dose de curare beaucoup plus considérable, 
n'éprouvera aucun malaise sensible. 

A quoi peut tenir cette différence? Ceux qui voient 
dans le curare un poison d'origine animale, venin de 
serpent, produit extrait des fourmis, ou autre chose 
analogue ; ceux-là ne trouvent rien d'étonnant dans les 
foits que nous venons d'exposer, car il est depuis long- 
temps enseigné en physiologie que les poisons animaux 
peuvent être introduits impunément dans le canal in- 
testinal, par exemple, en suçant une plaie empoisonnée 
ou une morsure venimeuse. Ces faits sont même invo- 
qués par eux comme établissant clairement que le cu- 
rare est bien un venin animal comme ils le prétendent. 
C'est encore la thèse qui est développée dans une lettre 
récemment reçue d'Amérique par M. Claude Bernard. 

M. Cli^Mdç^rpîird pe saurait admettre comme dé- 



montrées les ezplioatione de ce genre, et voici pourquoi. 
L'idée que les poisons animaox ne sont pas mortels 

quand on les introduit dans le canal intestinal, cette 
idée est tcmt à fait inexacte comme idée absolue, ainsi 
que nous lo verrons plus tard ; car le venin de orapaud, 
par exemple, est aussi bien un poison dans l'estomac 
que dans une plaie. Le point de départ n'étant pas exact, 
la conclusion ne saurait l'être davantage. 

Le curare, au contraire, n'exerce pas d'action toxique 
quand on l'introduit dans le canal intestinal, au moins 
dans les circonstances ordinaires ded^estïon;— >carno> 
tre lapin, qui a subi cette opération, mange comme s*il 
n'avait ingéré aucun* poison, et nous vous le montrerons 
encore dans la prochaine séance ponr bien établir qu'il 
n'a subi aucimc action ni immédiate ni consécutive. 
Voici, au contraire le lapin empoisonné par le tissu 
cellulaire sous-cutané qui meurt sous l'influence de cet 
empoisonnement, sans qu'il ait du reste aucune con- 
vulsion ni aucune souffrance apparente. 

Cette résistance de la muqueuse intestinale & l'action 
toxique du curare est-elle une exception particulière & 
cette muqueuse, ou une propriété générale commune 
à toutes les muqueuses de l'organisme? M. Claude Ber- 
nard y voit une exception, mais une exception que pré- 
sentent également quelques autres muqueuses, par 
exemple, la muqueuse de la conjonctive et celle de la 
vessie ; car le curare mis sur l'œil ou mêlé aux urines 
dans la vessie n'exerce aucune action toxique sur l'or- 
ganisme. Au contraire, quand on introduit ce poison 
dans l'appareil pulmonaire, il n'est pas alMorbé tant qu'il 
reste dans la trachée; mais l'absorption commence aus- 
sitôt qu'il atteint les dernières bronches. Du reste, la ré- 
sistance de la muqueuse intestinale n'est pas absolue : le 
curare peut très-bien être absorbé quand l'animal est à 
jeun depuis longtemps, et chez les oiseaux cette absorp- 
tion a môme ordinairement lieu, quand môme le poison 
serait administré avec des aliments. L'innocuité du cu- 
rare introduit dans le canal intestinal, qui paraissait 
d'abord un fait si merveilleux, se ramène donc en défi- 
nitive à une chose très-simple : c'est une question d'al- 
tération ou d'absorption moins active dans l'intestin que 
dans le tissu cellulaire sons-cutané. Or un poison ne 
peut manifester son action mortelle ordinaire que lors- 
qu'il est, dans l'organisme, à une certaine dose; jus- 
que-là, aucun eflbt toxique ne révèle sa présence. Ainsi, 
l'atmosphère de cette salle contient évidemment de 
l'acide carbonique, corps dont la respiration est délé- 
tère, et cependant nous n'en sommes pas incommodés 
le moins du monde, parce que ce gaz n'est pas accu- 
mulé ici en quantité assez considérable pour rendre l'air 
irrespirable. Il n'en est pas autrement du curare. Quand 
' on l'introduit dans l'intestin, il peut en être absorbé sans 
doute par la muqueuse, mais en très-petite quantité; 
et, comme l'élimination qui marche d'une manière con- 
tinue peut emporter le poison au fur et à mesure qu'il 
pénètre dans l'organisme, on ne peut obtenir aucun de$ 

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m 



REVUE DES COUBS SCIENTIFIQUES. 



21 jANTm 



eifets propres à ce poison. Il y aurait donc une cause 
d'erreur considérable dans les expériences qui pré- 
tendaient mesurer l'absorption par l'action des divers 
poisons. Ainsi, quand on introduit de la strychnine dans 
une partie du corps après avoir coupé les veines, on ne 
constate aucun effet toxique; en conclure que la stry- 
chnine n'a pas été absorbée par les vaisseaux lymphati- 
ques, et que les veines se\i\cH sunt propres h cette 
absorption, serait évidemment être trop absolu; la stry- 
chnine peut avoir été absorbée, et on peut la retrouver 
dans les urines; mais elle aura été absorbée lentement, 
et l'élimination ayant marché dans ce cas aussi rapide- 
ment que l'absorption, il ne s'est jamais trouvé dans 
l'organisme une quantité de strychnine suffisante pour 
produire des elTets toxiques. 

L'absorption est, du reste, extrêmement variable, 
suivant les circonstances organiques au milieu des- 
quelles elle se produit. Ainsi, elle est très-faible lorsque 
les vaisseaux sont turgescents et les glandes en sécré- 
tion: on se serait attendu ù. un résultat tout contraire, 
et pourtant le fait est certain; M. Claude Bernard l'a 
démontré autrefois sur la glande salivaire. A l'état de 
repos, cette glande absorbe rapidement la strychnine; 
mais cette absorption n'a plus lieu lorsqu'on électrise 
les filets nerveux sécréteurs aboutissant à cette glande, 
ce qui a cependant pour résultat d'augmenter la circu- 
lation en élargissant le diamètre des vaisseaux, et de met- 
tre ainsi la glande en état de sécrétion. 

La seule cause qui empêcherait le curare de manifes- 
ter son action toxique lorsqu'on l'introduit dans l'esto- 
mac, c'est donc, suivant M. Claude Bernard, parmi 
d'antres causes, la lenteur de l'absorption à travers la 
muqueuse qui garnit cet organe. L'absorption étant 
très-lente, l'élimination la compense h peu près exacte- 
ment, et i'animal a beau absorber du curare pendant 
très-longtemps, il n'en a jamais dans le sang qu'une 
très-petite quantité, de telle sorte qu'il n'éprouve aucun 
efl'et toxique; mais il pourrait peut-être en ressentir 
dans ces cas des clfets thérapeutiques; et, en efl'et, j'ai 
cité d'après M. BoussingauU l'exemple d'un général co- 
lombien, qui étant sujet i\ des attaques d'épilepsie, et, 
poiu' éviter que cet accident ne lui arrivât au milieu 
de ses fonctions, prenait du curare par la bouche à assez 
fortes doses le matin oii il devait avoir ses occupations 
publiques. On a dans ces circonstances essayé d'appliquer 
cette substance au traitement de l'épilcpsic, et les résul- 
tats ne furent pas mauvais, car si le curare ne guérissait 
pas la maladie, au moins cloignait-il beaucoup les accès. 

Le curare parait destiné à entrer dans la thérapeutique, 
et d'autant plus que son action sur le système nerveux est 
imc action simplement engourdissante ; il ne désorganise 
aucunement les tissus, et par conséquent ne laisse au- 
cune trace fimcste de son pa^ge lorsqu'il a été éliminé. 
Mais pour faire entrer le curare dans la thérapeutique, 
il faut d'abord être fixé sur son mode d'administration. 
Il est bien préférable, à tous les points de vue, de l'in- 



troduire sous la peau, car l'absorption y est beaucoup 
plus régulière que partout ailleurs; dans le canal intesti- 
nal , au contraire, on ne peut jamais calculer avec rigueur 
les variations de cette fonction, ni par conséquent appré- 
cier d'une manière exacte la dose du médicament. Seu- 
lement, pour administrer ainsi les médicaments dans le 
tissu cellulaire sous-cutané, il faut les avoir obtenus tout 
à fait purs et cristallisés; car s'ils contiennent la moin- 
dre impureté, ils peuvent alors occasionner des abcès, 
des inflammations ou d'autres accidents de tout genre; 
mais rien de semblable n'est à craindre lorsqu'on opère 
avec des médicaments bien purs. 

L'expérience comparative que nous venons de faire sur 
deux lapins a montré que le curare est un poison éner- 
gique quand un l'introduit sous la peau, tandis qu'il 
n'a pas agi dans le canal intestinal. Du reste, cette sub- 
stance, comme nous l'avons déjà dit, n'est pas toujours 
inoffensivc dans ce dernier cas; il y a un certain nombre 
de circonstances que nous examinerons plus tard avec 
soin, et dans lesquelles l'absorption a lieu. Mais à l'in- 
verse, quand on introduit le curare dans le tissu cellu- 
laire sous-cntané, ce corps est-il toujours un poison, et 
exerce-t-il nécessairement sur l'organisme une influence 
mortelle? ou bien le résultat mortel que vient de nous 
fournir notre expérience ne constitue-t-il qu'une règle 
générale, mais soumise à des exceptions plus ou moins 
nombreuses? Ce point a été très-souvent mal compris, 
et il en est quelquefois résulté des erreurs graves dans 
la théorie générale des actions toxiques. Voilà pourquoi 
M. Claude Bernard attache une certaine importance à 
l'élucider complètement. 

U est évident tout d'abord que, pour arriver à des ré- 
sultats comparables, il faut que toutes tes circonstances 
des expériences restent les mêmes, sauf celle dont ou 
veut étudier l'influence. Or, nous avons déjà indiqué 
que l'action toxique , comme toutes les autres ac- 
tions physiologiques, ne peut être sensible que lors- 
qu'elle arrive à un certain degré ; il y a une limite au- 
delà de laquelle cette action devient nulle, parce que 
la quantité de matière employée était insufflsantc. 
Ainsi, dans le cas précédent, vous avez vu le curare in- 
troduit dans le tissu cellulaire soiis-cutané d'un lapin 
entraîner assez rapidement sa mort. Voici cependant 
un autre lapin auquel nous avons injecté hier sous 
la peau un centimètre cube d'une dissolution titrée de 
curare, correspondant à peu près à un milligramme 
de cette substance prise à l'état solide, et il n'a subi, 
comme vous voyez, aucune influence fâcheuse par suite 
de cette opération. Cependant, l'absorption du poison 
a certainement eu lieu, mais la quantité de matière 
toxique introduite ainsi dans le sang n'était pas suffi- 
sante pour produire la mort, ni même pour occasionner 
des troubles organiques bien sérieux. Nous allons sou- 
mettre ce lapin à une seconde expérience du même 
genre, mais en augmentant la quantité de matière 
toxique; nous lui injecterons cette fois 2 centimètres 



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1865. 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



125 



cubes, etnon plus un seul de la même dissolution titrée ; 
cette dose sera sans doute suffisante, quoiqu'il en ait déjà 
reçu hier. Je ne sais pas à quel degré le curare présente 
les phénomènes d'accoutumance si marqués pour d'au- 
tres poisons, tels que l'opium, par exemple. Cependant 
l'ammal n'en mourra pas, mais il subira une très-notable 
influence dont vous allez être témoins. Gomme point de 
comparaison, voici un autre lapin h peu près de même 
force, à qui nous ne donnons qu'un seul centimètre cube 
(le la liqueur toxique, et qui, lui, n'éprouvera aucun 
eOet, pas plus que le premier n'en avait éprouvé hier, 
lorsqu'il fut soumis à la même opération. 

Hais, en donnant une dose de poison plus que suffi- 
sante pour empoisonner l'animal, la mort arrivera-t-clle 
chez tous les animaux? Cette question est bien dilTé- 
rente de la première, et elle mérite toute notre atten- 
tif. Fotttana la résout négativement, non-seulement 
pour le curare, mais aussi pour le venin de vipère. 
U dit que ces substances n'agissent pas sur certains 
aaiouax, notamment sur les vipères elles-mêmes. 
M. Claude Bernard ne conteste pas ces faits, en tant 
que faits bruts, car Fontana était un très-bon obser- 
Tateur, et l'on peut, en général, sur ce point, s'en 
rapporter à sa parole. Mais les faits ne sont rien par 
eux-mêmes, bien qu'on dise souvent, en matière de 
scieoce, comme un argument irréfutable pour prouver 
ce qu'on avance : « C'est un fait. » Sans doute, la 
sdence ne se constitue qu'à l'aide des faits, mais ces 
faits ne sont point la science ; ce qui constitue la 
science, ce ne sont pas les faits eux-mêmes, mais les 
iiies qu'on en tire en raisonnant sur eux. Prendre les 
fiits pour des lois, et former la science de leur ensem- 
lle, est une tendance très-contraire à l'avancement de 
twtes les sciences, mais plus particulièrement fUneste 
àcelu de la médecine, parce qu'alors, pour expliquer 
les contradictions que semblent présenter les faits, et 
les concilier entre eux, on est condiùt à soutenir que les 
différences tiennent aux variations de la force vitale. 
C'est là une explication qui n'explique rien; mais, 
comme toutes les sciences dans l'enfance, la médecine 
«paye souvent de mots, et l'on doit se tenir en garde 
contre cette propension naturelle de l'esprit humain, qui 
crût souvent avoir compris les faits, quand il a caché 
ignorance sous un mot plus ou moins pompeux. 
H. Claude Bernard raconte à ce propos, qu'autrefois à 
\i Société pkilomathigue, il disait qu'il n'était pas contra- 
dictoire qu'un même médicament ne produisit pas tou- 
ioorsles mêmes effets sur une maladie donnée, puisque 
les malades pouvaient très-bien n'être pas dans les mêmes 
conditions; car il fallait nécessairement admettre que si 
■cotes les conditions eussent été identiques, les résultats 
l'eussent été aussi. 11 fût interrompu par un médecin, 
profci^seur de la Faculté de médecine de Paris, qui 
iienste plus aujourd'hui, mais homme fort instruit 
d'ùlleurs, et possédant éWdemment une éducation mé- 
U très-complète. Ce professeur lui objecta que ces 



différences d^efféts ne tenaient point aux différences de 

conditions de l'expérience, mais tout simplement aux 
variations de la force vitale d'un individu à l'autre. 
Un médecin de l'HAtel-Dieu, h la même époque, laissa 
échapper des paroles bien plus extraordinaires encore. 
Au moment où il soumettait un malade à l'application de 
l'électricité, on l'avertit qu'un des fils dèl'appareil venait 
de se casser, n La force vitale ne s'arrête pas à si peu 
de chose » , répondit-il, et il passa outre. 11 est évident 
qu'il n'y a plus de science possible, si l'on veut invoquer 
à tout propos la force vitale, et l'invoquer d'ime manière 
aussi absurde que cela. Ces abus évidents font com- 
prendre pourquoi il y aurait les plus grands inconvé- 
nients à admettre des variétés de résistance de la force 
vitale, qui feraient que des poisons qui tuent certains 
animaux n'auraient aucune action sur les autres. 

On a de même dit que le venin du crapaud ne tue pas 
le crapaud, tandis qu'il tue la grenouille et d'autres ani- 
maux. Cela peut être le résultat de fàits exacts et obser- 
vés dans certaines conditions; mais j'ai prouvé depuis 
longtemps que la conclusion ne peut pas être admise, 
car nous serions obligés d'admettre entre les animaux 
des dilférences incompréhensibles qui rendraient la 
science impossible. Nous reviendrons, du reste, ultérieu- 
rement sur ces questions importantes. 

Les faits obsenés par Fontana doivent être admis 
comme faits, mais non comme faits c(Hitradictoires, 
car jamais les fiuts ne sont contradictoires. Pour 
mieux expliquer ce point, nous allons passer en revue 
et répéter devant vous les expériences de Fontana. 
Ce savant opérait avec du ticuna, comme il le dé- 
clare lui-même; mais ce tîcuna n'était autre chose 
que du curare sous un autre nom. Les symptômes dé- 
crits par Fontana comme caractérisant l'action de ce 
poison suffiraient déjà à le faire reconnaître; d'ailleurs, 
M. Emile de Ville, de Liège, a envoyé à M. Claude Ber- 
nard du ticuna qu'il avait reçu sous ce nom et rapporté 
lui-même des bords de l'Amazone. Or, vérification 
foite, ce ticuna s'est trouvé offrir la plus parfaite confor- 
mité d'action avec le curare. Il y a, du reste, presque 
toujours de grandes obscurités dans tout ce qui con- 
cerne les poisons américains, parce qu'on donne sou- 
vent au même poison des noms très-différents suivant les 
lieux, comme on présente sous un nom unique des poi- 
sons qui exercent souvent sur l'organisme les influences 
les plus diverses. Le ticuna est donc du curare, puisqu'il 
produit absolument les mêmes effets toxiques que cette 
substance. Voici, en effet, le train postérieur de deux 
grenouilles, l'une qui a été empoisonnée avec le ticuna, 
et l'autre qui l'a été par le curare. D'un côté comme de 
l'autre, nous constatons la même lésion organique, c'est- 
à-dire la destruction des propriétés physiologiques de 
l'élément nerveux moteur, qui n'est plus irritable sous 
l'influence de l'électricité, tandis que les autres élé- 
ments histologiques ont conservé intactes toutes leurs 
propriétés vitales. 



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REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



21 Jiimn 



Fontana piquait divers animaux avec du venin de 
vipère et avec des flèches empoisonnées au moyen du ti- 
cuna, c'est-à-dire du curare. La mort était généralement 
la conséquence de cette opération, mais Fontana ne la 
vit pas se produire quand il expérimentait sur des vipè- 
res. 11 en conclut donc que le venin de la vipère n'em- 
poisonnait pas la vipère, et que le ticuna était dans le 
même cas, ce qui le conduisit à supposer une certaine 
analogie entre le ticuna, c'est-à-dire le curare, et les 
venins animaux. 

Tels sont les résultats des observations de l'ontana, et 
M. Claude Bernard les admet parfaitement comme 
faits. Mais que pouvons-nous conclure de ces faits? Di- 
rons-nous que la vipère a un privilège particulier, une 
organisation spéciale qui la préserve de l'action des 
agents toxiques ? Pas le moins du monde. Si cela était 
vrai, il faudrait renoncer à la science. Mais on ne doit 
jamais rester sous le coup d'un fait, quand ce fait vous 
mène à des conclusions absurdes; il faut alors l'analyser 
de nouveau et chercher à l'expliquer autrement. Dire 
que la vipère ou le crapaud ne peuvent pas être empoi- 
sonnés par leur venin, c'est donc aller beaucoup trop 
loin, et en même temps c'est dépasser les résultats de 
l'expérience, car nous montrerons avec la dernière évi- 
dence que ces animaux peuvent être empoisonnés par 
leur propre venin, quand on les met dans des conditions 
convenables pour cela. 

Revenons maintenant à notre expérience comparative 
sur les deux lapins, dont l'un a reçu dans le tissu cellu- 
laire som-cutané un centimètre cube de la dissolution 
titrée de curare, et l'autre 2 centimètres cubes de la 
même dissolution. Le premier ne parait éprouver au- 
eim malaise, ainsi que nous l'avions annoncé; le second, 
au contraire, est couché sur le flanc, et l'on voit qu'il ne 
respire plus qu'avec peine. On peut donc avoir foi dans 
la science, et cet exemple vous montre que les expé- 
riences physiologiques peuvent être faites dans les con- 
ditions d'une certitude complète, lorsqu'elles ont été 
suffisamment étudiées. Avec la dose assez faible de cu- 
rare qu'a reçu notre second lapin, les effets propres à 
cette substance se produiront chez lui beaucoup plus 
lentement, et nous pourrons les analyser plus facilement. 
Le curare se trouve maintenant répandu dans toute la 
masse du sang, ce qui te met en contact avec tous les 
nerfe moteurs : il va les empoisonner tous, mais il ne 
les empoisonnera pas tous en même temps. Il y a, en 
effet, des nerf^ moteurs plus sensibles les uns que les 
autres à l'action du curare, et l'on peut dire, d'une ma- 
nière générale, que les ncrfe des animaux à sang froid 
sont moins facilement et moins rapidement attaquables 
que les nerfs des animaux h sang chaud. Il ne serait 
donc pas impossible de construire ainsi une sorte d'é- 
chelle zoologique allant des animaux les plus sensibles 
aux actions toxiques jusqu'à ceux qui résistent le plus 
longtemps. 

Dans le même animal, ces inégalités de sensibilité se 



reproduisent à l'occasion du curare entre les difTérenls 
nerfs moteurs. Les premiers qui seront empoisonnés, ce 
sont les nerfs les plus volontaires, c'est-à-dire cens des 
membres; puis viendront les nerfs thoraciqucs; eaflo 
les nerfo moteurs du diaphragme conserveront les der- 
niers leurs propriétés vitales, et nous ne verrons plus 
à la fin qu'un très-léger mouvement des flancs, indi- 
quant un dernier reste de respiration uniquement dû h 
l'action des nerfs diaphragmatiques. Mais sous l'in- 
fiuence du curare, toutes les sécrétions sont considéra- 
blement exagérées, de sorte que l'animal élimine très- 
rapidement le poison par les urines; les parois de la 
vessie ne se prêtant pas à l'absorption, le poison, une 
fois arrivé là, est devenu inactif, et par conséquent l'ani- 
mal sur lequel nous opérons ne mourra sans doute pas, 
car il aura probablement le temps d'éliminer assez de 
poison pour recouvrer l'usage de ses nerf^ avant que 
la respiration se soit complètement éteinte chez lai; 
quand ce moment sera venu, l'animal se remettra à cou* 
rir et à manger, et il n'y paraîtra bientôt plus. 

Empoisonnons maintenant une grenouille parle ticuna. 
et préparons en même temps, comme point de compa- 
raison, une grenouille normale, tuée simplement par vi- 
visection. Celle-ci a conser\'é intactes les propriétés 
vitales de tous ses éléments histologiques; chez l'autre, 
au contraire, l'irritation électrique des nert^ ne produit 
plus aucune contraction dans les muscles. Nous avons 
dit plus d'une fois qu'il fallait toujours avoir soin, dans 
les expériences physiologiques, de bien préciser les con- 
ditions des phénomènes: dans le cas présent, par exem- 
ple, on doit toujours prendre le même courant, pour que 
les résultats soient comparables. Or, en électrisant avec 
un courant assez faible les muscles d'une grenouille nor- 
male, on n'obtient aucun résultat ; tandis que si l'on 
agit sur les nerfs avec le même courant, ;il se produit 
immédiatement des contractions. Ces faits pourraient 
conduire à bien des théories erronées, et pourtant leur 
explication est bien simple : les muscles sont irritables 
comme les nerfs par l'électricité, mais ils le sont beau- 
coup moins, et par conséquent leur irritabilité peut 
très-bien ne pas se manifester sous l'influence des cou- 
rants électriques qui suffisent pour les nerfs. 

La première condition dans la discussion d'une ques- 
tion physiologique, c'est de se mettre bien d'accord sur 
les faits qu'on discute; le plus souvent, si l'on ne s'entend 
pas, cela tient à ce qu'on raisonne des deux côtés sur 
des faits différents. Il serait impossible autrement que 
les dissidences fie perpétuent. Pour rentrer dans notre 
question, nous devons dire que pour que les résultats 
soient comparables, il faut employer des doses de poi- 
son ou d'excitation suffisantes pour tous les cas. Si l'on 
n'a pas empoisonné les crapauds ou les vipères avec 
leur propre venin, c'est que la dose de poison employée 
n'était pas sufVsante, ou que les expériences n'étaient 
pas faites dans un temps fïivorable. Il y a d'ailleurs une 
^ande lacune dans les travaux de Fontana, c'est qu'en 

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1M5. 



REVUE DES COURS SdENTIPIQUBS. 



437 



mentionnant ses expériences, il n'indique Jamais l'épo- 
que de l'année à laquelle il les a &ites. Or, c'est là un 
poÎDt très-importcint. Ainsi, M, Claude Bernard a tou- 
jours réussi à empoisonner les crapauds et les vipères 
lorsqu'il opérait en été. Pendant l'htTer, au contraire» 
les serpents, engourdis par le froid, peuvent roceToir, 
«ans en ressentir aucun effet funeste, des quantités de 
poison souvent très-considérables, qui s'éliminent en- 
suite on ne sait pas trop comment. Ces grenouilles que 
noos venons d'empoisonner si facilement, ne l'auraient 
certainement pas été par un fh>id tr^rlgourcox comme 
celui qu'il faisait il ya quelques jours. Les crapauds sont 
dans le même cas. On sait que le venin du crapaud fait 
mourir les grenouilles par exemple en arrêtant les bat- 
temeols du cœur. Prétendre qu'il n'empoisonne pas de 
même le cœur d'un crapaud, ce serait admettre que ce 
cœur dilRre tellement du cmur de la grenouille, que les 
agents toxiques qui arrêtent les battements de l'un n'ont 
aucune influence sur l'autre. 8i de pareilles différences 
étaient admissibles entre deux animaux aussi voisins l'un 
de l'autre, aucun déterminisme scientifique ne serait 
plus possible, et il faudrait renoncer à la physiologie 
eipérimentale. Il peut arriver sans doute qu'un agent 
toxique qui empoisonne dans certaines circonstances 
n'empoisonne pas dans d'autres; mais il faut alors dé- 
terminer scientifiquement ces circonstances, et les* fiiire 
rentrer dans la loi générale. Telle est l'œuvre du physio- 
logiste, et surtout celle du médecin. 



MUSÉUM D'HISTOIRE NATURCLl^. 

PHYSIOLOGIE COMPARÉE, 

COUBS DX M. VCLPIAK (1). 

XVI. 

Cette fonction de la moelle ne saurait être mise en 
doute. ËUe est connue depuis la haute antiquité. Hippo- 
cnte, Celle, Arétée savaient fort bien que les lésions 
^vesde la moelle entraînent la perte du mouvement et 
de U sensibilité dans les parties situées au-dessous du 
point lésé. A partir.de Galien, cette notion physiologi- 
que prend rang parmi les données fondamentales de hà 
ideoce. 

Ce premier point une fois établi, il nous reste à exa- 
oùiter deux questions d'une haute importance : 

1* Quelles sont les parties de la moelle qui senent 
d'tt^iQe de tnuumîssion pour les excitations centri- 
pètes on sensitives, et pour les excitations centrifuges 
ou motrices. 

2* Une fois que nous aurons tracé les routes que sui- 

(1) Voj. 1m d» 33, 35. 37, 39. 40, Ai, 46, 48 et 52 de te pre- 
uve UDée, et le n* 7 de U leeoode. 

^ libniria Genner BiUlUre fera piraltro, à ta fin de l'uiiée, ta 
*'niet, Ynlffaia réuni en un viriunM. 



veut les excitations, il nous faudra déterminer si la trans- 
mission des excitations motrices et des impressions sen- 
sitives est directe ou croisée. 

1. 

Pour ce qui concerne les voies de transmissions, la 
question n'a pu être posée qu'après que l'on eut attribué 
la sensibilité et le mouvement à des parties différentes 
du système ner\eiix. Elle n'a été résolue définitivement 
que dans ces dernières années, après d'assez nombreuses 
fluctpations. C'est & Walker (1809) qu'est due U pre- 
mière hypothèse sur les fonctions des faisceaux de la 
moelle épinière. 11 s'arrête à la vue la plus simple, la 
plus conforme à son hypothèse sur les fonctions des ra- 
cines, et dit que les faisceaux antérieurs transmettent la 
sensibilité, et les làisceaux postérieurs le mouvement. 
Ch. Bell (iSll), après avoir fàit une expérience sur un 
lîipin récemment tué, appliqueaux faisceaux de la moelle 
l'idée qu'il s'était faite sur les fonctions des racines : il 
faut donc se reporter ici & ce que je vous ai déjà dit pour 
les racines dans ma sixième leçon. En 182S, Magendie 
fit des expériences sur les faisceaux rachidiens, mais 
sans obtenir des r^ultats aussi nets que ceux qu'il avait 
tirés de ses expériences sur les racines. 

Après Magendie, de nombreux expérimentateurs se 
sont occupés de la question, mais sans arriver à des 
données positives, et je vais indiquer succinctement les 
principales solutions que cette question a reçues. Bellin- 
geri (1823) admet que les faisceaux antérieurs président 
aux mouvements ; mais, d'après loi, la sensibilité est trans- 
mise par la substance grise. Cette manière de voir avait 
sa source dans des expériences précises, et c'est elle 
qui va triompher : Bellingeri avait observé, en effet, 
que la sensibilité survit k la section des deux cordons 
postérieurs. 

Fodéra (1828) répète ces expériences et an-ive an 
môme résultat; mais il constate de pins qu'après la sec- 
tion d'un seul fiiisceau, il y a hyperëstbésie, c'estrA-dire 
augmentation de la sensibilité du côté sectionné, et di- 
minution de la sensibilité du côté opposé. Il réussit & 
détruire la sensibilité par une section longitudinale de 
la moelle lombaire. Schœps, Rolande, M. Calmeil, re- 
gardent les faisceaux antérieurs et les faisceaux posté- 
rieurs comme chairs de transmettre ft la fois la sensi* 
bilité et le mouvement. Cependant M. Calmeil dit que 
la substance grise suffit & cette transmission. Enfin, aux 
yeux de M. Stilling, la substance, grise seule est indi^ 
pensable à la transmission de la sensibilité. 

J'arrive aux travaux très-importants de Van Deen 
(1861). 11 fait ressortir l'importance de la substance 
grise, et montre qu'elle sert à la transmission des exci- 
tations sensitives, mais qu'elle est également nécessaire 
k la transmission des excitations motrices. Suivant lui, 
les racines postérieures se terminent dans la sub- 
stance grise comme les racines antérieures. Il va même 
plus loin, et admet que les cordons postérieurs aussi 

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31 Jantiu 



bien que les cordons antérieurs communiquent arec ta 
substance grise, les uns senant ft transmettre la sensî- 
bilitét les autres l'influx volontaire, mais toujours par 
l'intermédiaire de la substance grise. D'apr6s Van Deen, 
les excitations sensitives arriveraient de la périphérie 
dans la substance grise par les racines postérieures, et 
seraient ensuite reprises par les fiiisceaux postérieurs qui 
les porteraient à l'encéphale. Pour les excitations mo- 
trices, il y aurait un mécanisme inverse, mais du même 
genre. Ces excitations partiraient de l'encéphale, sui- 
vraient les cordons antérieurs, passeraient dans la sub- 
stance grise, et enûn se rendraient par les racines anté- 
rieures à la périphérie. Ses expériences sont très-ingé- 
nieuses; il lésa répétées un très-grand nombre de fois, 
et a démontré ainsi que la section d'une moitié de la 
moelle n'abolit pas la sensibilité du côté correspondait, 
et qu'en pareil cas la transmission se &it par la substance 
grise. 

En iS'tl, M. Longet piUslia un mémoire couronné par 
l'Académie dessciraces, qui semblait clore la discussion, 
car il s'appuyait sur des expériences présentant en ap- 
parence la plus inflexible rigueur. C'est pourtant encore 
aux travaux de M. Brown-Séquard que nous devons les 
notions les plus nettes sur cette question. 

« Les faisceaux àiane$ antérieun et le» faisceaux blancs 
pOÊtérieurs de la moelle ont des ]propnité$ entièrement dis- 
tinctes. La motricité est l'attribut exclusif des premiers, la 
êemibilité est l'attribut extlusif des seconds. > La sensibilité 
et la motricité ont donc un siège « distinct aussi bien dam 
la moelle que dans les racines spinales, n Telle est, en ré- 
sumé, la théorie de M. Longet. Voyons donc quelle est 
sa valeur. 

A. iMiiatians motrices. — Ici, pas dedifDculté sérieuse; 
tous s'accordent au moins sur les faits principaux. Les 
fuisctaux postérieursne prennent aucune part aux phéno- 
mènes, aucune part directe, dirons-nous, pour ne pas né- 
gligerrinfluencequ'exerce la sensibilité surlemouvement. 
La êubstanee grise '}one probablement un rôle important, 
ainsi que le démontreraient les expériences de M. Cal- 
meil, Van Deen et Stilling ; car si l'on fait une section 
de la substance grise, les mouvements sont diminués; la 
substance grise doit donc servir à cette transmission. La 
véritable voie directe pour les incitations motrices, ce 
sont les faisceaux antéro-latéraux i en effet, si l'on coupe 
ces faisceaux sur un animal, les parties qui reçoivent 
leurs nerfs moteurs des portions de la moelle situées en 
arrière de cette section, perdent presque toute mo- 
tilité. 

B. Excitations centripètes. — Dans l'état actuel de la 
science, c'est une question pleine d'intérêt à cause des 
faits bien établis sur lesquels on peut s'appuyer. Or, 
l'opinion de H. Longet est d'une inexactitude complète. 
Il est sur ce point une expérience capitale, et d'une 
grande valeur démonstrative : c'est la section des cor- 
dons postérieurs de la moelle. S'ils sont les organes de 
transmission de la sensibilité, elle sera abolie par cette 



opération. Or, on constate au contraire, dans ce cas, 
une augmentation de hi sensibilité. Cette expéiience 
avait été faite déjà par Betlingeri, par Fodéra, par 
M. Galmeil. Mais elle n'avait pas été appréciée comme 
elle auirait dû l'être; et c'est dans ces derniers temps 
seulement que M. Brown-Séquard et d'autres physiolo- 
gistes ont montré de quel poids elle est dans la question 
qui nous occupe. D'autres expériences ctmduisent d'ail- 
leurs aux mêmes conclusions. Ainsi, M. Bronn-Séquard 
coupe la moelle en ne laissant subsister que les faisceaux 
postérieurs. Dans l'hypothèse de M. Longet, après 
une pareille opération, la sensibilité devrait être con- 
servée dans les membres postérieurs. J'ai fait moi-môme 
cette expérience, et je puis afllrmer que, contrairement 
à ce qu'avait annoncé M. Schiff, elle donne toujours le 
môme résultat, h savoir l'abolition complète de la sensi- 
bilité dans les membres postérieurs. Mais l'expérience de 
Van Deen, répétée par M. Brown-Séquard, montre que 
si l'on coupe les faisceaux antéro-latéraux, en laissant 
mtacts la substance grise et les fiûsceaux postérieurs, la 
sensibilité est conservée. 

Il ne nous reste plus qu'à faire la contre-épreuve des 
trois expériences dont je viens de vous indiquer les ré- 
sultats. Si en passant au-dessous des faisceaux posté- 
rieurs qu'on laisse intacts, on va couper totalement la 
subst&nce grise, on abolit la sensibilité. 

Cette expérience est cependant assez difficile à exé- 
cuter, car si quelques parcelles de substance grise échap- 
pent à la section, il y aura encore transmission des exci- 
tations subies par les membres postérieiu^. Peut-être 
est^ là ce qui a conduit quelques physiologistes, 
M. Brown-Séquard par exemple, à attribuer aux fàisceaux 
de la moelle une certaine part dans la transmission sen- 
sitive. Quant à M. Ludwig Titrk, qui considère les fai- 
sceaux latéraux comme les organes de cette transmis* 
sion, il est évident que son opinion est contredite par 
les expériences les plus rigoureuses. Tout au plus pour- 
rait-on dire qu'il y a peut-être une transmission très- 
faible, très-restreinte par ces cordons. La substance grise 
est donc le principal, presque le seul conducteur des 
excitations sensitives. 

Mais à quoi donc senent les faisceaux postérieurs? 
Ils n'ont assurément pas le rôle dont a voulu les douer 
M. Schiff. Après les avoir vu dépouiller de la transmis- 
sion des impressions de douleur, il leur a attribué la 
transmission des impressions de contact, et il cherche à 
le prouver par une expérience sur le sciatique d'un la- 
pin, chez lequel il a sectionné la moelle épinière, en ne 
laissant subsister que les cordons postérieurs. Cette vue 
physiologique n'est pas admissible, et M. Brown-Séquard 
a montré le peu de valeur de l'expérience invoquée par 
M. Schiff. Les foisceaux postérieurs^ il faut en prendre 
son parti, n'ont qu'un rôle très-secondaire à Jouer dam 
la transmission des impressions, si tant est qu'ils y ser- 
vent d'une façon quelconque. D'après les données de 
l'anatomie, ces faisceaux doivent être considérés surtout 

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1865. 



REVUE DES COURS SCIENTinQUES. 



129 



comme des commissures longUadinales entre des ré- 
gions de la substance grise plus ou moins éloignées les 
unes des antres. Cette notion trouve une confirmation 
bien remarquable dans les résultats de l'expérimenta- 
tion. En efiet, si l'on pratique sur ces faisceaux deux ou 
trois sections séparées par des intervalles de deux ou 
trois craitimètres, et comprenant toute leur épaisseur, 
l'effet le plus prononcé de cette opération sera un trou- 
ble très-remarquable de la locomotion, trouble que l'on 
sera coidnit & rattacher h Fincoordinalion des monve- 
menls. Ainsi seraient confirmées les vues de Todd, qui 
considérait tes lusceaux de la moelle comme des or- 
ganes d'harmonisation des actions médullaires, ou de 
concaténation des divers segments de la moelle épinière. 
Ajoutons que les faits pathologiques parlent dans le 
même sens que l'anatomie et la physiologie. Dans cette 
maladie, connue d'abord sous le nom de tate* dorsalis, 
et qni plus récemment a été mieux étudiée sous le nom 
d'iKaiie locomotrice^ l'incoordination des mouvements 
parait duc, au moins en grande partie, & l'affection des 
cordons postérieurs de la moelle. 

U. 

Passons à la seconde question que nous avons posée en 
commençant : La trmmiuion a-t-ellê lieu dam un sm« 
iiml m dans un sens croisé f 

A. Eieit<Uions cerUrifuges, Il y a bien longtemps que 
l'on est fixé sur cette question , puisque les notions 
admises remontent à Galien. Ce médecin avait montré 
que lorsque l'on coupe en travers une des moitiés de la 
modle, il y a paralysie du côté correspondant à la sec- 
lion, et que, si l'on fait une section longitudinale, sépa- 
rant la moelle en deux moitiés latérales, en ayant soin 
de soirre rigoureusement la ligne médiane, le mouve- 
ment est conservé dans les deux membres. La conclusion 
de ces expériences , c'est que la transmission a lieu 
dans m sm direct^ et, depuis Galien, il y avait presque 
Doanimité sur cette question. U est bien entendu que 
amne paricms que de la moelle épinière. Nous verrons 
plus tard comment a lien cette transmission dans les au- 
tres parties du système nerveux central. 

En 1859, M. Van Kempen fit paraître un mémoire sur 
la transmission de la sensibilité et du mouvement dans 
Il moelle épinière. D'après ses expériences, il confirme 
mes de M. Brown-Séquard relativement à la trans- 
■nisnon des impressions sensitives. En ce qni concerne le 
momement, M. Van Kempen arrive à des résultats déjà. 
*>'itentts en partie par H. Brown-Séquard lut-môme et 
P>r H. Schiff. H. Van Kempen admet en effet que la 
transmission des incitations motrices centrifuges est di- 
^ dans la région dorsale et dans la r^ion lombaire, 
"Ois qo'à la région cervicale il y a transmission croisée 

^ partie, et par conséquent entrecroisement des élé- 

lunts conducteurs des excitations motrices, mais entre- 

''oiiement incomplet. 

^rqo^es expériences s'appuie ce physiologiste? En 



iàisant une hémiseclion de la moelle à la région lom- 
baire au-dessus des racines des nerfs des membres pos- 
térieurs, il abolit le mouvement dans le membre coi^ 
respondant i la section : s'il fait une section dans -la 
région cervicale, il rend les deux membres postérieurs 
plus faibles, parce qu'il y a des fibres entrecroisées se ren- 
dant à chacun de ces membres, mais la paralysie est in- 
complète, parce que rcotrecroisemcnt est lui-même 
incomplet. M. Van Kempen a fait d'abord ces expé- 
riences sur des grenouilles, puis il les a répétées sur des 
oiseaux et sur des mammifères, et il conclut à un trajet 
direct pour les régions lombaire et dorsale, mais à un 
trajet croisé pour ta région cervicale. Nous avons répété 
ces expériences : elles sont exactes eu elles-mêmes^ mais 
elles ne prouvent pas que l'entrecroisement soit limité 
à la région cervicale. D'abord, on peut observer les 
mêmes phénomènes dans la région dorsale, et si le ré- 
sultat est différent lorsque l'hémiscction a été pratiquée 
juste au-dessus de l'origine des nerfs lombaires, cela 
s'explique par la disposition de l'entrecroisement de ces 
ner&; dans ce dernier cas, en effet, les fibres destinées 
à former ces nerfs ne se sont pas encore entrecroisées. 

En laissant de c6té pour un moment les résultats ob- 
tins par M. Van Kempen, on constate qu'il y a encore 
le désaccord le plus r^implct entre les anatoroistes et les 
physiologistes relativement h l'entrecroisement des fais- 
ceaux antérieurs. En effet, lesanatomistes^MM.KdUiker, 
de Lenhossek et autres, soutiennent que les bisceaux 
antérieurs s'entrecroisent en partie dans la commissure 
antérieure ; et les physiolt^istes repoussent, d'une ma- 
nière à peu près unanime, l'existence d'une transmission 
croisée des incitations motrices. Ici les anatomistes sont 
sur un terrain solide; il s'agit de quelque chose d'asscs 
facile à constater, et rien n'est plus vrai que le feut qu'ils 
avancent. Les physiologistes ont-ils raison aussi? Nous 
devons examiner cette hypothèse, car il pourrait se làire 
que ces fibres entrecroisées senissent h autre chose qu'& 
la transmission des excitations motrices. Eh bien, non. 
Elles jouent un rdle dans la transmission; et il y a réel- 
lement transmission croisée en partie. 

Nous avons institué des expériences qui ne peuvent 
laisser aucun doute sur la réalité de la transmission par- 
tiellement croisée des excitations motrices. Rappdez- 
vous l'expérience que j'ai faite devant vous dans la der 
niôre leçon, et qui était destinée A prouver que les 
faisceaux antéro-latéraux possèdent par eux-mêmes une 
motricité évidente. Je mets la moelle à nu sur un chien 
ou sur un lapin, au niveau de la région dorso-lombaire, 
dans une longueur de plusieurs centimètres. Jesectimine 
toutes les racines nerveuses naissant de cette région de 
la moelle, et je la coupe en travers, en avant de la partie 
mise à nu, puis j'enlève les faisceaux postérieura dans 
toute cette étendue. Supposons l'opération pratiquée 
sur un chien. On a ainsi enlevé les faisceaux postérieurs 
sur une longueur de 6 à 8 centioaètres. On détache en- 
core des taisceanx antérieurs la plus grande partie des 



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REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



21 jAimu 



tàiaceaox latéraux, n ne reste plug alors que les fàîsceauz 

antérieurs, une petite partie des feisceaux latéraux et 
des débris de la substance grise. Vous savez maintenant 
que si l'on pince les faisceaux antérieurs ainsi préparés 
très-près de leur bout libre, c'est-à-dire du lieu où a été 
fiiite préalablement la section de la moelle, on déter> 
mine des contractions dans les muscles des membres 
postérieurs. Mais nous ne nous en tenons pas là. 
Nous séparons l'un de l'autre les deux faisceaux an- 
térieurs dans tonte la longueur de la région mise en 
expérience. Cette séparation est très-facile à effectuer : 
il Burat pour cela de renverser les faisceaux de ma- 
nière à avoir sous les yeux le sillon antérieur de la 
moelle. On peut alors suivre très-exactement ce sillon 
avec les ciseaux qui servent à l'opération. Pinçons main- 
tenant un des feisceaax antérieurs auprès de son extré- 
mité libre. Il est clair que s'il n'y avait pas de croise- 
ment nous devrions obtenir du mouvement seulement 
dans le membre du même côté. Or, il n'en est rien ; il y 
a dans le membre correspondant au faisceau antéro- 
latéral un mouvement considérable ; mais il y a aussi un 
mouvement, quoique très-fhible, dans le membre du 
côté opposé. J'ai fait plusieurs fois cette expérience, et 
le résultat a toujours été tel que je vous l'indique. Il y.a 
donc transmission (avisée en partie pour les excitations 
motrices. L'anatomie et la physiologie sont d'accord. H 
y a entrecroisement d'une partie des faisceaux antérieurs 
dans toute la longueur de Ja moelle : la portion de ces 
ftùsceaux, qui suit une marche directe, l'emporie pro- 
bablement de beaucoup sur celle qui subit une décussa- 
tion. L'entrecroisement que présentent les pyramides 
antérieures du bulbe rachidien n'est que le commence- 
BWBt, en quelque sorte, de ce qui a lieu dans le reste de 
iBBoeBe. Goaelnoiis en disant que la transmission des 
excitations motrices se fait dans toute la longueur de la 
moelle épiniére d'une fttçon surtout directe, mais par> 
tiellement croisée, et que ce croisement, ayant lieu dans 
toute la longueur de la moelle, a sans doute, en défini- 
tive, une importance assez grande. 

B. IncUatiofu centripètes» — Déjà Van Deen et Sliïling 
avaient fait une expérience qui pouvait être interprétée 
comme démontrant l'entrecroisement des élém^ts con- 
ducteurs des impressions. Après une hémisection de la 
moelle, ils avaient constaté que la s^ibilité était con- 
servée. M. Brown-Séquard refait cette expérience, et il 
constate : 1* qu'il y a conservation de la sensibilité du 
côté correspondant à la section; 2" qu'il y a diminution 
de la sensibilité du côté opposé, et môme qu'il y a hyper- 
estbésie du côté correspondant à la section. Des expé- 
riences du même genre furent faites par M. Ludnig 
Tttrck (1851), et il arriva au môme résultat. Je crois de- 
voir vous indiquer quel était le moyen de constatation 
dont il se servait l il employait l'eau acidulée avec l'acide 
sulfUriqne, de façon qu'il pouvait ainsi arriver à une 
grande délicatesse d'expérimentation. Je place sotia voa 
yeux des animaux chez lesquels on a pratiqué une section 



de la moitié de la moelle. Ce lapin, qui a eu la moitié 
droite coupée, remue mieux le membre gauche que )e 
membre droit; mais vous voyez aussi que la sensibilité 
est plus intense du côté correspondant à ht section de la 
moelle que du côté opposé. Voici d'autre part un cocbon 
d'Inde. Nous avons fait une section du côté gauche, et 
vous pouvez constater que la sensibilité persiste encore 
du côté droit, mais qu'elle est beaucoup plus apparente 
du côté gauche. Il en est de môme de ce rat, chez lequel 
l'hémisection est & droite, et de même aussi de ce pigeoo. 

M. Brown-Séquard tira de ses expériences des con- 
clusions trop absolues. Il admet un entrecroisement i 
peu près complet et presque immédiat. Jusqu'àM. Bromi- 
Séquard, on n'avait pas admis d'entrecroisement anato- 
miquo démontrable entre les éléments sensitils de la 
moelle. Depuis les expériences de ce physiologiste, 
MM. Clarke, de Lcnhossck, Deen, ont cru voir ces entre- 
croisements, qui d'ailleurs existent peut-être; niaisii 
faut se défier de l'anatomie foitepour appuyer des résut 
tats expérimentaux qui n'ont pas encore toute la certi- 
tude désirable. Les résultats de M. Browu-Séquard furent 
attaqués par M. Ghauveau et par M. de Bezold, qui firent 
des expériences sur des pigeons, des chevaux etd'julres 
animaux. M. Brown-Séquard me parait avoir réfuté la 
plupart de leurs objections avec une grande force de lo- 
gique. A quelle opinion nous arrêterons-nous donc? Je 
pense que s'il y a entrerroiscmenl, il est très-incomplet. 
Les phénomènes d'byperesthésie si intéressants qui sui- 
vent l'hémisection, M. Brown-Séquard les a obsené» 
même après la section d'un seul cordon postérieur, et, 
non-seulement ceux-ci sont plus semibles àaxa le bout 
caudal, mais encore il y a hyperesthésic dans le train 
postérieur, ce qu'avaient déjà vu Schœps et Fodéra; ou 
plutôt celui-ci avait vu le fait qui soulève l'objection ca* 
pitalo, c'est que la section d'un seul cordon postérieur 
produit de l'hyperestbésie du côté correspondant, et de 
ï'anesthésie du côté opposé ; bien plus, une seule piqûre 
produit des effets analogues. 

Dans l'étude des phénomènes que nous venons de »!• 
gnaler, il est un fait bien remarquable que je ne puis 
passer sous silence : c'est celte sorte de balaaoemeot 
physiologique entre les deux moitiés de la moelle, l'bf- 
peresthésie produite par l'irritation d'un côté, s'accom* 
pagnant d'anesthésie de l'autre côté. Il semble que lors- 
qu'il y a excitation d'un côté, il y a dépression de l'autre. 
L'hyperesthésie déterminée par les lésions de hi moelle 
attend d'ailleurs encore une explication plausible. Elle 
est accompagnée d'ordinaire d'une exaltation très-pro- 
noncée de l'excitabilité réflexe des parties de la moelle 
situées en arriére du point lésé, et ces deux phéamnènes 
concomitants doiventsans doute se rattacher à une seule 
et même cause. Il n'y a pas pour moi d'entrecroisement 
complet, et c'est du reste une opinion qui d^ a été 
émise par d'autres physiologistes, parmi lesquels je 
citerai M. Oré. Peut-être même cet entrecroisement est-il 
au plus égal à celui des fàtsceaux antérieurs* Enqnelque 



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iM5. 



REVUE DBS COURS 8CIENTIPIQUK8. 



endroit que l'on fasse l'héroiseotionf on n'obtient pas 
d'ordinaire l'anesthésie dn membre opposé. Nom avons 
constaté ce résultat par de nombreuses expériences 
feites sur des chiens. La section antéro-postérieure n'a 
pas non pins une grande valeur de démonstration ; car, 
quoi qu'on en ait dit, elle n'abolit pas toujours la sensi- 
bilité, et, lorsqu'elle l'abolit, elle me parait, au moins 
chez les batraciens, abolir eu même temps la motricité. 

Comme nous l'avons dit, nous pensons, avec ta plu- 
part des physiologistes moderaes, que les excitations 
ecntripètrâ se propagent dans la moelle au moyen de la 
substance grise. Elles peuvent passer par l'une ou par 
l'autre moitié presque indifféremment, peut-être parles 
deux à la fois. En tout cas, lorsque la ronle est fermée 
dans une des moitiés, la propagation se poursuit par 
l'autre. Elle peut ainsi traverser deux obstacles consti- 
tués par deux sections faites, Tune sur une moitié, l'autre 
sur la seconde moitié, potmii que ces deux hémisections 
toieut i une certaine distance l'une de l'autre. Ce résul- 
tat a été indiqué dans une expérience de Van Deen, ex- 
périence que j'ai fiùte aussi, il y a déjà longtemps, sans 
savoir qu'il l'eût déjà pratiquée. Voici en <pioi elle con- 
siste. On coupe Ift moitié droite de la moelle épinièrc 
d'une grenouille an-dessus de l'origine des nerft du 
membre postérieur correspondant, puis l'on coupe la 
moitié gauche, un peu en arrière des nerfs brachiaux. Si 
Von pince les doigts du membre antérieur gauche, on 
détermine des contractions dans tous les membres, 
mfime dans le membre postérieur droit. Pour rendre 
encore plus manifeste ce résultat, j'empoisonne l'animal 
avec lastrychnine, et je me mets ensuite dans des condi- 
tions telles, que la transmission de l'excitation ne puisse 
«e propager que par la moelle épinière. 

Tels sont, pourle mécanisme de l'activité de la moelle, 
les faits dignes d'attention que je vonlais vous faire con- 
naître. Je parlerai plus tard de la transmission des ira- 
pressions et des excitations motrices chez les inverté- 
brés, et surtout chei les annelés. — i. BnaMé. 



ICOLE DE PHARMACIE. 

BOTANIQUE (1). 

COUAS DK M. CHATIIT. 

in. 

Èfidem*. — L'épiderme est une membrane celluleuse qui 
K troore répandue sur tontes les parties de la plante. Il est 
fonné d'une ou quelquefcùs de plusieurs couches de cellules 
tibuliircs le plus souvsnt sans granules et incolores, à tra- 
ten leaqueUei on voit la couleur verte des couchos aous-épi- 
dermiques. Dans les plantes aquatiques, les cellules épidcr- 
■iqnei le npprochent davantage des cellules ordinaires par 
Inrf.rme arrondie et la présence de granules verts : aussi 



tl) Voj. te n* &1 dt U prtmidre mois <t la n* l*' de la secoode. 



de savants botanistes admettent-ils qu'il n'y a pas d'épldenné 
dans ces plantes. Quelques plantes parasites (le Gui, par 
exemple, Vùcumaibum), certaines Rhinanthacées et lesplantes 
* ampbibia (ex. i l'^'amo ptaiUago)y ont un épidenne contenant 
des granules verts. Dans la (erre conHne dans l'eau, l'épiderme 
perd ses prindpuix caractères. L'éptdenne est Formé par trois 
formes principales de cellules : les formes hexagonale, qua- 
draogulairo, et contournée ou en sdgtag. Les cellules heia- 
gonalet se trouvent surtout à la partie supérieure dès feuilles, 
et les cellules contournées A leur partie inférieure. 

PeUtwlê ipidtrmiqta. » C'est une membrane continue et 
de formation postérieure & l'épldeime. Elle se colore dilTé- 
remment en présence de l'iode ; sa composition chimique est 
différente : elle contient plus d'hydrogène, et se rapproche 
nn peu des résines. Cetio pellicule, dont l'épaissenr est très- 
variable, adhère à l'épiderme par une couche excessivement 
minée de pectate de chaux; on peut l'isoler de l'épiderme, 
aoit par macération dans l'eau , soit par des réactifs. On la 
voit alors sous la forme d'une membrane continue. Par nii 
séjour de la feuille dans l'acide sulfurique, on détruit l'épi- 
derme, et la pellicule épidermiqne seule est conservée. 11 suffit 
de laver à grande eau. pour l'obtenir parftdtement incolore. 
On la eonsiâëre sonvent comme une sécrétion des cellules 
épidermlques. 

Stomates. — >0n leur donaece nom (venant de «t^fut, bouche), 
parce qu'Us ressemblent i une bouche, A certidnes omèr- 
(ures existant spécialement sur les parties des feuilles expo- 
sées à l'air. Elles sont formées par deux cellules rénifonnes 
représentant les deux lèvres d'une bouche. Chaque stomate 
correspond k une petite chambre, sorte de cav ité pulmonaire 
tapissée de cellules A chlorophylle, od s'opère plus spéciale- 
ment la décomposition de l'acide carbonique. Les stomates se 
forment par le dédoublement d'une cellule qui se divise, en 
laissant des ouvertures entre ses deux parties ; l'obscurité et 
l'humidité les font fermer, tandis que la lumière et la séche- 
resse les font ouvrir : dans ces deux états, Ib agissent d'une 
Duuitére toute différente sur l'adde carb ua lqqe. Tontes les 
plantes phanérogames aérlennet, excepté quelques plantes 
parasites (CtwiiAi), ont des stomates; les plantes qoi virent 
complètement dau l'ean en sont déponnues ; dans les plantes 
qui virent A la surface de l'eau, on n'en trouve qu'A la face 
supérieure des fouilles. 1^ stomates se trouvent toujours sur 
les Jeunes tissus. Dans les Dicotylédones, on les remarque le 
ploa souvent A la face inférieure des feuilles; dans les Mono- 
cotylédooes, A la fois A la foce supérieure et A la foce Inffirieure. 
C'est A la présence des stomates que les deux faces d'une feuille 
de Lilas ou de Buis, par exemple, doivent leurs différences 
d'aspect, les stomates donnant A la face Inférieure une teinte 
blanchâtre. Le plus souvent ils sont espacés uniformément} 
quelquefois ils sont groupés par places, comme cela se voit 
dans le Laurier-eosc et dans les Saxifrages. Ordinairement di' 
rigés sans ordre et dans tous les sens, d'autres fols Us sont tous 
orientés i dansle8l.oranthaeées,parexemple, Ils sont en traversi 

Lamm. — Ce sont de plus ou moins grandes cavités exis- 
tant au miUeu des tissus. Elles peuvent être accidentelles ou 
normales. Les lacunes accidentelles se produisent par le dé- 
chirement des tissus, par suite de l'accnMssement du végétal. 
On en rencontre dans les Ombellil&res, le Noyer, le Phyto^ 
lacca. tes lacunes normales sont généralement propres aux 
plantes aquatiques ( Nymphéacées ). Elles sont souvent trés- 
rfigulièrement disposées dans le tissu cellulaire, comme oa le 
vdt ches les Équiaétacées. On rencontre parfois k^s poils daiu 

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132 



Tintérieur des lacunet, où ils servent & multiplier le contact 
avec l'air ou avec l'eau qui tient celui-ci en dissolution. Dana 
quelques plantes terrestres parasites, on trouve aussi des la- 
cunes. Ainsi, dans la Cluidestine, qui n'a pas de stomates, on * 
rencontre des lacunes ganiies de poil», comme pour 7 suppléer. 

Lentieelle$. — Saillies plus ou moins considérables formées 
par le tissu herbacé sous-épidermique (Cerisier, etc.)- Dans 
l'Érable, l'espèce de liège qu'on remarque n'est autre chose 
que la saillie de ce tissu au-dessus de TéE^derme. On les a 
considérées comme des glandes. De Candolle les regardait 
comme donnant naissance aux racines adventives. Mais la 
formation de ces racines est plus facile quand on enlève l'é- 
corce, et par conséquent les lenticelles. Elles offrent simple- 
ment une issue aux racines qui se développent. C'est ainsi 
qu'en enlevant l'écorce, on obtient très-vite des boutures de 
la Vigne. 

StiptUe». — Petits appendices qui dépendent du système 
foliacé. Elles peuvent être pétiolaires, interpétiolaires et 
caulinaires. Elles sont pétiolaires dans les Rosiers, inter- 
pétiolaires ou placées entre les feuilles et la tige dans le 
MeUmthuSj caulinaires dans le Cafter et le Figuier. Les 
stipules n'existent que dans les Dicotylédones. Elles exis- 
tent ou manquent d'une manière constante dans certaines 
feuilles; leur durée est très-variable : caduque dans plo- 
sieurs Rosacées, elles sont persistantes dans les Gesses et rem- 
placent complètement les feuilles dans le Pois de serpent 
{Lttthyrui aphaca)* 

Nectaires. — Glandes existant sur les flenrs et sécrétant 
souvent un liquide sucré. Leur origine et leur forme sont 
très- variables. Nous les étudierons A mesure que nous les 
rencontrerons dans les végétaux. 

Dti glandes, — On donne ce nom à des agrégations di- 
verses d'utricules généralement très-petites, dont le carac- 
tère est de sécréter un liquide qui tantôt est rejeté au dehors, 
ou tantôt résorbé par les tissus. On en distingue de plusieurs 
sortes, suivant les aspects sous lesquels elles se présentent. 
Quelquefois elles se présentent sons forme de saillies globu- 
leuses, ou bien encore de papilles; tautOt ce sont des réser- 
voirs globuleux entourés de petites glandes, comme cela se 
voit dans les xesles d'oranges, où on les a désignées sous le 
nom de glandes vésicnlaires; tantôt des poils piriformes 
comme ceux de la Fraxinelle. Enfin, les glandes sont quelque- 
fois terminées par un poil : dans les Orties, par exemple. 

Verrues, — Ce sont anatomiquement des espèces de glandes, 
mais qui ne sécrètent rien. Exemple : VAloe vermcosa, 

PoiU, — Les poils sont des productions de l'épiderme con- 
stituées par une ou plusieurs cellules accolées ensemble. Ils 
sont simples ou composés; ces derniers peuvent être bifur^ 
quésà leur sommet, comme dans les Crucifères, rameux. 

Écailles, — Sortes de plaques scarieuses cmutituées par des 
agglomérations de poils. On les trouve dans les Fougères, 
l'Olivier, l'Hippophac, etc. Quelquefois elles existent ou man- 
quent dans une famille tout entière. 

Aiguillons, — Ce sont des poils multicellulés; comme eux 
ils sont des productioiu de répidenne, dont on peut tbcile- 
ment les détacher, et avec lequel ils tombent, caractère qui 
les distingue des épines : tels sont ceux du Rosier. Ordinaire- 
ment les poils et les aiguiUous sont disposés sans aucun or- 
dre; il faut pourtant excepter les poils de la tige du Veronica 
éham(BdrvSf et les aiguillons de diverses Salsepareilles. 

Épines. — Les épines ressemblent en ^pareoce aux aiguil- 
lons, mais «Ues en diffèrent essentiellement par les relations 



21 Janvier 1665. 



anatomiques qu'elles ont avec le bois, dont elles préseofent 
la composition fibro-vasculaire. Elles sont toujours di^EKMées 
symétriquement, et tiennent la place d'organes dégénérés. 
Elles remplacent des rameaux dans le Prunvs spinosa, des 
feuilles dans l'Astragalut, ou même des nenures de feuilles 
dans le Groseillier épineux. 

Vrilles. — Ce sont des appendices roulés en spirale, qui ser- 
vent aux plantes grimpantes & se fixer aux corps voisins : 00 
en trouve dans la V^ne, la Bryone, etc. Les vrilles sont en- 
roulées en hélice, dont le sens est constamment dextroraûm 
ou sinistrorsùm dans une même espèce ; quelquefois le mode 
d'enroulement des vrilles change (Bryone, Passiflores). On 
a cherché A expliquer ces faits d'enroulement, mais les 
explications Jusqu'il ont été insafflsantes. Comme les épines, 
ce sont des organes dégénérés et modifiés. {Elles remplacent 
un rameau floral dans les Passiflorées et dans la Vigne ; 
des stipules dans les Smilax, qui pourtant n'auraient de 
stipules que par exception, parmi les Honocotylédones. Dans 
les Cucurbilacées, les vrilles sont unilatérales, ce qui ne 
permet guère de les considérer ni comme des stipules, ni 
comme des rameaux floraux, ni enfin comme des feuilles. On 
les a considérées ici comme provenant de la dégénérescence de 
feuilles placées anormalement, en se fondant snr ce qoe quel- 
quefois les cinq sépales foliacés du Itelon se changent en 
vrilles. M. Payer a vu deux vrilles l'une près de l'autre dans 
une Cucurbitacée, ce qui l'a porté A leur assigner une origine 
stipulaire. 

Crampons, — Ce sont des griffes qui n'ont d'autre destina- 
tion que de servir A la plante A se fixer aux corps voisins. Les 
crampons ne sont d'aucune utilité & la nutrition de la plante. 
On en trouve dans le Lierre, le Bignmia radieanSf etc. 

Suçoirs. — Organes propres aux plantes parasites, qui sep- 
vent A la fois A les fixer et à leur transmettre les sucs néces- 
saires A leur nourtiture; on les observe dans le Gui, les 
Orobanches, la Cuscute. La structure de ces oi^anes est trèa-va- 
riable.|Ceux du Gui vont s'implanter an cœur même du bois, 
où^s se ramifient, envoyant dans tous les sens des divisioiu 
terminées par un tissu utriculairc excessivement mince, maïs 
qui peuvent cependant percer le bois le plus dur, grâce peut- 
ètreà un liquide corrosif qu'ils sécrètent. En mâme temps que 
les suçoirs, certaines plantes paruites ont elles-mêmes de 
véritables racines : telles sont surtout les Bhinanthacées, dont le 
parasitisme nous a été révélé il y a peu d'années par M. Dc- 
caisne. Ces plantes peuvent être regardées comme des demi- 
parasites. AUMU DtSCAm, |4lHIMKiM. 



Devant paraUre mardi prochain : 

La SasiiCE ET tas savants ek 186&, par M. Ylcioa HsDinu, rédae- 
tsarsGicnUaquedel'OfiiijiMHaUoRale. 1" aanée, 1 vol. in-iS de 
Sue pisei. 3 tt. 50 

DicnomuitE akhobl bbs raocais sas sasaccs ai unmcTioHs Htm- 
CALSS, eompreunt par ordre alphabétique de matières l'analyM de' 
tous les travaux lUb en France et A l'étrai^ pendaat l'aBoée, 
relatild lux sciences médicales, par H. Gamies, précédé d'uM intro- 
duction par M. le docteur Àututt Latodk. 1" année, 1864. 1 toI. 
in-18 de 500 pages. 5 a-, 

PàLÉOSTOLOGIB, STHATKiftAPIfE.--DB Ll PAUKE QOATEaaAlBI. LCCOOS 

profiMiéet au Maiéum d'histoire naterelle pendant l'année 18M, par 
H. A. a'AacBiAc (de l'Institut}, i vol. in-8. 3 tt. 50 

Las CoKsuLTATioRB DE MADAME DE StYiCMt. Ëiudc médico-liUAr^ire. par 
M. le docteur MËKibiE. 1 vol. in-S de 145 payes. 3 (r. 

Le propriétaire-gérant : Groim BAnxiÉhE. 

PARIS. — UCnUlIBlUB DE B. MAKTINBT, RDE HIGHOH, S. 

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REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



DEUXIÈME ANNÉE. — N- 9. 



UN NUMÉRO : 30 CENTIMES. 



28 JANVIER 1865. 



REVUE 



DES 



COURS SCIENTIFIQUES 

DE LA FRANCE ET DE L'ÉTRANGER 

PHYSIQUE — CHIMIE — ZOOLOGIE ~ BOTANIQUE — ANATOHlE — PHYSIOLOGIE 
GÉOLOGIE — PALÉONTOLOGIE — MÉDECINE 



Paraît tons les Samedis. 

tob Six mois. Sfr. Un an. 15 Dr. 

MpvtcnwDU. . — 11) — 18 
tbuger — 12 ' — 20 

Iiti4t l'abouMUBt nec la Itrw iei conri Utténlm. 
Sa».... Paris. iS fr. D«f>*rt.. IS fr. Étranger, 90 fr. 
VêM. — t0 — se — 35 



M. EuG. YuNG 
uuEcrai'it 

M. ËHiLE Alglavb 

CHEF DE u n^DACTION 



Qa s'aboone 

A LA LZaaAIBIS OBBHBB BAILLltaS 

17, nu <te l*âcolc-<le-U«daciiie, 
El cbex loua 1m lîIirairM, par l'envoi d'un boa de poilo, 
ou d'un mandat tur Pthi, 

L'iboanemenl part du 1" dticembre ou da {"juin 
da chaque anJi^. 



SOMMAIRE. 



Académie des Boienoes. 



scœimnQUES de la sorbo.snb. — Chimie. — Conffrencflda 

M. Warta i L'oau. 

COUiGE DB FRANCE. — Médecine expérimeiitale. — Com de 
Cl«H«« BermHI t VI at VU. L'abaorptk» en gAiénl et l'ab- 
■arplioa ioas-«iiluée. 

mÉJM DHISTOIRB NATURELLE. — Zoologie.~ Cumà» M. liS- 
MMC-IhiUiieist CoAiidéraliou généfalei nr les animMix imwtâirà. 

AltroDonie. — La eouUlaltoa pbjiifM dtt mMI, pv H. Vm^. 



Paru, 87 janvier 1865. 

l'élection tant disputée a enfin abouti lundi dernier. 
M. Foucault a été nommé par 31 voix contre 28 don- 
nées à H. Favé; un bulletin blanc et une abstention 
empiétaient le nombre des 61 membres présents. Ce 
résultat, qui s'accordait si bien avec les sympathies de 
l'assistance, a été accueilli par des marques universelles' 
^'approbation que les réprimandes du président purent 
à peine contenir. Puis les très-nombreuses personnes 
qai ne s'intéressaient qu'au résultat du scmtin se reti- 
rèrent, laissant continuer les lectures dans la demi-soli- 
tude habituelle au palais Mazarin. 

A propos du procès-verbal, M. Pouilleta lu une note 
contenant en quelque sorte une protestation anticipée 
coBlre l'élection qui allait avoir lieu. Les deux candidats, 
MH. Foucault et Favé lui paraissaient également dignes, 
—quoique à des titres divers et très-peu comparables, — 
d'entrer & l'Institut, et il foirait des vœux pour les voir 
n. 



devenir le plus t6t possible ses collègues; mais leur 
place, ni h l'im ni à rautre» ne lui paraissait marquée 
dans la section de mécanique, et c'est autre part qu'il 
aurait voulu les voir s'asseoir. 

M. Pelouzc a présenté un nouveau travail de MM. Boi- 
vin et Boileau sur les combinaisons du sucre avec la 
chaux. Ces jeunes chimistes expliquent l'erreur dans 
laquelle ils étaient tombés, lors de leur premier mémoire 
présenté à l'Âcadémie l'année dernière, et ils indiquent 
quelques résultats nouveaux très-intéressants. 

L'insistance avec laquelle ils s'attachent à cette ques- 
tion ne doit pas nous étonner, car elle est d'une impor- 
tance capitale pour une des plus grandes industries de 
notre pays, celle de ta fabrication du sucre de betterave. 

Citons encore l'analyse de trois objets trouvés dans 
une caverne ù ossements, faite par M. Terreil, prépara- 
teur au Muséum, et présentée par M. Daubrée ; un tra- 
vail de M. Agassiz sur quelques points nouveaux de 
l'ichthyologie, présenté par M. Milne Edwards, et des 
recherches fort intéressantes de M. Henri Morel sur les 
rapports qu'il y a entre la quantité et la nature des ali- 
ments donnés aux moutons, et la quantité et la nattu^ 
de leurs fumiers : sur 100 parties d'azote contenues 
dans les aliments, il en resterait 83 dans les fumiers. 

Mais la communication la plus importante de la séance 
est sans contredit la suite du travail de M. Faye sur la 
eotuiitution physique du toteily qui contient une foule 
d'idées aussi neuves qu'intéressantes. Nous donnons plus 
loin une analyse fort étendue du mémoire de M. Faye, 
qui, par l'attrait naturel de la question et la manière, 
dont elle est exposée, s'adresse aussi bien aux gens du 
monde qu'aux savants. £. a. 



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28 Jaiîyikb 



SOIRÉES SCIENTIFIQUES DE LA SORBONNE. 

CHIMIE. 

t:ONFÉRESCE DE M. WURTZ. 

L'an dernier, je vous ai entretenu du feu (X). Cette 
année, je vous parlerai de Veau, 

De môme que le feu, l'eau fut longtemps considérée 
comme un élément. Sa véritable nature n'a été décou- 
verte que vers la fin du siècle dernier. Gavendish, le 
premier, prouva en effet, vers 1781, que l'eau se forme 
par la combustion de l'air inflammable, qui est l'hydro- 
gène. Mais la découverte du savant anglais fut mal inter- 
prétée à une époque où la théorie du phlogistique avait 
encore tant de partisans. C'est à Lavoisier que revient 
l'honneur d'avoir établi la composition de l'eau par 
la synthèse et par l'analyse, et d'avoir dit, dans le 
langage de la chimie antiphlogistiquc , que l'eau est 
une combinaison d'hydrogène et d'oxygène. Il fit ses 
mémorables expériences en 1783, d'abord avec Laplace, 
puis avec Meusnier. Avec ce dernier, il réussit à former 
160 grammes d'eau par la combinaison directe des 
deux éléments. Quelques années plus tard, Pourcroy, 
Vauquelin et Seguin en préparèrent 300 grammes. Cette 
eau est conservée au Muséum d'histoire naturelle. 

Dans la même année 1783, Lavoisier parvint à sépa- 
rer les éléments de l'eau par le fer incandescent, et à 
donner la démonstration analytique de sa composition. 

Voici d'abord l'expérience de Cavendish. De l'hydro- 
gène s'échappe par la pointe de ce tube efûlé. Nous pré- 
parons ce gaz en décomposant l'acide sulfurique étendu 
d'eau par le zinc. Le voici qui brûle, et cette combus- 
tion doime lieu à la formation de l'eau. Les vapeurs 
d'eau sont conduites par cette allonge recourbée dans 
ce manchon de verre horizontal où elles se condensent 
en eau liquide. 

Pour que la combustion de l'hydrogène s'opère, deux 
conditions sont nécessaires. Le gaz doit être porté k une 
certaine température et doit être entouré d'une atmo- 
sphère oxygénée. 

Voici de l'hydrogène qui brûle. Si nous plongeons 
cette flamme dans un flacon d'azote, elle s'éteindra, et 
par conséquent il ne se formera pas d'eau. Si on la plonge 
dans l'oxygène pur, elle brûlera avec un éclat plus vif. 

On peut enflammer l'hydrogène par d'autres procédés. 
Prenons du noir de platine, métal considérablement di- 
Tisé, qui jouit de la propriété de condenser les gaz en 
les échauffant. Si nous mettons de l'hydrogène au con- 
tact d'une certaine quantité de noir de platine, le gaz 
est absorbé, le noir de platine devient incandescent, 
et met le feu à l'hydrogène. 

Nous pouvons enflammer l'hydrogène à l'aide d'une 
étincelle électrique, et dans les conditions où nous al- 

(1) Vojr. le n" 1» de runée demlire, p. 93A. 



Ions la foire, cette expérience sera particulièrement in- 
structive. Voici un mélange d'oxygène et d'hydrogène. 
Il renferme un volume du premier gaz, et deux volumes 
do second. Nous faisons passer à travers ce mélange une 
étincelle électrique. Immédiatement les gaz disparais- 
sent, l'eau se forme et le mercure remonte dans la clo- 
che. Le mercure remonte parce que les gai ont disparu 
pour former des gouttelettes d'eau imperceptibles. Et»! 
nous pouvions chauffer à 100 degrés le vase oh l'expé- 
rience s'est faite et le mercure, de manière à réduire 
cette eau en vapeur, jious verrions que la vapeur occupe 
2 volumes. Nous pouvons conclure de cette expérience 
que l'eau résulte do la combinaison de 2 volumes d'hy- 
drogène et de 1 volume d'oxygène, et que ces 3 volâ- 
mes de mélange ont formé 2 volumes de vapeur d'eau. 
Au moment où l'hydrogène s'est combiné à Toxygène, 
il s'est dégagé de la chaleur lumineuse, ainsi que vous 
avez pu le constater. Au moment où elle se forme, la 
vapeur d'eau est donc exposée & une très-haute tempé- 
rature et éprouve une dilatation énorme. Un instapt 
après, saisie par un refroidissement brusque, elle se 
condense en eau liquide. ïi se produit donc d'abord une 
expansion subite, qui refoule l'air; puis un vide qui l'ap* 
pelle brusquement, et de ce double choc résulte une 
détonation violente, lorsqu'on met le feu à une quantiU 
un peu notable de gaz tonnant. 

La chaleur produite par la combinaison de l'oxygène 
et de l'hydrogène est très-intense. Je vous montre ici an 
bec de gaz alimenté par un double jet. L'un est de l'hy- 
drogène qui arrive par la circonférence; l'autre de l'oxy- 
gène, qui pénètre dans l'axe du jet d'hydrogène. J'^- 
lume ce dernier, et j'entretiens la combustion par 
l'oxygène. Voyez cette flamme. Elle éclaire peu, mais 
elle est excessivement chaude. Un gnu fit de platine, 
que j'expose à ce chalumeau à gaz hydrogène et oxygène, 
fond au bout de quelques instants. Un morceau de craie 
qui plonge dans la flamme devient incandescent, et 
brille d'un éclat que l'œil supporte à peine (lumière de 
Drummond). 

En se combinant l'un & l'autre, l'hydrogène et l'oxygène 
dégagent delachaleur et de la lumière; ils perdent une 
force, il est évident conséquemment que pour défiùre 
leur combinaison mutuelle, il faudra y ajouter une 
force. Or, l'électricité voltaïque est une force parfaite- 
ment appropriée à un semblable but. Vous savez qu'on 
produit cette électricité au moyen de la pile. On donne 
naissance à un courant électrique en réunissant les 
extrémités des deux flls, attachés chacun & l'un des 
deux pOles de la pile. Si l'on sépare les deux bouts de 
ces flls conducteurs, le courant cesse de passer, et l'élec- 
tricité se manifeste comme tension aux deux pôles. Si 
l'on rapproche ceux-ci l'un de l'autre, de manière que 
l'intervalle qui les sépare soit de quelques millimèh^, 
il jaillit entre eux des étincelles petites, si la pile est 
faible; fortes, si la pile est puissante. Le circuit peut 
être fermé, et le courant peut être rétabli par l'inter- 



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REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



185 



loédiaire d'un liquide. Eh bien, si l'eau est interposée 
entre les deux flis, le courant passe dans ce liquide, 
mm en y passant, il ta décompose. Voici un appareil 
composé de deux cloches Qzées au fond d'un vase plein 
d'eau. Sous chacune de ces cloches s'engage une lame 
de platine. Chacune d'elles communique, par le moyen 
d'un fll conducteur, arec un des p6les de la pile. Aussi- 
tôt que la pile est en activité et que le circuit est fermé, 
il se manifeste dans l'eau une vive effervescence, et il 
se dégage de nombreuses bulles de gaz. Dans l'une des 
éprouvettes se rend de l'hydrogène, et dans l'autre de 
l'oxygène, L'hydrogène va au pôle positif, et son vo- 
lume est doublo de celui de l'oxygène qui va au pôle 
négatif. 

Ainsi, soit que nous procédions par analyse, soit que 
nom opérions par synthèse » nous reconnaissons que 
l'eau est formée de 2 volumes d'hydrogène et do 1 vo- 
lume d'o2?gène. Nous l'avons dit plus haut, ces 8 vo- 
lumes, en Bc combinant, se réduisent à 3 volumes de 
Tapeur d'eau. Ceux-ci renferment donc tout ce qu'il y a 
de matériel et de pondérable dans 2 volumes d'hydro^ 
gène et dans \ volume d'oxygène. L'hydrogène est 
16 fois plus léger que l'oxygène. Or, si 1 volume 
d'hydrogène pèse 1, i volume d'oxygène pèse 16, et 
S volumes d'hydrogène pèsent 3. 3 volumes de vapeur 
d'eau renferment donc en poids 3 d'hydrogène et 16 
d'oxygène, ce qui donne 18 pour le poids de ces deux 
volumes. 

Ce rapport de 16 : 2 exprime les poids relatifs de 
l'o^gène et de l'hydrogène dans l'eau. Il est déduit de 
la composition volumétriquc et de la comparaison des 
densité des deux gaz. M. Dumas l'a fixé à l'aide de pe- 
sées directes dans une expérience demeurée célèbre. Au 
lieu de brûler l'hydrogène par le gaz oxygène libre, il 
l'a fikit agir sur un composé riche on oxygène, l'oxyde de 
cuivre. 

L'expérience a été exécutée dans l'appareil qui est 
soosvMyeux. Ungrand flacon dégage de l'hydrogène. Ce 
gaz se puriûe et se dessèche en passant par une série 
de tubes remplis de substances qui retiennent l'eau et 
les impuretés. Devenu pur et sec, il arrive dans un bal* 
Ion renfermant de l'oxyde de cuivre dont le poids est 
connu. On chauffe l'oxyde de cuivre dans un courant 
de gaz hydrogène. L'oxyde de cuivre est alors décom- 
posé, n cède son oxygène à l'hydrogène, et devient lui- 
même cuivre métallique : il est réduit, comme on dit. 
L'ean ainsi formée parla combinaison de l'hydrogène 
avec l'oxygène de l'oxyde de cuivre se dégage en va- 
peurs qu'on condense dans un récipient, à la suite du- 
quel on dispose des tubes remplis de substances avides 
d'eau. Le poids de ces appareils où l'eau se condense a 
élé déterminé avec soin avant l'expérience. Lorsque 
celle-ci est terminée, il est clair que ce poids primitif 
» augmenté du poids de toute l'eau formée. Il suffit donc 
de peser les appareils dont il s'agit une seconde fois 
pour connaître U quantité d'eau formée. MaisToxygène 



que renferme celle-ci provient de Toxyde de cuivre qui 
l'a perdu; et la perte de poids que celui-ci a éprouvé en 
devenant cuivre métallique représente précisément le 
poids de l'oxygène qui est contenu dans l'eau. En sous* 
trayant ce poids de celui de l'eau formée, on trouve 
pour diflérence le poids de l'hydrogène. 

On constate ainsi que 18 parties d'eau renferment en 
poids 2 d'hydrogène et 16 d'oxygène. 

Or, il existe en chimie une loi d'après laquelle volu- 
mes égaux de gaz simples renferment le même nombre 
d'atomes indivisibles par les forces chimiques. Il y a 
ainsi dans 1 volume d'hydrogène le même nombre 
d'atomes que dans 1 volume d'oxygène, et dans 2 vo- 
lumes d'hydrogène 2 fois plus d'atomes que dans un 
volume d'oxygène. Or, comme tous tes atomes d'hydro- 
gène contenus dans 3 volumes de ce gaz so combinent 
à tous les atomes d'oxygène contenus dans 3 volumes 
de ce gaz, il faut bien que i atome d'oxygène prenne 
3 atomes d'hydrogène pour fournir de l'eau. Nous 
dirons donc, conformément & l'hypothèse atomistique, 
que l'eau est formée de 3 atomes d'hydrogène et de 
1 atome d'oxygène. 

On voit que les atomes représentent les volumes, et si 
nous représentons par H le poids de 1 volume ou 1 
atome d'hydrogène qui est 1, et par celui de 1 vo- 
lume ou 1 atome d'oxygène qui est 16, la composition 
de l'eau devra être représentée par HH). 

L'eau se présente à nous sous trois états : 

Elle est connue k l'état solide sous le nom de glace. 
Le point de congélation de l'eau, c'est-à-dire la tempé- 
rature oti elle se solidifle est fixe et correspond au 0° de 
l'échelle thermométrique. Le point d'ébullition, c'est- 
à-dire la température oît l'eau bout, sous la pression 
ordinaire, est pareillement constante et correspond à 
100 degrés de l'échelle centigrade. L'eau bout parce 
que la vapeur qui se forme à cette température au sein 
de la masse liquide a la tension nécessaire pour vaincre 
la résistance de cette masse et la pression de l'atmo- 
sphère qui pèse sur la surface. 

L'objet de cette loQon est l'histoire chimique de l'eau, 
l'étude de ses décompositions et de ses combinaisons. 

Considérons en premier lieu ses décompositions. 
L'eau soumise à une très-haute température se décom- 
pose. Ses deux éléments se dissocient, ainsi que 
M. Henri Sainte-Claire Deville l'a montré. ]1 évalue 
à liOO ou 1700 degrés la température où commence 
cette décomposition. 

L'eau se décompose aussi sous l'mfluence de la pile. 
Cette décomposition peut être rendue visible dans tous 
ses détails. Si l'on place devant la lentille d'un micros- 
cope photo-électrique une petite cellule de verre dans 
laquelle la décomposition s'opère, l'image renversée et 
trôs-ampUnéc du phénomène est projetée sur un écran 
disposé à cet effet, et Ton aperçoit très-distinctement 
le mouvement des bulles gazeuses. 

Mais nous pouvons opérer cette décomposition par 



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1S6 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



28 jAITYIEft 



des agents chimiques doués d'une grande énergie. 

Voici le métal de la potasse, le potassium, qui possède 
pour l'oxygène une affinité puissante. Je le dépose dans 
une cavité creusée dans un morceau de glace, et vous 
voyez un bnllant phénomène d'incandescence. Le métal 
décompose Teau, s'unit à l'oxygène et met une portion 
de son hydrogène en liberté. La chaleur produite par 
cette réaction est si vive que le métal devient incandes- 
cent et enflamme l'hydrogène. 

Dans cette éprouvette remplie de mercure, dans la- 
quelle j'ai fait passer de l'eau que vous voyez ici au 
sommet de la colonne mercurielle, j'introduis un mor- 
ceau do sodium enveloppé dans du papier. Au moment 
oîi le métal arrive dans l'eau, il la décompose. II se ma- 
nifeste un vif dégagement de gaz, qui remplit t'éprou- 
vette et qui brûle, vous le voyez, avec une flamme pâle : 
c'est de l'hydrogène. L'eau renferme de la soude caus- 
tique. 

Le fer ne décompose l'eau qu'à nne température éle- 
vée. Nous avons ici un tube de porcelaine chauffé au 
rouge, à l'intérieur duquel se trouve un faisceau de fil 
de fer. Nous faisons arriver sur ce fer incandescent de 
la vapeur d'eau. Elle est décomposée aussitôt, l'oxygène 
s'unit au fer et l'hydrogène est recueilli dans une éprou- 
vette. Cette expérience est la répétition de celle qui 
conduisit Lavoisier à la composition de l'eau. 

Examinons maintenant les cas de décomposition de 
l'eau par des corps composés. Je commence par celui 
du phosphure de calcium. C'est un corps brun que l'on 
prépare avec du phosphore et de la chaux. J'en pro- 
jette un fragment dans un verre d'eau. Immédiatement 
il se forme de la chaux, et le phosphore s'unissant h 
l'hydrogène de l'eau détermine le dégagement d'un gaz 
qu'on appelle hydrogène phosphoré. Ce gaz jouit de la 
curieuse propriété de s'enflammer spontanément à 
l'air, c'est-à-dire de brûler aussitôt qu'il est hors de la 
masse liquide. 

Le chlorure d'acétyle, — composé organique dont 
nous verrons plus tard la composition, — décompose 
l'eau en produisant des vapeurs d'acide chlorhydrique et 
de l'acide acétique, qui est l'acide du vinaigre. Le gaz 
chlorhydrique contient l'hydrogène de l'eau, et l'acide 
acétique en renferme l'oxygène. 

Voici un liquide qui décompose l'eau avec une éner- 
gie extrême. C'est une combinaison du zinc, métal que 
tout le monde connaît, avec un composé de carbone et 
d'hydrogène qu'on nomme éthyle. Dans le zinc-éthyle, 
le zinc est liquide et possède une affinité considérable 
pour l'oxygène. Je projette ici du zinc-éthyle dans l'at- 
mosphère, vous voyez le liquide aussitôt qu'il est sorti 
du tube où il était renfermé s'enflammer spontanément 
et brûler avec une flamme ardente. 

Maintenant, si dans un matras contenant une cer- 
taine quantité de ce zinc-éthyle, nous introduisons de 
l'eau, une effervescence très-vive a lieu, l'oxygène de 
l'eau s'unit au zinc pour former de Toxyde ou plutôt de 



l'hydrate de zinc qui blanchit la liqueur, et l'hydrogène 
s'unit à l'éthyle pour former de l'hydrure d'éthyle. C'est 
précisément de l'hydrure d'éthyle qui vient de s'en- 
flammer et qui brûle avec la grande et magnifique 
flamme que vous apercevez. 

Je passe à d'autres réactions moins brillantes, mais 
dont nous pourrons tirer un utile enseignement. Je vais 
combiner l'eau avec un certain nOtnbre de corps. Voici 
une substance excessivement avide d'eau. C'est l'anhy- 
dride sulfurique, masse blanche, neigeuse, composée 
de soufre et d'oxygène. Nous la plongeons dans l'eau 
ftroide. Un bruit se fait entendre, comparable à celui 
d'un fer ronge qu'on plonge dans un liquide froid. Il 
est occasionné par la violence de la réaction : l'anhy- 
dride se combine à l'eau pour former un acide, l'acide 
sulfurique, connu sous le nom d'huile de vitriol. 

La baryte anhydre (combinaison de baryum et d'oxy- 
gène), mise au contact de l'eau, s'échauffe assez rapide- 
ment, et il se forme un hydrate de baryte. 11 en est de 
môme avec la chaux. On dit qu'elle foisonne quand, en 
se combinant à l'eau, il y a élévation de température 
qui détermine la vaporisation d'une certaine quantité 
du liquide qui se trouve en excès. 

La baryte et la chaux retiennent l'eau avec énergie 
dans les hydrates qui viennent se former. Dans un grand 
nombre de sels, l'eau est plus faiblement combinée, 
lorsqu'elle y joue le rôle d'eau de cristallisation. 

Le sulfate de cuivre que je vous présente ici est blanc. 
Il est anhydre. Si nous y ajoutons de l'eau, il va deve- 
nir bleu. Il s'hydrate. C'est dans cet état qu'on l'em- 
ploie en pharmacie et dans les arts. 

Cette hydratation est accompagnée d'un dégagement 
de chaleur moins énergique à la vérité que celui que 
nous venons de constater dans les exemples précédents. 

Dans le sulfate de cuivre, l'eau ajoutée est ce qu'on 
appelle de l'eau de cristallisation. Elle joue un rôle 
particulier. Elle est nécessaire à la formation et à la 
constitution, non pas du sel, mais de ses cristaux. 

Au contraire, l'eau que nous ajoutons aux acides anhy- 
dres, aux oxydes anhydres, entre en combinaison avec 
ces corps. Elle est nécessaire à leur constitution. On 
dit qu'elle joue le rôle d'acide dans les oxydes hydratés, 
comparables à. la potasse caustique ou hydrate de po- 
tasse; ([u'elle joue le rôle de bases dans les acides hy- 
dratés, tels que l'acide sulfurique et l'acide acétique. 

Éclaircissons le sens de ces propositions. Nous avons 
formé de l'hydrate de potasse en décomposant l'eau par 
le potassium. Or, comment le métal a-t-il agi? II a dé- 
plticé la moitié de l'hydrogène de l'eau, et le potassium 
s'est substitué à elle. 










H 


H 



représente de l'eau ordinaire (1). 



(1) M. WurU le sert pour cette démoustratioa de tulm de eartoo. 

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représente de Veau dans laquelle H a été 
remplacé par K , c'est-à-dire de l'hydrate 
de potasse. 



En décomposant le chlorure d'acétyle par l'eau, il se 
forme de l'acide cblorhydrique et du vinaigre ou acide 
acétique. La réaction est aussi simple que la précé- 
dente. 



L'eau 










H 


H 



et le chlorure d'acétyle 



Cl 



se 



métamorphosent ainsi : 










H 


H 



+ 



a 




CI 








CH30 




H 



+ 



<i '■(■!■( vil'. 




Eau MiH^-Ue 
((U'iJi) aréique). 



(hlurtiyilnque. 

Dans les deux cas il y a un double échange , une 
double substitution, et l'on voit quel rûle important 
l'eau joue dans toutes ces réactions. C'est elle qui est 
potasse ou acide acétique par les procédés de substitu- 
tion. 

L'acélylc est un système moléculaire pouvant être 
traDsporté intact, comme le potassium lui-mfimc, d'tme 
combinaison dans une autre. C'est un radical composé 
qui joue le rôle d'un radical simple. 

Cette idée de substitution nôus permet d'envisager la 
potasse et l'acide acétique comme deux corps directe- 
ment dérivés de l'eau. — Les preuves surabondent 
d'ailleurs à cet égard: — Nous pouvons dire que la po- 
tasse est une eau potassée, et l'acide acétique ime eau 
acétylée. Eau métallique et eau organique ! 

Nous voici arrivés au sommet de la science. En effet, 
les considérations sommaires que je viens de vous expo- 
ser s(inl de celles qui ont ser^i à édlDcr la théorie de» 
typn. L'eau est un type chimique, et un type auquel on 
peut rapporter une foule de combinaisons. 

Voyez comme notre sujet a grandi. Je vous al montre 
l'eau tour à tour se formant, se décomposant, se combi- 
nant aux corps, et finalement senant de lien théorique 
et comme de modèle h un grand nombre de composés 
divers qui possèdent la même structure atomique. Et 
pourtant je n'ai point épuisé mon sujet. L'eau joue en- 
core im autre rôle dans les phénomènes chimiques. Elle 
dissout une foule de substances, et sert de véhicule à 
une multitude de réactions (|ui se passent dans son sein. 
Tout le monde sait ce qui se passe lorsqu'un morceau 
de sucre se dissout dans l'eau : le sucre se liquéfie. 11 se 
fait liquide; il change d'état, mais non de nature; et ce 
changement d'état est accompagné d'un abaissement de 
température. Mais l'eau exerce son action dissolvante à 
des degrés trèa-divers, suivant la nature des corps. Les 



uns sont très-solubles dans l'eau, d'autres s'y dissolvent 
peu ou point. En général, l'élévation de la température 
favorise l'action dissolvante de l'eau. On met cette cir- 
constance à profit pour faire cristalliser une foule de 
sels. On les dissout dans l'eau bouillante, de manière à 
saturer celle-ci. La liqueur, en se refroidissant, laisse 
déposer des cristaux plus ou moins volumineux et plus 
ou moins nets, selon la nature de la substance dissoute. 

L'eau exerce aussi son action dissolvante sur certains 
liquides. On dit alors que ceux-ci sont miscibles à l'eau. 
D'autres liquides y sont insolubles. Telles sont les huiles 
grasses et essentielles, qui ne s'y môlcnt point, mais 
forment à sa surface une couche parfaitement distincte. 

Tous les gaz ne s'y dissolvent pas avec une égale faci- 
lité. Quelques-uns y sont trés-sohiblcs. Il en est ainsi du 
gaz ammoniaque, du gaz chlorhydriquc : si l'on met en 
contact avec l'eau une éprouvette remplie de ce dernier 
gaz et placée sur le mercure, cette eau se précipitera 
avec énergie dans l'éprouvette et pourra même la briser. 

L'oxygène, l'azote et l'acide carbonique dont le mé- 
lange constitue l'air atmosphérique, sont beaucoup 
moins solubles. Cependant, l'eau répandue à la surface 
du globe tient en dissolution une petite quantité de ces 
gaz. Et l'on sait que la présence de .l'oxygène est indis- 
pensable dans l'eau, car sans lui comment respireraient 
les animaux aquatiques? Tous les animaux respirent, et 
tous respirent le môme gaz. 

L'eau répandue à la surface du globe ne renferme pas 
seulement en dissolution des gaz, elle renferme aussi des 
sels. Évidemment elle doit se charger de toutes les sub- 
stances solubles qu'elle rencontre sur son passage, ou 
avec lesquelles elle se trouve en contact. On appelle 
eaux minérales les eaux qui sont chargées d'une quantité 
notable de matières alcalines et satines. Les eaux sulfu- 
reuses renferment une petite quantité d'un sulfure ; les 
eaux ferrugineuses renferment un sel de fer, etc. 

Toutes ces propriétés font concevoir de quelle impor- 
tîince a àd être le rôle de l'eau durant les phénomènes 
géologiques. Tous les terrains sédimenlaircs se sont dé- 
posés du sein de l'eau. Une foule de minéraux cristalli- 
sés se sont formés par la voie humide, c'est-à-dire par 
voie de cristallisation. L'eau a été l'universel véhicule 
d'où se sont déposées toutes les matières solubles. Les 
unes se sont déposées en petits cristaux, quelquefois en 
pâle; les antres, en magnifiques prismes, comme ce 
cristal de roche, en rhomboèdres réguliers et transpa- 
rents comme ce spath d'Islande, que je vous présente. 

Mais, dira-t-nn. comment des substances si peu solu- 
bles dans l'eau, comme le cristal de roche, ont-elles pu 
former des cristaux si volumineux? C'est que la nature 
a opéré dans des conditions qu'il nous est impossible de 
reproduire. Comment pourrions-nous imiter la puis- 
sance des moyens qu'elle a mis en œuvre ? 

Nous opérons avec un verre d'eau, elle opère avec 
l'océan... Nous attendons une heure, un jour, une an- 
née... elle attend des siècles. 

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REVUE DES COURS SCIENTIPlQUÈS. 



28 JiRvna 



On le voit, l'eau a joué un rôle immense dans les 
grands phénomènes de la nature, [et parmi ces phéno- 
mènes le plus grand, le plus impénétrable, c'est la vie. 

Or, sans eau point de vie. 

L*eau est l'élément principal de la séve qui apporte 
aux plantes les matériaux de leur nutrition. Et Ton sait 
que la viâ se manifeste dans le monde des plantes et dans 
le monde des animaux. 

ta séve des végétaux, les sucs que leur apportent les 
matériaux nécessaires à leur nutrition, sont des liquides 
bqUeux, de vraies solutions. Les parties molles et char- 
faues des plantes sont gonflées par de Teau; ce sont 
aussi celles où la nutrition est le plus active. 

Dans ces feuilles qui s'étalent à l'air et à la lumière, la 
tnatiëre organique s'élabore aux dépens des éléments 
que les végétaux puisent dans le sein de l'atmosphère. 
Toutes les substances organiques renferment du charbon 
et de rhydrogène; le plus grand nombre renferment de 
l'oxygène. Le charbon, les matières organiques le tirent 
de l'acide carbonique; l'hydrogène, elles le trouvent 
dans l'eau; l'oxygène, dans ces deux composés. Mais les 
plantes ne se bornent pas à ajouter les éléments de l'eau 
& ceux de l'acide carbonique pour élaborer les matières 
organiques. Il î&nï qu'elles en retranchent l'oxygène, 
qu'elles réduisent, en un mot, l'acide carbonique et 
quelquefois l'eau elle-même. Et cette perte d'oxygène, 
cette réduction, ne sauraient s'accomplir sans l'inter- 
vention d'une force puissante, la lumière du soleil. Celle- 
ci est absorbée par les feuilles, ctopère dans ces organes 
délicats cette décomposition de l'acide carbonique et de 
l'eau que noos ne pouvons effectuer, dans nos expériences 
grossières, qu'à l'aide des procédés les plus énergiques 
ou des températures les plus élevées. A ce point de vue, 
nous pouvons donc considérer les plantes comme des 
appareils destinés k élaborer des matières organiques et 
en môme tempsà absorber et à emmaganiser delà force. 
Ils détruisent la matière organique dans l'acte de la res- 
piration, oh les matériaux qui composent nos tissus et 
nos humeurs, et qui sont devenus impropres à la vie, 
sont brûlés et retournent à l'atmosphère sous forme 
d'acide carbonique et de vapeur d'eau. Les animaux s'é- 
chauffenten respirant; ils dépensent aussi de la force en 
se mouvant. Mais ils ne sauraient ni respirer, ni s'échauf- 
fer, ni se mouvoir, ni vivre enûn, si leurs organes n'é- 
taient point gonflés d'eau. Et l'on sait en effet que l'eau 
est l'élément principal du sang et de toutes les autres 
humeurs, que les tissus solides du corps des animaux 
sont baignés par des humeurs aqueuses. La vie se reUre 
des organes séchés. On connaît à cet égard le curieux 
phénomène que présentent ces infusoircs anguillules, 
tardigrades, rotifères, qui vivent dans les lieux humides, 
dans la mousse, etc.; l'ardeur du soleil les dessèche en 
été et les transforme en ime poussière inerte, inanimée. 
L'humidité les ressuscite. En gonflant leurs oi^anes des- 
séchés, mais non détruits, l'eau leur rend lé mouvement 
et la vie. 



COLLÈGE DE FRANCE. 
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE (1). 

COOES DE M. GLAODK BE&NABD 
(de lluiiiat). 

VI et VIL 

»e l'ahMrptloa en (énéral «t d« r«fc— t^Um 
Bous-entAuée en panlenller. 

Nous avons vu que le curare était absorbé très-rapide- 
ment sous la peau et très-peu dans l'estomac. Cette ques- 
tion de l'absorption a une importance capitale, parce 
qu'en déOnitive, c'est celle de l'introduction de la sub- 
stance toxique ou médicamenteuse dans le milieu orga- 
nique. C'est en partie grâce aux variations de l'absorp- 
tion elle-même qu'on peut obtenir dans l'action d'une 
substance toxique toutes les variations et tous les degrés 
imaginables, depuis l'action nulle jusqu'à l'action mor- 
telle, en passant par l'action thérapeutique. Dans les 
séances précédentes, nous avons en effet soumis trois 
lapins à l'inHuence du curare administré sous la peau, 
mais à doses très-différentes : l'un est mort, l'autre n'a 
subi aucune action, et le troisième a été seulement para- 
lysé des membres d'une manière partielle et momen- 
tanée. 

Aujourd'hui nous allons entrer plus avant dans l'étude 
de l'absorption, et exposer de nouveaux faits, c'est-à-dire 
exécuter devant vous de nouvelles expériences, car la 
médecine expérimentale, reposant essentiellement sur 
l'expérience, nous devons tout démontrer ici expérimen- 
talement. 

Des expériences nombreuses, et particulièrement celles 
qu'a exécutées Magendie, ont montré que l'absorption 
se faisait surtout par le système veineux, et non par les 
vaisseaux lymphatiques, comme on l'avait soutenu long- 
temps. Voici quelle était la principale expérience de Ma- 
gendie : il suffira de la rappeler brièvement, car elle est 
devenue classique et tout lemondelaconnîdt. Magendie 
amputait un membre presque complètement, de telle 
sorte qu'il n'y eût plus de communication entre la partie 
îunputée et le tronc que par l'artère et la veine du membre 
amputé. Comprimait-il la veine en même temps qu'il 
injectait un poison dans le tissu cellulaire sous-cutané 
du membre amputé, aucun effet toxique n'était produit; 
mais l'empoisonnement se manifestait aussitôt qu'on 
cessait la compression de la veine, ce qui donnait libre 
cours au sang empoisonné. Les conclusions légitimes de 
cette célèbre expérience furent attaquées à cette époque 
par des objections iTaiment absurdes. On prétendit, par 
exemple, que rien ne prouvait que l'absorption se pro- 
duisit dans cette expérience par les veines elles-mêmes 
plutôt que par de petits vaisseaux lymphatiques qui, 
disait-on, pouvaient ramper en quantité plus ou moitis 



(1) Vof. les n» 6t 7 et 8. 

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considérable dans les parois mêmes de ces veines. L'ob- 
jection, comme celles de la scolastique, paraissait insô- 
iublet et cependant Magendie parvîntà y répondre d'une 
manière victorieuse : il pratiqua une section de la véine, 
et remplaça la partie enlevée par un tuyau de plume, au 
travers duquel le sang pouvait continuer à circuler ; ce 
tuyau de plume ne pouvait évidemment contenir de 
de vaisseaux lymphatiques, et comme l'absorption se pro- 
duisit encore, on fUt bien forcé d'admettre qu'elle avait 
lieu par les veines elles-mêmes. 

Le système veineux est donc le principal agent de l'ab- 
sorption ; mais ce n'est pas à dire que les vaisseaux lym- 
phatiques ne prennent aucune part à cette fonction. Sans 
doute l'empoisonnement ne se produit pas à la suite 
d'une injection toxique, lorsqu'on coupe la veine du 
membre oîi elle est faite, en laissant subsister les vais- 
seaux lymphatiques qui s'y distribuent, comme Magendie 
l'a montré dans une anse de l'intestin. Mais ce serait exa^ 
gérer les conséquences de cette expérience que d'en 
déduire la non-participation des vaisseaux lymphatiques 
i l'absorption. Tout prouve en effet que les vaisseaux 
lymphatiques absorbent, et il nous sufllt ici de rappeler 
les phénomènes qu'on observe en ouvrant un animal en 
digestion. Seulement il faut dire que l'absorption des 
vaisseaux lymphatiques est incomparablement plus faible 
que celle des veines, et c'est pour cela qu'elle ne se tra- 
duit par aucun effet toxique, le poison étant éliminé par 
diverses voies au fur et à mesure de sa trop faible 
absorption. 

La conclusion à tirer de tout ce qui précède, c'est 
qu'on peut régler l'absorption en réglant le cours du 
sang : le point est du reste très-facile à démontrer par 
expérience. Voici deux chiens d'âge, de volume et de 
force aussi semblables que nous avons pu les trouver ; 
ils sont tous les deux en état de |dige$tion et dans de» 
conditions pwfaitement comparables. Nous aWom leur 
injecter à chacun, dans le tissu cellulaire sous-cutané 
de la paUe (1), — • on veira tout à l'heure pourquoi nous 
! choisissons cet endroit,-' une dose égale decette disso- 
lution de curare ; puis nous laisserons mourir le premier 
i sous l'influence decette dose, afin de bien établir qu'elle 
^tnt suffisante pour produire la mort} quantau second, 
. lorsque l'action toxique se produira sur lui, nous avons 
I l'intention de l'arrêter immédiatement en arrêtant l'ab- 
! sorption, afin que l'élimination, continuant à se faire, 
> l'animal puisse revenir à la vie. 

Voici le chien empoisonné le premier qui est pris des 
qrmptômes caractéristiques de l'empoisonnement par le 
cuire; il commencé à ne plus pouvoir se tenir sur ses 



(1) Cette opération est bleu plus dlfAcNe k exécater Sur un chien 
Mr m lapfn, pan» qne le tiHu soas-culané da ehlen est ektrftne- 
nnl réiiitant, et se pr£t« moins bien aut dissections on sa* Titlseé* 
Bm. Cbea rhauw, la tistd de qneltfses pêttiu da tûtpi, «t nrtont 
«M da p W ali, «et dam le ■éna en. eer qat lui avril fiiK domer par 
''"pqtrai lendm de Miitt eeUtMoirf de oAieiit 



pattes, etl'ort voit son corps entier Agité de tremblements 
convulsifs. Nous n'avons pas observé de tremblements 
dé ce genre en empoisonnant des lapins par le Curare 
dans les séances précédentes. C'est par des observations 
semblables que certains physiologistes ont été conduits 
à prétendre que la mort par le curare était accompagnée 
de convulsions, tandis que d'autres soutenaient le con- 
traire. Au fond, ils n'avaient tort ni les uns ni les autres ; 
leur différend venait tout simplement de ce qu'ils ne se 
plaçaient pas dans les mêmes conditions, et ne raison- 
naient pas sur les mêmes faits. Chaque opinion pouvait 
invoquer en sa faveur des observations certaines. Le 
curare, en effet, produit quelquefois des convulsions, et 
qudquefois aussi il n'en produit pas; mais il n'y a point 
là de contradiction réelle, car cet antagonisme apparent 
se ramène tout simplement à une question de dose. Tout 
poison qui tue un élément hislologique commence 
d'abord par exalter les fonctions de cet élément hislolo- 
gique avant de les détruire : c'est l'effet que nous venons 
de constater ici sur notre chien empoisonné par le 
curare, et cet effet s'est traduit par des tremblements 
convulsifs dans tous les membres. Mais quand la dose 
de poison est fort considérable, la mort -arrive très- 
rapidement, et par suite la période d'exaltation des 
fonctions de l'élément hislologique atteint, cette fonc- 
tion, dis-je, est trop courte pour qu'on ait le temps de 
l'observer : c'est ce qui est arrivé aux lapins que nous 
avons empoisonnés dans les séances précédentes. 

Voici maintenant notre second chieïi qui subit à son 
tour les effets du curare et s'affaisse sur lui-mÔme. Pour 
le sauver, il va suffire sans doute d'arrêter l'absorption, 
ce que nous ferions évidemment tout de suite en ampu* 
tant la patte empoisonnée ; mais cette opération extrême 
n'est pas nécessaire, et l'on atteint le même but en prati- 
quant & la partie supérieure de cette patte, au-dessus du 
point par où a pénétré le poison, une forte ligature qui 
arrête le cours du sang. L'animal que vous voyez main- 
tenant étendu sur le flanc, et respirant à peine, pourra 
ainsi revenir à la vie. En effet, le poison s'est introduit 
et accumulé dans l'organisme, parce que l'élimination 
a marché moins vite que l'absorption ; il arrive donc un 
moment où il y a dans le sang une assez grande quan* 
tilé de curare pour que les effets toxiques de cette sub- 
stance puissent se manifester. On arrête alors brus- 
quement l'introduction du curare dans la circulation 
générale en liant la patte d'où s'échappe le sang empoi- 
sonné; comme l'élimination continue toujours, la qu»a* 
tité de curare contenue dans l'organisme diminuera pro- 
gressivement, et deviendra bîent6t trop faible pour que 
les effets toxiques continuent à se manifester : les nerfs 
nu^eurs sortiront alors de leur état d'engourdissement, 
et l'animal reviendra à lui assez vite, d'autant plus vite 
d'ailleurs que les effets du curare auront été moins pro' 
longés et que la quantité de substance toxique intro- 
duite dans l'organisme aura été moins considérable. On 
pourra rel&oher alors la ligature et laisser ^nétrcr d^M 

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frjî^nétrer dan-* 

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SB JAimm 



le sang une nouvelle quantité du curare qui empoison- 
nera une seconde fois l'animal en quatre ou cinq mi- 
nutes ; le renouvellement de la ligature le sauvera encore, 
et il pourra se relever au bout d'une vingtaine de mi- 
nutes. Si l'on relâche de nouveau la ligature, l'animal 
ne tombera plus qu'au bout d'une douzaine de minutes, 
et ainsi de suite. Les époques s'éloignent de plus en plus 
les unes des autres, et, à la suite d'un certain nombre 
d'opérations de ce genre, tout le curare injecté dans la 
patte sera rejeté hors de l'organisme. Mais, pour que 
l'animal soit définitivement sauvé, il n'est pas nécessaire 
qu'il ait éliminé tout le poison qu'il a reçu; il suffit que 
la quantité qui reste encore dans le sang ne soît pas assez 
considérable pour l'empoisonner. 

Malheureusement, la ligature de la patte a probable- 
ment été pratiquée trop tard, car je vois que notre se- 
cond chien est mort comme le premier. Nous pourrions 
le faire revenir à la vie, si nous employions un appareil 
propre à opérer la respiration artîflciclle; mais cen*est 
point l'objet de notre démonstration actuelle. Voici un 
troisième chien 'sur lequel nous allons recommencer 
l'expérience. Il est plus gros et plus vieux que les deux 
autres, ce qui fait que l'empoisonnement marchera 
moins vite. En effet, toutes ces expériences sur l'absorp- 
tion sont très-déterminées, et dès que la moindre con- 
dition vient à être changée, on s'en aperçoit immé- 
diatement aux résultats. Nos deux premiers chiens 
ont présenté des phénomènes identiques, suivant une 
marche parfaitement parallèle, parce que nous les 
avions choisis tout exprès tous les deux jeunes, tous les 
deux de môme taille, tous les deux en digestion, en un 
mot, tous les deux aussi comparables que possible. 
Celui-ci au contraire est plus volumineux, et il n'a reçu 
cependant que la môrae dose de curare. Or, la quantité 
de poison étant restée la même et la quantité de sang 
étant plus considérable, il faudra évidemment un temps 
plus long pour que toute la masse du sang ait reçu une 
quantité de curare suffisante pour lui communiquer ses 
propriétés toxiques. Les effets de la saignée et de l'absti- 
nence s'expliquent de la même manière. Des expériences 
nombreuses ont établi qu'une saignée ou une abstinence 
prolongée favorisait singulièrement l'action des poisons. 
Mais il ne faudrait pas en conclure que l'absorption de- 
vient seulement plus rapide sous l'influence de ces deux 
circonstances. Si l'empoisonnement se manifeste plus 
vite dans ce cas, cela est dû, suivant M. Claude Bernard, 
aux variations de la quantité de sang contenue dans 
l'organisme. Un animal à jeun possède en effet beaucoup 
moins de sang qu'un animal en digestion, et cette dif- 
férence peut aller à près d'un tiers quand l'abstinence a 
duré assez longtemps; pour ce qui est de la saignée, il 
est évident qu'elle diminue la quantité de sang contenue 
dans le corps. I^a masse liquide sur laquelle se répartit 
le poison ii:uecté étant moins considérable, il n'est pas 
étonnant dés lors qu'une quantité plus faible suffise à lui 
communiquer des propriétés toxiques. Mais l'absorption 



n'a rien & voir à tout ceci, car M. Claude Bernard a 
montré qu'on observait encore un empoisonnement plas 
rapide en cas d'abstinence ou de saignée, lorsqu'on in- 
jectait directement le poison dans le sang, ce qui met 
évidemment de côté la question de l'absorption. 

Notre troisième chien étant mort comme le second à 
la suite de la séance précédente, malgré la ligature de U 
patte, nous allons revenir de nouveau sur notre expf- 
rience comparative, qui avait pour objet de montrer que 
l'on peut arriver à régler l'absorption sous-cutanée. 

Il faut d'abord savoir pourquoi les expériences tentées 
mercredi dernier sur trois chiens successivement «ont 
pas fourni le résultat attendu. Nous ne laisserons jamais 
passer une expérience qui ne réussit pas sans chercher k 
expliquer pourquoi et comment cela s'est fait. Quand 
une expérience, faite dans certaines conditions, réagit, 
on en déduit les conséquences qui semblent en décou- 
ler; quand on la reproduit et qu'elle ue réussit plus, ocU 
lient k des conditions particulières et différentes dais 
lesquelles on s'est placé sans le savoir : mais on doit alors 
chercher ces conditions. Malheureusement, on ne peut 
souvent pas tenir compte de toutes les particularités des 
expériences, et on laisse ainsi échapper une foule de ci^ 
constances intéressantes qu'il faudrait savoir. Les hasards 
d'une première expérience exercent même quelquefois 
une grande influence sur la suite d'imc recherche phy- 
siologique. Ainsi, M. Claude Bernard a réussi, la première 
fois qu'il l'a tentée, la même expérience qui n'a jmis réiissî 
dans la dernière séance ; mais il est évident qu'il aurait 
aussi bien pu ne pas réussir la première fois qu'il j adeiu 
jours, et dans ce cas il aurait sans doute renoncé à l'idée : 
directrice de l'expérience qui était pourUnt très-juste. 
Dans d'autres expériences qu'il fit à une autre époque 
pour essayer de démontrer qu'on rend tm animal diabé- 
tique en piquant la moelle allongée dans un certain 
point, M. Claude Bernard réussit également la première 
fois, et II tenta ensuite l'expérience plus de quinze fois 
sans parvenir au môme résultat. Une expérience qui ne 
réussit pas est souvent plus instructive qu'une qui réussit. 
Celle-ci, en effet, ne nous apprend que ce que nous sa- 
vions déjà en confirmant la justesse de l'idée préconçue 
que nous nous étions formée. L'autre, au contrairr. 
nous révèle des conditions du phénomène passées d'a- 
bord inaperçues, et c'est à nous de savoir les découvrir 
en analysant avec soin toutes les circonstances. Il ne 
faut donc pas mettre de côté les expériences qui ne réus- 
sissent pas, et c'est une très-mauvaise méthode que de 
résumer les résultats d'une recherche expérimentale en 
disant que l'expérience réussit vingt-cinq fois sur cent, 
par exemple : elle doit réussir toujours quand on connaît 
bien les conditions. Une expérience dont 1^ résultats 
varieait est une expérience dont on ne connaît pas les 
conditions; en un mot, c'est une expérience à étudier 
pour en fixer les conditions exactes. 

Nous avons cherché ce qui avait fait manquer notre 
expérience dans la dernière séance, etnous avons trouvé 



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1865. 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



Ul 



que c'est parce que Ton avait employé une dissolution 
(le curare trop concentrée : elle contenait 2 centi- 
grammes de curare pour 1 centimètre cube d'eau. Dans 
la première expérience qu'il avait fhitc auparavant, 
M. Claude Bernard employa une dissolution qui n'était 
\m dosée, mais qui était beaucoup plus faible. Les ré- 
citals des expériences ont donc été différents parce que 
les conditions n'éljiient pas les mômes. On aurait pu sup- 
poser que la force plus ou moins grande de la dissolution 
de curare ne devait avoir aucune influence dans ce cas, 
puisque la ligature qu'on pratique à la patte arrête tout 
court l'absorption. Ce serait pourtant une erreur de le 
croire, et Féclaircisseraent de ce point nous fournira 
l'occasion d'indiquer des conditions nouvelles de l'ab- 
sorption sous-cutanée. 

Quand on injecte le curare sous la peau d'un animal, 
i! y a deux absorptions successives et tout à fait dis- 
tinctes : la première, qui fait passer ce poison du tissu 
cellulaire sous-cutané dans le système veineux, h travers 
les minces parois des vaisseaux capillaires; la seconde, 
qui te met en contact avec l'élément ner\'eux moteur 
qu'il doit empoisonner, en le faisant passer du sang dans 
le milieu spéciîil qui entoure cet clément histologique. 
Cette distinction de deux absorptions, distinction tout à 
fait nouvelle et que nous faisons pour la première fois, 
se rattache à notre distinction de deux milieux chez les 
êtres organisés (1), 

Il est évident que ces deux absorptions ne peuvent 
pasétrc simultanées : elles sont consécutives. Mais il ne 
faudrait pas croire que la durée qui les sépare soit celle 
de la circulation générale. Cette durée est extrêmement 
courte, et l'on peut presque toujours la négliger dans les 
phénomènes physiologiques d'absorption, comme on 
n^lige en physique la vitesse de propagation de la lu- 
mière dans les expériences sur la vitesse du son. La cir- 
culation générale, si rapide, n'est donc pas la seule à 
conàdérer; il y a aussi une circulation locale mettant le 
sang en rapport intime fivec les éléments histologiques, 
cl celle-ci est bien plus lente que la première. Ces faits 
physiologiques sont restés inaperçus jusqu'à présent, et 
l'on n'a pas encore porté l'attention sur eux; cependant 
l'aDatomie en donnait l'indication d'une manière incon- 
testable. La grande circulation, qui s'accomplit en un 
certain nombre de secondes, passe par les plus gros 
vaisseaux capillaires. Mais le sang ne porte dans les or- 
ganismes élémentaires son action bienfaisante ou toxique 
qu'à la condition de pénétrer d'abord dans les petits ca- 
pillaires et entre les éléments organiques où s'accomplit 
one sorte de circulation lacunaire locale beaucoup plus 
lente (2). 

(t) Voya la seconde leçon du cours de M. Claude Bernard dans 
tel le n* 7 de l'année cowaale, et la seconde lefon de son cours de 
Phyiioto^te général» professé A la Serboanet dans le n« 93 de l'année 
deraière. 

(S) Teyet, pour le défrioppement de ce bit* la dernière lefon dii 



Un certain intervalle de temps sépare les deux absorp- 
tions intérieure cl extérieure, et cet intervalle corres- 
pond au temps nécessaire pour que le poison introduit 
dans le sang pénètre dans cette circulation locale et 
baigne en quelque sorte les éléments histologiques. 

Or, dans nos expériences, la ligature de la patte 
arrête bien l'absorption extérieure, mais l'absorption 
intérieure continue toujours au moyen du curare intro- 
duit dans le torrent de la circulation générale avant la 
ligature. Si nous avons employé une dissolution plus 
concentrée, il y aura donc dans le sang, au moment de 
la ligature de la patte, une plus grande quantité de 
poison, puisqu'il y est entre la même quantité de liquide ; 
sans doute il n'en entrera plus davantiigc, puisque la liga- 
ture a arrêté l'introduction du curare. Mais le poison 
qui se trouve déjà dans le sang pénétrant progressive- 
ment dans le milieu inmiédiat des éléments histologi- 
ques, par suite de l'absorption organique qui est bien 
plus lente que l'absorption extérieure, il se peut qu'il 
produise un empoisonnement définitif que nous ne pour- 
rions plus empêcher, puisque tout ce qui est en notre 
pouvoir, c'est d'arrêter l'absorption extérieure, l'absorp- 
tion intérieure échappant complètement à notre action 
et continuant malgré nous. En effet, les premiers symp- 
tômes toxiques ne se produisent pas lorsque l'absorp- 
tion extérieure a fait pénétrer dans le sang une quantité 
de curare suflistintc pour lui communiquer ses proprié- 
tés mortelles, mais seulement lorsque l'absorption or- 
ganique a mis en contact avec les éléments histologiques 
une dose de poison capable d'agO* sur ces éléments. Or, 
lorsque cette action se montre sur l'élément histolo- 
gique plongé dans le milieu organique, il n'est pas du 
tout indifférent de savoir quelle quantité de curare se 
trouve alors dans le sang, car ce curare continuer à 
pénétrer lentement dans le milieu des éléments histolo- 
giques, bien que l'absorption extérieure soit arrêtée. 

Les considérations précédentes permettent d'expli- 
quer certains faits dont M. Claude Bernard avait vaine- 
ment cherché la raison autrefois. 11 faisait alors des 
expériences consistant à injecter de la strychnine par la 
veine jugulaire. Ces expériences avaient pour but de me- 
surer les variations que subit la quantité de sang conte- 
nue dans l'organisme d'un animal h. un autre. En effet, 
étant admis que la strychnine doit être à une certaine 
dose dans le sang pour lui communiquer ses proprié- 
tés toxiques, il est évident que plus un animal aura dé 
sang, plus ii faudra de strychnine pour l'empoisonner. 
M. Claude Bernard injectait donc progressivement ce 
poison en ayant soin d'aller très-lentement. Mais dès que 
les symptômes convulsifs propres à la strychnine se ma- 
nifestaient, on avait beau cesser aussitôt l'administra- 
tion du poison, l'animal mourait toujours. C'est qu'en 
effet ce qui produisait le premier symptôme convulsîf, 

cours de Physklogw générale professé à la Sorbonne par H. Claude Ber- 
nard, dans le n" 3 de l'année couranlei p. Al. 



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U2 



ABVDfe DfiS GOtmS SGtËNTtPlQUES. 



28 jAmua 



ce n'était pas la dernière goutte de strychnine introduite 
dans la veine jagnlaire, mais une goutte Injectée bien 
antérieurement, et qui pénétrait seulement alors dans le 
milieu organique. Tout le poison injecté dans lé sang 
depuis cette goutte-là continuait donc, après la cessa- 
tion de rinjection, à pénétrer dans le milieu immédiat 
des éléments histologiques, et il y en avait tot^ou» 
assez pour empoisonner définitivement l'animal. 

M. Claude Bernard a répété devant I*auditoire l'expé- 
rience de la leçon précédente sur deux lapins très-com- 
parables, mais en employant une dissolution de curare 
moins concentrée, et renfermant seulement h milli- 
grammes de poison pour un centimètre cube de liquide. 
On injecte sous la peau d'une patte de derrière de 
chaque lapin un centimètre cube de la liqueur empoi- 
sonnée. Après six ou sept minutes, les deux lapins tom- 
bent et sont pris de phénomènes toxiques. On fait aus- 
sitôt la ligature chez l'un d'eux au-dessus du point de 
l'injection toxique, et on laisse l'autre sans ligature. L'ex- 
périence, qui n'avait pas réussi avec une dissolution de 
curare très-concentrée contenant 3 centigrammes de 
curare pour 1 centimètre cube de liquide, a eu un 
plein succès avec la dose indiquée plus haut. 

En effet, de nos deux lapins, celui qui n'a pas eu de 
ligature est complètement mort, comme vous le voyez ; le 
second, au contraire, a été sauvé par la ligature que nous 
lui avons pratiquée. Ce dernier commence à marcher, et 
il a mis environ trcnte-^inq minutes à recouvrer l'usage 
de ses membres. Il faudrait bien attendre trois quarts 
d'heure pour qu'il se retrouve exactement dans les 
mêmes conditions qu'avant l'expérience. En relAchant 
alors la ligature de la patte, nous le verrions retomber 
au bout de six ou sept minutes, de même que la pre* 
mière fois. Mais comme nous n'attendrons pas ce 
moment pour enlever la ligature, et laisser opérer de 
nouveau l'absorption extérieure, l'animal, qui est main- 
tenant déjà sur ses pattes, mais qui n'est pas encore 
tout à fait revenu, va être repris très-vite d'empoison- 
nement. C'est ce qui a lieu en effet; le lapin retombe 
sur le fianc, réempoisonné deux ou trois minutes après 
l'enlèvement de la ligature. Cela tient à ce que le cu- 
rare existe encore dans te sang, bien qu'en quantité trop 
peu considérable pour que les éléments histologiques 
ressentent les efi'ets propres à cette substance. Mais, si 
faible que soit ce résidu, il n'en eât pas moitis vrai que 
la dose toxique sera plus vite atteinte que s'il n'y en avait 
plus du tout. 

Le résumé de tout ceci, c'est qu'on peut régler l'ab- 
sorption sous-cutanée en réglant le cours du sang. L'ab- 
sorption intestinale présente, au contraire, une foule de 
variations qu'il est très-difficile de calculer et de sou- 
mettre à des lois certaines. 

Il y a encore un autre mode d'absorption médicamen- 
teuse, qui a soulevé de vives controverses dans lesquel- 
les nous ne pouvons entrer ici : c'est l'absorption cuta- 
née proprement dite, c'est-à-dire. celle qui s'opère au 



travers de la peau sans aucune blessure. Remarquons 
seulement qu'à l'état ordinaire, cette absorption n'existe 
pas pour le curare chez l'homme ni même chez les 
mammifères. On l'observe, il est vrai, chez les grenouil- 
les, pourvu toutefois qu'elles aient été retirées de l'eau 
depuis un certain temps ; lorsqu'elles sortent de l'eau, 
leur peau, étant humide, ne parait pas se prêter de même 
à cette absorption : cela tient peut-être à une sorte de 
saturation d'absorption, qui serait plus ou moins com- 
parable à la saturation des dissolutions salines. Lors- 
qu'on veut mettre en jeu chez l'homme l'absorption 
cutanée pour le curare, on est obligé d'enlever l'épi- 
derme de la peau, ou de l'irriter par certains agents 
spéciaux, par exemple en y appliquant des vésîcatoires. 
Mais c'est toujours là une absorption fort infidèle, et 
dont il est à peu près impossible de prévoir exactement 
les efi'ets. 

MUSÉUM D'HISTOIAE NATURELLE. 

ZOOLOGIE (1). 

COimS Dl H. UCAXB-DinrHISM. 

U. 

ImMéWéa. 

De tout temps on a cherché à ériger en principes 
moindres analogies, à généraliser quand on connaissait 
& peine quelques faits : c'est le côté le plus attrayant 
des sciences, et la voie où se jettent souvent avec trop 
de facilité les chercheurs de la vérité. Cependant, quaad 
il s'agit d'histoire naturelle, il faut une grande résene, 
car les généralités ont souvent conduit aux erreurs Icf 
plus graves. Toutefois il est utile, en abordant l'étude 
des animaux invertébrés, de tracer aussi nettement que 
possible les caractères particuliers qui appartiennent à 
cette grande division du règne animal, sans oublier que 
cela est d'autant plus dif^cile que ces êtres sont encore 
sous bien des rapports assez mal connus. 

Les animaux invertébrés forment un ensemble bien 
distinct, un monde très-différent de celui des animaux 
Vertébrés; aussi, avec M. de Quatrefages, regarderons- 
nous les vertébrés et les invertébrés comme formant 
deux sous-régnes. Pour bien les définir, considéroii!* 
d'abord un vertébré, quel qu'il soit. Nous le voyons par- 
ticulièrement caractérisé par une suite de pièces appe- 
lées vertèbres, composées chacune d'un disque avec des 
parties accessoires, et formant par leur réunion une 
colonne. Cette série de pièces osseuses constilue un axe 
médian dans le corps de l'animal. Mais l'existence d'une 
semblable disposition ne peut être un caractère absolu : 
et c'est pour avoir trop généralisé ce caractère des ver- 
tébrés, qu'on n'a pas su longtemps où placer ce fameux 
Ampkioxuêy dont on avait fait un mollusque, un vsr 

(1) Voy. |0 n<* 6 (V jinvi«r), & la page 86, la aecoïkle de ce amén, 
U pnmién liCM d« la pnaièn ««kutdoil MnplMteàlaAidc la 
seconde colonne. 

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1805, 



même, tandis qu'il est établi aujourd'hui que TAm- 
phionis doit êire regardé comme une dégradation do 
type vertébré. Le caractère essentiel des animaux verté- 
brés, celui que nous appelons caractère dominateur, 
parce qu*il entraîne après lui d'autres caractères moins 
importants, consiste dans la disposition du système ner- 
veux dont la partie fondamentale est généralement ren- 
fermée dans le canal de la colonne vertébrale, et dans 
tmc position constante relativement à d'autres organes. 
Aussi l'Amphioxus, qui n'a point de vertèbres, n'en est 
pas moins un vertébré. 

11 n'y a pas que le système nerveux, ou à sa place la 
vertèbre, qui différencie nettement les animaux verté- 
brés des animaux invertébrés. Sous bien des rapports 
ceux-ci diirarent totalement des premiers. Cette sépa- 
ration presque absolue, qui a soulevé les critiques si 
Db&tinées des naturalistes de l'école dite philosophique, 
parmi lesquels nous voyons Geoffroy Saint-Hilaire en 
France, Gœtbe et Oken en Allemagne, demande h être 
établie par quelques développements. 

11 y a sans doute des analogies nécessaires entre les 
fonctions de tous les animaux : tout animal, vertébré ou 
invertébré, par cela même qu'il vit, se nourrit et se re- 
produit. Mais cela ne prouve pas que tous les animaux 
soient créés sur un même plan, d'après un modèle uni- 
que, n n'y a rien d'impossible que la nature atteigne 
le même but par des voies toutes différentes, et nous 
allons précisément cbercher à prouver, par quelques no- 
lions fondamentales, que le mode d'organisation des in- 
vertébrés ne ressemble pas, à bien des égards, à celui des 
vertébrés. 

Une des premières notions à acquérir est relative à la 
distribution tout à fait différente, chez les vertébrés et 
chez les invertébrés, de cette chose si mystérieuse dans 
son essence même, cause suivant les uns, effet suivant 
les autres, qu'on appelle la vie. Il est assez difficile d'ex- 
pliquer clairement ce fait, en raison de la difficulté bien 
plus grande encore qu'il y a à définir la vie. 

Si l'on regarde la vie comme une cause, un principe 
d'action ayant son origine dans tel ou tel point de l'or- 
ganisme, et si l'on nous permet de représenter, pour 
ainsi dire, la vie par une quantité qui sera plus ou moins 
grande suivant la puissance plus ou moins grande aussi 
de l'effet produit, nous dirons que chez les invertébrés, 
[a vie semble être répandue en égales quantités dans 
toutes les parties de l'organisme. Chez les vertébrés, au 
contraire, la vie se concentre en un point particulier de 
chaque individu, ou du moins dans une partie trés-rcs- 
Ireinte de son être. 

Que si l'on veut voir dans la vie un effet, une résul- 
bnte, on pourra exprimer le principe que nous voulons 
foncer, en disant que chez les invertébrés cette résul- 
tante ne parait pas être la conséquence de l'action plus 
particulière de tel ou tel point de l'organisme, comme 
cela a lieu chez les vertébrés, où, pour employer une 
^pression un peu trop rigoureuse pour de tels objets, 



hk résultante semble appliquée à un ou plusieurs organes 
spéciaux et distincts. 

Un exemple fera mieux ressortir le fait en question. 
Que l'on coupe une patte à im chien ; à part le trouble 
tout local qu'éprouvera l'économie, l'animal peut conti- 
nuer à vivre. Si l'on poursuit la mutilation, on peut la 
pousser peut-être assez loin sans que la vie cesse, mais 
on arrive toujours & un point de l'organisme, tel que, 
lorsqu'il est atteint, la vie disparaît brusquement. Ce 
point remarqtiable où semble se concentrer la vié^ ce 
«nœud vital n, pour employer l'expression de M. Flon- 
rens, se rencontre chez tous les vertébrés. On peut aussi 
présenter la même idée en rappelant l'image à la fois 
pittoresque et saisissante de Bichat, qui montre hi vie 
comme supportée par un trépied dont les trois pieds sont 
le cœur, le poumon et le cerveau. Que l'tm des trois soit 
détruit, le trépied bascule, la vie cesse. 

Par opposition, prenons un insecte ou tout autre arti- 
culé. Coupons des parties de son corps, séparons sa tête 
même : la vie ne disparaît point. Essayons ft l'instant 
des mutilations dans tous les sens, il est bien évident 
que la mort finira toujours par arriver; mais nous ne 
trouverons pas dans cet animal un point analogue au 
nœud vital, ou l'un des trois oi^anes fondamentaux que 
nous avons rencontré chez les vertébrés, point ou organe 
dont la lésion amènerait une disparition brusque de la 
vie. La recherche d'un pareil point est bien plus difficile 
encore, quand il s'agit d'un mollusque; c'est à peine si 
l'anatomiste peut diriger son scalpel d'une main sûre 
dans le corps de ces animaux, dont les contractions per- 
sistent même à la suite du morcellement complet de 
l'organisation. Et si l'on arrive atix invertébrés les plus 
inférieurs, on voit des zoophytes, tels que les Actiniaou 
Anémone» de mer^ dont une moitié du corps peut tomber 
en putréfaction, tandis que le reste vit encore très-bien. 
On peut détacher une des parties du corps d'un inver- 
tébré inférieur, non-seulement sans altérer la vitalité de 
ranimai, mois sans faire perdre même à la partie séparée 
sa vitalité propre : un tentacule séparé peut vivre long- 
temps et ressembler & im animal entier. 

M. Lacaze^Duthiers, dans ses études sur le Dentale, 
acéphale particulier muni d'appendices filiformes tubu" 
laires, terminés par des sortes de ventouses, futsur le point 
de prendre ces tentacules pour des vers parasites. En 
effet, ces appendices se détachent facilement, et l'animal 
peut les perdre sans qu'il en résulte pour lui un grand 
trouble ; de plus, quand ils sont tombés, ils possèdent 
une vitalité propre, ils se meuvent, se contractent, se 
dirigent et rappellent tout à fait des vers. 

Ces faits se présentent dans tous les invertébrés; ils 
sont caractéristiques, et mettent bien en évidence le prin- 
cipe que nous avons énoncé, principe auquel il ne faut 
pas cependant donner une valeur absolue et sans restric- 
tion, mais dont la connaissance est indispensable, si l'on 
ne veut s'exposer à des erreurs grossières , quand on 
aborde l'étude des animaux inférieurs. 

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REVUE DES COUHS SCIENTIFIQUES. 



38 Jabtieb 



Une seconde notion à acquérir, concernant les inver- 
tébrés, est celle de la complexité dans un môme Ctre. 
Dans presque tous ces animaux, ce qu'on appelle ordi- 
nairement un individu n'est autre chose qu'une réunion, 
uuc colonie de petits individus plus ou moins distincts, 
désignés par le nom général de zoonùes. Pour former 
Yèlve complexe,, ces zoonites s'assemblent, soit en série 
linéaire, soit en masse, selon deux ou trois dimensions. 

Considérons d'abord une colonie linéaire. Les zoo- 
nites y sont placés à la suite tes uns des autres, mais 
chacun d'eux n'est pas toujours identique avec celui qui 
le précède ou celui qui le suit; il y a en effet, dans ces 
assemblages, des individus qui travaillent non-seulement 
pour eux-mêmes, mais aussi au profit de la colonie en- 
tière ; chacun peut avoir sa spécialité d'action, et nous 
pouvons prévoir que les colonies les plus parfaites seront 
celles où la spécialisation des individus sera la plus com- 
plète. Prenons un crustacé ou un insecte, nous voyons 
dans cet invertébré supérieur la forme du zoonite être 
modifiée profondément par les rapports qui le lient aux 
deux zoonites voisins. Le premier zoonite, celui qui est 
à la tête de la série, sera comme une sentinelle avancée 
qui prend connaissance du monde extérieur ; là seront 
donc les organes des sens, les yeux, les antennes, etc.. 
A la suite, nous trouvons un zoonite nourricier, chaire 
de la préhension des aliments ; \h sera la bouche de l'ani- 
mal, bouche généralement bien difi'ércnte de l'ensemble 
des organes de mastication des vertébrés, où les parties 
se meuvent verticalement, tandis que chez les inverté- 
brés les pièces buccales exécutent des mouvements hori- 
zontaux. Viennent ensuite les zoonites locomoteurs, con- 
stituant le thorax chez les insectes (ce thorax se compose 
toujours de trois zoonites munis de pattes ou d'ailes). 
Chez les crustacés, chaque zoonite possède des organes 
locomoteurs, mais ceux-ci ne sont pas toujours tout à 
fait spécialisés, car certains d'entre eux peuvent servir 
d'organes préhenseurs ou masticateurs. Enfin, à la partie 
postérieure de la colonie, sont ordinairement placés un 
OH plusieurs zoonites reproducteurs, avec des organes 
spéciaux, comme les tarières, aiguillons, oviscaptes des 
insectes. 

Mais il y a des fonctions qui ne sontp.is toujours rem- 
plies par des zoonites spéciaux : telles sont, par exemple, 
la circulation et la respiration chez les insectes : chaque 
zoonite a son cœur, son orifice respiratoire. De môme 
pour le système nerveux : chaque anneau a son centi-e 
d'innervation. 

Quand on considère des vertébrés plus, inférieurs, les 
zoonites se spécialisent de moins en moins. Chez cer- 
tains annélides, chaque anneau représentant un zoonite 
est muni d'une paire de pattes. Voici un annélidc des 
côtes de France, V Arénicole de$ pêcheun, dont tous les 
anneaux de la partie moyenne de l'animal, laquelle est 
très-longue, sont mimis chacun d'une paire de pan.-iches 
ramifiés représentant des branchies. Dans les groupes 
d*animaux inférieurs où la spécialisation des parties est 



peu marquée, chaque zoonite semble se suffire à lui- 
même : ainsi tous les anneaux d'un Ténia sont munis 
d'organes de reproduction, de systèmes digestifs plus 
ou moins complètement isolés, etc. 

Si ordinairement chaque zoonite possède im centre 
nerveux, il faut cependant remarquer que chez les inver- 
tébrés supérieurs, il semble y avoir une tendance à con- 
centrer, pour ainsi dire, ce système nerveux à la partie 
antérieure de l'animal : des systèmes de classiQcation 
ont môme été fondés sur cette remarque. Il y a du reste 
des différences très-marquées dans la disposition géné- 
rale du système nerveux chez les invertébrés et chez les 
vertébrés. On sait que le système nen'ciix, pris dans sa 
plus grande généralité, se compose de deux parties qui 
correspondent à deux modes d'actions physiologiques 
déjà définies par Aristote et si nettement séparées par 
Biehat, les actions de la \iù de relation et celles de la 
vie végétative. 

Dans les vertébrés, la première partie se présente sons 
la forme d'une masse suivie d'un cordon parallèle et 
supérieur aux organes de la digestion. Dans les inverté- 
brés, an contraire, on trouve une série de ganglions en- 
tourant en un certJiin endroit le tube digestif. C'est cette 
différence de disposition qui a faitclasscr définitivement 
dans le sous-règne des vertébrés VAmphioxuSf qui n'a 
pas de vertèbres, mais dont le système nerveux cl les 
organes digestifs sont bien latéraux l'un par rapport à 
l'autre et ne s'entourent pas. 

Dïins une colonie linéaire, il y a en général, comme nous 
l'avons vu, des rapports forcés entre un zoonite et ses deux 
voisins, rapports qui modifient sa forme plus ou nioins 
complètement. Dans les colonies en masse, cette néces- 
sité de relations est moins absolue ; aussi devons-nous 
nous attendre à trouver ces colonies formées de zoonites 
très-peu différents les uns des autres: c'est ce que vérifie 
l'observation. Cependant il n'y a pas complètement ces- 
sation de solidarité entre les différents individus d'une 
colonie de ce genre; le trjivail de l'un peut encore pro- 
fiter aux autres ; mais ces relations sont bien moins 
marquées que celles qui lient entre eux, d'une manière 
si intime, les zoonites d'une colonie linéaire. Dans une 
colonie d'Hydres d'eau douce, par exemple, lesindindus 
ne sont liés entre eux que par leur extrémité inférieure; 
les extrémités munies de tentacules sont toutes libres et 
fonctionnent séparément. Les diverses espèces de Cla- 
velines, appartenant & la classe des molluscoldes tuni- 
ciers. vivent réunies sur des prolongements radiciforracs 
communs, qu'on peut comparer à des stolons de fraisier; 
nvUs elles sont du reste libres dans tontes leurs actions. 
Dans quelques autres genres d'Ascidies composées, les 
colonies sont enfermées chacune dans une enveloppe 
charnue et unique, munie d'une seule ouverture, par 
laquelle s'opère la défécation. Il y a déjà ici moins d'in- 
dépendance dans les actions vitales. 

Les Siphonop/mret, ou Acalèphes hydrostatiguef^ êtres 
aussi élégants que singuliers, qui ressemblent à des 



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1M5. 



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i&5 



guiriandes diversement colorées disposéés en spirale, 
çl qu'on trouve flottants dans les eaux limpides et bien 
aérées de la haute mer, présentent des colonies bien 
corieuscspar leur composition. Leurs zoonites se spé- 
cialisent d'une façon toute particulière ; certains d'entre 
eux, sous la forme de fllamenfs allongés, terminés par 
des ventouses ou par des espèces de harpons, sont les 
loooites pêcheurs; ils saisissent les aliments et les don- 
nent aux zoonites digérants, formés chacun d'une simple 
cavité vésiculaire ou trompe gastrique. D'autres zoonites 
servent à la locomotion; ils constituent de petites clo- 
ches cartilagineuses et contractiles. Enfin des zoonites 
spéciaux ont pour fonction de donner naissance ù des 
individus nouveaux: 

A CCS deux notions générales sur l'organisation des 
animaux invertébrés, il faut en ajouter une troisième 
DOD moins caractéristique et importante que les pre- 
mières. Les invertébrés semblent doués d'une force in- 
térieure particulière, restant ordinairement à l'état de 
poissance, mais entrant quelquefois en acte, soit spon- 
tanéraent, soit paraccident, pour produire onaccroltre les 
tissus : M. Lacaze-Duthiers la nomme » la blastogenèsc » 
bourgeon; ycwou, j'engendre). Coupons en doux 
unvcrde terre: chaque tronçon possède une force blasto- 
généliquc spéciale, en vertu de laquelle il se complète 
lui-iDtme et continue à vivre comme un ver entier. On 
connaît les expériences de Trembley sur l'Hydre d'eau 
douce : un tronçon quelconque de ranimai peut, tou- 
jours en vertu de la même force, se créer de nouveaux 
tissus, de manière à reconstituer une Hydre parfaite. Les 
colonies ne sont en somme que les conséquences de ta 
blaslogenèse ; seulement, quand d'un zoonite souche qui 
nait d'un œuf {oozoîie) sortent par bourgeonnement un 
noiobre indéfini d'autres zoonites iploatûzmtes) formant 
colonie, la manifestation de la puissance blasto^énétique 
est spontanée. 

Quelquefois il est assez facile de voir un animal se 
préparer & exercer cette puissance, surtout quand il 
doit se transformer, lui colonie unique, en plusieurs 
c(^oQies distinctes, et cela par fissiparité, propriété 
qu'accompagne toujours la blast(^nëse. Ainsi la My- 
rianide, annélide étudié par M. Milne Edwards, se 
compose d'une longue série d'anneaux dont le premier 
porte des yeux et des appendices tentaculiformcs. Si 
Ion coupe l'animal, la force blastogénétique entre en 
activité, et produit dans chaque tronçon ce qui lui man- 
que, chez l'un une t6te, chez l'autre une queue, et l'ani- 
lûal primitif peut ainsi se transformer en autant d'ani- 
maux semblables à lui qu'on a fait de tronçons. La 
Xjrrianide libre se multiplie spontanément comme si 
elle était divisée, car certains de ces anneaux qui la 
composent se munissent de rudiments de tentacules et 
d'yenx; puis bientôt, quand cette préparation naturelle 
est assez avancée, il y a spontanément fissiparité, juste- 
loent en avant des points où se sont développés les an- 
neaux particuliers formant les tâtes de colonies nou- 



velles. On sait que la téte du Ténia est munie d'une 
couronne de crochets à l'aide de laquelle il s'attache aux 
l>arois de l'intestin ; tant que la téte ne sera pas arrachée, 
le malade ne sera point débarrassé de son hôte im- 
portun, car si le médecin ne parvient àfaire rendre qu'une 
partie du corps de l'animal, la force blastogénétique 
produit rapidement une nouvelle [série d'anneaux qui 
reconstituent le Ténia. Dans ce parasite, si curieux à tant 
d'égards, la blastogenèse a son centre d'action justement 
en arrière de la tôte. 

Chez les madrépores, on voit souvent se manifester la 
fissiparité dans un même échantillon d'individus, pré- 
sentant toutes les transitions entre un ôtre simple et un 
être partagé en deux ou plusieurs polypes nouveaux. 

M. Pouchet nie absolument la fissiparité dans les in- 
fiisoires supérieurs ciliés, parce que, dit-il, s'il y a fissi- 
parité de ranimai, il doit y avoir aussi fissiparité de tous 
les organes, ce qui ne peut raisonnablement être accepté 
au point de vue physiologique. On a de la peine à com- 
prend^ une pareille assertion, quand on voit la fissiparité 
être une loi générale dans un si grand nombre d'êtres 
supérieurs à bien des égards aux infusoires ; ne peut-on 
pas trouver dans l'opinion de M. Pouchet une preuve h. 
l'appui de cette idée qui est le but môme de cette leçon, 
àsavoir, que pour aborder l'étude des animaux inférieurs, 
il fïiut avoir une connaissance approfondie des idées 
générales que nous avons exposées, et qui sont si éloi- 
gnées de celles qu'un acquiert en étudiant seulement 
les animaux vertébrés? 

II n'y a pas que les faits généraux qui établissent une 
ligne de démarcation bien nette entre les vertébrés et 
les invertébrés : quand on vient à étudier chez ceux-ci 
les détails d'organisation, la séparation des deux sous- 
règnes devient de plus en plus tranchée : ainsi l'exis- 
tence de globules du sang chez les premiers, leur absence 
complète dans les seconds, et bien d'autres caractères 
encore, mettent en évidence la différence énorme qui 
les distingue les uns des autres. Aussi trouverons-nous 
dans l'histoire des animaux inférieurs des faits qui non- 
seulement étonnent les personnes n'ayant fait d'études 
que sur les vertébrés, mais qui souvent seront rois en 
doute par elles. 

Quel ne serait pas en effet l'étonnemcnt d'un homme 
qui n'aurait étudié la circulation dn sai^ que dans les 
mammifères, en entendant soutenir qu'il est des mollus- 
ques qui peuvent à leur gré, et suivant des actions qui 
nous sont absolument inconnues, se débarrasser d'une 
partie de leur sang, en un mot se faire une saignée 
en entre- bâillant les lèvres d'un orifice à ce destiné? £t 
cependant, dans les animaux inférieurs, dans les polypes 
par exemple, le fait est général et se présente sans 
exception. 



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38 jAirm 



ASTRONOMIE. 

Ma «owdtaUoH phjralfne dn»ol«U. I4«m «c H. Vaye (1). 

Depiiîs la découverte des taches du BoleU, c'est-à-^ire depuis 
deuzviécles et demi, la question de la constitution physique 
du soleili soulevée par ces phénomènes, n'est pas sortie du do- 
midne des conjectures; c'est encore dans ce domidne qu'il 
faut ranger une théorie récemment produite avec l'éclat qui 
s'attache si légitimement à l'une des plus brillantes conquêtes 
ftcientiSques de notre époque. Cependant ces conjectures n'ont 
p» été inutiles; elles ont guidé les observateurs, éveillé leur 
attention, soutenu leur persévérance. liOS fliits se sont ainsi 
accumulés, tandis que le progrès général des sciences nous 
liuiilUarisait peu & peu avec cette idée, que les phénomènes 
du inonde physique doivent dépendre tous des mêmes lois. 
La moment paraît donc venu d'abandonner la virîe coi^ectu- 
nle et de chercher, non plus A deviner comment les choses 
doivent se passer à trente-huit millions de lieues de distance, 
mais rattacher l'ensemble des phénomènes & quelques lois 
général», de telle sorte que les fMfs paraissent être de simples 
déductions logiques de ces Icds. 

Ce qu'on voulait expliquer vers la fin du dernier siècle se 
réduisait aux trois points suivants. 11 y a trois étages A distin- 
guer dans une tache solaire : 1« le fond brillant général sur 
lequel la tache apparaît, c'est-A-dire la photosphère ; 3" le se- 
cond plan, moins lumineux, nommé pénombre ; 3° le troisième 
plan, sombre, presque noir, appelé noyau de la tache. Le ca- 
ractère général de ces trois teintes, c'est qu'elles ne se foui 
dent pas l'une dans l'autre par degrés insensibles ; leurs sép4- 
tioufl sont nettes et leurs contours tranchés. 

Le docteur Wilson, de Glascow, que ne gênait et ne guidait 
aucune de nos idées actuelles sur les lois du monde physique, 
traduidt littéralement dans sa coujecture ces trois impres- 
sions si nettes en composant le soleil d'un globe central so- 
lide, obscur, relativement fiwid, pour représenter le noyau 
TuAv des tachée, et d'une enveloppe brillante, afin de figurer 
la photosphère. Cette enveloppe aurait la consistance d'un 
broniUard lumineux «xœssiTement mobile, A travers lequel 
des éruptions gaseuses, parties çA et là du globe central, pro- 
duirûent des excavations dont les parois inclinées donneraient 
lieu A la pénombre, et dont le fond , c'est-à-dire le noyau 
opaque et f^id du soleil, formerait la partie noire de la 
tâche, 

Herschel I" adopta cette hypothèse, et, pour mieux rendre 
compte de la pénombre, il imagina en outre, entre le noyau 
obscur du soleil et les nuages brillants de la photosphère, une 
■ecimde enveloppe nuageuse capable de réfléchir la lumière, 
mais non d'en émettre. L'éruption gazeuse de Wilson devait 
trouer les deux enveloppes pour produire une tache. 

La théorie de Wllson et d'Herschel était sans doute exposée 
A bien des critiques, surtout en ce qui concerne oe globe 
central opaque et froid, mais elle mettait du moins en évi- 
dence deux choses capitales : 

i* Les taches sont des cavités et non un phénomène pure- 
ment superficiel comme le vouhUt La Hire, ou des saillies 
comme le prétendait Lalande. Les lois de la perspective ap- 
pliquées à l'aspect des taches solaires prouvent l'erreur de ces 
deux hypothèses, et il suffit d'ailleurs, pour avoir le sentiment 

(1) Voy. la conféreoce bile l'année dernière à la Sorboont, par 
X. U Verrier, dans le a* 22 da notre première année, p. 278. 



de la cavité, de placer dans un stéréoscope deux Images d'une 
même tache prises A deux Jours d'intervalle. 

2" La photosphère n'est ni solide ni liquide. Elle constate en 
un vaste amas de nuages lumineux, flottant dans un milieu 
fluide et formant autour du soleil une enveloppe continue oà 
s'opèrent qA et lA des déchirures (les taches), et des dénivella- 
tions (les Âicules]. Au lieu de se fonder uniquement sur dea ob- 
servations télescopiques, les partisans de cette théorie auraient 
trouvé dans la chaleur énorme du soleil et la faiblesse de sa 
densité moyenne des arguments fort sérieux s'ils avaient pu 
les concilier avec leur biiarre idée d'un globe central, opa- 
que, obscur, froid et même habitable. 

Les choses en étaient là quand Arago, appliquant pour la 
première fois l'analyse polariscopique de la lumière à l'étude 
de la constitution physique du soleil, vint apporter des argu- 
ments d'une valeur incontestable à l'appui de l'hypothèse de 
la fluidité gazéifonne de la photosphère. Les expériences 
d'Ar^o soulevèrent pourtant des objections nombreuses, 
dont M. Faye expose et discute les principales, surtout celles 
de sir John Herschell et de MM. Bunsen et Kirchoff. Ces der- 
niers ont montré qu'on reproduisait artificiellement les prin- 
cipales raies du spectre solaire en interposant la vapeur de 
divers métaux sur le trajet de la lumière émanée d'une 
source A spectre continu. M. Kirchoff a transporté conjectura- 
lement au soleil lui-même cette admirable combln^son de 
laboratoire; il lui faut une source de lumière continue : ce 
sera la photosphère ; 11 lui faut des vapeurs métalliques inter- 
posées : elles formeront l'atmosphère invisible du soleil. La 
nature de ces vapeurs sera d'ailleurs déterminée par celle dea 
rdes du spectre solaire. 

Dés que la photosphère est considérée conune une enve- 
loppe solide ou liquide, au pied de la lettre, il faut chercher 
hors d'elle la cause des taches, et c'est aussi ce que H. Kir- 
choff a tait. U s'est trouvé conduit A reprendre l'idée première 
de Galilée, qui essaya fout d'abord d'expliquer les taches par 
l'interposition de nuages accidentellement formés dans Tal- 
mosphère invisible du Soleil. Mais Galilée ne tarda pas A re- 
connaître et A démontrer l'erreur de sa conjecture, n Consi- 
dérez, dit-il, deux taches voisines, séparées, lorsqu'elle stHit 
près du centre du Soleil, par un intervalle lumineux un peu 
étroit. Si les taches étaient produites par des protubérances 
quelconques, ce filet de lumière diminuerait A mesure que 
les taches se rapprocheraient des bords, et ne tarderait pas A 
disparaître, parce que l'une des protubérances se projetterait 
sur lui et finirait par le masquer complètement. Or, Tobserva- 
tion montre que cet intervalle lumineux subsiste Jusqu'au 
bord du disque, et ne diminue, en général, que dans la pro- 
portion exigée par la perspective.» fl y a deux siècles et demi 
que les astronomes contemplent et mesurent ces phénomènes 
sans trouver en défhut la remarque de Galilée. 

Les taches solaires n'apparaissent que dans une large bande 
comprise entre 30 ou 35 degrés de latitude boréale et les de- 
grés correspondants de latitude australe ; encore faut-il en ex- 
cepter une petite zone équaloriale de quelques degrés de lar- 
geur, oû on les observe très-rarement. Ellea sont donc en 
relation étroite avec la rotation du soleU, et ce point, qu'Her- 
schel U a signalé la premier, ne doit pas être négligé dans 
la question. Les grosses planètes nous présentent des phéno- 
mènes analogues dans leurs bandes parallèles A l'équateur, et 
la Terre eUe-mâme» vue de loin, offrirait sans doute quelque 
ressemblance avec cette dl^osition dons les sonesjBounùses 



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147 



«u régime à$i vents aUsés et des nioussoiu* Ofi en admettant 
que, sur le soleil comme 8ur nos planètes, le» région» polairea 
loient moiqs cbaMdes que la «one équatoriale, il se produirait 
i travers son «tœwphère, toujours dans l'bypotliâse d'uQ 
noyau central opaqus, — des courants analogues i nos vents 
alizés, et par suite des tourbillons capables de déchirer la 
photosphère. Mais d'où pourrait provenir cette différence de 
température entre les pOles et l'équateur du soleil qui sert de 
baw i l'hypothèse T On est obligé d'admettoe ici qu'eo vertu 
de la rotation du soleil sur lui-mÔme, l'atmosphère invisible 
entourant la photosphère doit être aplatie aux pôles et reu- 
[téc à l'équateur, ce qui occasionneraît vers les pOles un re^ 
froidissement beaucoup plus actif. Cette brillante hypothèse, 
dne i sir John Herschel, est digne d'attention, parce qu'elle 
fait sortir le problème du domaine de la perspective pour 
rinlroduire dans celui de la dynamique ; mais elle pôche par 
14 base, car la rotation du soleil est trop lente pour détermi- 
aer dans cette aïoospbëreun aplatissement senùble, et, d'un 
autre cAté, si elle était exacte, les taches solaires, comme les 
nua^s transportés par nos vents alisés, affecteraient une vi- 
tesse commune de translation dirigée des pâle» vers l'équa- 
teur, résultat que les observations les plus récentes ne con- 
firment pas du tout. 

Il est encore une autre conception mécanique d'un carao* 
tère grandiose et qui se rattache aux idées modernes d'équi* 
\4leQce entre le travail et la chaleur. Mayer, puis M. Watter< 
Ion, expliquent l'énorme provision de chaleur que contient la 
soleil par le choe de matière cosmique tombant incessam- 
ment sur lui de tous les points de l'espace avec l*énonne vi- 
tesse due & son attraction* Cette théorie, évidemment contre- 
dite par beaucoup de làits, ann eu du moins l'avantage de 
Ueo Adre eomprendre que les mouvements célestes sont un 
Taile réservoir d'énergie calorifique en puissance (et même 
en acte dans les phénomènes relatifs aux étoiles filantes et 
inx ateilithes). Toute grande masse pouvant dire considérée 
comme résultant de l'agglomération successive de matériaux 
éparpillés dans l'espace, la destruction de la force vive de ces 
matériaux a dû développer une chaleur considérable, ce qui 
répond au bit le plus général de l'univers stellaire. Telle se- 
rait ainsi la chaleur d'origine de notre soleil, dont il est im- 
possible de rendre coopte par des actions chimiques ou élec- 
triques, et qui constitue le premier à priori de Laplace dans 
» mémorable hypothèse cosmogonique. Les recherches en- 
treprises dans cette voie ont définitivement banni de la 
sdaoce l'idte d'an noyan lolaire (^aque et tnià, à laquelle 
presqne tous les astronomes adhéraient encore 11 y a peu 
d'années. 

Us éclipses peuvent évidemment nous révéler certains 
détails, extérieurs à la photosphère et invisibles pour nous 
àm d'autre* circonstances; mais ellet ne nous ont rien ap- 
^ sur la photosphère elle-même, si ce n'est que les taches 
M sont pas dues à des nuages, ce que nous savions déj&. 

Les recherches sur la constitution des taches et leur rota- 
tion sont plus fécondes, puisqu'elles se rapportent directe- 
Beat à la photosphère, et M. Paye expose un certain nombre 
de travaux exécutés tout récemment dans ce sens. Quant aux 
beoles dont la liaison avec les taehes est depuis longtemps 
coonae, les observations délicates de 101. Dawes et Secchi ont 
établi qu'elles se maintenaient au-dessus du niveau général 
de la photosphère, et il est même assez difficile, pour les par- 
tiMns de la liquidité de la photosphère, d'expliquer comment 



des vagues de plus de 100 UQnes de haut peuvent exister des 

jours entiers dans un océan liquide. Lee taches sont fort sou- 
vent accompagnées de facules placées en général & leur 
gauche. M. Laugier avait montré, dès 18â0, que les tachm 
n'avaient pas toutes la même vitesse de rotation sur le globe 
du soleil, la durée complète de la rotation variant de vingt* 
quatre i vingt-six jours, et tout récemment, après huit ans de 
travaux assidus, dont M. Paye expose les résultats, H. Car* 
rington est parvenu à établir par des chiffres que la durée de 
la rotation augmente avec la latitude d'une manière telle» 
ment régulière qu'on peut condenser dans une Ibrmule lei 
résultats de cette continuité. 

Après cet exposé historique de la question, H. Paye a déve • 
loppé asses longuement ses idées sur la eonstitutiim physique 
du soleil. Rien, dit-il, ne distingue notre soleil de la multi- 
tude d'étoiles qui brillent au oiel, et les utronomos admet- 
tent volontiers qu'il est une étinle de moyeniw grandeur 
ayant une lumière & peu près blanche. Mous sommas dcnc en 
face d'un phénomène fort considérable sans doute pour nous, 
mais très-ordinaire dans l'univers étoilé ; il convient donc aussi 
de parler de l'idée la plus simple et la plus ^tplieable à la 
généralité des étoiles i cette idée, ce sera la dissémination 
primitive de la matière et sa réunion successive en vastes 
amas sous l'empire de l'attraction. De li, deux oonséquenoet 
immédiates : 1° la destruction d'une énorme quantité de force 
vive remplacée par un énorme développement de chaleur ; 
9* un mouvement de rotation plus ou moins lent pour la masse 
entière. Le calcul de la chaleur d'origine, ainsi développée 
dans l'acte de formation du soleil, a été fait par M. Helmholtx, 
& l'aide de diverses suppositions plausibles sur les éléments 
numériques de la question. Ce cdcul montre qu'il est aisé de 
rendre compte ainsi d'une durée de plusieurs millions d'an- 
nées, tandis que les actions chimiques ne fourniraient pas à 
la dépanse actuelle de chaleur depuis la moitié de la période 
histrâlqne 0000 ans). Cette choeur interne, quand 11 s'agit 
d'une massa considérable, dépasse de beaucoup la tempéra- 
ture i laquelle les actions chimiques peuvent 8*exercer. Hais 
le reftoidissement s'opère bientôt et produit un équilibre ca- 
lorifique particulier. En fait, la tempiérature superficielle du 
soleil n'attdntpas ce point de dissociation universelle; elle 
na dépasse pas beaucoup celle que nous savons produire dans 
nos lalxwatoires, puisqu'on a calculé que la chaleur émise 
par le soleil n'était que de 16 à 45 fois supérieure i celle qui 
est engendrée dans le foyer d'une locomotive. Les forces mo- 
léculaires, — afBnlté et cohédon, — détruites dans la masse 
interne, commencent A reparaître h la surface; le Jeu de ces 
forces donnera naissance à des précipitations, à des nuages 
de particules non galeuses susceptibles d'incandescence, dbnt 
nos flammes brillantes nous offrent tant d'exemples. Bientôt 
ces particules, sollicitées par la gravité, gagneront en tombant 
les couches inférieures, où elles finiront par retrouver la tem- 
pérature de dissociation, et seront remplacées, dans les cou- 
ches superfidiriles, par des masses gaxeuses ascendantes qui 
viendront y subir le même sori. L'équilibre général ne sera 
donc ainsi troublé que dans le sens vertical par un échange 
incessant de l'intérieur & la superficie, et comme la masse in- 
terne ainsi mise en report avec l'extérieur est énwme, on 
conçoit que VémlMioQ superficielle, puisant incessamment 
dam le vaste réservoir de la chaleur centrale, constitue une 
phase de très-longue durée et d'une grande constance. La 
formation d'une photoephèi» Inminenaet limite apparente du 



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REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



28 Janvier 1865. 



soleil, se déduit donc trës>simplement de ces prémisses. 

Les (aches et les fhcules s'expliquent a\ap très-facilement. 
Dans celte agitation incessante, on comprend aisément que, là 
où les courants ascendants prendront plus d'intensité, la ma- 
tière lumineuse de la photosphère soit momentanément dis- 
sipée. A travers cette sorte d'éclaircie, ce n'est pas le noyau 
solide, firoid et noir du asleil que l'on a[)crcevra, mais la 
masse gazeuse ambiante et interne, dont le pouvoir émlssif, 
à la température de la plus vive incandescence, est presque 
nul relativement à. celui des couches superficielles. Quant aux 
facules, ces rides lumineuses dont l'apparition fait présager, 
presque A coup sûr, la prochaîne formation d'une tache, sont 
évidemment dues, comme les taches, aux courants ascen- 
dants. La photosphère n'est pas une surface de niveau dans le 
sens mathématique; c'est la limite générale à laquelle les 
courants ascendants portent, dans la masse fluide générale, 
les phénomènes physiques ou chimiques de l'incandescence. 
Mais bien que le phénomèuc dans son ensemble affecte une 
remarquable régularité, puisque lâ surface brillante nous ap- 
paraît parfaitement sphérique, on conçoit qu'un afflux local 
plus rapide puisse dépasser cette limite et porter un peu plus 
haut les nuages lumineux ; leur mouvement doit donc être 
un peu en retard sur la zone correspondante de la photo- 
sphère ; de là une tendance à se placer tout d'abord en arrière 
des taches, c'esl-d-dire & gauche. 

En delion des époques cosmogontques dont nous n'svont pas à nous 
occuper, dit M. Faye eu tannîoint, il y a trois phases à coDsidérer dans 
le reflroiffissemenl d'uue masse fluide isolée dans l'espace, ànintée d'un 
mouvemenl de rotation, et portée à une température bien supérieure 
aux forces d'association i^ysique et chimique des molécules et des 
atomes. 

1<* La phase de complète dissociation {nébuleuse?}, où la chaleur va 
en décroissant du centre ii la péripliérie. Cet étal est susceptible d'un 
équilibre particulier ; le pouvoir émissif est Irùs-fiïttle ; la lumière est 
purement superficielle, puisque celle des couches profondes peut être 
absorbée entièrement par les couches superficielles ; le spectre est pro- 
bablement réduit à do nombreuses mies brillantes séparées par de larges 
ntervalles obscures. 

2* Refroidissement des couches externes jusqu'au pt^t le jeu 
des affinités moléculaires devient possible. Formation d'une photos- 
phère, espèce de laboratoire superficiel qui détermine les contours ap- 
parents de la masse. Pouvoir émissif considérable pour la chaleur et la 
lumière. La lumière éotise vient d'une profondeur contidérable de la 
photosphère. Le specire de la phase précédente est interverti. La In- 
mièra n'est sensiblement polarisée sous aucun angle d'cmergence. 

L'énonne flux de chaleur émané de h photosplière est entretenu aux 
dèpAis de la nasse entière par le jeu des courants ascendants et descen- 
dants qui .s'établissent entre les couches profondes et la péripliérie, 
courants impossibles vers la An de la phase précédente. La deuxième 
phase doit donc occuper un laps de temps considérable et présenter 
dans les phénomènes une grande fixité. 

Si la photosphère vient à se dissiper loealoment, la lumière et la 
chaleur émise se réduisent en ce point dans le rapport des pouvoirs 
èmissiCi de la photosphère à celui du milieu gazeux général. 

Le mouvement de rotaliea ne s'exéeute pas tout d'une ptèce comme 
dans les masies fluides soumises aux lois de l'équilibre : la surbce est 
ea retard sur le mouvement de la masse entière sous l'aatagoiùsme des 
forces qui troublent cet équilibre, les pliènomènes superficiels peuvent 
raitftir les caruclères de l'intermitteoee. 

3* Lorsque par les pntièsda refrokUMemMt les cowanti verticaux 



commencent à se ralentir, la photosphère, devenue très-épaisse, prend 
b la surlace une consistance liquide ou pâteuse, et fliialeroefll solide. 
Alors la communication avee la masse centrale est interceptée; le re- 
froidissement de la masse centrale ne s'opère plus guère que parla am- 
pie conductibilité d'un liquide 'plus ou moins pâteux; celui de la croûte 
liquide ou solide fait des progrès rapides à la superficie ; la rotatioc m 
régularise ; les phénomènes des taches et des facules ont disparu, et la 
figure est celle qui convient à une masse fluide en équilibre sous l'actioa 
des forces Intérieures. L'Intensité de la radiation baisse ra|ndeaienl; U 
lumière émise obliquement est fortement polarisée, le specire précé- 
dent ne change pas essentiellement d'aspect, mais il ne présente ptu 
que les raies noires dues à la couche atmosphérique, qui esldésormiii 
distincte du corps même de l'astre ; le spectre des bords dilTère nota- 
blement du spectre central par le nombre et la teinte des raies, tm 
viennent les phénomènes de l'extinction définitive. C'est là U phue 
géologique. 

Arrêtons-nous un instant su début de la troUième phase, e*est4-diR 
ù la période de liquidité. Cette période est purement transitoire ; ellt 
ne saurait avoir une longue durée, tandis que la deuxième phase, pen- 
dant laquelle presque toute la masse contribue à l'émission de liunièrt 
et de chaleur qui s'efiiectue par la photosphère, peut durer des miUtooi 
d'années si la masse est considérable comme celle de notre soleil. Il |>i- 
raltdonc physiquement impoisible que les étoiles, eussent-elles été Ibr- 
mées au même Instant, soient aujourd'hui parvenues toutes à b Mi à 
cette période très-particulière de la liquidité, si voisine de rexlioction 
définitive. Dieu merci, la création entière n'est pas menacée d'uoe fia 
si proehaiae. 



Nous publierons dans notre prochain numéro la remarquable c«ilé- 
rence que M. Gratiolet vient de faire à la Sorbonne sur la physimmie. 

Les cours de la province et de l'étranger obtiendront désonnaii plot 
de place dans la Revue, et nous pouvons dès maintenant aunooctr 
comme devant paraître très-prochainement des leçons de M. MoiescboU 
(fie et lumière), de H. Lecocq {CMogie de l'Auvergne et V^étaiiim 
du printemps), etc. 

EnQn nous continuerons à publier régulièrement et m extento les 
cours de MU. Claude .Bernard, Berthelot, Vulpian, Lacsse-Dulbie», 
Becquerel, CliaUn, Riche, etc. 



UBEAIRIE G&HMEK AAILUilBE. 

KfVnnent de paraHre : 

La SciEMCE ET LES SAVANTS EN 186A, par M. ViCTOB HEUinu, rédac- 
teur scientifique de l'Opinion noftonalr. {"année, 1 vol. in-I8 Je 
3(i6 pages. S fr. 59 

DicnomuuE akidel des procrés des sciences et institution utu- 
CALES, comprenant par ordre alphabétique de matières ranaljie de 
tous les travaux faits en France et k l'étranger pendant l'asoée, 
relaUfi aux sciences médicales, par H. Garnies, précédé d'une inifo- 
duction par M. le docteur AmédAr Latoub. l'* année, 186A. 1 vol- 
in-lS de 500 pages. ^tr. 

PAtÉONTOLOClE STRATI GRAPHIQUE. —DE LA FAUNE QDATERNAIKE. t-efons 

professées au Muséum d'histoire naturelle peadaat l'année i66i, f 
H. A. d'Arcbiac (de l'Institut). 1 vol. in-8. 3 fr. 

Les CONsaLTAnoNs be hadaiii m StviCNt. Êtnde médico-littérsire, pw 
H. le docteur MtNiiaE. 1 vol. ln-8 de lAS pages. 3 fr. 

CUHATOLOGIE DES STATIONS BIVEBMALES BD MlDl DE tA FXANa (PSU. 

Amélie-les-Batns, Hyères, Mîce et Menton), par M. le doelearK 
Valcoubt. 1 vol. in-8. 3 (r. 

Examen de la puysiqde ad pout de vue dk la biolocib, par M. le iIm- 
teur Febran. 1 vol. in-18. 2 1^^- 



Le propriétaire-gérant : Geeheb BAUJjiut. 

PARIS. — IHPRIMERIB DE E. VARTINBTf RUI HIGHOM, S. 

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DËUXifcME ANNÉE. — N- 40. 



UN NUMtKO ; M CENTIMES. 



A FÉVRIER 1845. 



REVUE * 



DES 



COURS SCIENTIFIQUES 

DE LA FRANCE ET DE L'ÉTRANGER 

PHYSIQUE — CHIMIE — ZOOLOGIE — BOTAMOIE — ANATOMIE — PHYSIOLOGIE 
GÉOLOGIE — PALÉONTOLOGIE— MÉDECINE 



Pandt toni lee Samedis. 

Plri> SixmoU. 8fr. l!n an. 15 fr. 

DépniMBeBU. . — 1 1 » 18 

ttrMftr — 12 — 20 

fmê» Fit liMM w> «wt te Um wtw Uirtwim. 
fis Mi*.».. Piria, H fir. IM|«rt.. 18 fr. Élnngcr, tO fr. 



M. EUG. YliNG 
DIUKTEVII 

H. ÉHILX Algiave 
cnr K u RiMcmN 



On B'aboxuM 

A t,A I.IBBAI>IB OBBIIBI BAILllftaB 

11. m da l'icole-do-lUJwiiK, 
Kl chat tout Im libndrM, pir l'eimi d'an bon <h |>Dflt, 
oa d*n lundit nr Pirb, 

L'abtmMMlpMl ét 1- dkMbn «a <■ l-]rin 



Hé M. _ 16 — 30 — a» 



somcAnuB. 

SOBtaSaamnQUBSDBLAVILLBDBIliOll. — Oéologifl. — Coflfc- 
mne de tt. f«eeo^ i La gMogie da l'Auvriy ne. 

UHXÉGB DE FHANCK. — Médacintt expérimentale. — Om de 

H. Claadc BcrMrd • VIII al IX. Do l'aburplion IntaHimle, «1 «a 
pvtleaUor d« l'abtorptioii du cnrtre par taa Toiaa difatlrrea. 

couÉGB DB FRAKCC. — Gbimie. — Coon do M. KertMel • 111. Da 
r*oal oNInin (mile). Vntéàk d'aoïlyn. — Lm dUan. 

BOmAL M LA CHAItrrt. — ConHraMM dt N. k dodew BeMk (d« Ber- 
Ib): IV. Apfiiertton d> cowrt eaiwlint m Irritowant do» ndwma». 

KaÉlU maSTOIRE NATUMUS. — PliyaiqiU. — Com do M. Bee- 
^srrel ■ Dm phdnoorfiwi capillalref. 

BoUetin dea COnrf Cbimio orgairiqw : H. WORTZ. 



Piiril, 3 février 1863. 

La seconde et tlemière série des soirées scientifiques 
de la Sorbonne commence ce soir même. Voici l'ordre 
et le sujet de ces conférences, qui auront lieu, comme 
auparai-ant, tous les vendredis, et que nous publierons 
régulièrement : 

3 février. — M. Pasteur (de l'Institut) : Des fermenla- 
linns ou du rôle de quelques êtres microscopiques dans 
h nature. 

10 février. — M. Bertrand (de l'Institut) : Newton ; sa 
^ir et ses travaux. 

17 février. — M. Trost : Le feu. 

% février. — M. Claude Bernard (de l'Institut) : Sur 
la pbyuologîe du cœur. 

5 mars. — M, Ussajoux : Des sons musicaux; produc- 
tion et audition. 

iO mars. — M. Briot : Les nébuleuses. 

lia 



do 



17 mars.— M. Blanchard(dc l'Institut): De la produc- 
tion de la soie et de quelques autres matières textiles 
fournies par les animaux. 

31 mars. — M. Biche ; De Tair et de son rAlc dans la 
nature. 

Lundi dernier, M. Becquerel père a présenté h l'Aca- 
démie des sciences un long mémoire contenant les résul- 
tats des observations météorologiques exécutées, de- 
puis plusieurs années, sous, sa direction, au Jardin des 
plantes. Ces observations ont eu pour objet les variations 
de la température depuis une profondeur de 37 mètres 
au-dessous du sol jusqu'à une élévation de 27 mètres au- 
dessus; elles ont été faites régulièrement à six heures 
et neuf heures du matin, trois heures et neuf heures du 
soir. M. Becquerel se servait d'un thermomètre élec- 
trique très-sensible, donnant jusqu'aux vingtièmes de 
degré, et il a ctmstaté qu'à 16 et môme 26 mètres ati- 
ilcsisous de In surface du sol, il se produisait des varia- 
tions de température parallèles à celles qu'on obsenait 
dans Tair. 

M. Dclaunay a lu uu mémoire sur le calcul des inéga- 
lités du cours de la Lune dues à l'action perturbatrice 
du Soleil. 

M. Bussy a commuulqué les résultats d'un tiaviiil sur 
l'action réciproque de la crème de tartre et du plâtre, 
ayant pour but de sen'ir à l'étude des vins plâtrés qui 
vient d'être mise a» concours par la Société d'.igricul- 
turc. Le plâtrage des vins a pour but de rendis plus fa- 
ciles leur conservation et leur transport. Cette opération 
est pratiquée depuis trcs-longtonips, et bien qu'on n'ait 
pas encore constaté d'accidents sérieux qui paraissent 
en être la conséquence, rinfroduction de matières étran- 
gères dans le vin mérite d'attirer l'attention des savants, 
aussi bien au point de vue de l'hygiène qu'au point de 
vue puremrat théorique. 



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150 



Signalons encore un ménioii-e fort intéi'essant sur ta 
culture de la vigne, qui présente les résultits du trente- 
cinq années d'observations suivies sur le croisen^enl ^s 
cépages à jus incolore du midi de lu France aVcG loi cé- 
pages h jus coloré, ou teinturierf, qu'on rencontre sur- 
tout dans le centre. Ces travaux paraissent étiiblir un 
fkît très-intéressant, fs'cst que te pollen agirait non-seu- 
lement sur la graine, niais aussi sur le péricarpe. En 
effet, des cépages à jus incotore du Midi fécondcR avec 
le pollen du teinturier auraient donné immédiatement 
des grains à jus coloré. 

Tn retard inattendu nous oblige à remettre au pro- 
chain numéro la publication de la conférence de M. Gra- 
tiolet sur ta pàyaionomie, Èuiix Alglave. 



HEVUË DES GOUtlS SGlËN'nFiQUËS. h FivuBE 

Si, comme uu le dit, tout chemin mène à Rome, il est 



SOIRÉES SGffiNTIFIQUES DE LA VILLE DE RIOM. 

CONFKBSNCK DB M. HENRI LËCOg 
(«omqHMikiit «ir rinstihit.) 

fléolagle de rAnveryne. 

Messieurs, 

On repi-oche quelquefois aux historiens de ronmien- 
cer leur récit avant le déluge ; mais il faut bien accorder 
cette licence aux naturalistes, et surtout aux géologues. 

L'histoire de la terre doit précéder celle de l'huma- 
nité; avant de placer Tbomme sur le gïobc, Dieu voulait 
préparer et embellir son séjour. 

En effet, messieurs, si nous cherchons à pénétrer les 
mystères de la formation première de la planète que 
nous habitons, l'analogie nous conduit à supposer 
qu'elle fut autrefois à l'état de nébuleuse. J'ai dit l'ana- 
logie, messieurs, car si, munis de puissants instruments, 
nous essayons de sonder les profondeur du ciel, nous y 
découvrons des millions d'asires offrant à nos yeux des 
aspects différents, et nous apeivcvons à des distances 
considérables des corps entourés d'un léger brouillard 
qui nous renvoient à peine un peu de lumière diilbsc. 

Ainsi, par un seul de nos sens, par celui de la vue, 
nous assistons encore aux créations sans nombre qui 
s'opèrent dans l'espace. Nous avons une idée de rini- 
mensité de l'univers en voyant les étoiles, ces soleils 
lointains, briller d'une lumière qui leur est propre et 
convrir la voûte du ciel. Nous restons confondus devant 
CCS nébuleuses plus éloignées encore, poussière d'étoiles 
et de mondes dont notre imagination ne peut com- 
prendre ni le nombre ni l'éloignemcnt. Mais je ne me 
laisserai pas entraîner h vous décrire les merveilles 
des cieuxj un de mes savants collègues vous dévoi- 
lera, avec un talent et une précision que jo ne saurais 
atteindre, les mouvements, les relations de tous ces 
corps célestes, dont l'étude a tant d'attrait pour nous; 
et. d'ailleurs, il est un point où la science doit s'arrêter. 



bien plus vrai que toute science conduit à Dieu. 

VcrpïMlez-nioi, messieurs, de m'en tenir i notre 
jlobe, pauvre planète perdue dans Timmensilé, et dont 
l'étude est loin d'être complète. 

Recherchons sur la terre les phases et les écarts do sa 
jen«rs&e, les phénoni^e^ âfi l'état de st^ilité uù elle 
sen)ble pafvewM* et (it^wl-ètrepf)urron!i>nolisd^luirc ^i* 
ces faits qvotquc«-imos dot oon!ièquenc«8 dp rai\'C|iir. 

Des phénomènes que nous étudierous par la suite ne 
nous )Msaei\| i^tic^jn doqte sur l'état vaporeux cl chao- 
tique du globe, ni sur l'état liquide qui l'a suivi. 

La figure que j'ai l'honneur de vous présenter vous 
montre la terre encore nébuleuse dont le noyau se forme, 
et dont l'atmosphère immense s'étend au delà de TorbUe 
de la lune. 

Le mouvement considérable qui s'est établi pendant 
la condensation de notre nébuleuse peut donner la rai- 
son de cette chaleur piimitivc que le f^be terrestre 
conserve encore. Le mouvement de chaque molécule 
pi-écipitée, arrêté tout à coup, s'est inunédiatement 
transformé en chaleur, et la condensation ellc-m^mc 
devait aussi rendre libre une énorme quantité de calo- 
rique latent. Il ne faut donc pas s'étonner de la fustou 
primitive du globe. Elle n'est qu'une conséquence forcée 
de sa création, ainsi que l'accroissement de la densité 
avec la profondeur. 

Je n'ignore pas, aies.sicurs, que le célèbre Poisson a 
supposé uuc autre çause possible à l'augmentation de 
chaleur à mesure que l'on pénètre dans l'intérieur du 
globe. Notre terre aurait p», entraînée comme tout notre 
système planétaire par le mouvement de Iraoslation du 
soleil, traverser dans l'espace des régions plus chaudes, 
et chercher maintenant à restituer par rayonnement à 
la partie plus froide de l'espace, oîi le soleil la conduit, 
l'excès de chaleur qu'elle a pu acquérir. 

Il est vrai que nous ignorons la direction du mouve- 
ment solaire; on a bien supposé que notre monde était 
entraîné vers la constellation d'Hercule; on a présumé 
qu'un des centres des étoiles de la voie lactée pomitit se 
trouver vers le groupe des Pléiades ; nous ne pouvons 
exprimer que des doutes. Il existe peut-être dans l'es- 
pace des astres plus volumineux que notre soleil, ne 
jouissant pas d'une lumière propre, et par conséquent 
invisibles pour nous. Qui sait même si ces astres divers, 
ou absorbant leur lumière, ne sont pas plus nombreux 
encore que ces étoiles brillantes, soleils lointains de 
l'univers I 

L'hypothèse de la chaleur centrale et du centre de la 
terre encore incandescent nous rend mieux compte des 
phénomènes divers qui se sont succédé sur notre pla- 
nète. Le soulèvement des montagnes, Tignition des vol- 
cans, la thermalité des eaux, les frissons désastreux que 
nous désignons sous le nom de tremblements de teiTC. 
tout accuse l 'incandescence du globe et le peu de stabi- 



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4MS. 



ftEVUB DES GOUHS SOENTIFlQnBS. 



m 



\Hé de sa 8iir{ac«. Ce n'est pas en Auvergne que l'on peut 
nirr le feu central. 

La terre n'ft-t-«He pas été soumise, avant la consolida* 
lioD de sa sorfiice, à des marées terrestres qui s'aocom- 
plissai«it« comme celles de l'océan, par l'attraction du 
Mtleil et de ta lune? Ne devons-nons p» à cette cause 
astronomique ses premières rides et ses premières iné- 
galités? 

L'eau' Tâporisée pendant longtemps put enfin desceu- 
riresor la lerre, pour s'évaporer de nouveau et se con- 
denser encore, emportant ainsi dans l'espace im flux 
coRsidéntbIe de chaleur. C'est alors que commence cet 
étemel ctmfHk de l'eàu et du feu, dont l'étude constitnc 
une des parties le» plus importantes de ta géologie. 

.\ cette 'époque reculée, l'Europe était encore en 
grande partie plongée sous ks eaux; un archipel consi- 
déraUe indiquait cependant sa position, et des lies nom- 
breuses mutinaient les points saillants qui, de nos jours, 
déterminent sa configuration et donnent mùssam'e aux 
fleuves qui en descendent pour porter loura flots à 
rocéu. 

Des bras de mer, de vastes détrmts ou des pisses ré- 
tréciee, séparaient ces terres anguleuses aux rivages 
abrupts ou adoucis, sur lesquels les vagues venaient se 
briser cb lames écnmeuses ou s'étendre en nappes noies 
el oaeiUaftkes. 

Aucun être vivant n'avait «icore parn sur la terre dé- 
solée; Dieu tenait la vie siupendae sur notre globe, et 
attendait i>oar la répandre d'avoir achevé sa pranièrc 
création. 

La {difsionomie de l'Europe était alors bien différente 
de ce q«'^ est eujourd'bw. Le vaste empire de Russie 
n'existait pas ; tontes ces terres basses et sableuses qui 
rtnelitncBt son sol étaient encore sous les eaux, et le 
(Continent européen était représmté par une lie (rès- 
éloadae, offk«n« près de trots ibis la mrfacc de )a France 
telh: qu'elle est actiieîtement. C'était lu prcsquile scafn- 
diaanre et ces vastes terrains qui sont maintenant te do- 
niae de ha Snède, de la Nonrége, de la Finlande et de 
hldqranie. 

Ce eoatinent avait déjà la forme d'un vaste fer à che- 
Viil irréfuiier. 

l'nautre eotdincBi, presque ausiu étendu que cdui-ci, 
«istait dans l'Eurepe orimtide, dans les lieux occupés 
pvkes monts Battaas, en Ttarquic, et par cette pointe 
«wliqnc qui sépare la mer Noire de la Méditerranée, et 
sè le détroit da Bosphore est venu plus tani s'interposer 
*MKees dem pivtKs du vieux raimde. Gesdeox grandes 
^ marquaient arfors les dewt extrémités septentrionale 
cl méridionale de l'Europe, 

La première atteignait en latitude nord près du 72° 
tnrallùle et jusqu'au 56' au sud. 

U seconde commençait vers le hk' parallèle nord et 
vri¥ait praafue jus^'au vers- U midi. 

Un peu avant le 35' parallèle, se terminaient le» éep> 
<û«* Ha* ^partc«Mt i Tanèapel qm non» oocupe. 



C'était la partie la pins méridionale de TEurope; mais 
au nord, bien au delà de cette Ile Scandinave, qui pou- 
vait déjà mériter le titre de crmtinent, en comparant son 
étendue auxauti-es parties de l'archipel, il y avait encore 
la Nouvelle-Zemble, limite orientale de l'Europe, attei- 
gnant par sa porote nord le 70* parallèle, et l'archipel 
du Spitzberg dépassant le 80'- degré. C'est de toutes les 
terres connues la plus rapprochée dupAle. 

Après ces points dominants de l'ancien archipel eu- 
ropéen, \iennent ne placer un grand nombre d'Iles, 
toutes situées entre les deux principales que nous avons 
indiquées, et inégalement distribuées à l'est et h l'ouest 
du méridien de Paris. L'Espagneet 1c Portugal formaient 
un groupe séparé et dinsé en plusieurs lies assez éten- 
dues. La C(H^. la Sardaigne et quelques parcelles de 
l'Italie en formaient un antre. 

Le groupe britannique était composé d'Iles assez re- 
marquables, dont la principale constituait une partie de 
rÉcosse, et se Hait par les Shetland aux terres du nord, 
tandis que la pointe de l' Angleterre, qne l'on désigne 
sons le nom deComonailles.se rattachait & la Bretagne, 
alors isolée et complètement insulaire. 

Enfin, quelques grandes Iles, également accomp^ées 
de leurs Ilots, constituaient avec celle de la Bretagne 
tout le ifÀ émergé de la France et de rAltemagne. 

Vne de ces Iles, plits étendue que tontes celles du 
n>ème groupe, s'élevait dans la partie méridionale de 
!'Eur<^, placée à une certaine distance du centre de 
l'archipel, et rapprochée, d'nn côté, de Hle de Bre- 
tagne. 

Celte grande Ile, qui constitue un point de l'ancienne 
Eiirf^ et qui forme aujourd'hui l'Auvergne et tout le 
massif central de la France, est traversée par le 45* pa- 
rallèle, et se trouve par conséquent à égale distance du 
pôle et de réquatcnr. Elle s'étend, en latitude, du 47' pa- 
rallèle au (iW. offrant ainsi deux caps primitifs qui se 
proloi^ent an nord et sn midi. 

!*e méridien de Paris vient également la couper, lais- 
sant cependant la pins grande partie il l'est de celte 
ligne. 

Partout ailleurs, en Kurf)pe, c'était la mer dont les 
Ilots mobiles venaient successivement battre ces loin- 
taina rivages, transportant d'un point sur un autre des 
germes destinés à propager la vie et h fevoriser cette 
dispersion primitive des espèces dont les traces nous 
échappent et sm* laquelle la vie actuelle ne peut guère 
nous fournir d'indices. 

Bi le jJaleau central ne s'élève pins au-dessus des 
eaux, si comme autrefois il n'est plus battu par les va- 
gues de la mer ooïithiqœ, il peut encore Ctre considéré 
dans son ensemble, comme une grande lie géologique, 
presque partout limitée par des t^rains jurassiques ou 
par quelques dépèts plus anciens, appartenant au trias 
et au groupe carbonifère. 

Cest pendant cette période insulaire de TEurope que 
les houilles s'y déposaient avec les débris d'une vëgéta- 



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REVUE DES COURS SdENTlFlQUES. 



t FÉTRCBE 



lion toute particulière. C'est aloi>s que la nature aniiis- 
sait dans les anses, dans les lacs et les bas-fonds de cette 
(grande ile, des richesses tninéralesque l'industrie exploite 
ai^ourd'hui. 

Au moyen des terrains sédimentaires, Tlle centrale a 
été complètement reliée au sol de la France et de l'Es- 
pagne, dont l'ensemble a sans doute été soulevé pendant 
une longue suite de siècles. 

Des sédiments plus modernes se fornièient ensuite 
dans les eaux douces, abondamment répandues sur le 
terrain primitif de l'Auvergne. C'était Tcpoquc des 
grands lacs, des grands bassins remplis, comme le sont 
encore ceux de l'Amérique du Nord. Peu h peu les c<il- 
raires, abandonnés par ces eaux, ont exhaussé le fond 
des bassins, pendant que l'acide carbonique, qui arrivait 
au jour en dissolvant ces bases terreuses, comme cela se 
tuasse actuellement dans toutes nos sources minérales, 
se répandait dans l'atmosphère et devait concourir, par 
son abondance, à Tactivité de cette ancienne végétation. 
Il fallait, du reste, une grande quantité de végétaux pour 
nourrir les nombreux mammifères herbivores qui habi- 
taient l'Auvergne, depuis le rhinocéros et l'hippopotame 
jusqu'à CCS légions de rongeurs et ces nombreux pachy- 
dermes contemporains de ces assises calcaires. Il n'est 
pas rare d'y rencontrer des os d'oiseaux, et surtout des 
œufs qui paraissent provenir d'espèces aquatiques. Enfln 
des débris de tortues, de crocodiles et de quelques au- 
tres reptiles, des mollusques d'eau douce, complètent, 
avec quelques restes de végétaux, la série des êtres or^ 
ganisés de cette curieuse époque. 

La période tertiaire finissait, et quelques sources mi- 
nérales déposaient encore leurs produits sur les bords 
de la Limagne, dans le bassin d'Aurillac et dans le creux 
du Puy, lorsque les premières éruptions volcaniques se 
manifestèrent, sans doute vers les contrées du Cantal, du 
mont Dore et du Mezenc. 

Des coulées de trachyte s'épanchèrent sur le sol pri- 
mordial, des matières pulvérulentes les accompagnè- 
rent; et, à plusieurs reprises, les eaux entraînèrent les 
débris ponceux jusque sur le sol calcaire de la Limagne. 

Bientôt cet ensemble de coulées, de tufs, de conglo- 
mérats ponceux remaniés par les eaux, fut disloqué par 
l'apparition de nombreux filons de même nature, qui 
ont brisé les terrains à travers lesquels ils sont sortis, et 
ont commencé l'œuvre de dégradation que le temps et 
les eaux ont si largement continuée dans nos massifs 
trachytiques. 

L'ère trachytique parait avoir été terminée par l'appa- 
rition des phonolites qui se montrent sur quelques points 
du Cantal et du mont Dore, et qui se sont développés sur 
une très-grande échelle dans la chaîne du Mezenc et aux 
environs d'Issingcaux. 

Ces roches furent immédiatement suivies, et l'on peut 
dire aussi accompagnées, de l'épancbement de très- 
grandes nappes de basalte, dont plusieurs couvrent 
d'immenses espaces. En ^néral, ces basaltes, caracté- 



risés par la présence de l'olivine, comme les trachytes 
le sont pur celle du feldspath, ont coulé tout autour des 
massifs de trachyte sous la forme d'une large ceinture, 
souvent interrompue par de profondes vallées; noais il 
est souvent diflicilc de reconnaître laquelle des deux 
roches, du trachyte ou du basalte, a posé la première 
pierre de l'édifice démantelé, dont les ruines attirent 
notre attention. 

La volcanisation moderne, dernière période de ce 
vaste incendie, n'a fait qu'ajouter aux nombreuses iné- 
galités du sol tous les cônes de scories de la chaîne des 
monts Dômes, des flancs du mont Dore et les longues 
séries de la Haute-Loire ou les pics isolés du Vivarais. 

La conflagration devint générale : de grandes lueurs, 
d'immenses combustions, vinrent éclairer ces scènes 
d'horreur et de magnificence, dont l'homme déjà peut- 
être était témoin. La lave incandescente est sortie de 
cent cratères; elle a comblé des vallées, vaporisé des 
cours d'eau, et changé en déserts de pierres les sols fer- 
tiles qu'elle a fait disparaître. 

Aujourd'hui, la végétation s'est emparée des ruines de 
l'incendie et les cache sous sa luxuriante verdure; nos 
vieux volcans ont subi le joug d'une couronne de fleurs; 
les forêts se sont étagées sur leurs pentes. Au lien de 
scènes de désordre et de dévastation, les oiseaux chan- 
teurs arrivant de l'exil viennent y célébrer leurs jeux et 
leurs amours. Et d'ailleurs, messieurs, où les oiseaux 
trouveraient-ils un asile plus beau, plus sftr que nos 
campagnes fleuries? Ne doivent-ils pas un hymne de 
reconnaissance & l'homme éminent (1) qui a porté 
leur défense jusqu'à la tribune du Sénat? Dieu aurait-il 
refusé à ces êtres charmants la mémoire du cœur, le 
meilleur peut-être de tous les sentiments? 

Ce sont nos belles campagnes de l'Auvei^ne que nous 
allons parcourir dans nos futurs entretiens, heureux, 
messieurs, si je pms tous intéresser quelques instants, 
car j'ai aussi la mémoire du cœur. Je n'ai pas oublié la 
sympaUiie arec laquelle j'ai été accueilli en Auve^e, 
lorsque jeune et étranger^'arrivai tremblant parmi vous. 
Je n'ai pas oublié la confiance que la cour m'a témoi- 
gnée en m'appelant st souvent dans cette enceinte, où 
j'ai l'honneur de parler, pour demander à la science le 
secret du crime ou la preuve de l'innocence (2). 

N'est-ce pas ici, messieurs, que j'ai entendu, partant 
du point même où je me trouve (3) ou des rangs du bar- 
reau, ces modèles d'éloquence, de logique et de préci- 
sion, dont les uns, hélas 1 ont déjà disparu de la scène 
du monde, tandis que d'autres en occupât noblement 
les sommités les plus élevées? A tous, à toute l'An- 



(1) M. la Béaatear Boojeiit, premier président de U conr iopériila, 
anieur d'un rapport au Sénal mr la oittaux utiles 1 l'apindtare 

(1861). 

(2) M. Lecoq a été chargé longtemps comme chimiste des analfiei 
médieo-l^alei. 

(3) UbaïKdopneoreiirféoénldnBtainiMtoHUetaaniin. 



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lftB5. 



REVUE 0ES COURS SGIENTIFIQUËS. 



153 



vei^e, je dois de la reconnaissance; c'est une dett« que 
je serai toujours disposé à acquitter. 

H. Lecoq. 



COIXÉGE DE FRANCE. 

MÉDECINE EXPÉRIMENTALE (1). 

CnVRS DE H. CLAUDI BBIlIfABn 

(de llMtitiii). 

VIII et IX, 

Bc rtAmmwptimm laleatiMde , et ea purUcBUcr «le Vmh" 
■ wry tf »» ibi «rare fmr le« vêles dlfeiMlves. 

Dans les dernières séances nous avons traité de Tab- 
sorption des poisons par le tissu celliilaire sous-cutané, 
et nous avons distingué d'un côté le passage de la sub- 
stance du tissu cellulaire dans le sang, et de l'autre le pas- 
sagede cette même substance du sang dans les éléments 
des organes à empoisonner. Ces considérations se ratta- 
chent à la distinction du milieu intérieur et du milieu 
extérieur, faite par M. Claude Bernard au commence- 
ment de ce cours, et qu'il croit aussi féconde que nou- 
velle; car l'être vivant, formant en quelque sorte un petit 
monde au milieu du grand, cstconstitué pardcs éléments 
organiques qui nvent en réalité dans un miiicu organique 
qu'il importe absolument au médecin ot au physiolo- 
giste de bien connaître. 

Nous allons parler maintenant de l'absorption intesti- 
nale, bien plus complexe et plus variable h tous égards 
que l'absorption sous-cutanée. Ce point doit attirer tout 
spécialement notre attention ; car la première question 
qui se présente dans l'application d'un médicament, c'est 
sim absorption, et malgré tout, les médecins auront tou- 
jours une grande tendance à fiiire prendre les médica- 
ments par l'estomac. Nous devons donc chercher les 
conditions de l'absorption intestinale et l'étudier par 
l'expérience, car l'être vivant n'est après tout qu'un mé- 
canisme, très-compliqué sans doute, mais enfin un véri- 
table mécanisme, auquel il faut appliquer les procédés 
de l'analyse expérimentale si l'on veut arriver à une véri- 
table science. 

Dans nos études sur l'absorption intestinale, nous pren- 
drons pour pivot l'innocuité du curare dans l'estomac et 
les intestins. Vous avez pu constater vous-mêmes cette 
circonstance dans l'expérience comparative qui a été 
bite ici tout récemment sur deux lapins. Celui à qui 
nous avons donné une forte proportion de curare par ta 
bouche n'a pas ressenti le plus léger malaise, tandis que 
l'antre, qui l'avait reçu en beaucoup moindre quantité 
dans le tissu cellulaire sous-cutané est mort très-rapide- 
ment. 

Us faits 9oat par&itement connus; reste à savoir 



comment on pourra les expliquer. Ce n'est pas qu'on 
ne l'ait essayé déjà bien des fois; mais il ne sufflt pas de 
doimer des explications, ce qui est toujours facile, il 
faut encore prouver la réalité des explications que l'on 
donne. Nousidlons donc jjasser en revue et critiquer ex- 
périmentalement les diverses explications proposées 
pour voir laquelle est la bonne, ou en exposer une nou- 
velle si aucune des anciennes ne nous parait satisfai- 
sante . 

La première opinion émise pour expliquer l'innocuité 
du curare consistait à dire que ce poison était un poison 
animal, et que les poisons de ce genre qui agissent très- 
activement sous la peau sont inactifs dans l'estomac. On 
citait h ce propos le venin du serpent qui n'est pas toxi- 
que dans l'estomac au moins dans certaines conditions. 
On disait aussi que la morsure des animaux atteints de 
la rage communique cette maladie, tandis qu'on peut 
impunément sucer la plaie empoisonnée ou ingérer dans 
l'estomac la bave rabiquc. Cette théorie, quej'ai partagée 
moi-même au début de nos recherches, distinguait les 
effets toxiques en deux grandes classes : ceux des poi- 
sons animaux qui ne se produiraient pas dans l'estomac 
et ceux des autres poisons qui se produiraient indilTérem- 
ment par toutes les voies d'absorption. Les conséquences 
de cette proposition appliquées au curare paraissaient 
donc très-logiques. Malheureusement la question n'est 
point là. II ne s'agit pas de savoir si les conséquences de 
la proposition sont logiques, mais si la proposition qui 
lui sert de point d'appui est vraie. En effet, lorsque nous 
commettons une erreur ce n'est point parce que la lo- 
gique nous a trompés, c'est parce que notre point de 
départ était mauvais. 

Or, iln'est pas exact .qu'on puisse poser en règle géné- 
rale que les poisons animaux ne sont pas toxiques dans 
l'estomac : car le venin du crapaud par exemple, qui est 
certainement d'origine animale tue aussi bien dans le 
canal intestinal que sous la peau ; en employant des 
quantités suffisantes on peut même tuer ainsi de grands 
animaux. Sans doute, il y a des substances innocentes 
dans l'estomac et toxiques sous la peau puisque le curare 
est de ce genre; sans doute aussi certains poisons d'ori- 
gine animale peuvent être dans ce cas, mais ils n'y sont 
pas tous, et dès lors cela suffit pour qu'on ne puisse pas 
expliquer l'innocuité dans l'estomac d'un poison très- 
actif sous la peau en disant qu'il est d'origine animale. 

D'ailleurs cette autre proposition que le curare est un 
poison animal est-elle bien vraie elle-même? Voilà qui 
est fort douteux. Nous ne savons pas au juste quelle est sa 
constitution et les récits des voyageurs sont très-contra- 
dictoires. L'origine végétale du curare parait cependant 
de beaucoup la plus probable, et si elle était définitive- 
ment établie, il en résulterait que les poisons végétaux 
euxaussi peuvent être inoffSenstfe dans l'estomac et mor- 
tels sous la peau. 

La théorie que nous examinons s'écroule par la base. 
Mais si l'explication n'rat pas bonne les faits n'en subsis- 



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1» 



REVUE DES COURS SCIENTIFIQUES. 



h PÉvana 



lent pas moins et il fant les examiner de plus près. Or, 
nous arons déjà dit que l'innocuité du curare dans le canal 
intestinal n'était pas absolue, car certains animaux péris- 
sent asses rapidement lorsqu'ils en ingèrent une quan- 
tité assez considérable. En recherchant ce que ces ani- 
maux peuTcnt avoir de particulier, nous comprendrons 
peut-être mieux pourquoi Tempoisonnement se produit 
dans un cas et ne se produit pas dans l'autre. 

Le curare ingéré dans l'estomac est inoffensif chez 
l'homme et en général chez tous les mammifères. Ainsi 
on a nourri pendant longtemps des lapins et des chiens 
avec des aliments fortement imprégnés de curare sans 
qu'ils aient paru en ressentir auctm malaise. Cependant 
ce n'ést point 1& un fait absolument général, car Fontana 
et d'autres ont constaté que des cochons d'Inde ou des 
lapins pouvaient quelquefois être empoisonnés par le 
cnrarc qu'ils avalaient. II faut f^ire une distinction dans 
les résultats observés par Fontana et les autres, et dire 
pourquoi l'empoisonnement se produit dans un cas et 
ne se produit pas dans l'autre, sans cela ce seraient des 
observations empiriques. J'ai vu depuis longtemps déjà 
que Teffét toxique ne se produit pas par l'intestin quand 
l'animal est en état de digestion ; tandis que lorsqu'il 
est à Jeun rempoisonnement se produit bien plus facile- 
ment. 

Voilà un chien à jeun depuis plusieurs jours auquel nous 
donnons directement dans l'estomac, au moyen d'une 
canule de caoutchouc 3 décigrammes de curare dis- 
sous dans 10 grammes d'eau : c'est beaucoup plus 
qu'il n*en a fallu pour tuer un chien de même taille lors- 
que nous injections la substance dans le tissu cellulaire 
sous-cutané. Mais quand on opère dans le canal intesti- 
nal, lors même que l'animal est à jeun et que l'empoi- 
sonnement se produit il est toujours beaucoup plus lent 
et il exige une quantité de poison bien plus considérable. 
Notre chien qui a rct^Mi à jeun ces 2 décigrammes de 
curare est empoisonné assez rapidement, et cependant 
un autre chien parbitement semblable au premier, sauf 
^*il est à l'état de digestion, et auquel nous donnons la 
même quantité de curare dans l'estomac n'en ressent 
aucun effet toxique. Puisque nous avons pris deux chiens, 
et deux chiens aussi comparables que possible, on ne 
peut expliquer la différence des effets produits par la 
différence des espèces, comme l'a essayé Fontana : force 
est donc bien de chercher la raison de ces différences 
dans la différence d'état du canal intestinal au point de 
vue de la digestion, seule circonstance qui varie d'un 
cas à l'antre. 

J'ajouterai que chez les oiseaux le curare est toxique 
dans l'estomac, & jeun et même à l'état de digestion; 
mais il est plus difllcile et plus lent ft ce dernier état 
que lorsque l'animal est à jeun. 

Voilà donc les faits bien précisés et nous pouvons 
maintenant raisonner sur eux : la discussion aura une 
basç claire et bien poséCt 

Le curare se comporte dans le canal intéâtinal comme 



s'il étfdt digéré avec les aliments. Serail-il donc modifié 
sous l'influence des sucs digestifs ou par suite de quel- 
que autre circonsiance? C'est ce que nous allons exami- 
ner. 

Quant au suc gastrique, il est certain qu'il ne fait su- 
bir au curare aucune modiBcation qui altère ses proprié- 
tés toxiques. En effet, M. Claude Bernard a souvent pra- 
tiqué sur des chiens des fistules stomacales artificielles, 
maintenant ces fistules à l'aide d'une canule d'argent 
pour pouvoir extraire à volonté du suc gastrique. Or. 
en recueillant ainsi le suc gastrique d'un chien qui avait 
ingéré du curare, on constata toujours que ce curare sy 
trouvait encore à son état ordinaire, car ce suc gastrique 
injecté sous la peau était un poison pour tous les ani- 
maux, bien que le chien qui le portait dans son estomac 
n'eu ressentit lui-même aucun effet funeste. Il est cer- 
taùi cependant, que le suc gastrique du chien lorsqu'il 
n'est mélangé d'aucune substance étrangère n'est pas 
toxique pour les autres animaux sur lesquels on opérait; 
et d'ailleurs ces animaux mouraient avec les symptômes 
du curare. 

Comment donc se fait-il que le chien ne soit pas em- 
poisonné par sou suc gastrique? C'est que l'estomac où 
ce suc gastrique est placé n'absorbe pas suffisamment, 
et dès tors l'action dupoison ne peut se manifester. C'est 
même là ce qui arrive très-souvent aux médicaments 
qu'on administre par l'estomac : ils ne sont pas absor- 
bés ou ne le sont que dans des proportions insigni- 
fiantes, ce qui peut souventfiUretomber le médecin dans 
les plus grandes erreurs. Mais l'idée que nous avan- 
çons là ne serait qu'une hypothèse ou une explication 
arbitraire à laquelle on ne pourrait attribuer aucunr 
valeur. Il faut donc prouver l'exactitude de cette expli- 
cation, c'est-à-dire établir expérimentalement le fait 
qui lui sert de base, à savoir que l'estomac absorbe très- 
peu. Cela peut se démontrer en effet, et voici comment. 
La strychnine introduite dans le canal digestif s'y com- 
porte comme un poison violent au moins à dose suffi- 
sante. Cependant, si en introduisant la substance à dose 
toxique dans le canal digestif, nous limitons l'absorption 
à la surface de la muqueuse stomacale par une forte 
ligature pratiquée au pylore, l'empoisonnement ne se 
produit pas ; et cela tient si bien à la ligature du pylore 
que si l'on relâche cette ligature les effets toxiques se ma- 
nifestent aussitêt. Ces expériences, ducs à d'autres au- 
teurs, ont été souvent répétées par M. Claude Bernard 
lui-même et leur résultat est certain. Mais il ne faudrait 
pas en conclure que l'estomac n'absorbe pas du tout. 
En général, quand un poison ne produit pas son effet 
toxique ordinaire, on ne doit pas se h&ter d'en conclure 
qu'il n'est pas absorbé, car deux cas peuvent se présen- 
ter : ou bien il n'est pas absorbé du tout, ou bien s'il est 
absorbé, il ne l'est pas en quantité suffisante pour pro- 
duire des effets toxiques. Cette seconde explication est 
celle qui convient pour l'estomac, car dans des expé- 
riences faites avec une substance très-facilement recon- 



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REVUE DBS GOUklB B(iIENTIFIQtJES. 



195 



ntissftble du» l'urine, le pniBsiatP de potasse, M. CUude 
Bernard eut occasion de constater plus d'une fois que le 
prussiate était absorbé lentement, il est vrai; mats enfin 
il rétait puisqu'on le retrouvait dans les urines. 

Le curare n'étant pas modilé dans Tcstomac, il passe 
doD« dans les intestins avec ses propriétés toxiques^ 
et lices propriétés devraient se manifester. Cependant 
eelasVi pas Heu. Le curare Mibirait-il donc de la part de 
lï hWc ou dn suc pancréatique une certaine action qui 
chaa^rait sa nature? C'est ce qui reste h voir. Mais en 
Mlmetlant que cela ne se vérifie pas, on pourrait encore 
rhercher à expliquer l'innocuité du curare par les pro- 
priétés des membranes organiques. En eOtst, les belles 
expériences de Grabamsurla dialyse, qui sont appelées à 
flairer bien des points de la physiologie restés jusqu'ici 
fnrt obscurs, ont amené ce savant à ranger les diverses 
Mibstances de la nature en deux classes bien distinctes, 
les substances erittaUoîit» et les substances toileidn. Les 
Itremiëies, comme la strychnine (pour ne pas sortir do 
notre sujet), pa»ent fc tra\Trs le papier préparé qui 
forme la membrane du dialyseur; les substances col- 
loïdes, au contraire, par exemple la gomme, la géla- 
tine, etc., sont incapables de traverser le papier du 
ilialysenret en général une membrane organique quel- 
conque. On pourrait donc émettre la pensée que le cu- 
rare cstune substance colloïde, c'est-A-^ire qui ne dia- 
lyse pas, et Ton comprendrait alors parfottement 
pourquoi elle ne serait pas absorbée dans l'intestin : car 
l'absorption consiste essenliellement dans un passage 
» IraTers le» minces parois des vaisseaux capillaires qui 
ressemble tout h fait à la dial}*sc au moyen d'un mince 
membrane organique. Ce serait donc là imc explication 
physique du phénomène, et M. Claude Bernard a voulu 
vMBer si elle était exacte. Hais ses expériences lui ont 
prou\'é que le curare passait & travers les membranes 
comme une substance rristalloTde; c'est même là un 
mojcn de séparer la matière active du curare d'un cer* 
tain nombre d'impuretés qui l'altèrent toujours. Bans 
doute, on n'a pas encore obtenu le curare h l'état de 
rristaux, mais on y arrivera peut-être un jour; et ces 
expériences prouvent qu'on doit ranger ce corps parmi 
les substances cristalloïdes. 

la question étant ainsi restreinte, il est évident que 
c'est dans le canal intestinal ou dtms l'action des sucs 
intestinaux sur le curare que nous devons chercher les 
catises qui fmpéchcnt le curare de produire ses eOlets 
toxiques lorsqu'il est ingéré par la bouche. 

!<o(is avons déjà dit combien il était difficile de régler 
l'absorption du curare par letanal Intestinal. H. Claude 
Itwnanl tient à insister sur Ce point pancc qUe nous ver- 
rons cette difficulté se reproduire, quoique à un moin- 
dre dpgré, pour d'autres médicaments. C'est même là 
an des obstacles les plus considérables que rencontre la 
"iWecine, car on ne sait jamais au juste ce que peut de*- 
Tenir ttn médicament dans le éanal intestinal. 

Claude BetimH a déjà ftit précédemment qu'il 



n'admettait pas qu'un poison qui tiuit certains animaux 
n'atteignit pas aussi tes autres, surtout quand ils appar- 
tiennent aux mêmes classes. C'est là une chose qui lui 
parait impossible à comprendre physiologlquement, et 
qui cependant peut être vraie comme fkit brut. 
M. Claude Bernard revient sur celte proposition paree 
qu'elle lui paraît fondamentale. En effet, si le point 
qu'il a émis — que les poisons portent leur action sur les 
éléments histologiques — est vrai, il en résulterait que 
ces différences d'action des poisons cb» les di^^rs ani- 
maux indiqueraient que ohex eux les éléments histologi- 
ques difll^rent de propriétés et de nature, ce qui est ab- 
surde. Si le venin de la vipère oucelui du crapaud qui tuent 
rapidement une grenouille n'atteignaient aticunement 
la vipère ou le crapaud lui-même, il en résidterait que 
le système nerveùx ou le système musculaire tic la gre- 
nouille différerait asseï du système nerveux ou du sys- 
tème musculaire du crapaud pour que les poisons qui 
tuent l'un restent sans nction sur l'autre. Heureusement, 
il n'en est pas ainsi, et il n'y a d'autres diOéronces que 
des dilTércnccs de degré. Les expériences eomparativen 
faites par M. Claude Bernard ont montré que le crapaud 
et la vipère sont parfaitement empoisonnés par leur 
propre venin; il en ftiul davantage sans doute, surtout 
quand on opère en hiver, mais voilà tout, et le phéno- 
mène reste au fond parfaitement le même dans les deux 
cas. La grenouille est du reste très-sensible à l'action 
des poisons, comme on peut le voir, par exemple, avec 
Tu/H» onfiar, poison qui agit spécialement sur le cœur 
comme le venin de crapaud ; l'upas antiai* agit aussi plus 
difficilement sur le crapaud. S'il était vrai que le venin 
du crapaud, très-toxique pour la grenouille, IQt inof- 
fpnsif pour le crapaud, toute base sérieuse manquerait 
à nos études, car un homme dilR^re évidemment beau- 
coup phis d'une grenouille que celle-ci d'un crapaud, 
et par conséquent toutes les expériences que nous fai- 
sons ici pour éclairer la physiologie de l'homme ne 
prouveraient rien pour l'homme. Or, nous démom 
Irerons que les effets toxiques sont les mêmes chez 
les animaux et chez l'homme. On a dit aussi que le 
lapin pouvait impunément manger de la belladone; 
cela se peut comme fait brut; mais nous répéterons en- 
core à ce propos ce que nous avons déjà dit plus haut, 
à savoir que co ne sont pas les Ihits qui constituent la 
science, mais bien les explications qu'on donne des 
faits, et les Idées que nous y attachons. 

on peut citer aussi les niminanl» qui ont toujours 
dans leur (wnse une grande quantité d'aliments, même 
après un jeûne prolongé pendant plusieurs Jours. Il est 
vrai, du reste, que surtout chex les ruminants les poi- 
sons ingérés par la bouche sont toujours très-peu actifs 
parce qu'ils se mélangent dans la panse avec lês ali- 
ments; eette (lanse a d'alllenrs une épithélium très- 
dur el très-peu absorbant, à peu près comme pourrait 
être celui d'une peau extérieure. 

On peut de même, sans danger d'empoisonnement, 

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15« 



REVUR DES COURS SGiENTIPiQUES. 



injectér des cyanures très-toxiques dans le tissu sous- 
cutané d'un cochon, c'est-à-dire dans le lard ; ce tissii 
contient, en effet, très-peu de vaisseaux, et il est, par 
conséquent, fort peu absorbant. Mais, tout cela, ce ne 
sont que des faits isolés, qui s'expliquent par diverses 
considérations extrinsèques, en quelque sorte, en ce 
qu'elles modiflent l'absorption des poisons. Mais le prin- 
cipe général, c'est que les éléments bistolog^ques res- 
tent les mêmes, et conservent toutes leurs propriétés 
d'un bout à l'autre de la série animale, depuis l'huilre 
jusqu'à l'homme : une fibre musculaire est toujours une 
fibre musculaire; un nerf est toujours un nerf, et les 
poisons qui le tuent chez certains animaux, doivent éga- 
lement le tuer chez les autres, sauf des différences de 
degré, mais non de nature. 

Pour citer un dernier exemple, Fontana dit à propos 
du curare que cette substance empoisonne les cochons 
d'bide auxquels on l'administre dans l'estomac contraire- 
ment à ce qu'il avait observé lui-même pour les autres 
animaux. C'est là un fàit qu'il est impossible d'admettre, 
d'après tout ce que nous venons de dire. Il y a probable- 
ment une circonstance de digestion ou d'abstinence, 
qui aura trompé Fontana^ et c'est ce qu'il est, par con- 
séquent, nécessaire d'éclairer. Pour cela, nous allons 
répéter l'expérience de Fontana, en précisant toutes les 
conditions que nous venons d'indiquer. Toici deux co- 
chons d'Inde, l'un à jeun depuis vingt-quatre heures, 
l'autre à l'état de digestion. Nous allons leur donner à 
tous deux la même quantité de curare dans l'estomac, 
et voir ce qui arrivera. M. Claude Bernard ne le sait pas 
lui-ntOme, car il n'a pas encore fait cette expérience ; 
seulement, il en prédit les résultais par analogie. On dit 
quelquefois que la science prédit les phénomènes futni-s ; 
cela est vrai, mais cela n'est pas exact de le dire. Ainsi 
la science ne prédit que ce qu'elle a observé et étudié ; 
si nous prédisons et afflrmons le cours des astres, c'est 
parce que nous les avons vus et observés pendant long- 
temps. Le médecin ne pourrait pas, au commencement 
d'une flèvre éruplive, prédire les phases diverses et l'évo- 
lution successive de la maladie, s'il ne l'avait vue très- 
souvent se développer sous ses yeux. 

Le cochon d'Inde, qui était à jeun, meurt en effet, 
très-rapidement, et celui qui était en digestion ne meurt 
pas bien qu'il ait reçu tout autant de poison que l'autre 
et de la même manière. Voici encore à côté deux 
lapins qui ont reçu ce matin trois fois plus de curare 
par l'estomac et par le rectum, sans paraître pour 
[cela en éprouver le moindre malaise. La circonstance 
de la digestion peut donc avoir une grande influence 
sur les résultats de l'absorption du curare dans l'in- 
testin, et surtout chez les herbivores, car une des rai- 
sons qui expliquent l'innocuité du curare dans leur 
canal intestinal, c'est la présence constante d'aliments 
en quantité plus ou moins considérable dans leurs or- 
ganes digestifs. 

Pour en revenir à notre second cochon d'Inde, on peut 



voir qu'il ne manifeste encore aucun symptôme extraor- 
dinaire, bien que l'autre smt mort en très-peu de temps. 
Selon toute vraisemblance, celui-ci ne périra pas. L'ex- 
périence de Fontana est donc tout à la fois vraie et 
fousse, suivant les cas, ou plutôt suivant les conditions 
dans lesquelles on se place. L'animal meurt lorsqu'on 
lui administre le curare à jeun dans l'estomac, et que 
cet estomac est vide: 11 échappe, au contraire, lorsqu'on 
lui fait prendre la môme quantité de curare à l'état de 
digestion, et l'estomac étant garni d'aliments. C'est bien 
là le résultat que H. Ghiude Bernard s'attendait à obte- 
nir en commençant l'expérience, parce qu'il avait déjà 
constaté des résultats analogues en opérant sur plusieurs 
autres animaux. On voit en même temps que toute con- 
tradiction a disparu à cet égard entre les cochons d'Inde 
et les autres animaux, et ceci nous montre qu'il ne suf- 
fit pas de constater exactement les fidts pour arriver à 
de bonnes observations; il faut encore raisonner sur ces 
faits, et, quand ils nous paraissent contradictoires, 
chercher les conditions variables qui amènent un certain 
résultat dans im cas, et un résultat différent dans l'autre; 
car au fond de toutes ces variétés, il y a une loi con- 
stante. 

11 semblera peut-être que nous faisons des digressions 
et que nous poursuivons des expériences dans tous les 
sens, et cependant nous ne perdons jamais de vue la 
question qui nous préoccupe, à savoir pourquoi le curare 
n'est pas toxique dans l'intestin de même qu'il l'est sous 
la peau. Comme nous le disions en commençant, on aura 
toujours une plus grande tendance à faire absorber les 
médicaments par le canal intestinal, et il faut bien dès 
lors essayer de fixer d'ime manière précise les condi- 
tions de l'absorption intestinale. 

Nous avons déjà procédé par élimination dans l'étude 
de cette question, et il nous a paru que l'estomac devait 
être éliminé, parce qu'il présentait une surface d'ab- 
sorption trop peu considérable et trop peu active pour 
permettre au curare de passer dans le sang en quantité 
suffisante. II faut aussi tenir compte de cette circon- 
stance que pendant la digestion ta muqueuse stoma- 
cale est à l'état de sécrétion, et qu'alors cette membrane 
absorbe beaucoup moins qu'à l'état de repos ou à 
jeun. ■ 

Restait donc à supposer que les sucs digestif de l'in- 
testin pourraient exercer une certaine action sur le cu- 
rare, soit par exemple pour former avec lui une combi- 
naison insoluble soit autrement. En essayant de vérifier 
cette hypothèse, M. Claude Bernard a rencontré des dif- 
ficultés d'un ordre tout particulier, et qu'il est utile 
d'exposer ici. Le caractère de ce cours, ce sont des re- 
cherches communes faites en public, et par conséquent, 
il faut mettre tout le monde au courant des obstacles 
que rencontre chaque expérience. D'ailleurs les expé* 
riences qui n'aboutissent pas où on le voulait, ne sont 
jamais inutiles à notre instruction, et elles nous appren- 
nent toujours quelque chose de nouveau. 



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1865. 



REVUE DES COURS SCffiNUFIQUES. 



157 



Pour rechercher l'action des sucs intestinaux sur le 

curare, M. Claude Bernard avait fait manger à un chien 
une quantité notable de curare mêlé à la viande qui 
constituait sa nourriture. Dans ces conditions le poison 
était inoffensif pour le chien. Cinq ou six heures après 
ranimai fut sacrifié et l'on expérimenta sur les produits 
eitnits de l'estomac, du duodénum, de l'intestin grfile, du 
gros intestin, de la vessie, etc. Les grenouilles auxquelles 
on injecta sous la peau ces différents liquides périrent 
sans exceptîcMi, quoique le suc extrait de l'estomac parût 
plus actif que les autres. Mais les grenouilles sont telle- 
ment sensibles à l'action des poisons que les sucs diges- 
tifs des animaux supérieurs, même sansatKun mélange 
lie matières étrangères toxiques, sont déjà mortels pour 
dtes. D'ailleurs ces sucs qui s'altèrent facilement peu- 
vent devenir des agents septîques, et l'on sait que tous les 
agents de ce genre exercent sur les grenouilles une in- 
fluence fort considérable. Pour que les expériences aient 
une valeur démonstrative, il faudrait donc séparer le 
curare extrait des intestins de notre chien de toutes les 
matières qui sont mêlées avec lui, c'est-à-dire des sucs di- 
gestil^, et on ne peut obtenir cette séparation que par un 
seul moyen, la dialyse, ou le traitement par l'alcool. En 
effet, le curare est soluble dans l'alcool, et de plus nous 
avons vu que le curare diidysait à la manière des substan- 
ces cristalloldes, tandis que les matières des sucs intesti- 
naux sont des substances colloïdes qui n'ont pas comme 
lui la propriété de traverser les membranes oi^aniques. 
NûuscoDtinueronsdonc nos expériences d'après ces vues. 

Toutes les questi<Huque nous examinons relativement 
i t'influence sur l'absorption intestinale des états d'abs- 
tineoce ou de digestion sont évidemment très-impor- 
lantes à élucider, car les médecins ordonnent d'ordi- 
uire de prendre les médicaments avant ou après le 
repas, en un mot à un moment déterminé, et ils ne peu- 
vent fonder leurs prescriptions que sur des observations 
purement empiriques. Il serait pourtant fort & désirer 
qu'on pût pleinement s'éclairer à cet égard , car la 
plupart des médicaments présentent sans doute comme 
lecnnre, qnoique& des degrés très-divers, desdiflférences 
d'absorpUon et partant d'elTets, suivant les conditions 
d'abstinence ou de digestion dans lesquelles se trouvent 
les organes digestifs. 



COLLÈGE DE FRANCE. 
CHIIUE ORGANIQUE. 

COORS DE M. BERTOKLOT (1). 

m, 

•e rUM*l «HUmlM (Mise) : fregéJ é a 
— liM éshers. 

Us résultats de l'analyse de l'alcool obtenus par 



Th. de Saussure conduisent à une conclusion remar-. 
quable, et qui fut signalée aussitôt par ce savant : quel 
que soit le gaz, ou le mélange de gaz, qui provient de 
la décomposition de l'alcool, le volume d'oxygène 
nécessaire pour le brûler est au volume d'acide carbo- 
nique produit comme 3 : 2. D'où il suit que la compo- 
sition de ce gaz est équivalente à celle -de l'hydrogène 
bicarboné G<H«, ou n'en diffère que par les éléments 
de l'eau. 

Supposons ea effet qu'une partie de l'alcool se dé- 
compose de la manière suivante : 

C»Oï + CW+H». 

On aura par la combustion de 12 volumes de ce 
mélange, 8 volumes d'acide carbonique, cette combus- 
tion complète exigeant d'ailleurs 12 volumes d'oxy- 
gène. 

De même avec les mélanges smvants, toas équivalents 
à la vapeur d'alcool : 



ou encore i 



JJCWH-I-CW, 



on aura toujoiu^ le rapport de 2 à 3, entre l'acide 
carbonique produit et l'oi^gène employé. 

En im mot, cette relation reste constante, parce qu'il 
ne se forme pas de charbon en quantité sensible, et que 
le principal produit séparé des gaz par la condensation 
est de l'eau. 

De Saussure, en rapprochant tous ces résultats, par- 
vint à établir la composition centésimale de l'alcool d'une 
Ihçon suffisamment exacte. Il reconnut que ce corps 
pouvait être représenté par du gaz oléflant uni aux élé- 
ments de l'eau; mais il n'en fixa pas la formule, parce 
que, à l'époque à laquelle il opérait, la notion des équi- 
valents n'avait encore été appliquée qu'aux corps de la 
chimie minérale. Voilà pourquoi l'équivalent de l'alcool 
ne ftit établi que par Oay-Lussac. Ce chimiste appliqua, 
en 1815, à l'alcool la loi des volumes gazeux qu'il ve- 
nait d'établir. Il détermina la densité de la vapeur de 
l'alcool et celle de la vapeur d'eau, et reconnut que 
l'alcool pouvait être représenté au moyen des éléments 
renfermés dans des volumes égaux d'hydrogène bicar^ 
boné et de vapeur d'eau, le tout ayant éprouvé une con- 
densation de moitié : 

1 vol. de Ç*B.* a pour densité.. 0,978 
1 vol. de vapeur d'eau 0,836 

Somme i,603 

Or, l'expérience directe indiquait pour la vapeur d'al- 
cool une densité égale à 1.613; d'où, pour la formule de 
l'alcool : 

Cette formule fut vériQée plus tard, et pour la der- 
nière fois, par les analyses pondérales de H. Dumas. 

Pour compléter les développements qui précédait, il 
est nécessaire d'indiquer sommairement les perléotion- 



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196 



HBVUE im COURS SCtENtlPlQUBâ. 



nements qui ont BucoMsivemenl été iQlrodnito daiut le» 
onftlyseB iMiganiques. 

Les procédé* qui ont été employés se réduisent à 
deux catégories : 1** analyses eudiométriques, ou par 
tes \Y>lumcs, dont il a déjà été question ; analyses 
pondérales fondées sur la transformation du carbone en 
acide carbonique et de l*hydrogène en eau. Cette der- 
nière méthode, ébaucbée par Lavoisier, ne prit une 
rigueur vraiment scientiOquo qu'entre les mains de Gay- 
liussac et de Thenard. 

L'appareil de ces chimistes^ tel qu'il existe encore au 
Collège de France, consiste en im tube de verre vertical 
fermé inférieurement, et portant h lu partie supérieure : 
1' un petit entonnoir de cuivre, mimi d'un tube à robi- 
net, pour l'introduction des substiUices h analyser ; 2° un 
tube latéral amenant sous une cloche h mercure les pro- 
duits gazeux de la combustion. On faisait l'analyse de la 
manière suivante : la matière organique étant pesée et 
mêlée avec 10 foisson poids de chlorate de potasse, on 
transformait cette masse en boulettes dont la composi- 
tion était rigoureusement connue; on commençait par 
faire tomber deux ou trois boulettes au fond du tube, et 
on les chauffait avec une lampe à alcool, en perdant ces 
premiers produits, afin de chasser l'air de l'appareil ; 
cela fait, on en introduisait d'autres en nombre connu, 
et on recueillait ensuite les produits gazeux. Le volume de 
l'acide carbonique obtenu fournissait le poids du car- 
bone. En déduisant du volume de l'o^'gène que pou- 
vait fournir le poids de chlorate de potasse employé, 
celui qui se retrouvait k la fin de l'analyse, cm avait les 
données nécessaires pour calculer le poids de l'hydro- 
gène. 

Quelques années après, Berzelius entreprit l'étude des 
sfils organiques. Il opérait h l'aide dos sels de plomb, 
que l'on peut en général préparer à l'état anhydre aveo 
jxae grande pureté; mais ses premières analyses faites 
par le bioxyde de plomb étaient inexactes, parce qu'une 
partie des éléments des sels organiques échappait à la 
combuslion. Il eut alors l'heureuse idée d'opérer dans 
un tube horizontal, comme nous le faisons maintenant. 
Gay-LussaOf à son tour, remplaça l'oxyde puce par 
l'oxyde de ouivre, GuO, mais eu recueillant toiyours 
l'acide carbonique à l'état de gaz, ce qui n'est pas sans 
difllculté au point de la précision, 

Bien que Guyton de Morveau eût iléjà tenté de peser 
l'acide carbonique à l'état de carbonate, néanmoins 
cette dernière méthode ne fut introduite dans la science 
qu'à partir de Liebig, qui la généralisa par l'emploi de 
son tube à boules, contenant utie dissolution concentrée 
de potasse caustique. Cependant c'est encore en se ser- 
vant de l'ancien procédé, qu'il avait déjà perfectionné, 
que Mk Dumas fit de nouveau l'analyse de l'alcool. Il y 
a plus ! voulant doser directement l'oxygène, Il em- 
ployait un moyen qui est maintenant abandonné; il 
pesait l'oiyde de enlYre avant l'etpérieaoa , et déler' 



minait ensuite par sa peiOe de poltls la qtianlité d'oxy- 
gëiic ayant servi à la combustion. 

IIISTOIBK DES ËTUERS. 

L'origine de la découverte des èlhers est dans VélnAp 
de l'action exercée par les acides sur l'alcool. 

Les mélanges d'acides H d*alcool fbrCnt expérimentés 
d'abord par les alchimistes : ils observèrent que l'acide 
perdait une partie de sa force, quMl était dulcifié, 
suivant leur expression. On peut R'cn convaincre en 
traitant du sucre par un tel mélange et par de l'acide 
suMnrique : dans ce dernier cas seulement, le sucre H 
charbnnné immédiatement. 

Mais le résultat le plus remarquable auquel on arrive, 
c'est quand on soumet l'acide dulcifié à la distillation, 
suivant l'usage des anciens chimistes. En opérant suriio 
mélange d'acide sulfuriquc et d'alcool, ils nbtinmil 
ainsi un liquide très-fluide et très-volatil, d'une uileiir 
caractéristique, dont on attribue la découverte à V»lo- 
rius Cordus (1550), et qui fut désigné d'abord soib li' 
nom d'huile douce de vitriol, puis d'élher. La prépara* 
tion de ce corps i^it longtemps un secret; ce qui s'px- 
plique, parce qu'il ne prend naissance que dans des 
conditions très-déterminées. Au xvn* siècle, Frendenius 
publia un procédé régulier de fabrication, et Rouelle 
puis Baumé le vulgarisèrent en recommandant dVm- 
ployer un mélange, à poids égaux, d'alcool et d'huile de 
vitriol. 

En distillant un tel mélange, Baumé, par expmplo, 
obtenait im premier produit qui n'était autre chose que 
de l'esprit de vin très -déphlegmé; puis venait un 
deuxième produit formé par de l'éther. A la fin de l'opé- 
ration, il ptme un liquide verdàtrc, formé en grande 
partie d'un corps huiletik qui prit spéctalomenl le nom 
d'huile douce de vitriol { enfin, dahs la cornue, il reslo 
un résidu charbonneux. 

Cm diverses phases de l'opération suggèrent à Baiimé 
et à Macquer l'explication suivante : L'esprit de vin dif- 
fère d'une huile quelconque par une quantité dVau 
principe (envisagée comme êlétneni) beaucoup plus 
grande : on l'en rapproche à mesure qu'on enlève cotle 
eau, nécessaire d'ailleurs à l'existence propre de l'esprit 
de vin. L'acide vitriolique (sulfurique) agit par son afD- 
nité pour l'eau, commence par enlever à l'esprit de vin 
l'eau simplement opélfuigéci d'où la formation d'un es- 
prit très-rectifié; puis l'acide s'empare d'une partie de 
l'eau essentielle de l'esprit de rin, d'où résulte la for- 
mation d'un corps plus subtil et plus voisin des huile^ 
que l'alcool, c'est l'éther. Enfin l'huile qui distille à la 
fin de l'opération est un corps encore plus déshydraté, 
c'esl-à-dirc qui renferme moins d'eau principe qûe 
l'alcool et l'éther. 

Remplaçons le mol huile par le mot carbure d'hydi^ 
gène, et vous verrez aussitôt que ces chimistes se for- 
maient en définitive une idée assez nette dé l*eiuftiBble , 

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1M5. 



REVUE Des OODRS SaEN1VlQUB& 



16» 



tie tous CCS phénomènes. A cette époque, du re^, il 
nVtait guère posuble de donner une interprétatk» plus 
|)récise, puisque le corps qui marque véritablement 
la limite de ces déshydrations, l'hydrogène bicarboné, 
était encore inconnu, de même que la plupart des g»x. 

Bientôt la chimie fit un pas décisif ; on détermina la 
)U((ifc des éléments ; Lavoisier établit la véritable théorie 
<lc la combustion. Il suffit dès lors de traduire les faits 
ronnus dans la théorie nouvelle pour reconnaître que 
l'étfaer était formé de carbone, d'hydrogène et d'oxy- 
1^. Cependant la plupart des chimistes y Taisaient 
intrcT également les éléments de l'acide sulfurique, er- 
reur qui semblait confirmée par ce fiiit, qu'en distillant 
d« Talcool avec d'autres acides que l'acide vitriolique, 
on avait obtenu des corps que Ton ne confondait pas 
romplétement avec l'éther ordinaire, puisque cm pro- 
duits différaient entre eux, soit par leur volatilité, soit 
par leur odeur. Il y a plus; Schecle, opérant sur te pro- 
duit brut, vit qu'en brOlant l'éther sur l'eau, il se forme 
après la combustion un léger trouble par le chlorure de 
baryum. Ceci semblait justifier la définition de Berthol- 
let : l'éther est une huile qui s'est séparée de l'alcool, et 
qui est combinée avec un excès d'hydrogène et une 
petite quantité de l'acide qui a servi à sa formation. 

Ce n'est pas tout : on essaya d'appliquer à la chimie 
organique et à l'éthériflcation cette grande théorie de 
la combustion qui venait de renouveler la chimie mi- 
nérale. Mais l'idée que dans la formation de l'éther il y 
aurait une sorte de combustion, jeta beaucoup de con- 
Tusion sur la véritable formation de ce corps. Les expé- 
rienres qui furent tentées alors semblaient confirmer 
rette manière de voir. Ainsi Berthollet, traitant l'alcool 
f»T le chlore, obtint d'abord des produits volatils et 
élhérés (ce sont noire aldéhyde et notre élher chlorhy- 
driqoe), puis des produite huileux (ce sont le chloral et 
qnelques autres substances chlorées). Il crut voir dans 
Mite réaction une véritable combustion, le chlore étant 
considéré h cette époque comme un acide oxygéné. 
Scheele crut même démontrer le fait en chauffant dans 
une cornue un mélange d'acide sulfUrique, d'alcool et 
de peroxyde de manganèse; il \it qu'il se manifestait 
dans ce cas une vive réaction, et crut h la formation de 
l'éther sons l'influence oxydante du peroxyde de man- 
ganèse : c'était en réalité la formation de l'aldéhyde, 
qu'il confondit avec l'éther. 

Fourcroy et Vauquelin partagèrent cette opinion : 
ils recherchèrent l'origine de l'oxygène, qui semblait 
indbpmable à la formation de l'éther, dans sa fabrica- 
tion au moyen de l'alcool et de l'acide sulfurique. Ils 
cnirenl l'avoir trouvé dans l'acide sulAirique lui-môme: 
partie se changeait en acide sulftireiu. S'attachant 
«1 même temps, au produit charbonné qui reste dans 
^ coniue à la fin de l'expérience, Ils pensèrent que 
l'élher était de l'alcool, plus de l'hydrogène et de Toxy- 
K^: théorie assez confiise, et qui depuis a été coq* 

^»dw avec celle <le la déshjdHitfttion. Quant à l*haile 



de vin, elle provenait, »elc« les mêmes cbiraistest d'une 
oxydation plus profonde. 

Ainsi l'oxygène était nécessaire pour changer l'alcool 
d'abord en éther, puis en huile; le rôle du chlore s'ex- 
plique de môme, et c'est ainsi, d'après Fourcroy, qu'il 
transforme le gax oléfiftot en huile, puis en matière 
cireuse (notre sesquichlorure de carbone). 

Ces théories erronées eurent cours dans la science ju^ 
qu'à Théodore de Saussure. Il est utile de les connaître 
pour bien comprendre l'évolution progressive de U 
chimie organique ; mais il &ut les accueillir avec l'io- 
dulgencc que méritent les premiers tAtonnements d'une 
science qui commence. Biles furent défluitivemtnt ren- 
versées par Gay-Lussac. ^ttHamaa, 



Sar l'aiffliMittMi 



HOPITAL DE LA CHARITÉ. 
PHYSIQUE MÉDICALE. 

COir?£AENCB DE M. RSHAK 

(Jp B«rl>n). 

III. 

dmm névrose* (t). 



Cktmme nous l'avons déjà prédit, U guérison de la pa- 
ralysie du deltoïde que nous avons effbctude il y a quel- 
ques jours, ne s'est pas démentie depuis. Seulement, 
nous avons appliqué encore deux fois le courant con- 
stant sur le plexus brachial, et surtout sur les fibres oon- 
Iracturécs du grand pectoral, qui gênaient encora la 
commodité des mouvements, et empêchaient le maUde 
de reprendre ses ocoupaUons habituelles. 

Cet exemple peut servir de type en cette espèce de 
paralysie, que j'appelle névritique, parce qu'elle dépend 
uniquement d'un gonflement de la gaine dei nerft« et te 
combine facilement avec des névralgies, et môme des 
anesthésies, si les fibres sensibles des troncs nerVeux 
sont comprimées. 

On comprend ainsi que la môme causa morbide puisse 
produire, selon les circonstances, aussi bien une paraly» 
sic qu'une contracture, qu'une aneathésie ou qu'une by* 
peresthésic. Je distingue deux espèces de paralysie né- 
vritique : 1" la primaire, V la secondaire. La secondaire 
est celle qui se combine avec une inflammation, aoit 
des articulations après fractures des os, soit d'autre* 
organes plus profonds, tels que la matrice, les ovairet, 
les intestins, et même les poumons. Il serait trop lonc 
d'insister sur les différentes névroses de ce gNire. 

Quant à la paralysie névritique primaire, elle est eau* 
Bée par im refroidissement ou un tireillement forcé de« 
troncs nerveux. On l'observe sur les^muielwi de l'épault, 

(1) Voy. Iw tt<^ 2 et 7. H. le docteur Retnaki^iMore fUt deux autni 
conrérencea sur le même lujet. L'eaumble de ces conCSrencet doit être 
réuni en une brochure qui parahra lr«i.froebiiiteiiMat A ta Hbcwrft 
fiemwr Bafllèr*.. 



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REVUE DES COURS SOENTIFIQUES. 



h FÉTlUt 



tels qiie le grand dentelé, le rhomboïde, le deltoïde, etc. 
Dans ces divers cas, il n'y a pas seulement gonflement 
du plexus brachial, mais encore gonflement des rameaux 
nerveux qui se rendent aux muscles paralysés. On a 
cherché en vain, dans de pareilles circonstances, à réta- 
blir la motricité des muscles paralysés, par application 
locale immédiate, soit du courant induit, soit même du 
courant constant; mais si on laisse agir le courant con- 
stant sur les nerfs gonflés, on observe, môme dans les 
paralysies invétérées, que la contractilité perdue des 
muscles renaît, et que les mouvements volontaires re- 
viennent. 

Les photographies que je place sous vos yeux vous 
domieront une idée des efléts <te ce traitement. Voici 
deux hommes avec paralysie complète et ancienne du 
grand dentelé et du trapèze guéris parfaitement au bout 
de trois mds de traitement. Voict un sou»-ofncier de 
notre marine qui, dans un naufrage, a été saisi d'une 
paralysie complète du deltoïde, du trapèze et duslerno- 
mastoldien. Malgré une application du courant induit 
prolongée quatre mois, son état, loin de s'améliorer, 
s'est compliqué d'une névralgie du bras. Je l'ai traité 
pendant trois mois et guéri. C'était quatre ans après le 
début de sa maladie. 

J'ai pu constater maintes fois, avec mes élèves, que le 
courant induit affaiblissait les forces du muscle pandysé, 
et que le courant constant, appliqué immédiatement 
après, les rétablissait instantanément. 

On observe aussi des paralysies névritiques prinudres 
et secondaires dans les membres inférieurs, surtout 
dans la région du nerf crural et du nerf scialiquc. Mais 
nous ne pouvons insister sur cette espèce de paralysie, 
et nous passons à une autre espèce de paralysie périphé- 
rique, dont le traitement galvanique ofi're un intérêt 
particulier, parce que, dans ce cas, le grand sympathi- 
que sert d'intermédiaire à l'influence du courant. 

L'hémiplégie faciale de la femme de vingt-quatre ans 
que Je vous présente, offre un exemple de ce cas. Depuis 
sa jeunesse, cette femme souffre d'une otite du côté 
gauche, avec suppuration. C'était évidemment le sym- 
ptôme d'une prédisposition à l'hémiplégie ikciale, dont 
elle fut frappée subitement il y a trois mois. Entrée 
dans le service de M. Beau, elle y a été traitée par les 
moyens ordinaires; le courant induit n'a pas même dé- 
terminé une contraction des muscles paralysés. Tous les 
muscles de sa face sont affectés; elle ne peut ni fermer 
l'œil, ni froncer le sourcil ; la bouche et même le bout du 
nez sont déviés du côté droit, surtout quand la malade 
parle, ou quand elle fait la moue. En soufflant, elle 
laisse passer l'air par une large ouverture du côté gau- 
che de la bouche. Les muscles de la joue sont endurcis, 
et le muscle stemo-clido-mastoldien est un peu rac- 
courci, en sorte que le menton est tourné du côté droit. 

Au-dessous du bord extérieur de ce muscle, nous ren- 
controns les cordons gonflés et endurcis, soit des nerfs, 
soit des ganglions lymphatiques. Du reste, tous les os 



de la face, surtout l'arcade zygomatique, sont tuméfiés 
visiblement, et même douloureux au toucher. Si nous 
appliquons te courant constant sur les muscles paraly- 
sés, nous voyons qu'ils ne se contractent pas, même avec 
un courant éner^quc, qui produit d'ailleurs une rou- 
geur de la peau. II n'y a pas non plus contraction, si Ir 
courant agit sur le tronc nerveux lui^ême. 

Mais une expérience antérieure m'a appris que si le 
courant agit pendant quelques minutes sur le grand 
sympaUiique du cou, et que si l'on examine ensuite les 
muscles de la face, on s'aperçoit que plusieurs de ces 
muscles, et quelquefois même tous, ont recouvré leur 
contractilité. Je fais cette expérience devant vous. Je 
laisse agir un courant descendant de 15 éléments le long 
des parties cervicales du grand sympathique, pendant 
trois minutes, et, en examinant de nouveau les muscles 
de la fiice, nous observons que le 'muscle zygomatique 
et la partie inférieure de l'orbiculaire se contractent 
sous l'influence du même courant, qui» auparavant, 
était sans effet. Vous voy^ en même temps que l'exci- 
tation du tronc ner\'eux ne détermine pas cette contrac- 
tion, et, par conséquent, que les muscles se trouvent à 
peu près dans le même état que les muscles d'une gre- 
nouille empoisonnée par le curare, qui, d'après la dé- 
couverte de notre ami Cl. Bernard, sont excitables seu- 
lement par l'action électrique, mais non par l'action 
nerveuse. Je suis heureux que M. CI. Bernard soit ici 
présent pour constater ce phénomène. 

On comprend aussi que le rétablissement de la con- 
tractilité des muscles seuls n'est pas le rétablissement 
de la motricité volontaire. Tant que le tronc nerv eux 
n'est pas excitable, c'est-à-dire tant qu'il n'est pas sou- 
mis à l'innervation, la motricité volontaire n'existe pas. 
Comment faire renaître cette excitabilité? Voici ce que 
j'ai découvert à cet égard. En faisant agir le courant con- 
stant sur le trajet de la partie vertébrale du grand sym- 
pathique, on parvient, après une application répétée de 
ce courant, h rétablir l'excitabilité du tronc nerveux, et 
par cela même à faire rentrer les muscles paralysés sous 
la domination de la volonté. 

Pour expliquer ces phénomènes complexes, il se pré- 
sente deux méthodes. La première, la plus simple en 
apparence et la plus probable, est celle qui consiste h 
supposer que l'application du courant sur la partie cer- 
vicale du grand sympathique produit une amélioration 
de la circulation dans les muscles de la face, attendu 
que nous savons, parles expériences de Brown-Séquard 
et de Stannius, qu'un afflux de sang artériel aux mus- 
cles, mêmeà peu prés mortifiés, leur rend leur contrac- 
tilité. En suivant cette manière de voir, on peut expli- 
quer aussi l'action du courant sur la partie vertébrale 
du grand sympathique. 

Cette action améliore la circulation fuitour du tronc 
nerveux, dans le canal de Fallope, où il faut chercher la 
cause de la maladie, et même dans la fosse postérieure 
du crâne, sinon dans le pont de Varole lui-même. Pour 



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IMf. 



RKVUE DBS CûtmS SCIEimPlQUES, 



161 



appajer cette iuterprétation, il fout noter que le gonfle- 
ment des 05 de la face disparaît avec le temps par ce 
(raitemenl. D*aiitre part, je dirai que, d'après une série 
d'obsenralions qui seront mentionnées à propos de 
l'atrophie musculaire progressive d'Aran^ je suis disposé 
à croire qu'il existe, entre les fibres nerveuses du grand 
i>jmpaLhique et les flbrcs cérébro-spinales, des commu- 
nications directes, qui n'ont encore été constatées, ni 
par le microscope, ni par Texpériencc physiologique. 
t^'cstrefTet de ces communications qui, probablement, 
apparaît ici d'une manière aussi étonnante (1). 

Le cas dont je viens de foire rhistoire peut servir 
d'exemple, non-seulement pour l'hémiplégie faciale, 
mais pour beaucoup d'autres maladies paralytiques et 
spannodiqiies, dont la cause consiste en un trouble de 
la circulation à la base du cerveau. 



MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE. 

PHYSIQUE APPUQUËE A L'BISTOiRE NATURELLE (2). 

COCBS DE H. BECQUERIL 

(4e llDriitM). 

lU. 

•es fhéMMiè«« eapUlalrea. 

Od donue le nom d'action capillaire ou de capillarité, à 
I action qui s'exerce au contact des solides et des liquides, 
Imqne ceux-ci mouillent les premiers. C'est un effet de ce 
genre qui est produit au contact du >-erro et de l'eau ou de 
l'ticool, et on doit le rapporter, comme uous l'avoni dit pré- 
cèdeminent, à l'attractiiMi à de petites dislances, c'est-à-dire 
i la force d'agrégatim. Celle force agit quelquefois comme 
ks affldilés, puisque dans certains cas 11 en résulte des dé- 
i-onpontioni chimiques; c'est ce qui arrive lorsqu'on met du 
(harboDdans une dissolution colorée de bois de campâchc ou 
de tournesol: la liqueur est rapidement décolorée. Au reste, 
les reports qu'a l'action capUlaire avec les affinités sont 
îDGDniestràles, puisque comme ces dernières elle donne lieu 
& on dégagement de chaleur et d'électricité lorsqu'elle se 
ounifesle. 

Chaleur dégagée dans les actions capillaires. Tout corps 
nHwillé par un liquide dégage de la chaleur. Mais pour bien 
olNerrer ce foit, il faut multiplier les surfoces des co^» sur 
(«quels on expérimente, afin de rendre les effets plus sensi- 
ble». On y arrive facilement en les pulvérisant. On trouve 
soM ce rapport de grandes différences entre les corps; l'élé- 
vation de température peut varier de un quart de degré 
Uo degrés. La température peut se mesurer au moyen de 
Ihennoniitres ordinaires bien gradués, ou de préférence au 
inojeQ des appareils thermo-électriques. Il est indiqiensable 



(1) l'tÊA indiqué d'avaoM s'eit réalité après un traitenent de 
^■■u jtura. La conlraclililâ des miuclea de U face, et, jusqu'i un cer- 
''"V^rexeUaMlilé du tronc aenrenx, sont revemm;rflBiln'ettplu« 
^""J^ et le geDBamaat des es a dWuié. Arrivée k n point, 
^^^^Mifie iQérit d'eUoMDéau. 

(3)Y«|-i«a^*lei6. 



d'opérer dans un lieu où la température soit peu exposée i. 
de grandes variations de température, dans une cave, par 
exenqtle. Enfin les corps que l'on doit mettre en contact doi- 
vent être èuctement tous deux à la même température, et 
de plus & la température ambiante. 

Aussitét qu'on a mélangé les deux corps, on plonge le ther- 
mcnnètre dans la masse et l'on observe alors que la colonne 
s'élève pendant trtus ou quatre minutes, pour redescendre 
ensuite à la température du lieu dans lequel on opère. Lors- 
qu'onmélangc dcl'amtdon et de l'eau, on observe une élévation 
de 9 degrés. On aexpérimcnté sur des corps solides cl liquides 
de toutes espèces, et on en a tiré les résultats suivants : Pour 
les corps solides inoiganiques, l'élévation de température pro- 
duite au contact des liquides est généralement assez faible. 
De plus, elle est sensiblement la môme pour les différents so- 
lides avec le même liquide, et pour le même solide avec diffé- 
rents liquides. Quand on opère avec l'huile, l'effet est un peu 
m(dndre qu'avec l'eau ou l'alcool. Pour les substances orga- 
niques, il est impossible d'établir aucun rapport; de plus, 
l'élévation de température est toujours assez considérable 
lorsqu'elles sont mouillées par un liquide. Les effets capil- 
laires Jouissent, comme nous l'avons dit plus haut, de la pro- 
priété de dégager de réiecfricité en se manifestant. On met 
ce fait en évidence en plongeant dans de l'acide nitrique c<m- 
lenu dans une cuiller de platine et en relation avec un galvano- 
mèlre très-sensible, un morceau de mousse de platine égale- 
ment en rapport avec le galvanomètre au moyen d'un fil du 
môme métal. Il se produit aussitôt nu courant dirigé dans un 
sens tel que la mousse prend l'électricité négative ; mais le 
courant est tout aussitôt suivi d'un courant en sens inverse dft 
à une polarisation. Revenons maintenant aux effets capil- 
laires. Une masse d'eau qui n'est sollicitée que par la pesan- 
teur, possède, comme chacun le sait, une surface horizon- 
tale; mais il n'en est pas toujours ainsi. Si l'on plonge une 
lame de verra dans de l'eau, de l'alcool ou même de l'huile, 
on voit que le liquide s'élève sur chaque fece au-dessus de 
son niveau, en donnant lieu i deux ménisques concaves, tour- 
nant leur concavité au dehors. Si l'on remplace les liquidas 
précédents par le mercure, qui ne mouille pas le verre, le 
liquide s'abaisse au contraire au-dessous de son niveau, en 
produisant deux ménisques tournant lenr convexité en 
dehors. Il fout rapporter à la même cause l'élévatim des 
liquides mouillants dans les tubes capillairas. C'est de là 
qu'est venu à ces phénomènes le nom de phénomènes capil- 
laires. Pour bien les observer, il fout opérar avec des tubes 
parfoitement propres à leur Intérieur, un pen de matière 
grasse empêchant le tube d'être mouillé par l'eau. L'eau s'é- 
lève à la même hauteur dans des tubes de même diamëtn, 
mais de uatura différente, pourvu que leurs parois internes 
soient mouillées. Si les diamètre^ sont différents, les hauteurs 
sont senriblement en raison inverse de ces diamètres, d'après 
les calculs de Laplace ; mais il y a, comme nous le verrons 
plus loin, une légère correction & foire subir à cette loi, qui 
du reste ne se vérifie plus dans les tubes d'un grand diamè- 
tre. Cette loi subsiste également quand le liquide ne mouille 
pas le corps dont le tube est formé, pour le mereure et le 
verre, par exemple ; seulement, dans ce cas, il faut avoir soin 
de prendre du mercure bien pur, c'est-A-dire ne contenant 
ni métaux étrangers, ni oxyde de mereure en diasolutloi, 
comme cela arrive d'après les expériences de Dulong, lors- 
qu'on foit bonilUr longtemps le mercure au contact de l'air» 



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BfiVUB Des GOCnS SCUWTIPlQtKfl. 



& fimm 



Il rAwlte d'ext»érjeiicea iKnnbréudes ei^culées pAr Cia^-Lin- 
- ne, que pour an même liquide, les élévations sodI en raison 
iliKcte des demitét. Enfin, l'ép«is«eur des tnbea et la routière 
dont ils sont fbralét Dlafhmail an ris» va le» rdsultato, 
pourvu que les parois ialbnu* soient monilléei. On avait 
.«draift en principe^ d'après lus expérieiwejt de Laplai-e et de 
Gay-^'Ussac, que la hauteur était eu raison inverse du diam^ 
tre des tubes, ou de Técarl des glaces parallMcs, et que le 
l^uide s'élevait moitié moins entre des gUccs que dans des 
tubea d'un diamètre égal & leur écart. H. Simon a voulu vé- 
rifier ces lois, en opérant avec des tubes ayant des centièmes 
de millimètres de diamètre, et qu'il avait mesurés lui-noème 
avec la plus grande exactitude. Les expériences l'oiU conduit 
aux résultats suivants : 

1* L'ascension est eu raison inverse du diamètre, en «jou- 
tant toutefois à la colonne d'eau une quantité qui décroît A 
mesure que l'on considère des tubes plus étroits. 

3* La hftuteur à laqu^lc s'élève le liquide entre des glaces 
parallèles, comparée à rcUo & laquelle il s'élève dans des 
tubes, au lieu d'èlre dans le raj^rt de 1:2 e^t dans le rap- 
port de 1:3, ou mieux dans le rapport du diamètre à la cii^ 
conférence. 

9* Influence de la tenqiérafute. De w6so & 100 degrés, Ira 
hattteturs de la colume dans le môme tube sont sensiblement 
dans le rapport de 4 s 3. 

&* Lorsqu'on soulève un disque borùontal eu contact avec 
une surface d'eau, ce disque entraîne le liquide et le soulève 
jusqu'à une hauteur de 6 ioUlimètres pour la température de 
léro, et pour des diamètres ayant plus de 50 milUaiètres; 
mais pour des diamètres moindres, la hauteur du cylindre 
d'eau diminue d'autant plus que le diamètre du disque est 
plus petit. Pour expliquer les phénomènes capillaires, il faut 
avoir ^ord aux conditions suivantes : i* diamètre des tubêt ; 

à la propriété dorU jouissent Us parois d'être mouillées ou 
MOU motM//w« iSf à l'action de la couche liqmde aMérente à la 
jwrei SUT k liqiùé* «nvùromtOfU :^ à la figure du ménisque, 

Sxpèitatien, ~ 1*' pHmâp*. — Vne maue liquide au repos 
est kMÎioittafo : le liquide exerce sur hù-mitme, iod^nâsmH 
mumi de la pMBBteuf» une action qui produirait une dépros- 
iioii MM L'inpteélinbUiM. 2* Si In turihce est concave ou 
eonvrae» l'action du lifude sur Ini-mâme eal modifiée. Si hi 
swf^ eet concave, cette actiou est moins (orle. Si ^le est 
«OBVcx^ elle est plws forte que kirsqu'elle est plane. L'actio» 
du nénis^e convexe tend i fetire reaaeuter les différents 
point» du Uquide, situé» à une dkkance melwlxe qœ le rayon 
éb la q»hèr« d'activité} l'eiet tewt donc à tain nowroir la 
■eolouoe de bas en ha«t par la suppression du ménisque ; la 
■asae liquide tersainde par le plan tangenl à bt sui^ce con- 
vexe a pewr hui de fEÛre éascrâdre cette coIomb en ntra»- 
«kant k Ménisque. Ou pounait arquer- le mdma nisoime- 
nentf smî» en s«u invene, pour le ea» oA te sphère est 
eoanve. En eo^yaat un tube idéal, est déoKmtre tbcil^- 
nent l'eacension de l'eau daw un tube capillaire «u-dessw 
d« nivee% cewpeaeent k ASéreoce à» preasion par une 
W giw iHi tetina 4e poids. Laplsce m. trouvé par le calcul qae 
t'aiction du ménisque es4 en rdaon du diamètre du tube, et 
que l'élévation du liquide au-dessus du niveau était soumise 
i te mâme loi, toutelois avec une légère cerrection. La tfcéo* 
ne exfUvie auisi l'éldvi^loQ de l'eau eslic deux Inma» par 
vqU^Les, et trèfr-roppfwltéee l'une d» l'aulre; la suifoce ter- 
i>ùnatee«^lMi»PMtinnd0«rl*nd4»<iqtàa. La sMàon. suivait 



un plan perpendiculaire au\ faces est un arc de cerck, k 
même que dans un tube qui ounit uu diamètre double 4r 
l'écartemeut des deux lames. Si la» lameo sont en cooiacl pir 
un de leur» cûtés, l'eau s'élève inégalement dans l'ej^iGC u- 
gulaïre compris entre-les deux lames. L'élévation est d'autuil 
plus grande, que l'un considère les points les plus rappruchésdu 
sommet de l'angle. Les points extrêmes des colonnes fonneoi 
une hypefliole équilatéralc dont le calcul peut rendre facile- 
ment compte. .Vu moyen de la théorie de Laplace,onpeut»aKi 
expliquer le mouvement des liquides dans les tubes comqtn. 
ou entre deux lames inoHnées sous un petit angle, nais m k 
touchant pas. Olle tlkéorie permet encore d'Mpliqaereeitidw 
phénomènes de manvoment qui sont dus à U capilûiité. Si Vn 
met Qotter sur un liquide deux petites boules de liège, pv 
exemple, mouillées toutes deux par le liquida, on peut n- 
marquer que lorsque la distance qui les sépare devienl peu 
considérable, elles semblent attirées l'une vers rautce,ettc 
rapprochent d'elles-mêmes jusqu'à se toucher complétemcol. 
Le miîme fait arrive quand les deux boules ne sont pas mouil- 
lées par le liquide, ce que l'on oblienl en emplojaut dem 
b( nies de cire on do liège recouvertes de noir de fumée Maù 
quand l'une des boules est mouillée, et que l'autre oc I «( 
.pas, l'action est tout è fUt inteise : il y a ré^ilsion muûCettc. 
Tout le monde sait qu'on peut très-facilement faire flotter 
une aiguille sur l'eau, en ayant la précaution de l'enduire 
d'une couche mince de matière grasse qui l'empéclie déirt 
mouillée par ce Uquide. Enfin, si les insectes qui gUsseat ili 
surface de l'eau n'étaient pas enduits d'une matière particD- 
liùre, ils seraient submergés. Tous ces faits reçoivent leur 
explication dans U théorie des actions ciq»illaircs. 

Nous allons examiner quels sont les effets produits diœ 
une colonne liquide capillaire , composée d'index liqu^ 
suecessift séparés par des bulle» d'air; soit un tabe oapillate 
horîsonlal ouvert à ses deux extrémité», du» lequel on wtro- 
duit un certain nombre de petits Index égaux de liqaide, it- 
parés par des bulles d'air. Si l'on exerce 4 une de «s tiM- 
mités une presrion progressivement cndssante, tuit qv'ek 
est inférieure A celle d'une colonne d'eau de 5é millteètie. 
il n'y a uicun effet produit; ponr une pression de M nilli- 
mètres, lo premier index s'avance un peu, rt com{ffiiBe h 
première Inille d'air, qui diminue de longueur, ne noim* 
ment se communique au second index, au moment oA h 
pression est devenue égale à 10* millimèt